07 mai 2015

Discours prononcé le 1er mai 2015



Nous sommes réunis ici devant le monument à la mémoire des Brigadistes, ces héros qui se sont battus aux côtés de la République espagnole et contre le fasciste, contre la réaction, pour la démocratie, pour la justice sociale, pour le socialisme, et souvent ont donné leur vie pour cette cause. Ils resteront à jamais un exemple vivant d’internationalisme et une source d’inspiration pour nous. A leur retour, ils furent persécutés par la Confédération. En se retranchant derrière la « neutralité », la Suisse officielle cachait mal le fait qu’objectivement elle était du côté de Franco.

Le symbole même qu’incarne ce monument nous force aujourd’hui à penser à un autre 1er mai, ailleurs sur la planète. En Ukraine, le pouvoir en place a interdit la célébration du 1er mai. Nos camarades du Parti communiste d’Ukraine se voient menacés par les milices néonazies d’être tabassés, peut-être à mort, si jamais ils osent manifester malgré tout, ce qu’ils se sont engagés de faire. Ce pays, qui bénéficie d’une soutient sans faille de l’Occident au nom d’intérêts géopolitiques, interdit désormais les symboles communistes, prévoit d’interdire le Parti communiste, mène une guerre contre son propre peuple, persécute ceux qui luttent pour les droits des travailleurs, réhabilite ceux qui durant la Deuxième Guerre mondiale ont pris fait et cause pour Hitler et ont participé avec un zèle tout particulier à ses crimes, permet aux néonazis de porter les armes et de semer la terreur et leur donne des postes de haut rang dans les ministères. Comme les Brigadistes naguère, les communistes ukrainiens ont besoin aujourd’hui de notre solidarité.

Mais il n’est à vrai dire pas étonnant que le gouvernement fascisant ukrainien à la solde des oligarques haïsse tout ce que représente le 1er mai. Car qu’est que le 1er mai ? Il y a un peu plus d’un siècle, en 1913, Rosa Luxemburg le définissait ainsi : « L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants ». Cette formule reste entièrement juste aujourd’hui et rappelle opportunément ce qu’est le 1er mai : une journée d’unité et de lutte, un rappel utile au pays de la « paix du travail » où le 1er mai a trop souvent tendance à s’institutionnaliser, à devenir un rite parmi d’autres, et à perdre quelque peu par là son tranchant révolutionnaire, que pourtant nous ne devons jamais laisser s’émousser.

Ce tranchant révolutionnaire et de lutte de classe, nous devons moins que jamais laisser s’émousser, puisque nos adversaires, eux, sont à l’offensive et essaient de nous imposer une politique de régression sur toute la ligne. Le patronat mène une politique agressive, sans aucun égard à un quelconque « partenariat social », d’attaque contre tous les droits des travailleurs, pour la baisse des salaires, l’extension des horaires de travail, la flexibilisations à outrance. La droite suisse et genevoise conduit un véritable démantèlement social, de destruction du très peu de protection sociale qui existe en Suisse et qui a été obtenue en des décennies de luttes. Je pense tout particulièrement au « Paquet Berset » et à la véritable casse des retraites que ce conseiller fédéral prétendument « socialiste » essaye d’imposer…qui ne sera que la prémisse d’un démantèlement encore plus brutal et d’ores et déjà prévu par la droite. La droite genevoise, sous prétexte d’une dette publique qu’elle a elle-même sciemment créée, met en place une politique d’austérité drastique, de destruction de services publiques absolument indispensables, le tout pour le seul bénéfice d’une toute petite poignée de privilégiés.


Nous devons combattre cette régression organisée dans l’unité et la détermination. Mais la radicalité même, la violence des attaques de nos adversaires de classe doit nous rappeler la nécessaire radicalité de notre lutte à nous et sa finalité. Qu’il soit néolibéral ou régulé, le capitalisme restera le capitalisme, un système nécessairement fondé sur l’exploitation de l’homme par l’homme. Jamais il ne sera social. Jamais des demi-mesures ne sauront suffire. Ainsi que l’avait dit Rosa Luxemburg : « Or le but final du socialisme est le seul élément décisif distinguant le mouvement socialiste de la démocratie bourgeoise et du radicalisme bourgeois, le seul élément qui, plutôt que de donner au mouvement ouvrier la vaine tâche de replâtrer le régime capitaliste pour le sauver, en fait une lutte de classe contre ce régime, pour l’abolition de ce régime ». Tel était, tel doit demeurer le sens du 1er mai.

A Kiev, un autre Premier mai



Comme dans tout pays capitaliste, en Suisse le Premier mai est avant tout une journée de lutte, sans concessions, des travailleurs pour leurs droits et contre l’oppression patronale. Mais du moins avons nous la possibilité de mener cette lutte dans la légalité, ce qui nous permet de faire du Premier mai aussi une fête populaire. Dans l’Ukraine « démocratique », après le coup d’Etat « pro-européen » de Maïdan, c’est un Premier mai bien différent qui se profile pour nos camarades ukrainiens. Le gouvernement en place a purement et simplement interdit la célébration de la journée internationale des travailleuses et travailleurs. Les militants du Parti communiste d’Ukraine (KPU) qui ont d’ores et déjà annoncé leur intention de célébrer le Premier mai à Kiev envers et contre tout le font à leurs risques et périls, puisque la criminelle milice néo-nazie de Pravy Sektor (Secteur droit) a immédiatement déclaré que les communistes qui auraient l’audace de venir manifester ne pourraient pas même descendre du train, et pour tout dire n’ont aucune certitude d’en revenir en vie. Face à ce genre de déclaration, normalement poursuivie pénalement d’office, les autorités ukrainiennes n’ont pas même daigné réagir : tristement typique d’un pays où les milices néo-nazies agissent en tout impunité, rançonnent, pillent, tabassent, torturent et assassinent les communistes, et à vrai dire tous les véritables opposants au régime « démocratique » en place, ce avec la complaisance, quand ce n’est pas le soutien actif des forces de l’ordre. Mais ce n’est guère surprenant, tant il vrai que les néo-nazis, dont les scores électoraux sont pourtant faibles, sont bien représentés au niveau du parlement ukrainien, la Verkhovna Rada, du gouvernement et des ministères, et tant leurs idées sont en réalité reprises par les partis « modérés » au pouvoir, par le premier ministre et par le président. Il faut dire aussi que les vétérans ukrainiens de la Deuxième Guerre mondiale, les héros qui ont donné leur sang pour libérer le monde de la terreur nazie, qui ont annoncé leur intention de venir célébrer les 70 ans de la Grande Victoire de 1945 à Kiev, malgré l’interdiction du nouveau régime, le font en sachant pertinemment qu’ils risquent de se faire tabasser, peut-être mortellement, par des dégénérés à crâne rasé et tatoués de la svastika. Ils ne peuvent compter sur aucune protection de la police.

Ces deux exemples n’illustrent que trop bien la situation réelle de l’Ukraine d’aujourd’hui, qui se teinte de brun à vue d’œil. Le jeudi 9 avril 2015, le pays a fait un pas majeur dans la direction de sa nazification. Ce jour en effet, la Verkhovna Rada a voté une loi qui condamne "les régimes totalitaires communiste et nazi en Ukraine" et interdit "toute négation publique" de leur "caractère criminel" ainsi que toute "production", "diffusion" et "utilisation publique" de leur symboles sauf à des fins éducatives, scientifiques ou dans les cimetières. La liste des éléments désormais prohibés contient le drapeau et l’hymne soviétique et nazi ainsi que les monuments et plaques commémoratives en l’honneur de responsables communistes, et même les noms de localités, rues ou entreprises faisant référence aux dirigeants communistes, activités du PC ou encore à la révolution bolchévique de 1917. Les personnes coupables de violations de cette loi scélérate sont passibles de dix ans d’emprisonnement, et les organisations qui y contreviendraient seraient interdites. C’est là un premier pas évident vers l’interdiction du KPU, la seule véritable opposition au régime Porochenko, ce qui est d’ailleurs un but ouvertement proclamé par le pouvoir en place. Du reste, les procès inéquitables, sur des chefs d’accusations ouvertement mensongers, contre les membres du KPU, dont nombre ont été torturés par le SBU, la police politique, se multiplient depuis le coup d’Etat. Notre camarade Petro Simonenko, secrétaire général du KPU, doit d’ailleurs actuellement répondre au SBU d’accusations parfaitement fantaisistes et grotesques de soutien au séparatisme.

Cette loi est parfaitement scélérate, antidémocratique et acte une fois de plus la dérive fasciste de l’Ukraine, qui en l’état ne peut plus être considérée comme un pays démocratique. Rappelons tout de même le célèbre poème de Martin Niemöller : « Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. » Mais c’est du reste très logique. La bourgeoisie aux abois se tourne toujours vers le fascisme lorsqu’elle n’arrive plus à se maintenir au pouvoir par des moyens « normaux », lorsque sa domination devient par trop illégitime et insoutenable pour le peuple, et dirige ses coups avant tout contre les communistes puisqu’ils représentent toujours et nécessairement l’opposition la plus conséquente et la plus résolue à son régime oppressif. En l’occurrence, le bilan du gouvernement « démocratique » post-Maidan est absolument calamiteux à tous points de vue, bien pire à tous égards que celui du décrié ex-président Ianoukovitch, et entièrement contraire aux intérêts des classes populaires comme aux intérêts les plus fondamentaux de la nation. L’économie ukrainienne est dans un état de dépression abyssale, la dette publique atteint des sommets et l’Etat est virtuellement en faillite, le gouvernement a imposé au peuple un plan d’austérité brutale comme condition pour un prêt, pourtant misérable, du FMI – baisse des déjà faméliques retraites et doublement du prix du gaz pour les ménages –, des millions d’Ukrainiens en sont réduits à la misère la plus noire pendant que les oligarques se battent par l’intermédiaire des bandes armées à leur solde pour le partage des biens du président déchu, la corruption dépasse tout ce qui a existé auparavant (un comble pour un gouvernement propulsé au pouvoir par un soulèvement populaire dénonçant la corruption d’Etat et la promesse d’y mettre fin)…Pas étonnant qu’un tel régime ait besoin de méthodes ouvertement fascistes pour se maintenir en place et déteste plus que tout le symbole que représente le Premier mai !


C’est une honte toute particulière de promulguer une telle loi cette année, l’année des 70 ans de la grande victoire de 1945, de renvoyer dos à dos cette année-ci communisme et nazisme, ce alors que l’URSS a joué le plus grand rôle dans la lutte contre le IIIème Reich, que plus de 20 millions de soviétiques ont donné leur vie pour libérer le monde de la barbarie hitlérienne. La condamnation en parallèle du nazisme ne doit pas faire illusion. Elle est parfaitement hypocrite et à l’évidence dénuée de sincérité. Les hommes au pouvoir aujourd’hui à Kiev ont collaboré sans le moindre état d’âme dès les premiers jours du soulèvement de Maidan avec des néo-nazis déclarés. Ces néo-nazis occupent désormais pour certains des postes de haut rang au sein de l’Etat. Des bataillons entiers de la Garde nationale utilisent des symboles de la SS à peine stylisés, quand ils ne se prennent pas en photo avec l’étendard du Reich ou le portrait d’Hitler. Des bandes armées néo-nazies, telles les chemises noires de Mussolini, sèment la terreur à travers le pays, ce avec la complaisance, quand ce n’est pas le soutien actif des autorités. Tous ces gens-là, contrairement aux militants communistes, n’ont jamais été inquiétés, bien au contraire même. Et surtout, les collabos avérés avec l’occupant nazi, qui ont apporté avec un zèle tout particulier leur sinistre contribution aux crimes contre l’humanité du IIIème Reich, ne sont en rien concernés par ces mesures, puisque, par un singulier révisionnisme historique, ils sont absous de toutes ces fautes et officiellement érigés en « héros de la nation ». Pour prendre une analogie particulièrement parlante, et à peu près exacte, c’est tout comme si le FN parvenait au pouvoir en France après un soulèvement populaire contre Hollande et Valls, édictait une loi pour interdire les symboles communistes et nazis, s’en servait pour interdire le PCF, sans que pour autant les groupuscules ouvertement néo-nazis soutenant le gouvernement ne soient inquiétés en rien, mais parallèlement faisait du maréchal Pétain un « héros de la nation », et de la francisque un symbole national. On voit à quel point entre cela et une réhabilitation ouverte du IIIème Reich la frontière est bien mince…

Par ailleurs on peut apprécier, plus que d’habitude encore, à quel point la rhétorique officielle sur la « neutralité » est creuse : la Confédération, qui a repris à son compte les sanctions euro-américaines contre la Fédération de Russie, pour le motif qu’elle soutient, de façon tout à fait intéressée certes, la rébellion antifasciste dans le Donbass, ne trouve rien à redire sur les crimes de guerre du régime Porochenko et sur la place qu’y tiennent des néonazis déclarés et leurs idées. Si la Suisse officielle croyait un tant soit peu aux principes démocratiques dont elle se réclame, elle romprait immédiatement les relations diplomatiques avec un pays qui foule aux pieds ces mêmes principes.

Nos camarades du KPU ont aussitôt déclaré qu’ils ne se laisseront pas impressionner par cette basse manœuvre et continueront plus que jamais la lutte pour la paix, contre le régime antipopulaire en place, contre la tyrannie des oligarques et le pillage du pays, et pour le socialisme qui seule peut satisfaire les légitimes aspirations du peuple ukrainien. Ils ont plus que jamais besoin de toute notre solidarité.

Il y a 70 ans, le drapeau rouge flottait sur le Reichstag



Il y a exactement 70 ans, le 9 mai 1945 (c’était déjà le 9 mai d’après l’heure de Moscou, encore le 8 aux USA), le IIIème Reich remettait sa capitulation inconditionnelle aux mains de l’Union Soviétique. Le monstre nazi était enfin terrassé pour toujours, du moins l’espérait-on alors. La Deuxième Guerre mondiale, quant à elle, n’était pas encore tout à fait finie, puisque l’impérialisme japonais continuait le combat pour quelque temps encore.

Pourtant, si l’on pose la question à des gens au hasard dans la rue, dans la plupart des cas on aura comme réponse que c’est les USA qui ont libéré la planète de la tyrannie hitlérienne, et que la Bataille des batailles, celle qui renversa le cours de la guerre, fut le Débarquement de Normandie. Et cela dans le meilleur des cas. Des analphabètes historiques sauraient vous dire que Hitler et Staline étaient alliés. Et ne parlons pas de ce néonazi à peine dissimulé, le premier ministre ukrainien Arseni Iatseniouk, qui ose déclarer que c’est l’URSS qui avait l’Allemagne. Pas étonnant, vu que son pays s’apprête à célébrer les 70 ans de la Grande Victoire sous les drapeaux des bandéristes, qui ont combattu du côté du Reich…

On voit là les effets redoutables que peuvent avoir des décennies de propagande mensongère dictée par la bourgeoisie au pouvoir dans les pays capitalistes. De quoi remettre sérieusement en question le caractère démocratique de nos sociétés, tant une idéologie faite sur mesure pour légitimer la domination d’une toute petite minorité de possédants y a un poids écrasant, et tant des mensonges mille et mille et mille fois répétés finissent par passer pour des vérités. Mais les contemporains des faits, même les anticommunistes les plus résolus, les plus hystériques, n’ont jamais osé eux soutenir de tels mensonges éhontés, et leur discours était tout autre.

Citons par exemple Winston Churchill : « …Aucun gouvernement n’aurait tenu face à de telles terribles et cruelles blessures, qu’Hitler avait infligé à la Russie. Mais la Russie soviétique a non seulement tenu et s’est rétablie de ces blessures, mais a également porté à l’armée allemande un coup d’une puissance telle, que n’aurait pu lui porter aucune autre armée au monde […] La monstrueuse machine du pouvoir fasciste fut brisée par la supériorité de la manœuvre russe, de la bravoure russe, de la science militaire soviétique et de l’excellent commandement des généraux soviétiques  […] A part l’armée soviétique, il n’y avait pas de telle force, qui pût briser l’échine de la machine militaire hitlérienne […] C’est bel et bien l’armée russe qui a éviscéré la machine militaire germanique ».

Ou Franklin Roosevelt : « Du point de vue de la haute stratégie […] il est difficile d’échapper à ce fait évident, que les armées russes anéantissent plus de soldat et d’armements de l’adversaire, que toutes les autres 25 Etats des nations unies toutes ensemble ».

C’est pourquoi nous pouvons être fiers de notre histoire et porter haut notre drapeau rouge. Le cours de la Guerre fut renversé en 1943 à Stalingrad, c’est l’armée soviétique, ainsi que les partisans communistes dans bien des pays qui ont assumé le plus gros de l’effort de guerre, que ce soit contre le Reich nazi, ou contre le Japon impérial. Quant au Débarquement de Normandie, il n’intervint qu’en 1944, lorsque l’Allemagne était déjà aux abois, dans le seul but d’empêcher l’armée rouge de marcher jusqu’à l’Atlantique, et faillit tourner au désastre si Staline n’avait ordonné d’accélérer la prise de Berlin pour éviter que les armées alliées ne soient rejetées à la mer. Sans la Révolution d’Octobre, sans la construction du socialisme en URSS, sans l’effort de guerre soviétique face à l’Allemagne, nous ferions aujourd’hui tous le salut nazi, et ne connaîtrions ni démocratie ni acquis sociaux.

Ceux qui s’acharnent depuis 70 ans à réécrire l’histoire, à effacer de la mémoire des peuples l’héroïsme de l’armée rouge, ce que furent vraiment la Révolution d’octobre et le socialisme, le font au seul service de leurs maîtres, les seigneurs du capital, qui ne peuvent oublier la peur qu’ils ont éprouver de perdre leurs biens et leur pouvoir mal acquis, de rendre aux travailleurs ce qui leur revient de droit. Et il est de notre devoir de les combattre, eux et leurs élucubrations pseudo-historiques mensongères, et de rétablir la vérité des faits.


Du reste, Thomas Mann a déjà dit tout ce qu’il y avait à dire sur eux : « Placer sur le même plan moral le communisme russe et le nazi-fascisme, en tant que tous les deux seraient totalitaires, est dans le meilleur des cas de la superficialité, dans le pire du fascisme. Ceux qui insistent sur cette équivalence peuvent bien se targuer d'être démocrates, en vérité, et au fond de leur cœur, ils sont déjà fascistes ; et à coup sûr ils ne combattront le fascisme qu'en apparence et de façon non sincère, mais réserveront toute leur haine au communisme »

Elections municipales, bilan globalement négatif

Il faut le reconnaître, le bilan des dernières élections municipales est globalement calamiteux et envoie des signaux globalement négatifs d’un point de vue politique. Pour le rappeler très brièvement, Ensemble à Gauche perd deux sièges en Villes de Genève, pour en garder dix (ce qui annule la légère mais significative remontée d’il y a quatre ans). Aucune liste à la gauche du PS n’obtient le quorum sur aucune autre commune, ni même ne s’en approche. Notre camarade Hélène Ecuyer, brillamment réélue au Conseil municipal, sera à ce jour la seule élue du Parti du Travail. Pour le reste, le PS et le PDC sont les grands gagnants du scrutin, le PLR progresse, les Verts se maintiennent, le MCG stagne mais pourrait perdre – et on fera tout pour qu’il en soit ainsi – tous ses magistrats communaux, l’UDC s’effondre, et les autres partis n’arrivent pas à émerger. L’on pourrait presque s’accorder un satisfecit pour le fait que pour la première fois depuis longtemps l’extrême-droite recule, s’il n’y avait le fait qu’elle le fait au profit des partis du « centre », vote non-contestataire par excellence, conservateur, favorable au maintien de l’ordre établi et réfractaire à toute rupture.

Il y a certes des causes, des explications à donner à ce résultat. En commençant par le plus trivial, le plus conjoncturel d’abord : la campagne d’Ensemble à Gauche. Faire le choix d’un ticket séparé pour le premier tour de l’élections du Conseil administratif, pour passer ensuite une alliance avec le PS et les Verts au deuxième, était certainement une erreur tactique, que le Parti du Travail avait dénoncée d’emblée comme telle, un choix illisible pour l’électeur, porteur de confusion, et qui n’a visiblement pas contribué à « tirer » la liste au Conseil municipal. La campagne elle-même, mais tout le monde s’en est rendu compte, ne s’est pas vraiment faite dans les meilleures conditions, et certaines fuites dans les médias bourgeois et polémiques publiques qui auraient dû rester internes n’ont en tout cas pas aidé. Il y a là sans doute des leçons à tirer à l’interne.

Mais on en resterait à la surface des choses avec ce genre de considérations, car il y a des causes bien plus structurelles à cette défaite. Les scores calamiteux dans les communes suburbaines, s’ils sont décevants, ne sont pourtant pas très surprenants si l’on considère que toutes ces listes comptaient seulement entre deux et quatre candidatures chacune, et même de telles listes réduites il n’y en avait que dans trop peu de communes. Cela ne prouve malheureusement que trop l’affaiblissement dramatique du Parti du Travail dans ces communes populaires qui naguère furent ses bastions, la survie aléatoire des sections locales qui subsistent, et l’incapacité de toutes les autres composantes d’Ensemble à Gauche de pallier cette absence, la faiblesse réelle de leur présence politique dans les communes autres que la Ville de Genève. Le résultat de ces élections constitue aussi, il ne faut pas le cacher, un échec politique, et pointe les limites intrinsèques à une coalition telle qu’Ensemble à Gauche, union de forces tout à fait disparates face au quorum de 7%, véritable plafond de verre profondément anti-démocratique avec pour seul objectif de conserver ad aeternam les privilèges acquis des partis en place et qu’il faut supprimer, ou du moins drastiquement abaisser d’urgence. Cette alliance purement électorale, absolument indispensable et inévitable tant qu’existe ce quorum, ne constitue pas pour autant une véritable convergence politique autour d’une lutte commune. La lisibilité du discours s’en trouve diluée par des divergences stratégiques et doctrinales par ailleurs profondes. Il est clair en tout cas qu’aucune union de toute la gauche, fût-elle radicale, ne saura jamais remplacer le Parti du Travail dans son rôle unique et irremplaçable au service de la lutte de classe des classes populaires pour leur émancipation, pour le socialisme.


Dans l’immédiat, il importe de voter et de faire voter pour la liste de l’Alternative au second tour de l’élection du Conseil administratif de la Ville de Genève, et tout particulièrement pour Rémy Pagani, magistrat sortant qui a su porter nos couleurs et notre combat politique dans ses fonctions, et n’a pas hésité à briser le tabou de la collégialité pour cela à chaque fois que c’était nécessaire. Mais la tâche principale que nous devons relever est la reconstruction d’un grand Parti du Travail, qui seul peut conduire jusqu’au bout la lutte pour les intérêts et aspirations légitimes des classes populaires, contre l’oppression capitaliste, pour le socialisme, car personne ne pourra jamais nous remplacer dans ce rôle historique.