20 novembre 2015

Moldavie : à un régime aux abois il ne reste que la matraque



La République de Moldavie, petit pays situé entre l’Ukraine et la Roumanie, n’est pas vraiment sous le feu des projecteurs par chez nous. Pourtant, cette ex-république soviétique vit depuis quelques mois une crise politique et sociale profonde, une crise à laquelle un régime oligarchique et corrompu aux abois tente de faire face par une répression contre ses opposants, au mépris des principes les plus élémentaires de l’Etat de droit. Une répression qui touche en tout premier lieu nos camarades.

Cette crise remonte à la liquidation du socialisme à l’aube des années nonante. La Moldavie allait alors plonger dans la même spirale de déclin et de ténèbres que presque toutes les ex-républiques soviétiques : anéantissement de pratiquement tous les droits sociaux, marasme économique, appauvrissement généralisé de la population, chômage endémique, infrastructures tombant en ruines, corruption généralisée, et règne sans partage des oligarques, qui s’étaient approprié par le crime ce que le peuple soviétique avait bâti.

En Moldavie, un oligarque en particulier, Vladimir Plahotniuc, prit peu à peu l’ascendant sur les autres, jusqu’à devenir de facto le véritable maître du pays. L’un des partis de droite majeurs, le Parti Démocrate, n’est qu’un parti croupion à sa botte. Le processus politique est largement manipulé par ses soins. Au fond, les affaires du pays se décident dans son bureau. Avec des conséquences sociales et économiques désastreuses. Non content de s’enrichir scandaleusement sur le détournement des biens publics, M. Plahotniuc a monté une affaire de vol à large échelle sur les réserves en devises du pays, menant la Moldavie au bord de la faillite…le peuple étant bien entendu appelé à payer la facture au travers de politiques d’austérité brutales pour « rétablir les finances publiques ».

Dans cette situation, le Parti Communiste de la République de Moldavie (PKRM), qui avait gouverné le pays pendant un certain temps dans les années 2000 avant de perdre sa majorité parlementaire (une expérience gouvernementale qui fut peu médiatisée et étudiée, à tort sans doute), prit un tournant plus que contestable à l’occasion des élections parlementaires de l’automne 2014, modérant de plus en plus son discours à mesure que la campagne électorale touchait vers sa fin, avant de finir, après une déconvenue électorale, par voter la confiance à un gouvernement de droite au nom de « l’intérêt supérieur de la nation ». Le PKRM a adopté depuis lors une attitude d’ « opposition constructive » plus que modérée face au régime oligarchique en place.

Ce tournant fut fortement contesté au sein même du parti, dont bien des membres estimèrent qu’il s’agissait là d’une trahison de tout ce pourquoi ils se sont battus. Nombres des opposants à la nouvelle ligne officielle furent exclus du PKRM, ou le quittèrent par eux-mêmes. Des sections locales décidèrent même de se retirer en bloc. Une partie de ces ex-membres du PKRM se regroupèrent au sein du parti Bloc Rouge, avec pour président Grigore Petrenko, ex vice-président du Parti de la Gauche Européenne et ancien député, afin de rester fidèles à leurs principes et de continuer la lutte contre l’oppression des oligarques. Les membres du parti Bloc Rouge organisèrent ou jouèrent un rôle très actif dans des protestations de masse contre les politiques d’austérité, auxquelles ils donnèrent un tournant nettement anti-oligarchique.

Le régime ne sut réagir que de deux façons : propagande grossièrement mensongère et répression policière disproportionnée, brutale, et en violation avec les droits démocratiques garantis par la loi moldave. Ne pouvant faire taire le peuple à coup de matraques, le pouvoir finit par faire arrêter Grigore Petrenko et six autres camarades, et à leur instruire un procès grossièrement inéquitable pour « troubles à l’ordre public ». Une parodie de justice tellement grotesque que les séances de tribunal se tinrent vite à huis-clos, les juges ayant trop honte de paraître en public durant cette mascarade indigne. Détenus depuis plusieurs semaines déjà, nos camarades risquent jusqu’à 8 ans de prison.

Mais c’est aussi là un signe de faiblesse, voire de fin prochaine, du régime en place. Depuis plusieurs mois, la crise politique est insoluble. Deux gouvernements sont déjà tombés, minés par des scandales de corruption. La coalition gouvernementale s’est de fait effondrée, et la majorité des députés au parlement sont désormais dans l’opposition, nominalement du moins. Depuis sa cellule, le camarade Petrenko a écrit une lettre ouverte, disant que les luttes populaires ont payé, qu’une situation unique existe désormais pour mettre fin au règne de Plahotniuc, et qu’il ne dépend que de l’opposition parlementaire de la saisir.

Quoi que l’opposition officielle fasse, nos camarades n’abandonneront pas la lutte et la conduiront jusqu’à son terme. « En notre droit de communistes dans les faits et non seulement de nom nous déclarons que nous ne capitulerons pas. Plahotniuc et ses semblables ont le bras court : ils ne pourront pas écraser tout le monde. Vive la Grande Révolution d’Octobre, vive son héritage, vivent les futures réalisations des communistes ! ». Telle est la conclusion de la déclaration du parti Bloc Rouge pour les 98 ans de la Révolution d’Octobre.



10 novembre 2015

Communiqué de presse : soutien à la lutte des travailleurs de la construction et de la fonction publique



Le Parti du Travail exprime un soutien total aux luttes nécessaires et entièrement justifiées des travailleurs de la construction comme de ceux de la fonction publique, et salue la convergence de ces luttes. Ses militants seront présents aux manifestations du 10 et du 11 novembre. Il s’agit en effet de deux manifestations d’une même lutte de classe, d’une même lutte des travailleurs pour leurs droits, contre l’accaparement par une infime minorité des richesses qu’ils produisent, que ce soit directement dans le cas des travailleurs de la construction, ou contre le démantèlement de ce minimum de redistribution des richesses à travers les prestations sociales et les services publics, démantèlement dans le but exclusif d’accorder de nouveaux cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises, qui n’en n’ont absolument pas besoin.

Malgré ses profits mirobolants, le patronat de la construction refuse d’entrer en matière sur toute augmentation des salaires, même minime, sur toute négociation concernant le financement de la préretraite à partir de 60 ans (qui est dans une profession difficile comme l’est la construction un droit indispensable), comme sur toute discussion pour ce qui du renouvellement de la convention collective, qui arrive bientôt à échéance. L’arrogance du patronat pourrait déboucher sur un vide conventionnel dès 2016. Et c’est ce même patronat, représenté par la Société suisse des entrepreneurs (SSE), qui se prétend champion du partenariat social ?! Partenariat social à sens unique, servant uniquement à réduire les travailleurs au silence, à les faire taire à coups de menaces et de chantages, voire à envisager des démarches judicaires contre ceux qui résistent. Nous saluons le courage et la détermination des travailleurs, qui ont décidé de ne pas céder à la démagogie sur la soi-disant « paix du travail », qui n’est qu’un euphémisme pour « collaboration de classe », et de lutter pour leurs droits. Car on n’obtient rien autrement que par la lutte. Ainsi que l’avait dit Henri Krasucki, ancien secrétaire général de la CGT : « Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la collaboration de classe. Elle les désarme dans la défense de leurs intérêts et provoque la division. La lutte de classe, au contraire, est la base de l’unité, son motif le plus puissant. C’est pour la mener avec succès en rassemblant l’ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte des classes n’est pas une invention, c’est un fait. Il ne suffit pas de la nier pour qu’elle cesse : renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se livrer pieds et poings liés à l’exploitation et à l’écrasement ».

Cette lutte est d’autant plus juste et nécessaire que le secteur de la construction est touché par un dumping salarial massif, toutes sortes de montages opaques afin de contourner les contrôles et de recourir de facto au travail au noir, de cadences de plus en plus tendues, à une exploitation brutale, et des accidents, parfois mortel, en nombre élevé, dus uniquement à la volonté des patrons de ne pas appliquer les normes de sécurité qui s’imposeraient au nom de leurs profits. Il ne s’agit pas là des agissements de quelques « patrons voyous », comme le veut une propagande officielle désireuse de brosser le tableau mensonger d’un capitalisme globalement « moral », mais d’une réalité structurelle et largement généralisée. Ce n’est du reste que très logique pour le capitalisme, système fondé sur la seule recherche du profit maximum à tout prix, quel qu’en soit le prix. Ainsi que Marx l’avait dit : « Le capital abhorre l’absence de profit ou un profit minime, comme la nature a horreur du vide. Que le profit soit convenable, et le capital devient courageux : 10% d’assurés, et on peut l’employer partout ; 20%, il s’échauffe ; 50%, il est d’une témérité folle, à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines ; à 300%, et il n’est pas de crime qu’il n’ose commettre, même au risque de la potence. Quand le désordre et la discorde portent profit, il les encourage tous deux ». Si nous comprenons le choix fait par le syndicat Unia de signer une convention collective qui interdit le recours à la grève en échange de quelques avantages non-négligeables, nous estimons qu’un tel marché ne devrait pas avoir cours dans un pays démocratique. La limitation du droit de grève que la Constitution fédérale pose, et que la Constitution genevoise reprend, est une clause scélérate pour le seul avantage du patronat. Nous exigeons que le droit de grève soit garanti et inaliénable, ainsi que le droit international du reste le veut.

La lutte des travailleurs de la fonction publique contre un budget qui est objectivement un budget d’austérité, quoiqu’en disent la droite et le Conseil d’Etat, est une lutte tout aussi juste et nécessaire. Non pas un combat corporatiste de fonctionnaires désireux de préserver quelques avantages, comme le prétendent des sophistes à la solde de la bourgeoisie, trop heureux de diviser les travailleurs, mais d’une lutte de classe qui concerne les classes populaires du canton dans leur ensemble. Ce qui est en jeu en effet, ce sont les services publics, les prestations sociales, toute la redistribution des richesses qui existe à travers l’action publique pour laquelle nous nous sommes battus pendant des dizaines d’années, dont chaque parcelle fut durement gagnée. C’est à ce peu de redistribution de richesses que la majorité de droite s’attaque au travers d’un budget d’austérité brutal, et des budgets d’austérité encore plus brutaux prévus pour les années à venir. Le Conseil d’Etat et la droite s’époumonent pour prétendre qu’il ne s’agit en rien d’un budget d’austérité, qu’il s’agit simplement d’une « maîtrise » des coûts liés à la fonction publique pour faire face à une dette devenue menaçante. C’est un mensonge éhonté. L’objectif de compression des coûts de 5% sur 3 ans, qu’est-ce sinon de l’austérité ? Les coupes linéaires et les mesures d’économie prévues cette année déjà sur le dos du personnel et des usagers, qu’est d’autre que de l’austérité ? Une réduction du nombre de travailleurs de la fonction publique alors que la population augmente, qu’est-ce sinon de l’austérité ? Du reste, chacun peut se rendre compte des effets de cette politique depuis des années déjà sur des services publics aussi vitaux que l’hôpital cantonal et l’école, qui en sont arrivés à l’extrême limite de ce qui est simplement tolérable du fait des mesures d’économie successives, voire l’ont dépassée. Où en sera la situation si les mesures d’austérité prévues sont adoptées ?

Quant à la dette, parlons en. Est-ce les travailleurs de la fonction publique qui en sont responsables ? Est-ce une gauche depuis toujours minoritaire, sauf deux brèves semi-exceptions, et qui n’a jamais disposé de la double majorité Grand Conseil – Conseil d’Etat ? Non, c’est l’Entente, aux commandes depuis toujours, qui en est la seule et unique responsable. Ce sont ses cadeaux fiscaux aux plus riches à répétition qui ont creusé le déficit de l’Etat : un milliard de francs par année au bas mot ! Et ce sont ces partis qui nous donnent maintenant des leçons de bonne gestion des finances publiques ? Une telle arrogance frise l’indécence ! Aujourd’hui, cette même droite prépare de nouvelles coupes sombres dans les dépenses publiques afin de préparer la RIE III, même si le Conseil d’Etat prétend hypocritement qu’il n’y a aucun rapport : de nouveaux cadeaux fiscaux pour des entreprises qui n’en demandent pas tant. Et cela alors que la RIE III n’a même pas passé le cap du parlement, que le peuple ne s’est pas encore prononcé. Veut-on décider d’avance à sa place que la RIE III sera mise en place quoi qu’il arrive ? Il s’agit d’un véritable déni de démocratie qu’il faut résolument combattre.
Le Parti du Travail soutient la juste lutte des travailleurs de la construction comme de ceux de la fonction publique et sera à leurs côtés.

Pour le Parti du Travail

Alexander Eniline

Président

Discours pour le 9 novembre 2015



Il y a 83 ans de cela jour pour jour, l’armée suisse tirait à balles réelles sur des manifestants socialistes et communistes, faisant 13 morts, cela dans le but de protéger un pseudo « procès » public organisé par les fascistes de l’Union nationale, et sur ordre du Conseil d’Etat genevois, composés de représentants de partis de la droite dite « modérée » ou « républicaine », des partis qui n’ont en revanche rien trouvé à redire quant aux agissements de Georges Oltramare et de sa clique d’inspiration hitlérienne, quant ils ne les ont pas ouvertement cautionnés. Rappelons tout de même que Georges Oltramare allait travailler pour l’occupant nazi en France, et diffuser un antisémitisme forcené en plein génocide ! Les héritiers des conseillers d’Etat assassins de 1932 continuent aujourd’hui encore à défendre la même version, grossièrement mensongère et révoltante, que leurs prédécesseurs de la responsabilité exclusive de Léon Nicole dans la fusillade de 1932, et comme leurs ancêtres, n’ont que peu de scrupules à s’allier objectivement avec une extrême-droite, qui, si elle n’est pas fasciste à proprement parler, s’en rapproche de plus en plus dangereusement, et à reprendre une large partie de ses thèmes et propositions, au point que des idées hier scandaleuses se retrouvent aujourd’hui totalement banalisées.

Du reste, cette complaisance des forces politiques de la bourgeoisie pour le fascisme, déclaré ou voilé, n’est que très logique. Car qu’est-ce que le fascisme ? Georges Dimitrov en a donné la définition désormais classique au VIIème Congrès de l’Internationale communiste : « Le fascisme est la dictature ouvertement terroriste des éléments les plus impérialistes, les plus réactionnaires, les plus chauvins, du capital financier…Les fascisme n’est pas un pouvoir au-dessus des classes et non le pouvoir de la petite bourgeoisie ou du lumpen prolétariat sur le capital financier. Le fascisme est le pouvoir du capital financier. C’est une organisation de représailles terroristes contre la classe ouvrière et la partie révolutionnaire de la paysannerie et de l’intelligentsia. Le fascisme en politique étrangère est le chauvinisme dans sa forme la plus grossière, cultivant la haine zoologique contre d’autres nations ». Le fascisme est surtout la solution de dernier recours pour l’oligarchie capitaliste pour conserver ses privilèges lorsqu’ils sont menacés, pour mater par la force les travailleurs en lutte lorsque les moyens ordinaires n’y suffisent plus, pour se maintenir lorsque tout son système est en crise et vacille sur ses fondements. Une solution que la bourgeoisie dite « libérale » n’a généralement pas trop de scrupules à mettre en œuvre.

Aujourd’hui, le capitalisme traverse sa crise systémique la plus grave et la plus profonde depuis les années 30. Une crise dont on ne voit pas la porte de sortie. Une crise qui précipite les travailleurs par millions dans le chômage et dans la misère, qui conduit les classes moyennes au déclassement, et parallèlement qui accroît à un niveau inouï la concentration de fortunes colossales entre quelques mains seulement. Une crise qui rend le système capitaliste totalement invivable pour une large partie de la population mondiale, qui pousse toute ses contradictions jusqu’à leurs ultimes limites…et pousse tendanciellement les classes dirigeantes à user de solutions de type fasciste pour maintenir leurs privilèges. A tel point que même le fascisme ouvertement assumé, arborant fièrement symboles hitlériens explicites ou à peine relookés, relève la tête. Le cas le plus paradigmatique en est assurément l’Ukraine, gouvernée par une coalition rassemblant partis bourgeois « modérés » et ouvertement fascistes, avec pour idéologie officielle un ultranationalisme forcené et un anticommunisme viscéral, la réhabilitation des collabos pronazis durant la Deuxième guerre mondiale au rang de héros de la nation, un régime qui démolit les monuments soviétiques, les monuments à cette armée qui a donné des millions des siens pour libérer le monde du fascisme, qui interdit le parti communiste, qui laisse des bandes armées néonazies mener main dans la main avec le bras armé de l’Etat une terreur noire contre les communistes et touts les opposants véritables au régime en place…tout cela pour que quelques oligarques puissent accroître encore plus leur fortune, alors que la majorité du peuple plonge dans la misère.

Mais si le décorum fasciste des années 30 n’est plus à la mode ailleurs, la menace fasciste est bien présente. Songeons à la définition donnée par Dimitrov. Le régime qu’a mis en place Erdogan en Turquie, reposant sur les procès truqués à large échelle contre les opposants, une terreur bien réelle, la propagation d’une idéologie violement obscurantiste, et l’application de politiques néolibérales dans le seul intérêt des possédants, n’en n’est pas si éloigné et s’en rapproche de plus en plus au fil des années. En Europe, on observe depuis un certain nombre d’années la progression électorale désormais alarmante de partis dont le programme politique n’est pas si éloigné du fascisme, bien qu’ils s’en défendent : haine viscérale de tout ce qui est étranger, nationalisme forcené, vision répressive et autoritaire, et politiques socio-économiques au seul bénéfice des plus riches. C’est aussi le cas d’une très large portion du Parti républicain aux USA. La fascisation du débat politique et de la société se voit désormais à l’œil nu. Enfin, la construction intrinsèquement anti-démocratique qu’est l’UE, les méthodes qu’utilisent les technocrates non-élus qui sont à sa tête pour briser la volonté souveraine des peuples et leurs imposer l’austérité à perpétuité, ne correspond-elle pas par certains aspects à la définition de Dimitrov ?

C’est aussi le cas en Suisse, et plusieurs partis parmi les plus importants à échelle cantonale et nationale, qu’il serait superflu de nommer, correspondent largement à ce modèle. C’est que, même si la Suisse n’est pas, de très loin, touchée par la crise aussi sensiblement et visiblement que d’autres pays du continent, les inégalités y deviennent abyssales, les conditions de vie de larges pans des classes populaires de plus en plus difficiles. Et tout le monde se rend compte qu’un certain modèle ne peut plus durer.

La lutte contre la menace fasciste passe, en 1932 comme aujourd’hui, par le front commun populaire antifasciste, un front commun contre le fascisme, mais aussi contre la réaction, et contre le capital et ses représentants politiques. Pas un front républicain avec la droite supposée « démocratique » contre celle qui ne l’est pas. L’histoire a clairement montrée que partout où le fascisme est arrivé au pouvoir, que ce soit en Allemagne, en Italie, ou ailleurs, c’est la droite dite « démocratique » qui lui a pavé la voie. C’est la bourgeoisie française qui a choisi « Hitler plutôt que le front populaire ». Et c’est la collaboration d’une partie du mouvement ouvrier avec la bourgeoisie qui a facilité cette victoire. Et si la Suisse n’a pas connu de dictature fasciste à proprement parler, quoique le régime policier que le Conseil fédéral doté des pleins pouvoirs mit en place pendant la guerre n’était en tout cas pas une démocratie, la droite « républicaine » suisse a toujours été dans le même camp que l’extrême-droite, et l’est plus que jamais aujourd’hui. Il est de notre responsabilité de rassembler toutes celles et tous ceux que le capitalisme opprime dans la lutte pour leurs droits et aspirations légitimes, contres les politiques de casse sociale de la droite et l’extrême-droite, contre la mise en place progressive d’un Etat policier. Une lutte contre le capital et ses représentants politiques, qu’ils soient « modérés » ou « extrémistes ». Ce n’est qu’ainsi que le pouvoir de ceux qui donnèrent l’ordre de tirer le 9 novembre 1932 et de leurs héritiers spirituels prendra fin, et que pourra enfin se lever l’aube d’un avenir meilleur.

05 octobre 2015

La voie ouverte par la Conférence de Zimmerwald



Il y a 100 ans de cela, du 5 au 8 décembre 1915, en pleine première guerre mondiale, 38 délégués issus de 11 partis socialistes de pays européens se réunissaient pour une conférence internationale, camouflée en réunion d’ornithologues, dans le village de Zimmerwald, situé dans l’Oberland bernois. Le nombre si réduit de délégués, et le lieu modeste choisi pour la réunion, témoignaient à eux seuls de la crise profonde que traversait le mouvement socialiste international. Il n’y a pas si longtemps, les congrès de la IIème Internationale se tenaient dans les grandes villes d’Europe et rassemblaient jusqu’à un millier de représentants issus de dizaines de partis sociaux-démocrates du monde. La social-démocratie d’avant-guerre représentait une force colossale, qui organisait des millions de travailleurs dans la lutte pour leurs droits et pour le socialisme –  ou du moins semblait le faire – qui remportait des résultats importants à toutes les élections, une force qui faisait trembler la bourgeoisie de peur, et qui plus est une force en progression. Le socialisme semblait à portée dans un avenir proche.

Et pourtant, en 1914, toute cette puissance qu’était la IIème Internationale, tout l’espoir qu’elle incarnait, s’est fracassée totalement et sans espoir de retour sur la trahison de la quasi totalité de ses chefs, qui votèrent sans broncher les crédits de guerre, conclurent l’union sacrée avec la bourgeoisie de  « leur » pays, entrèrent dans des gouvernements d’union nationale pour certains d’entre eux, et jetèrent les travailleurs dans l’innommable boucherie impérialiste qu’allait être la Première Guerre mondiale, leur proposant de s’entretuer pour le profit des monopoles comme perspective plutôt que la lutte pour le socialisme. Le président du Bureau socialiste international en personne, Emile Vandervelde, entra au gouvernement belge du roi Albert en tant que ministre sans portefeuille, gouvernement où il fut un ministre loyal et obéissant, ne demandant même jamais la moindre mesure en faveur des travailleurs au roi.

Pourtant, la social-démocratie avait anticipé la guerre qui s’annonçait, en avait débattu à ses congrès, où elle avait chaque fois solennellement voté des résolutions dans lesquelles elle s’engageait à empêcher le déclenchement de la guerre par tous les moyens, et de transformer la guerre en révolution prolétarienne si jamais elle venait à être déclarée. La résolution votée au Congrès de Bâle, en 1912, disait par exemple : « Que les gouvernements se rappellent clairement que, étant donnée la situation actuelle de l’Europe et l’état d’esprit des consciences dans le milieu de la classe ouvrière, ils ne peuvent pas déchaîner une guerre sans se mettre eux-mêmes en danger…Les prolétaires considèrent comme un crime de tirer les uns sur les autres pour l’accroissement des profits des capitalistes ». Jaurès y avait aussi déclaré : « Les gouvernements devraient se rappeler, quand ils évoquent le danger de guerre, comme il serait facile pour les peuples de faire le simple calcul que leur propre révolution leur coûterait moins de sacrifices que la guerre des autres ». Peu avant guerre, plusieurs pays d’Europe étaient également secoués de mobilisations populaires de masse et d’une grande radicalité, qui laissaient augurer une situation prérévolutionnaire, que la social-démocratie avait pleinement les moyens de faire déboucher sur une lutte révolutionnaire.

Or, les dirigeants de la IIème Internationale préférèrent trahir de façon éhontée la classe ouvrière qu’ils étaient sensés servir, tous les principes dont ils se réclamaient, comme toutes les résolutions qu’ils avaient solennellement votées, pour passer objectivement et sans espoir de retour dans le camp de la bourgeoisie. La social-démocratie n’était plus que le fantôme de ce qu’elle avait été, et était désormais destinée à poursuivre sa trajectoire politique dans un autre rôle, celui, pour reprendre les mots de Lénine, de commis de la bourgeoisie au sein de la classe ouvrière. Un seul des partis de la IIème Internationale était resté debout et fidèle à ses principes dans la débâcle générale : le Parti bolchevik, fondé par Lénine. Pour ceux des militants des partis socialistes qui étaient restés fidèles à leurs principes et voulaient continuer la lutte, tout restait à reconstruire. Ce travail de reconstruction commença immédiatement, et Lénine y joua un rôle majeur. Mais la première conférence socialiste internationale proprement dite qui parvint à se tenir fut celle de Zimmerwald. Elle joua un rôle charnière dans notre histoire.

La conférence de Zimmerwald fut organisée par le socialiste suisse Robert Grimm, qui faisait alors partie des « centristes » de la IIème Internationale, et qui allait devenir une personnalité marquante dans l’histoire du PSS. Son ordre du jour était simple : comment mettre fin à la guerre ? Mais, même si la direction de la conférence resta entre les mains des « centristes », elle fut cristallisée par une opposition entre une majorité pacifiste, qui voulait se borner à exiger la fin de la guerre, ce par des méthodes légales et dans le cadre du système capitaliste, et ce qu’on allait appeler la « gauche de Zimmerwald », réunie autour de Lénine, qui ne voulait pas en rester là, mais estimait qu’une rupture était nécessaire avec la IIème Internationale irrémédiablement faillie, qu’il fallait analyser les causes de cette faillite, et qu’il n’était pas possible d’obtenir une fin de la guerre qui soit dans l’intérêt des peuples et qui ne débouche pas sur une nouvelle guerre mondiale, sans révolution socialiste, et que donc il fallait transformer la guerre impérialiste en guerre révolutionnaire.

Après des débats houleux, la Conférence de Zimmerwald finit par voter à l’unanimité un manifeste de compromis, rédigé par Trotski, dont il est utile de dire qu’il n’était nullement alors du côté de Lénine, mais de celui des « centristes ». Le manifeste dénonçait la trahison des dirigeants de la IIème Internationale, sans toutefois en préciser les causes, démasquait le mensonge de la défense de la patrie, et analysait la guerre en cours comme purement impérialiste, et surtout appelait les travailleurs de tous les pays à s’unir pour mettre fin à la guerre, lutte qui est aussi une lutte pour le socialisme, dont le manifeste ne précisait pourtant pas les moyens. Dans un monde déchiré par une guerre fratricide, le manifeste de la Conférence de Zimmerwald lançait cet appel : « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » Le souvenir n’en fut pas oublié. Ainsi que l’écrira plus tard le poète Vladimir Maïakovski : « Parmi toute la maison de fous seul Zimmerwald se dressa sobre. Depuis là Lénine avec une poignée de camarades se leva au dessus du monde et leva le feu de la pensée plus éclatant que n’importe quel incendie, la voix plus forte que toutes les canonnades ». 

Bien qu’il ne se priva pas de critiquer publiquement les insuffisances et les non-dits du manifeste de Zimmerwald, Lénine n’en estima pas moins qu’il s’agissait d’un premier pas en avant important vers la reconstruction du marxisme révolutionnaire et d’une nouvelle Internationale, débarrassée de l’opportunisme et du social-chauvinisme. Car si les « centristes » avaient provisoirement gardé l’avantage, du moins formellement, la gauche de Zimmerwald n’avait pas moins remporté une victoire majeure : outre le fait qu’elle ait réussi à faire passer nombre de points importants dans le manifeste commun, elle était surtout apparue comme la force la plus dynamique et la plus conséquente du mouvement socialiste international, tandis que ses adversaires n’avaient aucun argument de poids à lui opposer, mais seulement des lâches excuses sur le chauvinisme ambiant ou leur peur de la répression qui pourrait les frapper s’ils assument une position trop conséquente.

Quelques mois plus tard, du 24 au 30 avril 1916, fut tenue la Conférence de Kienthal, également dans le canton de Berne, qui poursuivit la discussion entamée à Zimmerwald et fut probablement plus importante encore. Mais nous en rediscuterons à l’événement que nous organiserons pour commémorer cette échéance. En 1917 enfin, eut lieu la Révolution d’octobre, la première révolution prolétarienne victorieuse de l’histoire, et la naissance du premier Etat socialiste du monde. Le Parti bolchevik parvint à appliquer avec succès sa stratégie visant à transformer une guerre impérialiste en guerre révolutionnaire, et changea ainsi la planète à tout jamais. Quant à la guerre, elle se termina comme guerre impérialiste, avec humiliation et pillage du vaincu, repartage des possessions coloniales, dont les peuples restaient plus que jamais privés de tout droit, annexions…jetant ainsi les bases de la guerre mondiale suivante, ainsi que Lénine l’avait prédit. Le fait néanmoins que la guerre ait débouché sur une révolution que les bourgeoisies du monde entier ne purent briser, la révolution prête à éclater dans plusieurs métropoles impérialistes, les contraignit de faire quelques concessions aux travailleurs des métropoles, qu’elles essayent de reprendre aujourd’hui. Quant au mouvement amorcé à Zimmerwald, il ne fut pas sans suite. La gauche de Zimmerwald fut l’amorce de ce qui allait devenir, en 1921, la Troisième Internationale, une Internationale renouvelée, conséquente, révolutionnaire, débarrassée de l’opportunisme et de la collaboration de classe, une Internationale dont nous sommes également les héritiers. La Conférence de Zimmerwald est donc un événement fondateur de notre propre histoire, et en la présente commémoration, je voudrais ne pas trop m’appesantir sur les questions strictement historiques, mais insister sur trois aspects majeurs de l’héritage politiques de Zimmerwald, qui restent plus actuels que jamais.

Le capitalisme, le socialisme et la guerre

La première question est bien entendu celle de la guerre. Le manifeste de Zimmerwald déclarait : « Quels que soient les responsables immédiats du déchaînement de cette guerre, une chose est certaine : la guerre qui a provoqué tout ce chaos est le produit de l’impérialisme. Elle est issue de la volonté des classes capitalistes de chaque nation de vivre de l’exploitation du travail humain et des richesses naturelles de l’univers. De telle sorte que les nations économiquement arriérées ou politiquement faibles tombent sous le joug des grandes puissances, lesquelles essaient, dans cette guerre, de remanier la carte du monde par le fer et par le sang, selon leurs intérêts. [...] La guerre révèle ainsi le caractère véritable du capitalisme moderne qui est incompatible, non seulement avec les intérêts des classes ouvrières et les exigences de l’évolution historique, mais aussi avec les conditions élémentaires d’existence de la communauté humaine ». Jaurès avait dit plus simplement : "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage." La guerre est un produit nécessaire, inévitable du capitalisme, une fois qu’il est parvenu à un certain stade d’évolution, caractérisé par la domination des monopoles et du capital financier. Arrivé au stade impérialiste de son développement le capital est nécessairement fauteur d’agression et de guerre, et ne peut pas ne pas l’être. Ainsi que le dit Lénine : « Le capital financier vise à l’hégémonie, et non à la liberté. La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l’impérialisme ». Ou encore : « La guerre n’est pas en contradiction avec les principes de la propriété privée, elle en est le développement direct et inévitable. En régime capitaliste, le développement égal des différentes économies et des différents Etats est impossible. Les seuls moyens possibles de rétablir de temps en temps l’équilibre compromis, ce sont en régime capitaliste les crises dans l’industrie, les guerres en politique ».

L’histoire n’a que trop confirmé cette analyse. Depuis la fin de la Première Guerre mondiale, les canons ne se sont tus pratiquement pas une seule année. Depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, depuis que les Etats-Unis d’Amérique sont devenus la puissance impérialiste dominante, et le chef de fil du camp impérialiste, pratiquement pas une année n’a passé sans que ce pays n’attaque un Etat souverain, pour maintenir son hégémonie au niveau mondial, ou parce que le peuple de cet Etat a eu l’audace de se choisir un gouvernement qui pour une raison ou une autre déplaît à ceux qui prennent les décisions à Washington. Cette politique d’agression impérialiste de USA et de ses alliés de l’OTAN a fait des millions de morts, des pays entiers dévastés et réduits en ruines…et des milliards de dollars sur les comptes des grandes corporations qui contrôlent les deux partis du bipartisme, démocrate et républicain. La crise des réfugiés qui meurent par centaines aux portes d’une Europe forteresse qu’on observe depuis quelques temps est entièrement due à la déstabilisation du Proche-Orient par l’impérialisme occidental. Avec l’aggravation de la crise systémique du capitalisme depuis 2007, et dont on ne voit pas la porte de sortie, ainsi que le déclin tendanciel de l’empire étatsunien, dont l’hégémonie devient de plus en plus fragile, on observe une aggravation de l’agressivité de l’impérialisme, et une intensification du nombre de guerres qu’il déclenche. Si les puissances impérialistes ne s’affrontent à ce jour pas directement, elles le font par l’intermédiaire de juntes et de bandes armées rivales qu’elles financent, avec des conséquences dramatiques pour les populations concernées, ce dont elles n’ont cure. Mais avec la déstabilisation croissante du Proche-Orient créée par l’impérialisme, et avec l’escalade militaire face à l’Iran, le risque est bien réel de guerre régionale dont il est difficile de surestimer l’ampleur. Et la stratégie « pivot vers l’Asie » des USA, et l’épreuve de force avec la République populaire de Chine qu’elle implique, est porteuse d’une menace bien réelle de conflit global…

Non seulement le capitalisme reste plus que jamais porteur de guerre aujourd’hui, mais il l’est intrinsèquement et nécessairement. Il ne peut pas être rendu pacifique. La paix ne peut pas être établie durablement au sein même du capitalisme. Toutes les tentatives en ce sens, qui furent la marotte de tous les opportunistes depuis le temps de Zimmerwald, en particuliers des « centristes » d’alors, comme des cours d’arbitrage ou les Etats-Unis d’Europe, ont lamentablement échoué et généralement tourné à la farce. La Société des nations, tout comme l’ONU, ont prouvé leur caractère absolument inopérant pour empêcher des guerres ou rendre le monde plus pacifique. Depuis la fondation de l’ONU, la guerre est interdite de par le droit international. Il n’y a donc plus eu aucune déclaration de guerre. Ce qui n’empêche pas qu’il y a tout autant de guerres qu’avant, si ce n’est plus. Plus grave, les instruments onusiens, censés garantir la paix, ont souvent été dévoyé pour absoudre les crimes de l’impérialisme, comme la destruction impérialiste de la Lybie, dans l’intérêts des monopoles pétroliers occidentaux, fut cautionnée par le Conseil de sécurité de l’ONU sous un prétexte humanitaire hypocrite.

Pour ce qui est d’une marotte en particulier, chérie déjà par les opportunistes du temps de Lénine, et qui est pratiquement réalisée de nos jours : les Etats-Unis d’Europe, autrement dit l’Union Européenne. La propagande européiste officielle prétend que l’UE a été édifiée pour garantir la paix et empêcher que de nouvelles guerres n’ensanglantent l’Europe. C’est un mensonge. D’une part, l’UE n’a nullement été un facteur de paix. Liée de près à la machine de guerre impérialiste qu’est l’OTAN, l’UE porte une lourde responsabilité dans les guerres qui ont détruit l’ex Yougoslavie, ainsi que dans celle qui ensanglante aujourd’hui l’Ukraine. S’il n’y a plus de risque de guerre entre les grandes puissances composant l’UE, en tant que telle elle se présente clairement comme une puissance impérialiste en construction opposée à d’autres puissances impérialistes. Maintenant que la construction d’un Etat supranational européen est presque achevée, il se présente clairement pour ce qu’il est, un empire ordolibéral, despotique, verrouillé, imperméable à quelque démocratie que ce soit, imposant une tyrannie libérale par la force aux peuples, et exerçant une oppression néocoloniale, doublée d’une guerre économique, contre ceux de ses membres qui, comme la Grèce, se montrent quelque peu récalcitrant par rapport à sa loi d’airain. Et que dire d’une construction européenne qui prétend veiller à empêcher que les horreurs du nazisme jamais ne se répètent, et qui ferme les yeux sur la renaissance d’un néonazisme non-dissimulé dans les pays baltes et en Ukraine ?

Il est très intéressant de remarquer que Lénine et Jaurès ont très exactement prévu ce que l’UE ne pouvait qu’être nécessairement, bien avant qu’elle existe. Lénine, d’abord, citation très connue : « Les Etats-Unis d’Europe sont, en régime capitaliste, ou bien impossibles, ou bien réactionnaires ». Jaurès ensuite, citation un peu oubliée, mais à tort : « Tant que le prolétariat international ne sera pas assez organisé pour amener l’Europe à l’état d’unité, l’Europe ne pourra être unifiée que une sorte de césarisme monstrueux, par un saint empire capitaliste qui écraserait à la fois les fiertés nationales et les revendications prolétariennes ».

Un argument que les européistes de différentes obédiences utilisent souvent c’est que la Première Guerre mondiale fut le produit des nationalismes, et que donc tout ce qui s’apparente de près ou de loin au nationalisme, tout défense d’un Etat-nation sous quelque forme que ce soit, serait potentiellement belliqueux, et donc réactionnaire. Et donc un saut fédéraliste européen, le dépassement des Etats-nations dans une structure supranationale européenne serait de ce fait progressiste. Mais c’est là un sophisme grossier. La guerre fut certes vendue aux peuples avec la bannière du nationalisme, mais sa cause fut l’impérialisme, non l’Etat-nation. Or l’impérialisme est un phénomène structurel du capitalisme à un certain stade de son évolution, pas un produit du nationalisme, et peut s’incarner aussi sous une forme différente de l’Etat-nation. L’Empire ordolibéral euro-bruxellois lui est en l’occurrence une forme extrêmement favorable. Or la lutte contre l’impérialisme passe aussi par la défense de la souveraineté nationale contre l’oppression impérialiste, y compris s’il s’agit de l’oppression exercée par les technocrates non-élus de Bruxelles.

Quoiqu’il en soit, le danger de guerre est plus important que jamais à notre époque, et le combat pour la paix, contre la guerre, contre l’impérialisme est plus que jamais vital et urgent. Ce combat fut toujours porté par les communistes, et nous devons continuer à le porter. A part nous, personne ne le fera, puisque seuls les communistes comprennent clairement que le combat pour la paix est aussi un combat contre l’impérialisme, un combat pour la suppression de l’impérialisme, pour son remplacement par une autre société, faute de quoi la paix ne saurait être durablement assurée. Comment mener aujourd’hui ce combat pour la paix ? Il faut commencer par répondre à la question comment ne pas le faire, et cela nous amène au deuxième aspect majeur de l’héritage de Zimmerwald.

Qui nous a trahi ? La social-démocratie !

Le deuxième aspect majeur de l’héritage de Zimmerwald que je voudrais traiter est le rôle de la social-démocratie, alors et aujourd’hui. La social-démocratie avait représenté une étape historique majeur de l’histoire du mouvement ouvrier et communiste, elle représenta une forme d’organisation politique de la classe ouvrière de grande importance en son temps, dont l’héritage reste encore aujourd’hui inestimable, et qui semblait un moment pouvoir remplir son rôle historique d’édifier une société socialiste. Pourtant, la majorité de ses chefs trahirent les travailleurs comme les principes dont ils se réclamaient, de façon éhontée et sans espoir de retour, en jetant les travailleurs dans la grande boucherie impérialiste qu’était la Première Guerre mondiale, couvrant ainsi à jamais d’opprobre les noms de « social-démocrate » et de « socialiste », qui furent naguère glorieux.

Comment cette trahison fut-elle possible ? C’est que, bien avant 1914, la social-démocratie européenne avait accompli une véritable mutation idéologique, renonçant en réalité à toute perspective révolutionnaire au profit de la collaboration de classe. Les ambiguïtés de son discours officiels cachaient plus ou moins ce glissement, que la guerre n’a fait que révéler, et mener à son terme. Si cette mutation eut lieu, c’est que, dans la façon même dont les partis de la IIème Internationale furent édifiés, et qui initialement permit leur succès rapide, il y avait un certain nombre de tares qui rendaient fatale leur dégénérescence ultérieure : assemblage hétéroclite de tendances et de courants variés et ayant peu en commun, masqué par l’ambiguïté du discours officiel et l’unité du parti érigée en norme quasi-sacrée, choix quasi-exclusif de l’intégration au sein des institutions démocratiques bourgeoises au détriment de toute autre forme de lutte, renoncement de facto à la lutte de classe et à la perspective du socialisme au profit de la routine parlementaire, et développement d’un courant opportuniste prêchant ouvertement la collaboration de classe avec la bourgeoisie, sous le regard bienveillant des directions qui allaient finir par s’y rallier. Ainsi que le dit Lénine : « Durant toute l’existence de la IIème Internationale, une lutte s’est poursuivie à l’intérieur de tous les partis social-démocrates entre l’aile révolutionnaire et l’aile opportuniste. [...] Aucun marxiste ne doutait que l’opportunisme fût l’expression de la politique bourgeoise au sein du mouvement ouvrier, l’expression des intérêts de la petite bourgeoisie et de l’alliance avec « leur » bourgeoisie d’une partie minime d’ouvriers embourgeoisés contre les intérêts de la masse des prolétaires, de la masse des opprimés.
Les conditions objectives de la fin du XIXème siècle renforçaient tout particulièrement l’opportunisme, l’utilisation de la légalité bourgeoise étant transformée de ce fait en servilité à son égard ; elles créaient une mince couche bureaucratique et aristocratique de la classe ouvrière, et attraient dans les rangs des partis social-démocrates nombre de « compagnons de route » petits-bourgeois ».

Après que cette dérive fût rendue tristement éclatante par la guerre, la IIème Internationale ne pouvait plus continuer comme avant. Ceux qui étaient passés sans scrupule aucun dans le camp de la bourgeoisie et ceux qui voulaient rester dans le camp du travail ne pouvaient plus rester au sein du même parti. Les appels à conserver l’unité du parti et à « garder la vielle maison » d’un Léon Blum étaient d’une hypocrisie achevée : à quoi rimait l’unité de ceux qui n’avaient plus rien à faire ensemble, et pourquoi rester dans une vielle maison pourrie des fondations jusqu’au sommet ? Une rupture était absolument nécessaire, et si le Parti bolchevik avait tenu bon dans la tempête, c’est parce qu’il avait déjà opéré la nécessaire séparation d’avec la variante russe de l’opportunisme qu’est le menchevisme, et s’était débarrassé de toutes les ambiguïtés qui caractérisaient la vielle social-démocratie. Et si le PSS fut épargné de devoir trancher pour ou contre les crédits de guerre, il était frappé exactement des mêmes tares que ses partis frères, si bien qu’une rupture là aussi était nécessaire, une rupture qui eut lieu en deux temps, une première qui donna naissance au PCS d’avant-guerre, et une deuxième, différée, qui mena à la fondation du PST.

La social-démocratie subsista après sa séparation d’avec les communistes, et refonda une Internationale socialiste, mais son rôle et son positionnement politique avaient changé. Débarrassée de son aile révolutionnaire, il ne lui restait plus que l’opportunisme, et un centre acquis de fait à l’opportunisme. Elle organisait toujours une partie de la classe ouvrière qui continuait de voir en elle l’espoir, mais pour la seule collaboration de classe, plus du tout pour la lutte. Non seulement la social-démocratie n’a jamais construit nulle part le socialisme, elle ne fit jamais rien, strictement rien, ne serait-ce que pour tenter de définir les moyens d’approcher cet objectif, qu’elle proclamait encore parfois à titre de référence vide de sens, purement routinière, morte, et qu’elle finit par abandonner officiellement pratiquement partout. Son objectif affiché était désormais de gérer loyalement le capitalisme, mieux et plus humainement que la droite, mais sans trop toucher aux intérêts de la bourgeoisie, et elle y parvint très bien, en participant à des gouvernements bourgeois, et en gouvernant…dans l’intérêt de la bourgeoisie. Si parfois elle crut avoir réalisé quelque chose pour les travailleurs,  c’est seulement poussée par la lutte des communistes, et ayant face à elle une bourgeoisie se sentant bien obligée en ce temps de faire quelques concessions par peur de l’exemple qu’était le camp socialiste et la menace bien réelle d’une révolution. Mais souvent elle n’hésita pas à trahir les travailleurs après les avoir trompé, et à leur imposer une politique de droite, comme le fit par exemple Mitterrand.

Pour ce qui est des guerres impérialistes par contre, la social-démocratie les cautionna toutes sans scrupules, avec tout juste des arguments plus hypocrites que la droite. Le PS français tout particulièrement fut de tous les crimes coloniaux de l’impérialisme français. On se souvient très bien du rôle joué par Guy Mollet dans la Guerre d’Algérie et sa caution de l’usage de la torture, ainsi que celui, très probable, de François Mitterrand dans l’assassinat de Thomas Sankara, et ce ne sont là que deux exemples parmi tant d’autres. Les dirigeants sociaux-démocrates de nos jours, que ce soit Blair ou Hollande, font partie des atlantistes les plus virulents, et des fauteurs de guerre les plus dépourvus de scrupules, cautionnant, voire démarrant des guerres sous de prétextes hypocrites et dans le seul intérêts des grands monopoles. Et c’est un socialiste norvégien, Jens Stoltenberg, qui est le secrétaire général en titre de l’OTAN.

En Suisse, si le PSS compte beaucoup de membres progressistes et attachés aux valeurs de gauche en ses rangs, ce qui en fait souvent un allié occasionnel, il n’en demeure pas moins que sa perspective politique reste l’aménagement du capitalisme, des modifications de détail dans le cadre de la société actuelle qu’il ne s’agit nullement de changer, ainsi que la collaboration de classe plutôt que la lutte : paix du travail et partenariat social en politique syndicale, et recherches de compromis avec les partis bourgeois dans les parlements. Cette perspective ne saurait être la nôtre. Cela sans compter la politique menée par ses deux conseillers fédéraux, et nombre de ses magistrats, dont on ne voit pas bien en quoi elle se distingue de celle que des élus de droite feraient.

La rupture avec la social-démocratie était absolument nécessaire, et nous devons nous y tenir. Quant aux appels incessants que l’on entend par ci par là comme quoi il faudrait se débarrasser de toutes les différences de virgules inutiles et de vielles divergences héritées de l’histoire, pour se rassembler dans un grand parti uni de toute la gauche radicale afin de peser sur la politique actuelle, sous leur allure de gadget post-moderne, il ne s’agit là que d’appels à revenir très exactement à la vielle forme périmée des partis de la IIème Internationale. Et à répéter leurs échecs. Mais c’est de l’histoire ancienne tout ça, qui s’en souvient encore ? Clament les partisans de cette dilution. « Oublier les leçons d’histoire, c’est se condamner à les revivre » disait Karl Marx. Et invoquer sa propre ignorance de l’histoire, ou son refus de savoir, ne saurait en aucun cas passer pour un argument valable.

La lutte pour le socialisme, l’héritage positif de Zimmerwald

Nous avons donc établi que la guerre est une conséquence nécessaire du capitalisme, que donc lutter contre elle implique de lutter contre le capitalisme, et que la rupture avec la social-démocratie faillie était nécessaire pour continuer la lutte. Fort bien, mais que faire à la place de la social-démocratie, et pour quels objectifs de lutte ? La réponse à cette question m’amène au troisième aspect de l’héritage de Zimmerwald, son héritage révolutionnaire. Nous avons dit que la majorité des délégués présents à la Conférence de Zimmerwald, s’ils acceptèrent de voter un manifeste dénonçant la trahison des chefs de la IIème Internationale, et proclamant que la lutte pour la paix est aussi une lutte pour le socialisme, ils refusèrent catégoriquement d’analyser les causes de cette trahison, à se pencher sur tout changement de leur organisation internationale, comme de préciser ces moyens de lutte. Mais le mouvement que Lénine avait lancé à la tête de la gauche de Zimmerwald n’allait que croître, amplifié par la Grande Révolution socialiste d’octobre, par la fondation du premier Etat ouvrier et paysan de l’histoire, et déboucher sur la création de la IIIème Internationale, l’Internationale communiste, le Komintern, en 1921. Le Komintern, et le parti communiste, apparaissent clairement comme l’alternative au vieux modèle de parti social-démocrate périmé, et la réalisation de ce qui avait commencé à Zimmerwald.

A vrai dire, les objectifs d’un parti de type nouveau, communiste, étaient déjà énoncés avec une grande précision en conclusion du projet de résolution de la gauche de Zimmerwald, rédigé par Lénine, que la majorité des délégués présents à la Conférence n’a pas voulu voter : « La guerre impérialiste inaugure l’ère de la révolution sociale. Toutes les conditions objectives de l’époque actuelle mettent à l’ordre du jour la lutte révolutionnaire de masse du prolétariat. Les socialistes ont pour devoir, sans renoncer à aucun des moyens de lutte légale de la classe ouvrière, de les subordonner tous à cette tâche pressante et essentielle, de développer la conscience révolutionnaire des ouvriers, de les unir dans la lutte révolutionnaire internationale, de soutenir et de faire progresser toute action révolutionnaire, de chercher à transformer la guerre impérialiste entre les peuples en une guerre civile des classes opprimées contre leurs oppresseurs, en une guerre pour l’expropriation de la classe des capitalistes, pour la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, pour la réalisation du socialisme ».

Il est à la mode dans une certaine gauche non-communiste de critiquer les fameuses 21 conditions d’adhésion à la IIIème Internationale comme inutilement restrictives, et la bolchevisation des partis communistes comme une contrainte totalitaire. Ils peuvent bien parler, mais la vérité est que ces mesures étaient absolument nécessaires pour débarrasser les nouveaux partis communistes de toutes les vielles scories héritées de la social-démocratie, ainsi que des opportunistes, et des opportunistes camouflés en centristes qui viendraient les parasiter. Après la Deuxième Guerre mondiale, les partis communistes ont pu devenir de véritables partis de masses, fondés sur un modèle un peu moins restrictifs que les partis membres du Komintern, mais gardant une fidélité sans faille aux mêmes principes fondateurs. C’est dans c’est esprit que furent alors fondés les partis du travail, dont le nôtre.

Le bilan du mouvement communiste international, de tous les partis issus de la tradition remontant à la IIIème Internationale, et lui étant demeurés fidèles, est sans doute extrêmement complexe, mais d’un autre côté il est extrêmement clair et sans appel : un bilan absolument remarquable. Partout où le socialisme fut édifié, c’est par un parti communiste. Aucun parti issu d’une tradition différente n’a à ce jour jamais et nulle part édifié le socialisme. L’histoire des pays socialistes est extrêmement complexe et parsemée aussi de contradictions, d’erreurs et d’insuffisances. La disparition de la plupart d’entre eux au tournant des années 90 reste à jamais une tragédie sans équivalent dans l’histoire, avec des répercussions dramatiques pour le mouvement communiste international et les luttes populaires. Cela n’empêche pas pourtant, et n’effacera jamais, leurs réalisations au service de leurs peuples et des travailleurs du monde entier qui étaient sans précédent dans l’histoire, remarquables à maints égards, et massivement regrettées aujourd’hui par les peuples qui ont connu le socialisme et qui subissent aujourd’hui la restauration du capitalisme. Ce bilan et ces réalisations, nous devons aussi les porter, car ils font intrinsèquement partie de notre héritage. Dans le monde capitaliste même, les luttes populaires les plus conséquentes, les plus résolues furent organisées par les communistes, et tous les acquis sociaux et démocratiques dont nous ayons jamais disposé, et que la bourgeoisie aujourd’hui essaye de supprimer, nous les devons à la lutte des partis communistes. En Suisse également, le peu de sécurité sociale qui existe provient de la lutte qu’avait mené le Parti suisse du Travail.

L’héritage théorique et pratique du mouvement communiste international, issu du Komintern, et donc de Zimmerwald, est un bien précieux et indispensable des travailleurs et des classes populaires aujourd’hui, l’unique et indispensable boussole pour conduire leur lutte pour leurs droits et aspirations légitimes, pour mettre définitivement fin à l’impérialisme et à ses guerres, pour briser les chaînes de l’oppression capitaliste, et édifier une société socialiste qui sera enfin au service du bien commun et non d’une petite minorité d’exploiteurs.

Cela implique de reconstruire un grand parti révolutionnaire, édifié au service des objectifs énoncés par Lénine à Zimmerwald : sans renoncer aucunement à la lutte parlementaire et par les moyens légaux, toujours mener une lutte de classe sans compromissions, et sans jamais entrer dans une logique de collaboration de classe, au service des travailleurs, de les organiser politiquement pour leur lutte, avec pour perspective le renversement de la domination de la bourgeoisie et la prise du pouvoir politique par les travailleurs, ce qui constitue à proprement parler une révolution socialiste, et la construction d’une société socialiste.

C’est certes là une tâche difficile et de longue haleine. Une tâche à contre-courant aussi. Nous aurons tout le poids de l’idéologie dominante contre nous dans cette entreprise. Mais seuls les poissons morts nagent dans le courant. Il serait certes plus confortable de viser des objectifs plus « modérés » et « pragmatiques », plus réformistes pour parler clairement. Mais s’il y a une chose que le tragique échec du gouvernement SYRIZA en Grèce et l’adoption du 3ème mémorandum ont montré, c’est qu’aujourd’hui le réformisme, même avec les intentions les meilleures du monde, conduit fatalement à faire la même chose que la social-démocratie, et à trahir comme elle. Ce n’est pas d’un aménagement du capitalisme que nous avons besoin, mais d’une rupture révolutionnaire. Et c’est d’un parti révolutionnaire que les travailleurs de notre pays ont en réalité besoin. Notre parti est le seul, de par son histoire et son héritage, à pouvoir jouer ce rôle. Je suis aussi intimement convaincu qu’il est tout à fait capable d’atteindre cet objectif.


Ainsi que l’avait dit Georges Dimitrov : « Lutter pour la paix, c’est lutter contre le fascisme, c’est lutter pour le socialisme dans le monde entier ».