05 octobre 2022

40 ans depuis le décès de Wladyslaw Gomulka, une figure méconnue, mais importante du Mouvement communiste international

 


Le 1er septembre 1982, décédait à Varsovie, à l’âge de 77 ans, Wladyslaw Gomulka. Ce quarantième anniversaire ne fut guère remarqué, dans la mesure où la personne dont il est question est aujourd’hui pratiquement oubliée. Pourtant, Wladislaw Gomulka fut une figure importante du mouvement communiste international, et à coup sûr un personnage intéressant et hors du commun : né en 1905, à Krosno, en Galicie (dans la partie de la Pologne alors contrôlée par l’empire d’Autriche-Hongrie), ouvrier à l’âge de 14 ans, il rejoint en 1921 le Parti socialiste polonais (PPS), puis le Parti communiste polonais en 1926 ; étudie à l’École internationale Lénine à Moscou ; connaît la lutte politique et syndicale dans la clandestinité, deux fois emprisonné par le régime de Pilsudski ; participe à la résistance contre l’occupant nazi ; dirigeant du Parti ouvrier polonais – qui en 1948 fusionnera avec le PPS pour former le Parti ouvrier unifié polonais (POUP) – et président du Conseil des ministres de la toute nouvelle Pologne populaire. Il défend alors une « voie polonaise vers le socialisme », différente de celle suivie par l’URSS, et caractérisée par une certaine modération et le rejet de la collectivisation des terres. Accusé de « révisionnisme » et de « nationalisme », il est arrêté et exclu du POUP en 1951. Libéré en 1954, il est appelé à prendre la tête du Parti (et de fait de l’État, dont le POUP est la force dirigeante) en 1956, responsabilités qu’il exerce jusqu’en 1970.

 

Il mérite qu’on se souvienne de lui, qu’on étudie sa pensée et son action politique ; ce qui n’est pas sans intérêt pour les communistes d’aujourd’hui. Ce sont des circonstances du retour de Wladyslaw Gomulka que nous traiterons en tout premier lieu dans les lignes qui suivent. Celui-ci prononça en effet, au plénum du Comité central du POUP, tenu le 20 octobre 1956, un rapport – moins connu que le fameux rapport secret de Nikita Khrouchtchev au XXème Congrès du PCUS, pourtant théoriquement plus profond et plus intéressant – qui constitue un document important, bien que méconnu, du mouvement communiste international, qui est digne d’être étudié de nos jours.

 

La situation en Pologne en 1956

 

Lorsque le POUP jugea utile de demander à Wladyslaw Gomulka de prendre la tête du Parti, et l’invita dans ce but au plénum du Comité central du 20 octobre 1956, la Pologne était en situation de crise. Au lendemain de la libération de la Pologne de l’occupation nazie par l’armée soviétique, une démocratie populaire y fut établie, un système à plusieurs partis, mais sous l’hégémonie du POUP, en tant que parti de la classe ouvrière. Ce nouveau régime s’employa à la reconstruction du pays, après les ravages de la guerre, et entama la construction d’une société socialiste. Néanmoins, d’après l’analyse qu’en fait Gomulka du moins, la politique implémentée par la direction du POUP (avec Boleslaw Bierut pour premier secrétaire, jusqu’à son décès le 12 mars 1956), donna lieu à d’importantes distorsions – dues à une reproduction rigide, et inadaptée à la réalité polonaise, de la voie suivie par l’URSS dans l’édification du socialisme – et fut de ce fait à l’origine de la crise que traversait la Pologne populaire en 1956.

 




Un plan sexennal, dont l’objectif était de reconstruire un pays dévasté par la guerre, d’impulser le développement économique et l’industrialisation, d’améliorer les conditions de vie des travailleuses et travailleurs, était alors arrivé à son terme. Or, d’après Gomulka, les objectifs de ce plan sexennal n’étaient pas atteints, si bien que ceux du plan quinquennal qui débutait étaient gravement compromis. L’imitation du modèle de développement économique soviétique se caractérisait principalement par deux choix cruciaux : priorité unilatérale donnée à l’industrie lourde, et collectivisation de l’agriculture, au moyen d’une forme de pression économique de fait (à défaut de collectivisation forcée).

 

La priorité accordée au développement de l’industrie lourde donna certes des résultats, mais moins brillants qu’à première vue, et au prix de déséquilibres économiques importants. D’une part, les résultats n’étaient pas si bons qu’ils ne semblaient et étaient parfois obtenus par des moyens contestables. L’exemple allégué par Gomulka est celui des mines de charbon, dont le rendement total s’était accru apparemment de manière appréciable, mais ce grâce, principalement, aux heures supplémentaires et au travail du dimanche, tandis que la productivité horaire avait baissé. La priorité unilatérale accordée à l’industrie lourde l’était au détriment de la production des biens de consommations, de la construction de logements et d’équipements collectifs, de l’amélioration du niveau de vie de la population (qui n’était pas très élevé, pour le moins). Pour faire apparaître artificiellement les résultats meilleurs qu’ils ne l’étaient, le gouvernement manipula les statistiques, affirmant que les salaires réels s’étaient accrus de 27%. Ce qui ne fit qu’énerver davantage les ouvriers polonais, qui savaient bien que ce n’était pas vrai. En outre, aux yeux de Wladyslaw Gomulka, l’économie polonaise souffrait d’un modèle de planification inadapté. La négation de la loi de la valeur, de son rôle incontournable aux débuts de la construction du socialisme, conduisait à une fixation des prix trop bas, inférieurs aux coûts de productions, ce qui rendait les entreprises structurellement déficitaires, et obligeait l’État polonais à les subventionner. Ce qui était au-dessus de ses moyens, et conduisait à d’autres déséquilibres économiques. Cerise sur le gâteau, la Pologne populaire avait souscrit des crédits importants à l’étranger pour tenter d’accélérer son développement industriel, et qu’elle n’a pas été en mesure d’utiliser efficacement dans leur intégralité. Elle se retrouvait désormais lourdement endettée, et dans l’incapacité de rembourser, ce qui hypothéquait gravement la réalisation du plan quinquennal.

 

La tentative d’accélérer artificiellement la collectivisation de l’agriculture par des moyens s’apparentant à de la contrainte économique n’amena pas des résultats plus heureux. L’agriculture polonaise n’avait été jusqu’en 1956 que très minoritairement collectivisée, et restait majoritairement en mains d’exploitations paysannes privées. Toutefois, les coopératives et les fermes d’État jouissaient d’avantages irréguliers, que Wladyslaw Gomulka estimait indus, eu égard aux exploitations privées (auxquelles on essayait ainsi de forcer la main pour se mettre en coopératives). Les mesures de « limitation » des propriétés de « koulaks » (les paysans estimés « riches », même si cette catégorisation était hautement contestable) devaient bien plutôt être vue comme une politique de ruine économique de ces exploitations. Or, les coopératives et les fermes d’État avaient en pratique des rendements inférieurs à ceux des exploitations individuelles. Pour qu’elles soient en mesure de payer les salaires à leur personnel, l’État reportait régulièrement leurs dettes d’une année à l’autre, ce qui équivalait à un subventionnement de fait. Le résultat de cette politique était une production agricole inférieure à ce qu’elle pourrait être, et insuffisante pour que la Pologne puisse subvenir par elle-même à ses besoins alimentaires. Sans parler du mécontentement de la paysannerie.

 

Ce qui précède est un résumé de l’analyse faite par Wladyslaw Gomulka, pas nécessairement un compte-rendu objectif des premières années de la République populaire de Pologne. Un défenseur de la politique suivie sous Boleslaw Bierut aurait pu, peut-être, contester certaines affirmations, ou les nuancer du moins.

 

A la reproduction de la voie suivie par l’URSS dans son développement économique correspondait la copie de son modèle politique. Par-là, Gomulka entendait ces déformations particulières à la période stalinienne qu’étaient le culte de la personnalité (nous en reparlerons plus bas), les violations des normes de la légalité socialiste et l’usage de la répression pour régler des problèmes politiques, y compris contre des communistes, allant jusqu’à l’usage de « tortures bestiales ». Il y avait certes là l’implication des services secrets soviétiques et du ministre Lavrenti Beria, mais, d’après Gomulka, les officiels polonais impliqués dans ces abus ne devaient pas non plus être exonérés de leurs responsabilités

 

De ce fait, la classe ouvrière polonaise, malgré son hégémonie officielle, ne se sentait pas satisfaite des politiques menées par son parti en son nom. Les révélations du XXème Congrès du PCUS mirent le feu aux poudres d’une situation déjà potentiellement explosive. Les ouvriers de Poznan se mirent en grève. Des troubles, parfois violents, s’ensuivirent. Des critiques contre la politique menée jusque-là fusèrent de tous les côtés. Les responsables du Parti furent désemparés face à cette crise, parce que certains d’entre eux craignaient de devoir rendre des comptes pour des choses qui pourraient leur être reprochées, et parce que des éléments hostiles au socialisme tentaient de donner au mouvement un sens contre-révolutionnaire. Certains essayèrent de présenter le mécontentement de la classe ouvrière polonaise comme une manœuvres de la réaction interne et de l’impérialisme.

 

Or, estimait Gomulka, ces tentatives de rejeter la faute sur l’ennemi impérialiste étaient politiquement fausses et inacceptables, car « les ouvriers de Poznan n’ont pas protesté contre la Pologne Populaire ni contre le socialisme quand ils sont sortis dans les rues de la ville. Ils ont protesté contre le mal qui a poussé de profondes racines dans notre régime social et qui les a douloureusement frappés eux aussi ; ils ont protesté contre les déformations des principes fondamentaux du socialisme qui est leur idée ». En revanche « les agents et les provocateurs peuvent toujours et partout exister et déployer leur activité, mais ils ne peuvent jamais et nulle part décider de l’attitude de la classe ouvrière ». La faute du mécontentement populaire revient à la direction du Parti et au gouvernement. Gomulka formule alors une critique sans concessions qui pourrait ressembler à ce qu’on trouve dans la bouche des adversaires du socialisme, hormis le fait que son but était en la formulant de préserver le socialisme, de relancer son développement sur des bases saines :

 

« Pour gouverner le pays, il faut que la classe ouvrière et les masses travailleuses fassent confiance à ses représentants qui sont à la tête du pouvoir de l’État. Voilà la base morale de l’exercice du pouvoir de l’État. Voilà la base morale de l’exercice du pouvoir au nom des masses travailleuses. Ce crédit de confiance peut être constamment renouvelé uniquement à la condition que l’on s’acquitte des engagements pris envers ceux qui l’ont accordé. Perdre le crédit de confiance de la classe ouvrière signifie perdre la base morale de l’exercice du pouvoir. »

 

« Un pays peut être gouverné même dans ces conditions, mais les gouvernements ne pourront être que mauvais, car ils doivent s’appuyer sur la bureaucratie, sur les infractions à la légalité, sur la violence. Dans ces conditions, la dictature du prolétariat, en tant que forme la plus large de démocratie pour la classe ouvrière et les masses travailleuses, est privée de son contenu essentiel ».

 

La direction du Parti avait perdu la confiance de la classe ouvrière, et avec elle sa légitimité. Cette confiance, elle devait la retrouver. Il ne suffisait pas pour cela de démettre les responsables des abus de la période précédente, ce serait beaucoup trop facile. Des changements structurels étaient requis.

 

Le XXème Congrès du PCUS, du fait de l’admission par Nikita Khrouchtchev de la légitimité de voies différentes au socialisme, créait également les conditions d’un tournant politique en Pologne. Mais la direction du POUP était divisée sur les mesures à prendre. On attendait de Gomulka qu’il sorte le Parti et le pays de cette mauvaise passe.

 

Le rapport de Gomulka : analyse et critique du culte de la personnalité

 

C’est ce que Wladyslaw Gomulka fit. Mais avant de trouver des solutions aux maux, il faut en établir les causes. Quel était le diagnostic de Gomulka ? Les déformations de la période stalinienne se résumaient à ses yeux, comme à ceux de Khrouchtchev, par le syntagme de « culte de la personnalité ». Mais, malgré sa brièveté, le rapport de Gomulka au CC du POUP est théoriquement plus profond et plus intéressant que le fameux rapport secret de son homologue soviétique au XXème Congrès, qui pour l’essentiel se contenta de rejeter la faute de tout ce qu’il y eut de négatif sur Joseph Staline, sans guère analyser, et en mélangeant des propos sérieux à des demi-vérités et des critiques complètement fantaisistes (comme l’absurde anecdote de Staline traçant la ligne de front sur une mappemonde pendant la IIème Guerre mondiale, ce qui est totalement faux).

 

Gomulka, lui, dit bien que « le culte de la personnalité ne peut être réduit seulement à la personne de Staline ». Il s’agit d’un « système déterminé d’exercice du pouvoir », d’une « voie déterminée vers le socialisme, en appliquant des méthodes contraires à l’humanisme socialiste, au sentiment socialiste de liberté de l’homme, au sentiment socialiste de légalité ». « Celui qui était l’objet du culte de la personnalité connaissait tout, savait tout ; il réglait tout lui-même, il dirigeait tout et décidait de tout lui-même sur le territoire de son activité. Il était le plus sage, indépendamment du savoir, des capacités et des qualités qu’il possédait ». (C’était un peu plus complexe en réalité, surtout en ce qui concerne Staline, dont le culte de la personnalité n’est pas né de rien, mais la critique de Gomulka n’est pas infondée pour autant). Le culte de la personnalité rendait impossible tout travail normal entre celui qui en était investi et ses subordonnés, empêchait le parti où il existait de fonctionner normalement, « formait les cerveaux des hommes, il formait la manière de penser des militants, du parti et membres du parti ».

 

Sans faire d’analyse historique à proprement parler – mais ce n’était pas l’objet de son rapport, et il n’en avait pas non plus le temps – Wladyslaw Gomulka esquisse les origines du phénomène du culte de la personnalité, qu’il attribue à l’environnement extrêmement hostile dans lequel le socialisme fut édifié en URSS :

 

« Les difficultés qui accompagnaient la transformation du régime de la Russie des tsars, arriérée à tous points de vue, en régime socialiste étaient immenses et l’on commença à la période où le parti était dirigé par Staline, à liquider d’une façon de plus en plus intransigeante la confrontation des points de vue au sujet des questions posées par la vie, confrontations normales et pratiquées dans le cadre du parti du vivant de Lénine. Le culte de la personnalité s’implanta à la place occupée dans le parti par la discussion au sein du parti et au fur et à mesure qu’on éliminait cette discussion. La détermination de la voie russe vers le socialisme passait peu à peu des mains du Comité Central aux mains d’un groupe de plus en plus restreint d’hommes pour ne devenir enfin que le monopole de Staline. Ce monopole s’étendit ensuite également au domaine de la théorie scientifique du socialisme ».

 

Des mauvaises langues pourraient dire reconnaître ici le décalque de propos tenus par Léon Trotski. Mais, de nouveau, la différence est dans l’intention ; constructive et dévouée au socialisme de la part de Wladyslaw Gomulka ; mue par le ressentiment envers l’adversaire qui avait eu raison de lui et avec une bonne dose de mauvaise foi de la part de Trotski.

 

Gomulka s’acharne d’ailleurs tellement peu sur Staline, qu’il parle finalement peu de lui, et préfère procéder à une analyse structurelle du culte de la personnalité, dont l’essentiel, d’après lui, fut d’avoir consisté en un système hiérarchique de cultes. Un système qui ressemble quelque peu à la métaphysique néoplatonicienne et à son modèle d’émanation en cascade. Au sommet, à la place de l’Un, trônait Staline. Tous les cultes inférieurs émanaient de lui, ne brillaient que d’un éclat emprunté, tel celui de la Lune. Les premiers secrétaires des pays socialistes autres que l’URSS occupaient le deuxième échelon. Leur culte n’avait qu’une extension locale, mais était incontesté dans ce périmètre. Et il y avait encore plusieurs échelons hiérarchiques dans chaque pays.

 

« Le malheur était moindre », dit Gomulka, « si on revêtait du costume du culte un homme raisonnable et modeste. Celui-là se sentait généralement mal dans ce costume, on peut même dire qu’il en avait honte et qu’il ne voulait pas le porter, quoiqu’il ne pût pas l’ôter entièrement ». En revanche, malheur pour le parti, pour le pays, et pour la cause du socialisme, si celui qui faisait l’objet d’un culte était mu par l’ambition et la vanité, si cela flattait son ego ! Gomulka ne dit pas en revanche s’il estime que Boleslaw Bierut revêtit le costume de guide parce qu’il le fallait bien, ou parce que le rôle lui plaisait.

 

Transposé dans le domaine des relations internationales, le culte de la personnalité rendait impossible des rapports normaux, sur une base d’égalité, de respect mutuel, d’un dialogue fraternel, du respect de l’indépendance, de la souveraineté de chacun, entre partis communistes et entre pays socialistes. Des principes que Staline lui-même reconnaissait en paroles, mais qui ne pouvaient être mis en œuvre en même temps que le culte de la personnalité.

 

Mais, attention, dit Gomulka, le culte de la personnalité ne doit pas être confondu avec l’autorité de la personnalité, car « le culte de la personnalité déforme et dévie l’idée du socialisme et décourage les travailleurs du socialisme, tandis que l’autorité des centaines et des milliers de dirigeants du parti et du pouvoir populaire est très favorable au développement de l’édification du socialisme et est simplement indispensable pour pouvoir diriger le part et l’État ». Mais l’autorité ne peut s’octroyer, il faut la mériter chaque jour « au prix d’un dur labeur en se servant de l’esprit et en demeurant modestes ». Le parti et ses dirigeants se devaient de retrouver une autorité, que seule la confiance de la classe ouvrière pouvait leur accorder, et c’est pourquoi « il faut, de toutes ses forces, combattre le culte de la personnalité ou ses vestiges et lutter de toutes ses forces pour acquérir l’autorité ».

 

Réformes économiques

 

La visée du rapport de Wladyslaw Gomulka était toutefois principalement constructive. L’analyse des maux de la période antérieure et de leurs causes était faite dans le but d’y apporter des solutions. Des réformes économiques pour remédier au mécontentement populaire, et relancer la construction du socialisme sur de meilleures bases, pour commencer. Il s’agissait de corriger les disproportions entre secteurs économiques en revoyant à la baisse les investissements dans l’industrie lourde, pour accroître en contrepartie la production de biens de consommation et la construction de logements. Il s’agissait également d’introduire de nouvelles méthodes de gestion de l’économie, avec un accroissement de la participation ouvrière aux décisions, mais prudemment, en essayant les nouvelles méthodes à petite échelle dans un premier temps. Gomulka préconisait également d’élever les stimulants matériels en vue d’accroître la productivité.

 

C’est ensuite une série de réformes économiques qu’on pourrait qualifier de « libérales » dans l’industrie, le commerce et l’agriculture. Il s’agissait premièrement de rétablir une certaine vérité des prix, conformément à la loi de la valeur, en relevant des prix qui étaient artificiellement bas (parmi les exemples cités, il y a des produits de construction, les journaux et les tickets de cinéma). En revanche, si certaines injustices de la période antérieure devaient être corrigées, il n’était pas possible d’augmenter les salaires avant un accroissement correspondant de la production, sous peine de provoquer l’inflation, un essor du marché noir, et de réduire à néant les efforts accomplis. La libéralisation de l’économie impliquait également, dans le but d’améliorer l’offre de biens de consommations et le réseau de distribution, de permettre aux entreprises d’État une production auxiliaire, indépendamment du plan, et aux conditions du marché (y compris une libre fixation des prix). Il fallait également non seulement autoriser, mais également favoriser le développement, de l’artisanat, de la petite industrie privée, et du commerce privée, opérant avec des prix de marché.

 

Une libéralisation correspondante s’imposait dans l’agriculture, pour accroître les rendements agricoles et pour retrouver la confiance des paysans dans la Pologne populaire. Si les coopératives viables devaient être soutenues, elles devaient également acquérir plus d’autonomie dans leur gestion, et devenir propriétaires de leurs machines agricoles. Les coopératives non-viables ne devaient en revanche pas être portées à bout de bras artificiellement, mais devaient pouvoir être dissoutes. Toutes les mesures de restriction envers les exploitations agricoles privées devaient être abolies, et leur développement favorisé. S’il n’était pas possible de supprimer dans l’immédiat, ni avant une période assez longue, le système des livraisons obligatoires, sous peine de mettre en danger l’approvisionnement alimentaire des villes à des coûts accessibles à la classe ouvrière, celui-ci devait être graduellement remplacé par un système de marché. Enfin, puisqu’il était illusoire d’espérer que les paysans polonais renoncent dans un avenir proche à leur mentalité de propriétaires, pour obtenir leur intéressement, les restrictions sur les transactions sur la terre et sur l’héritage devaient être supprimées également.

 

Ce n’était toutefois pas un tournant idéologique en faveur de la propriété privée, fût-ce à petite échelle. A terme, la collectivisation de l’agriculture demeurait un objectif. Une nécessité même, « pas parce que quelqu’un a inventé des doctrines et des principes détachés de la vie, mais parce que nous voulons éveiller parmi les paysans travailleurs le sentiment de la profonde communauté sociale de production, que nous voulons liquider toutes les formes d’exploitation de l’homme par l’homme, que nous voulons que la machine les aide dans la mesure des possibilités dans leur labeur dur et pénible, que nous voulons, par un effort minimum de chaque membre groupé au sein d’une communauté paysanne de production que cette dernière puisse donner une production globale maximum afin d’élever le plus possible les récoltes de chaque hectare de terre. » Mais celle-ci ne devait être ni artificiellement accélérée, sous peine d’être contreproductive, ni se faire par la contrainte contre les paysans.

 

Le contraire d’une perestroïka

 

Wladyslaw Gomulka préconisait également des réformes de nature politique, plus radicales que celles réalisées par aucun autre pays socialiste durant la période dite de « dégel ». Des réformes dont l’inspiration pourrait également être qualifiée de « libérale » : restauration d’une forme d’État de droit, liberté religieuse (y compris face à l’athéisme marxiste), séparation des pouvoirs, élections contestées dans une certaine mesure.

 

Ce fut tout d’abord une réduction des pouvoirs de l’appareil de répression et de ses effectifs. C’était ensuite un programme général de démocratisation. Démocratisation de la vie du Parti d’abord : rétablissement des normes de fonctionnement démocratiques prévues par les statuts, élections régulières et transparentes, règlement des différends par le débat selon la procédure régulière et non par des mesures disciplinaires, garantie d’une certaine liberté d’opinion sur les questions débattables (mais à l’exclusion d’opinions contraires aux principes fondateurs du Parti, de toute discrimination sur une base nationale, et de l’antisémitisme).

 

Démocratisation de la vie du pays ensuite. La liberté de critique, y compris à travers la presse, devait être garantie. Le rôle du parlement polonais, la Diète, devait être accru, ainsi que son indépendance à l’égard du gouvernement. Les sessions de la Diète devaient devenir plus régulières, une partie des députés passer à un système de milice (continuant à exercer leur travail à côté de leur mandat parlementaire). Les possibilités du gouvernement à gouverner par décrets devait être drastiquement limitées, et le contrôle de la Diète sur ses activités grandement accrues. Tous les accords avec d’autres pays devraient dorénavant être avalisées par la Diète. Des nouvelles élections étaient prévues, qui, sans être totalement libres, étaient de vraies élections, car, bien que se déroulant avec une seule liste, offraient néanmoins le choix entre plusieurs candidats dans chaque circonscription (ce qui permit l’apparition d’une petite opposition catholique à la Diète). Enfin, Gomulka normalisa les relations avec l’Église catholique, dont l’activité ne se vit plus guère entravée. La liberté de culte et l’éducation religieuse des enfants furent de nouveau réalité. Il n’était guère possible d’agir autrement dans un pays profondément catholique, ni même forcément souhaitable d’ailleurs. Mais ce n’était pas de l’opportunisme, ni un tournant réactionnaire de la part de Gomulka – fidèle à l’athéisme marxiste à titre personnel – qui fit voter également le droit à l’avortement.

 

Il importe toutefois de dire que, quelles que puissent être les ressemblances superficielles, quelle que puisse être leur coloration « libérale », les réformes impulsées par Wladyslaw Gomulka étaient le contraire d’une perestroïka. Parce qu’elles étaient conduites par des communistes sincères, non des traîtres qui se faisaient passer pour tels. Parce que ces réformes devaient être conduites sous la direction du Parti de la classe ouvrière, et pour restaurer son autorité dans le peuple, pas pour le saborder. Parce que le but était de préserver le socialisme, de lui donner un nouveau souffle, de corriger les déformations et les erreurs commises, non de le détruire pour restaurer le capitalisme.

 

Wladyslaw Gomulka au pouvoir : esquisse d’un bilan

 

Le Comité central du POUP suivit les recommandations de Wladyslaw Gomulka, et les mit en œuvre. Les troubles survenus en Pologne ne manquaient pas d’inquiéter la direction soviétique. Gomulka rencontra Nikita Khrouchtchev, et obtint de celui-ci l’accord que l’URSS n’intervienne pas dans les affaires intérieures polonaises. Il assura son homologue soviétique que la Pologne resterait dans le camp socialiste et dans le Pacte de Varsovie, mais qu’elle poursuivrait son alliance avec l’URSS sur un pied d’égalité, et construirait le socialisme à sa manière.

 

Les réformes décidées par le POUP sur la proposition de Wladyslaw Gomulka étaient certainement indispensables, et furent bénéfiques. Elles ne suffirent toutefois pas à stabiliser durablement la République populaire de Pologne, ni à assurer définitivement sa marche dans l’édification du socialisme. De nouvelles difficultés réapparurent au bout d’un temps. La Pologne n’arrivait pas à satisfaire tous les besoins populaires conformément aux attentes que le socialisme faisait naître. Les prix agricoles étaient trop bas pour être rentables pour les paysans, et l’État polonais n’avait pas les moyens des subventionner les prix à la consommation. Une décision fut prise en 1970 d’accroître les prix des produits alimentaires. Ce fut une erreur politique fatale, qui déclencha des émeutes ouvrières. Des troubles violents furent suivis d’actes de répression. Gomulka, qui par ailleurs avait des problèmes de santé, démissionna dans la foulée.

 

La construction d’une société nouvelle s’est révélée plus compliquée, plus tourmentée, qu’on ne l’avait pensé, en Pologne comme ailleurs. Plus compliquée en Pologne qu’ailleurs même.

 




Le POUP se choisit comme nouveau premier secrétaire Edward Gierek, qui naguère avait travaillé dans les mines de charbon en France. Gierek s’engagea, étant lui-même ouvrier, à gouverner dans l’intérêt des ouvriers. Il annula la hausse des prix, mena une politique de modernisation de l’industrie, qui permit une élévation du niveau de vie. Mais il fut rattrapé par le choc pétrolier et l'inflation. Le mécontentement populaire n’avait pas disparu, et fut attisé par Solidarnosc, un syndicat ouvrier « indépendant », dont la direction était pilotée en sous-main par les USA et le Vatican. Edward Gierek s’interdit de résoudre cette crise par la répression, et finit par légaliser Solidarnosc, qui comptait alors près de 10 millions de membres. Mais, de ce fait, le POUP ne pouvait guère continuer à se revendiquer être le parti de la classe ouvrière…En 1980, Edward Gierek démissionna à son tour.

 

Le coup d’État du général Wojciech Jaruzelski ne régla rien, et en 1989 la Pologne populaire disparut, balayée par la restauration du capitalisme. Lech Walesa, le chef de Solidarnosc, fut élu président. Il jeta alors son masque de syndicaliste ouvrier, et montra son vrai visage, celui d’un politicien réactionnaire. Non seulement les revendications par lesquelles Solidarnosc avait appâté la classe ouvrière – démagogiques et déconnectées des possibilités réelles de la Pologne populaire – furent oubliées, mais disparurent de même les acquis et progrès sociaux bien réels du socialisme. A la place, les ouvriers polonais purent redécouvrir l’exploitation capitaliste et le chômage…

 

Quel jugement rétrospectif faut-il porter sur les positions soutenues par Wladyslaw Gomulka en 1956 ?

 

Une certaine historiographie « stalinienne » considère le tournant « khrouchtchévien » à partir de 1956 comme le début d’une dérive révisionniste, d’un éloignement progressif envers les principes véritables du marxisme-léninisme, en vigueur durant la période stalinienne, d’une mutation opportuniste des partis communistes, et d’une renaissance progressive du capitalisme à l’intérieur du socialisme, dont la perestroïka aurait été l’achèvement logique. L’aspect « libéral » des réformes de Gomulka tendraient à attester cette lecture.

 

Cette historiographie n’est pas inintéressante, et n’est pas dénuée de mérites, ne serait-ce que comme contrepoison à l’anticommunisme, et au révisionnisme bien réel d’après 1989. Mais elle a le tort d’absolutiser la période stalinienne, sa théorie et ses pratiques – reproduisant le culte de la personnalité à titre posthume en quelque sorte – comme l’étalon du marxisme-léninisme « pur », dont tout écart serait hérésie. Elle oublie trop souvent la part de contingence dans les choix accomplis durant la période stalinienne, les discontinuités irréductibles de l’histoire, de tout processus social. Elle a tendance aussi à fermer les yeux sur tout ce qu’il y avait d’indéfendable durant la période stalinienne, et à ne pas voir en quoi le « dégel » khrouchtchévien fut un progrès, y compris du point de vue du socialisme.

 

Plutôt que du « révisionnisme », on pourrait voir dans les aspects « libéraux » des mesures préconisées par Wladyslaw Gomulka une adaptation aux conditions réelles de la Pologne de 1956, un pays peu développé industriellement, un pays de petits propriétaires. En effet, dans certaines conditions, les conditions politiques de la lutte des classes peuvent amener une révolution bien au-delà de ce que sa base économique semble rendre possible. Le volontarisme des dirigeants peut les pousser à penser qu’il est possible de forcer le cours de l’histoire. Mais la nouvelle superstructure et les rapports de production avancés risquent de se révéler « formels », inadaptés à leur base beaucoup moins avancée. Un effet de rattrapage risque de se produire, qui peut être dévastateur s’il n’est pas intelligemment anticipé. Quant aux rapports entre socialisme et marché, aux questions de l’intégration de la petite propriété dans le socialisme, à la propriété paysanne…ces questions étaient complexes pour les sociétés socialistes du XXème siècle. Rien n’indique qu’elles seront plus simples à l’avenir. On ne peut se contenter de schémas préétablis pour tenter de les résoudre.

 

Il est permis en tout cas de penser que toute l’œuvre accomplie en République populaire de Pologne pour édifier une société nouvelle, socialiste, une société de justice sociale, ne fut pas inutile et que ses réalisations furent bien réelles et non sans mérites. La terrible régression, à base d’un obscurantisme catholique qu’on croirait d’un autre temps, que connaît aujourd’hui la Pologne, suffit à dire que la restauration du capitalisme y fut – comme dans tous les autres cas –, le contraire d’un progrès en quelque sens que ce soit.

Qanga, une exposition sur le Groenland d’autrefois et d’aujourd’hui à découvrir à Lausanne

 


En kalaallisut, langue du peuple Inuit, le peuple autochtone du Groenland, « Qanga » signifie « autrefois ». C’est là l’objet d’une exposition du même nom, que l’on peut visiter à Lausanne, au Palais de Rumine, jusqu’au 29 janvier 2023. L’exposition Qanga, fruit d’une collaboration avec le Musée national du Danemark et du Groenland, permet de découvrir l’histoire naturelle et humaine de la plus grande île du monde, au travers d’une impressionnante collection d’artefacts archéologiques et historiques, d’animaux, de minéraux et d’autres objets, issus de collections danoises et suisses, remarquablement bien présentés – et dont beaucoup n’ont jamais été montrés au public –, le tout rythmé par des extraits de quatre bandes dessinées réalisées par le dessinateur et artiste groenlandais Konrad Nuka Godtfredsen.

 

Au fil de l’exposition, on peut explorer l’histoire géologique du Groenland, sa faune et sa flore ; son histoire humaine, depuis les premières traces attestées de la présence de chasseurs-pêcheurs il y a 4'500 ans ; le mode de vie, la culture, les croyances du peuple inuit d’avant la colonisation – on apprend ainsi que « kayak » et « anorak » sont des mots empruntés au kalaallisut – ; la tentative de colonisation viking au Groenland, qui dura tout de même plus de deux siècles ; la colonisation danoise enfin, les changements socio-économiques, l’impact du commerce avec le Danemark, mais aussi les ravages infligés à la culture inuite et l’évangélisation imposée au peuple groenlandais.

 

Malgré son nom, Qanga ne porte pas que sur le passé. On y trouve aussi un aperçu du Groenland d’aujourd’hui, un territoire autonome sous souveraineté danoise, dont les quelques 55'000 habitants luttent pour se libérer des séquelles de la colonisation, reconquérir leur propre culture, et aspirent à l’indépendance. On y apprend enfin les enjeux liés au réchauffement climatique auxquels est confronté le Groenland, et ceux auxquels il pourrait faire face à l’avenir. Un problème majeur, même si la situation particulière au Grand Nord pour ce qui est du changement climatique n’est pas forcément très connue par chez nous.

 

Plus que la plupart des régions du monde, l’Arctique est aujourd’hui touchée par le réchauffement climatique. Les banquises fondent, le permafrost dégèle et la forêt évince la toundra. Ce n’est pas une bonne nouvelle. C’est même une catastrophe pour l’extrême-nord de notre planète. Car la faune, terrestre et maritime, ne parvient pas à s’adapter à un changement aussi rapide. C’est tout un écosystème qui est dramatiquement bouleversé, et donc aussi le mode de vie de peuples qui existent en symbiose avec lui. Au Groenland, la banquise fond à toute vitesse, et de vastes régions en pourraient être submergées d’ici quelques décennies.

 

Mais cette tragédie est vue comme une opportunité par quelques-uns, une opportunité de profits supplémentaires. Le Groenland possède en effet des ressources minières, des terres rares, du pétrole…qui deviennent accessibles maintenant que la banquise disparaît. Le peuple groenlandais doit aujourd’hui se battre contre ces velléités extractivistes, qui auraient pour effet d’aggraver le réchauffement climatique, et d’endommager plus encore un écosystème fragile. Un gouvernement qui voulait autoriser l’ouverture d’exploitations minières pour extraire des terres rares a ainsi été renversé sous la pression populaire.

 

Une sélection de livres en vente sur le Groenland et de littérature groenlandaise contemporaine est à disposition pour qui souhaiterait en savoir plus.

 

Une exposition qui mérite d’être visitée ; parce qu’elle est passionnante et instructive ; et parce que le sort et les luttes du peuple du Groenland nous concernent.

16 juillet 2022

Discours au meeting de clôture de la 13ème Fête des peuples sans frontières

 


Chères et chers camarades,

 

La 13ème Fête des peuples sans frontières, fête annuelle de la section genevoise du Parti Suisse du Travail, s’achève bientôt. D’ici quelques minutes, nous chanterons l’Internationale, l’hymne du mouvement ouvrier et communiste international, et ensuite la fête sera terminée. Nous pouvons dire sans conteste que ce fut une belle édition de notre traditionnelle Fête des peuples sans frontières. Rarement nous avions eu autant de stands d’organisations progressistes ! Le programme politique et musical fut varié et de qualité, et le public était au rendez-vous.

 

Ce succès témoigne bien sûr du bon travail accompli par les camarades qui se sont impliqués dans l’organisation de la fête. Je voudrais donc commencer par les remercier, toutes et tous. Mais ce succès est la preuve aussi est surtout de la vitalité des idées que la Fête des peuples représente, de la nécessité de ce qu’elle signifie.

 

Car qu’est-ce que la Fête des peuples sans frontières ? Une fête populaire, bien sûr. Mais pas seulement. C’est avant tout une fête à but politique. Comme son nom l’indique, c’est une fête dédiée à l’internationalisme prolétarien, qui est un principe fondateur de notre Parti ; à la solidarité internationaliste entre tous les peuples du monde dans une lutte commune pour leur émancipation, contre l’oppression impérialiste et capitaliste, contre la tyrannie et la guerre, pour le progrès social, pour le socialisme.

 

C’est une perspective que nous nous sommes efforcés de faire vivre à travers le programme politique de notre fête, en mettant en avant trois foyers de lutte majeurs sur la planète, sur trois continents différents : l’Amérique latine, le Sahara occidental et le Kurdistan ; trois foyers majeurs de luttes difficiles, héroïques, exemplaires, de peuples contre l’oppression de puissances impérialistes, contre un ordre social injuste et intolérable, pour l’invention d’une société nouvelle, débarrassée à jamais de l’oppression par une minorité privilégiée, où c’est le bien commun qui primera et non l’intérêt exclusif de quelques-uns, où toutes et tous pourront mener une vie pleinement humaine, dans la dignité et la liberté.

 

C’est une lutte qu’incarnent, dans leur diversité, d’autres associations, représentants d’autres peuples du monde, qui étaient présentes à notre Fête. C’est une lutte que conduisent tant d’autres peuples, qui n’étaient pas directement représentés ici durant ces trois jours, mais avec lesquels nous sommes pleinement solidaires.

 

C’est une lutte que conduit, ici en Suisse, notre Parti, le Parti Suisse du Travail. Lorsqu’il fut fondé en 1944, notre Parti se fixait pour objectif de devenir le parti des travailleuses et travailleurs de notre pays, un parti de lutte pour le progrès social et démocratique, de lutte contre l’oppression capitaliste et pour la transformation socialiste de la société. C’est un combat qui est toujours le nôtre.

 

C’est un combat que nous menons aujourd’hui en nous opposant sans concession à AVS21, ce scandaleux démantèlement d’une assurance sociale indispensable sur le dos des femmes ! Rien que depuis le début de cette année 2022, le PST-POP a adopté une résolution politique qui explique notre opposition à toute « solution institutionnelle » dans les relations entre la Suisse et l’UE, telle que l’UE l’entend – c’est-à-dire comme dispositif de reprise unilatérale par la Suisse d’un droit européen néolibéral imposé de haut par des technocrates non-élus – et pour revoir les accords bilatéraux dans une optique de coopération et non d’intégration à un marché libéralisé au détriment des droits des travailleurs, des services publics et de l’environnement ; nous avons adopté une position sur la guerre en Ukraine, condamnant sans ambiguïté l’invasion russe, criminelle et violant le droit international, tout en nous opposant aux manœuvres impérialistes de l’OTAN et aux velléités impérialistes de la bourgeoisie suisse ; nous avons adopté une position sur l’inflation et des mesures à prendre pour défendre le pouvoir d’achat des classes populaires ; nous avons lancé une campagne pour la réduction du temps de travail.

 

A Genève, le peuple votera prochainement sur une initiative commune des partis de gauche et des syndicats – mais qui fut lancée sur proposition de notre Parti – pour une taxation temporaire de solidarité sur les grandes fortunes. Et nous nous efforçons de faire aboutir une initiative populaire pour des transports publics gratuits, dont l’idée vient de nous également. La liste est loin d’être exhaustive.

 

Notre combat ne se limite toutefois pas à empêcher des régressions imposées par les classes dominantes, ou à améliores la société existante, dans une approche réformiste, « pragmatique ». Notre raison d’être, c’est de changer cette société, d’en construire une nouvelle. Et ce combat est indispensable. Ce qui serait « irréaliste », « extrémiste », c’est la continuation de cette société-là, qui nous conduit à l’abîme. Oui, nous sommes un Parti révolutionnaire ; et, ayant une volonté d’êtres efficaces dans notre action, de tenir compte de la réalité telle qu’elle est, nous estimons avoir le droit de regarder au-delà, de laisser aussi une place à la vision d’avenir, au rêve, à l’utopie. Car, comme l’écrivait Constantin Tchernenko, dernier secrétaire général du PCUS à avoir porté avec honneur son titre :

 

« Vous avez probablement entendu dire que le romantisme, les rêves ne sont propres qu’à la jeunesse, que cela passe obligatoirement avec l’âge. On dit que les soucis quotidiens qui accablent ne laissent pas de place aux rêves, à l’aspiration, aux idéaux élevés. Certes, cela arrive à certains individus. Mais ce n’est nullement une loi de la nature. En tout cas, elle n’est pas nécessairement en vigueur et ne peut l’être dans notre pays. »

 

« Nous vivons d’après un autre principe, d’après le principe des révolutionnaires que nous a légué Lénine qui recommandait aux combattants pour l’édification d’une société nouvelle : « Il faut rêver ! ». Lénine savait toujours, aussi bien dans sa jeunesse qu’à l’âge mûr, jusqu’à ses derniers jours, rêver de façon inspiratrice et communicative. Son rêve principal, celui de l’avenir communiste de notre patrie, reste vivant dans les esprits, les cœurs, les actes du peuple soviétique. Nous ne l’avons jamais abandonné et ne l’abandonnerons jamais ».

 

Le PCUS a fini par oublier ce rêve, et des malheurs incalculables s’en sont suivis. Ce rêve, nous n’y renoncerons jamais.

 

Aujourd’hui que les oligarchies capitalistes ne nous proposent comme avenir que l’inflation, les guerres (celle d’Ukraine étant loin d’être la seule), la destruction accélérée de la planète, qui bientôt sera inhabitable, tout cela pour maintenir aussi longtemps que possible leurs privilèges ; que l’Empire le plus puissant qui ait jamais existé s’enfonce lui-même dans les ténèbres de la réaction, et que sa Cour suprême n’est rien de plus qu’un groupuscule d’extrême-droite, nous avons plus que jamais besoin d’une alternative radicale, d’une révolution. De toutes les luttes que nous avons choisi de mettre en avant, nous avons beaucoup à apprendre, des leçons et de l’inspiration à tirer pour changer le monde. Elles aussi ont besoin de tout notre soutien.

 

C’est pourquoi je conclurai par la devise de la IIIème Internationale : « Prolétaires et peuples opprimés de tous les pays, unissez-vous ! »

Kin-dza-dza, un film postapocalyptique soviétique

 


Dans l’espace post-soviétique, ce film est aussi célèbre que Star Wars en Occident. Des termes fictifs et des répliques en sont entrés dans le langage courant. Le film dont nous parlons est Kin-dza-dza, une comédie dystopique de science-fiction soviétique, sortie en 1986, au tout début de la Perestroïka, mais dont le tournage commença tout à la fin de la vie de Léonide Brejnev.

 

Dans la science-fiction occidentale, l’univers de Kin-dza-dza se rapprocherait le plus de celui de Mad Max : monde postapocalyptique, marqué par la dévastation écologique, l’épuisement des ressources, et de graves pénuries d’eau ; où la civilisation n’existe plus, pas plus que le droit et les normes morales, et où règne le seul et impitoyable rapport de forces, dans une lutte de tous contre tous, sans espoir ni perspectives. Mais ce chef d’œuvre du réalisateur Gueorgui Danielia est d’un tout autre genre : point de pathos hollywoodien, effets spéciaux cheap ; et Kin-dza-dza n’est pas un film d’action. Son statut de film culte dans l’espace post-soviétique, il le doit à son humour décalé – qui en fait un objet cinématographique très particulier – au talent de ses acteurs, et à la remarquable créativité de sa réalisation, malgré un budget limité. Il le doit surtout à sa dimension philosophique, de critique sociale profonde et pertinente, de critique de toute société fondée sur l’inégalité et le despotisme.

 

Sorti à une époque où le socialisme réellement existant en URSS avait atteint le sommet de son développement – ayant réalisé, quoi qu’on puisse en dire par ailleurs, la civilisation la plus avancée que l’humanité ait connu – mais où s’accumulaient aussi des contradictions et des problèmes non résolus qui annonçaient le début du cours néfaste et liquidateur qui commençait à être pris (quoiqu’en 1986 peu de gens pouvaient s’en douter), le message de cet OVNI cinématographique ne fut pas tout de suite compris, et il reçut parfois dans la presse des critiques négatives dues à la seule mécompréhension. Il est vrai que Kin-dza-dza correspondait assez peu à l’atmosphère intellectuelle du début des années Gorbatchev. Mais le public adora, quoique sans toujours bien comprendre pourquoi. D’aucuns ont même pu penser qu’il s’agissait d’une satire de certains aspects de la société soviétique – les aberrations du bureaucratisme et un pouvoir exagéré attribué aux dignitaires, et utilisé par ceux-ci d’une façon arbitraire. Mais une telle interprétation ne tient pas la route, tout simplement parce que la société dépeinte dans le film est clairement fondée sur la propriété privée et le libre-marché, et que ses valeurs ne sont pas celles du socialisme, mais de l’individualisme libéral poussé jusqu’à l’extrême de ses conséquences. Kin-dza-dza témoigne en tout cas de la vitalité de la culture et de la pensée soviétique – qu’une propagande occidentale stupide, aussi malveillante qu’ignorante s’acharne à tort à vouloir faire passer pour sclérosée et stagnante – à l’aube de sa disparition. Ce film est également curieusement prophétique de la régression terrifiante qui allait suivre la disparition du socialisme (Danielia l’aurait-il pressenti ?). Et il est hautement pertinent pour nous, pour qui un tel monde postapocalyptique pourrait être notre avenir si nous ne parvenons pas à nous débarrasser du capitalisme auparavant.

 

L’histoire commence à Moscou. Vladimir Machkov (dit Oncle Vova) sort de chez lui acheter du pain. Il est pris à partie par un étudiant, Gedevan Alexidze (dit Violoniste, bien qu’il ne sache en réalité pas jouer de cet instrument, qu’il doit simplement livrer à quelqu’un), qui lui demande que faire face à un étrange personnage, à l’allure débraillée et pieds nus, et qui tient des propos apparemment incohérents. Celui-ci prétend être un alien, et demande les coordonnées de la Terre pour pouvoir retrouver le chemin de sa planète. Il tient à la main un étrange appareil, qui ressemble à un gadget quelconque. Oncle Vova le prend pour un fou. Souhaitant convaincre l’ « alien » d’aller se réchauffer – on est en plein hiver – il appuie sur un bouton au hasard du mystérieux appareil, malgré les avertissements de son possesseur.

 

Mais ce gadget était en réalité un véritable téléporteur, et Oncle Vova et Gedevan se retrouvent en plein désert. Croyant être au Turkménistan, ils se mettent en marche. Ils tombent bientôt sur un étrange appareil volant, qui ressemble à un cylindre en métal rouillé. En émergent deux personnages à l’allure humaine, qui se comportent d’une façon déroutante et dont le langage est incompréhensible. Les deux terriens souhaitent les convaincre de les transporter en ville. Ils parviennent à leurs fins lorsque Oncle Vova sort une allumette pour se griller une cigarette. Visiblement désireux ardemment de posséder la chose, les deux personnages énigmatiques acceptent de laisser les terriens monter. La communication s’établit vite entre eux, parce qu’il se révèle que les habitants de cette planète sont doués de télépathie, et apprennent de ce fait rapidement le russe.

 

On apprend alors qu’Oncle Vova et Gedevan ont atterri sur la planète Pluke, dans la galaxie Kin-dza-dza. Leurs hôtes se trouvent être Ouef, un Chatlanien, et Bi, un Patsak. Ils sont des artistes itinérants, bien que leur musique ressemble plutôt à du bruit infâme. S’ils ont pris les deux terriens à bord, c’est pour les allumettes – ké-tsé dans leur langue – qui sur leur planète est le bien matériel le plus précieux. Ils acceptent de ramener les deux Soviétiques chez eux, en échange d’un payement, mais pour cela il faudra d’abord acheter une gravitsape, pièce indispensable pour que leur vaisseau puisse voyager instantanément à travers les galaxies. Évidemment, les choses ne se passent pas comme prévu, et nos quatre personnages vivront moultes aventures, qui les mèneront en errances dans le désert, en passant par la capitale de Pluke, pour brièvement visiter deux autres planètes, un voyage dans le temps, et enfin rentrer sur terre.

 

Ces errances leur permettront de voir différents aspects de la société plukienne, à laquelle les terriens auront du mal à s’adapter. En un sens, Pluke est technologiquement beaucoup plus avancée que la Terre, bien que tout soit rouillé et en état de délabrement avancé. Toutefois, les Plukiens ont détruit eux-mêmes leur planète, jadis verte de vie. Mais toute l’eau a été transformée en carburant, le lutz. La technologie n’est pas une solution miracle aux problèmes environnementaux. Depuis, la planète n’est plus qu’un désert, où la faune et la flore ont disparu. Il n’y a que du plastique comestible comme nourriture, et il faut retransformer du lutz en eau pour pouvoir en boire.

 

La société plukienne est une dystopie capitaliste libérale. Sur cette planète, l’homme est vraiment un loup pour l’homme. Tous les liens sociaux y ont depuis longtemps été remplacés par les eaux glacées du calcul égoïste. Les Plukiens n’ont aucun scrupule à s’escroquer mutuellement, sans aucun égard l’un pour l’autre. Ils sont télépathes, donc, non seulement ils ne peuvent dire ce qu’ils pensent, mais même pas se permettre de penser ce qu’ils pensent en présence d’autrui. Malgré leur haute technologie, ils survivent dans des abris troglodytes et délabrés. Tout dans le film – décors, costumes, accessoires – est terne, sale, abîmé. Que l’étalon de valeur ultime soit l’allumette – en URSS le bien de consommation le moins cher – est là pour mettre en exergue l’arbitraire, l’absurdité d’une échelle de valeurs dominée par l’argent.

 

La société plukienne est brutalement hiérarchique, une hiérarchie qui a dégénéré en oppression et humiliation pure. Une hiérarchie fondée sur la ségrégation raciale : la société plukienne est divisée en Chatlaniens (dominants) et Patsaks (dominés). Pour les différencier, un appareil affiche une lumière orange pour un Chatlanien, et verte pour un Patsak. Rien d’autre ne les distingue (absurdité de toute ségrégation raciale). Les Patsaks sont soumis à toutes sortes de vexations ridicules et arbitraires, et les Chatlaniens rejettent la faute de leur vie désespérante sur les Patsaks qui leur voleraient leur place. Les deux Terriens se retrouvent être des Patsaks, et subissent donc la discrimination raciale. Une hiérarchie fondée également sur l’argent : les riches peuvent porter un pantalon jaune, qui leur accorde des privilèges, et oblige les inférieurs à des génuflexions ridicules ; et les très riches un pantalon pourpre, source d’encore plus de privilèges.

 

Nous ne disons pas utopie libertarienne, puisque cet ordre injuste est maintenu en place par un État, despotique et sans aucune prétention à la justice ; dont la police, les etselops, sont corrompus et agissent avec brutalité et arbitraire, et dont le chef, Monsieur PG, se prélasse dans une piscine privée sur sa planète manquant d’eau.

 

Cette société décadente a une culture tout aussi décadente. La musique s’y réduit à un bruit grotesque, et le langage se limite presque à deux monosyllabes : Kou (presque tous les mots), et Kiou (insulte socialement acceptable). Ces monosyllabes rythment le film d’une litanie grotesque. Danielia dira que cette caricature préfigurait la décadence de la Russie capitaliste, avec sa musique commerciale et sa langue polluée par le jargon issu des milieux criminels. Mais les habitants qui ont grandi dans une telle société ne peuvent plus envisager autre chose que d’opprimer ou d’être opprimé. Ouef et Bi refusent de suivre Oncle Vova et Gedevan sur Terre, parce que la vie n’aurait pas de sens si le rang social n’est pas marqué par la couleur du pantalon. Du reste, beaucoup de gens aujourd’hui ont plus de facilité à envisager la fin de la vie sur Terre que la fin du capitalisme.

 




Une bonne métaphore de l’avenir sombre où le capitalisme néolibéral nous entraîne ? En tout cas, Guergui Danielia a réalisé, en 2013, un remake de son film sous forme de dessin animé, intitulé Kou ! Kin-dza-dza. L’histoire est proche, mais avec de notables variantes. La principale différence est que les deux Terriens viennent cette fois de la Fédération de Russie. Contrairement aux deux Soviétiques du film original, qui incarnaient des valeurs supérieures, les deux Russes s’intègrent sans problème à la société plukienne, puisqu’il s’agit, en substance, du même type de société que de celle de leur pays natal.

Les combats poujadistes d’une droite rétrograde

 


Mis à part son combat traditionnel pour les privilèges des plus riches – «nous, les bourgeois, devons assumer ensemble nos responsabilités pour le bien de tous les habitants de la Suisse et mettre résolument un frein à l’appel de la gauche pour plus de redistribution, plus de nivellement et plus d’État», a déclaré Thierry Burkart, président du PLR suisse à la dernière Assemblée des délégués de ce parti ; c’est rare d’assumer avec une telle franchise conduire une lutte de classe…du côté de la bourgeoisie – le PLR a cherché à se profiler sur deux thèmes plus « porteurs » : la dénonciation, sur un ton outrancier, des « dérives sociétales » et des actions de désobéissance civile menées face à l’inaction des autorités eu égard à l’urgence climatique.

 

Nous nous concentrerons sur ce second aspect. Non pas que nécessairement toutes les actions choisies par les mouvements de désobéissance civile soient tactiquement pertinentes, ni que le fait de poursuivre une juste cause légitime par ce seul fait une violation de la loi. Le fait est en tout cas que l’urgence climatique est une réalité, et que ce qui est réellement criminel et « extrémiste » c’est l’inaction – voire la hausse des investissements dans les énergies fossiles –, de la part de la bourgeoisie et de ses gouvernements.

 

Que révèle du PLR le choix de ses combats, et la façon dont il les mène ? Le fait est que le PLR s’acharne sur la moindre action de désobéissance civile menée au nom de l’écologie, quand bien même elle n’impliqué aucun dommage à la propriété, et se limite à des perturbations mineures du trafic ou du fonctionnement ordinaire d’une agence bancaire. A entendre ces gens, la violation la plus légère de la loi est un scandale absolu, si ce n’est pas le plus grand problème de notre société, et justifierait la riposte la plus drastique.

 

Ce ton tapageur des critiques laisse entendre qu’aux yeux du PLR le problème dénoncé – le changement climatique ; ou plus spécifiquement les îlots de chaleurs urbains – est tout à fait mineur. Impression que confirme sa défense passionnée, et poujadiste, de la place de la bagnole en ville, au nom de la « liberté » ou des intérêts – réels ou supposés – des entreprises. La détestation quasi-irrationnelle envers tout mouvement écologiste vient visiblement de faits qu’on les voit au PLR comme des empêcheurs du business as usual. Notre profit d’abord ! Ensuite, la planète n’a qu’à brûler !

 

Pourtant, la sécheresse qui frappe aujourd’hui l’Italie montre bien que les restrictions à la « liberté » que dénonce le PLR paraîtront bientôt au mieux une aimable plaisanterie. Ce caractère rétrograde, pour ne pas dire attardé, des combats du PLR montre bien en tout cas la nocivité de ce parti, qui ne fait pas moins partie du problème que les climatosceptiques déclarés

Le Sahara occidental, dernière colonie d’Afrique continentale

     Carte du Sahara occidental

 

Il est de notoriété publique que, après avoir été divisée en possessions coloniales par les puissances impérialistes européennes dans son intégralité – mis à part l’Éthiopie et le Libéria (quoi que l’indépendance de ce pays fût plutôt relative) –, après un siècle d’oppressions sans nombre, le continent africain fut entièrement décolonisé entre les années 1950 et 1980, même si le colonialisme direct fut trop souvent en pratique remplacé par une domination néocolonialiste moins ouverte, mais à peine moins oppressive, et négatrice dans tous les cas d’une réelle autodétermination des peuples d’Afrique. Une situation qui s’est considérablement aggravée avec la contre-révolution néolibérale et les plans d’ajustement structurels du FMI (le nouveau pouvoir colonial de fait).

 

C’est presque vrai. Car toute l’Afrique n’est toujours pas décolonisée. Il y a ainsi l’île de la Réunion, qui demeure une possession française. Car, objectivement, lesdits domaines ou territoires d’outre-mer sont les dernières colonies de la France. Si leurs habitants autochtones disposent de la citoyennenté française, des discriminations socio-économiques et mêmes politiques demeurent. Et quand la République ne veut pas lâcher un territoire, elle le conserve de gré ou de force, que ses habitants autochtones soient d’accord ou pas. C’est ce dont témoigne bien l’histoire récente, et tourmentée, de la Nouvelle-Calédonie, qui reste d’ailleurs toujours un territoire à décoloniser selon l’ONU.

 

Mais nous parlerons dans la suite de cet article d’un cas beaucoup plus flagrant de colonialisme direct, de la dernière colonie d’Afrique continentale : le Sahara occidental. Ce vaste territoire désertique de 266'000 km2 est habité par un peuple autochtone, qui possède une identité et une culture bien définie et distincte : les Sahraouis ; qui sont près de 600'000 personnes au Sahara occidental même, et près de 300'000 dans la diaspora (principalement en Algérie, en Espagne, au Maroc et en Mauritanie). Ancienne colonie espagnole jusqu’en 1976, le Sahara occidental a été depuis annexé par le Royaume du Maroc, qui le revendique comme étant son territoire souverain. Mais l’ONU n’est pas d’accord avec cette prétention, contraire au droit international, et considère le Sahara occidental comme un territoire « non-autonome », dont le peuple a le droit à l’autodétermination. Les Sahraouis sont encore moins d’accord, eux qui ont continué à résister par les armes à l’occupation marocaine comme ils avaient résisté à la colonisation espagnole, sous la direction du Front Polisario, le front de libération du Sahara occidental. Après des années de guerre, un cessez-le-feu fut conclu en 1991, aboutissant à une partition de fait entre 80% du territoire contrôlé par le Maroc, et où les droits des habitants autochtones sont violés d’une façon flagrante, et 20% de territoire libéré, sous contrôle du Polisario ; alors qu’une bonne partie de la population doit vivre dans des camps de réfugiés en Algérie, sans espoir de retour dans leur pays dans un avenir prévisible. Une mission de l’ONU, la MINURSO, était censée superviser un processus d’autodétermination du Sahara occidental. Mais elle se révéla un échec complet. Le Maroc ne renonça jamais à sa volonté d’une annexion simpliciter de tout le Sahara occidental. En 2016, il viola le cessez-le-feu, contraignant aujourd’hui le Front Polisario à reprendre les armes.

 

Ce conflit est peu connu en Occident, où le Sahara occidental passe presque pour un territoire marocain « normal », et où trop de personnes n’en ont jamais entendu parler. Parce que nous soutenons le principe intangible du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, parce qu’aucun peuple ne sera réellement libre tant qu’un seul subira le joug du colonialisme, parce que la lutte du peuple Sahraoui doit être connue, nous avons choisi le Front Polisario comme invité d’honneur pour notre 13ème Fête des peuples sans frontières. Et pour faire connaître cette histoire, commençons par son début.

 

Le Sahara occidental avant 1976

 

L’histoire du Sahara occidental remonte au fond des âges. Les ancêtres des Sahraouis y vivaient depuis la haute Antiquité. Ils sont progressivement islamisés à partir du VIIIème siècle. La région est successivement contrôlée par différents empires. En 1048, des Berbères sanhdjas (en actuelle Mauritanie) se coalisent sous la direction d’Abdellah ben Yassin, un prédicateur malékite, partisan d’un islam rigoriste, et fondent le mouvement Almoravide. Les Almoravides conquièrent un vaste empire, comprenant le Sahara occidental, le Maroc et l’Al-Andalus musulman. Mais, parvenu au pouvoir, le régime Almoravide perd de sa radicalité religieuse. Il est renversé à son tour par un mouvement plus rigoriste encore, les Almohades, en 1147. Le Sahara occidental échappe aux mains de la nouvelle dynastie, et perd son organisation politique.

 

Mais, en 1514, le Sahara occidental est annexé par la nouvelle dynastie marocaine des Saadiens. Cette dynastie conquiert un vaste empire, qui atteindra son point culminant à la fin du XVIème siècle, avant de se désagréger peu à peu. Mais le Sahara occidental restera en mains marocaines jusqu’en 1884, et ni Espagnols ni Portugais ne parvinrent à s'y implanter avant cette date. La monarchie marocaine tire argument de cette longue domination pour « prouver » la marocanité du Sahara occidental. Mais une possession dynastique passée ne peut en aucun cas justifier des revendications territoriales présentes, et n’a absolument aucune valeur eu égard au droit international. Elle ne fait surtout pas le poids face au droit d’autodétermination du peuple qui habite une terre donnée, et auquel le régime marocain refuse le droit de décider de son destin.

 

Le raisonnement de la monarchie marocaine ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à celui d’un certain Vladimir Poutine, dont le fameux « Monde russe », dont le contrôle lui reviendrait de droit, a exactement la même légitimité – ou plutôt son absence – que celle de la « marocanité » du Sahara occidental. On reconnaît bien également l’approche d’un autre restaurateur d’empire autoproclamé, Recep Tayyip Erdogan. On voit aisément à quels redécoupages sanglants des cartes, au mépris total des peuples et de leurs droits, conduirait ce type de raisonnement néo-impérial. L’histoire de l’Europe n’en témoigne que trop.

 

En 1884, le Sahara occidental est annexé par l’Espagne, et devient une colonie espagnole. Le sultan marocain soutient la résistance, avant d’être lui-même soumis à un protectorat franco-espagnol. L’Espagne établit des comptoirs commerciaux et une présence militaire. Les Sahraouis n’ont jamais accepté cette domination coloniale. Mais toutes les tentatives de révoltes furent impitoyablement écrasées par l’occupant. C’est dans la répression sanglante des insurgés sahraouis que le général Franco et ses complices apprirent les méthodes criminelles qu’ils feront subir ensuite au peuple espagnol.

 



A partir de son indépendance en 1956, le Maroc soutint la lutte des Sahraouis contre l’occupation espagnole, non par sollicitude pour leurs droits, mais dans le but de reconstituer son empire passé, pensant qu’il serait facile d’annexer ce territoire, et que le peuple sahraoui ne s’opposerait pas à cette perspective (sans naturellement daigner lui demander son avis). La Mauritanie avait également des prétentions territoriales sur la Sahara occidental. Le Maroc fit inscrire – on peut rétrospectivement apprécier une certaine ironie historique – le Sahara occidental sur la liste des territoires non-autonomes de l’ONU, qui fit pression sur l’Espagne pour qu’elle mette fin à son occupation coloniale. Parallèlement, la résistance sahraouie grandit. Le Front Polisario (Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) fut fondé en 1973, s’inscrivant dans l’héritage des mouvements de résistance antérieurs. L’Espagne s’accrocha toutefois à sa colonie jusqu’à la mort de Franco, en 1975.

 

Alors que le dictateur agonisait, l’Espagne, n’avait plus la volonté de mener une guerre coloniale. Et le peuple sahraoui n’entendait pas les choses de la même oreille que le roi du Maroc ou l’élite mauritanienne, et aspirait à l’indépendance, non à changer de maître. Une mission de l’ONU reconnut en 1975 un « consensus écrasant parmi les Sahraouis vivant sur le territoire en faveur de l'indépendance et en opposition à l'intégration avec tout pays voisin » ; ainsi que la légitimité du Front Polisario en tant que représentant du peuple Sahraoui (légitimité qui sera confirmée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1979). L’Espagne annonça un prochain référendum d’autodétermination. La même année, la Cour internationale de justice de la Haye statua que « Les éléments et renseignements portés à la connaissance de la Cour montrent l'existence, au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d'allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental. Ils montrent également l'existence de droits, y compris certains droits relatifs à la terre, qui constituaient des liens juridiques entre l'ensemble mauritanien, au sens où la Cour l'entend, et le territoire du Sahara occidental », ce qui n’empêche pas toutefois que « (...) En revanche, la Cour conclut que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n'établissent I’existence d'aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d'une part, le Royaume du Maroc ou l'ensemble mauritanien d'autre part. »

 

Mais le roi du Maroc, Hassan II, s’opposa catégoriquement à ce que le peuple sahraoui ait son mot à dire sur son avenir, et organisa la « marche verte », une manifestation sur le territoire encore contrôlé par l’Espagne avec des dizaines de milliers de civils marocains, véritable coup de force, pour forcer la main à l’Espagne. L’Espagne, le Maroc et la Mauritanie négocièrent donc en coulisses : le Maroc récupérait deux tiers du Sahara occidental, la Mauritanie un tiers, et l’Espagne conservait des concessions pour le phosphate et la pêche. Un arrangement scandaleux entre une ancienne puissance coloniale et deux nouvelles, négocié dans le dos du peuple sahraoui, qui n’eut pas son mot à dire, et violemment condamné par le Front Polisario ; un arrangement illégal en vertu du droit international, et désapprouvé par l’Assemblée générale des Nations-Unies, qui réitéra l’exigence d'un référendum d'autodétermination.

 

D’une nouvelle occupation coloniale au cessez-le feu

 

Le peuple sahraoui n’avait fait que changer de maître dans l’affaire, et le Front Polisario fut contraint de mener la lutte armée contre deux nouvelles puissances occupantes. En 1976, il proclama la fondation d’une République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), qui ne fut pas reconnue par l’ONU, pas plus que la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La RASD, et son combat de libération nationale légitime, bénéficia en revanche du soutien des pays socialistes, et de pays du Tiers-monde s’inscrivant dans une perspective anti-impérialiste (certains d’entre eux l’ont retiré aujourd’hui dans le sillage de la grande régression néolibérale). Parmi les principaux soutiens de la RASD figurait l’Algérie, qui était alors un pays révolutionnaire et anti-impérialiste. Ce soutien a persisté malgré tous les tournants qu’a connu l’Algérie depuis : les camps de réfugiés sous contrôle du Polisario sont aujourd’hui encore en territoire algérien ; y sont situées également les institutions de la RASD, dans le camp de Tindouf.

 

Le Front Polisario dut donc s’engager dans une guerre de guérilla contre les armées du Maroc et de la Mauritanie, avec succès. La Mauritanie ne fait pas le poids, conclut un cessez-le-feu avec le Front Polisario en 1979, reconnaît la RASD et sa souveraineté sur le Sahara occidental. La zone d’occupation mauritanienne est toutefois rapidement annexée par le Maroc. Car la guerre se révèle plus difficile face à l’armée marocaine. Le Polisario remporte des succès militaires, mais la guerre se révèle impitoyable, et l’aviation marocaine bombarde des camps de réfugiés, forçant des milliers de Sahraouis à l’exil. Le Maroc finit par « sécuriser » quelques 80% du territoire du Sahara occidental qu’il occupe, en construisant un mur gigantesque qui l’entoure – tel le mur de Trump, ou celui édifié par Israël, et qui provoque nettement moins l’indignation des bien-pensants en Occident que feu le mur de Berlin – doublé d’un champ de mines, et derrière lequel le peuple Sahraoui sous occupation est emprisonné. Pour le Front Polisario, la guerre était dans une impasse, et un cessez-le-feu fut conclu, sous l’égide de l’ONU, en 1991.




 

Le Sahara occidental sous occupation marocaine

 

Le Sahara occidental fut de facto divisé en une zone d’occupation marocaine (80% du territoire), et une zone libre (20%), que le Maroc appelle « zone tampon » et qui est de fait contrôlée par le Polisario (mais la plupart des Sahraouis sous administration de la RASD vivent dans les camps de réfugiés en Algérie).

 

L’ONU désigna une mission spéciale, la MINURSO – Mission des Nations-Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental – dont la principale attribution, comme son nom l’indique, était l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Mais, elle se révéla un échec total. Aucun référendum ne put être organisé, car le Maroc sabota systématiquement toute tentative de mise en place d’un vrai référendum, et que le Front Polisario ne pouvait accepter une simple autonomie de façade, laissant la domination marocaine intacte. La MINURSO ne fit rien non plus contre les massives et graves violations des droits humains dans la nouvelle colonie marocaine.

 

Car le joug marocain dans le Sahara occidental occupé ne se révéla pas mieux que le colonialisme européen. Faut-il le rappeler, le Royaume du Maroc n’est pas une démocratie, mais une monarchie quasiment absolue – avec un multipartisme de façade mais où aucune opposition réelle n’est tolérée – et reposant sur un appareil d’État extrêmement répressif. Comme dans toute monarchie à l’ancienne, la famille régnante, puissante et richissime, est au sommet de l’oligarchie locale, et n’hésite pas à utiliser la puissance publique au service de ses intérêts privés.

 

Le Sahara occidental occupé se vit imposer une domination coloniale extrêmement dure : répression brutale de toute contestation, absence de toute liberté d’expression, véritable chape de plomb coupant presque cette région du monde, violences policières et procès politiques omniprésents et arbitraires. Les ressources naturelles du Sahara occidental – phosphates et ressources halieutiques – sont soumises à un véritable pillage, sans aucun égard à la durabilité ni aux dégâts occasionnés à l’environnement. Les revenus reviennent à l’élite marocaine ; le peuple sahraoui n’en voit jamais la couleur.

 

La monarchie marocaine prétend justifier cette occupation coloniale par une prétendue « marocanité » du Sahara occidental, dont nous avions déjà parlé. Elle diffuse des fakes news, comme quoi la question sahraouie aurait été artificiellement créée de toutes pièces par l'Algérie, ce qui contredit les faits les plus élémentaires, comme d’ailleurs la position de l’ONU. Elle affirme enfin que la question ferait l’objet d’un consensus dans la société marocaine, si bien qu’il serait impossible de faire de quelconques concessions. Mais une majorité de la population russe soutiendrait – même si ce n’est pas certain – l’« opération militaire spéciale ». Qu’un nationalisme fasse l’objet d’un « consensus » – au sein du peuple d’un pays dominant – ne le rend pas légitime pour autant.

 

Succès diplomatiques de la monarchie marocaine

 

A défaut de se plier aux exigences les plus élémentaires du droit international, ou de négocier sérieusement avec ceux que l’ONU a reconnus comme représentants légitimes du peuple sahraoui, le régime marocain a trouvé une autre solution : légitimer son coup de force en le faisant avaliser par des puissances impérialistes.

 

Les soutiens du Maroc sont tout d’abord les pétromonarchies du Golfe (entre monarchies absolues on est solidaire…). Ce sont ensuite les USA de Trump, qui ont accepté la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en échange du rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël : avaliser l’oppression des Sahraouis en échange de l’acceptation de celle des Palestiniens…Une position que l’administration Biden n'a pas remise en cause. C’est l’UE, qui a signé un accord de libre-échange avec le Maroc, incluant le Sahara occidental dans le territoire marocain ; un accord d’abord retoqué par la CJUE, mais ensuite validé par le Parlement européen en 2019. La si vertueuse UE, si intransigeante sur les principes de « l’État de droit », cautionne donc le pillage des ressources naturelles d’un territoire illégalement occupé. Après tout, business is business. C’est enfin le gouvernement « de gauche » espagnol, qui a accepté la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, pour que la police marocaine continue à tabasser avec zèle les migrants africains qui tentent de rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

 

Quand on a autant de puissances impérialistes de son côté, pourquoi s’embarrasser d’un détail sans importance comme le droit international ? On peut en revanche apprécier la « sincérité » de l’indignation morale des dites démocraties occidentales devant les agissements de Vladimir Poutine – qui, pour inexcusables qu’ils soient, ne sont pas pires que ceux du roi du Maroc, de celui d’Arabie Saoudite, ou du président de Turquie – et ce que vaut leur attachement aux valeurs que sont le droit international et les droits humains.


         La RASD a des soutiens plus honorables. Ici Mohamed Abdelaziz, ancien président de la RASD, avec Raoul Castro, en 2014 


Fin du cessez-le-feu et reprise de la lutte armée

 

Cet état de paix précaire et de promesses non tenues prit fin en 2020. Afin de mieux pouvoir piller les ressources du Sahara occidental occupé, le Maroc décida de bâtir une route goudronnée en direction de la Mauritanie, destinée à l’exportation. Mais cela impliquait d’ouvrir une brèche illégale dans la zone de démarcation, à Guerguerat, et de faire passer ladite route en zone libre, en violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu. Des militants non-armés du Polisario ont manifesté en 2020, en zone libre, pour bloquer cette route illégale. L’armée marocaine est alors intervenue pour réprimer brutalement cette manifestation pacifique, et « sécuriser » une zone illégalement occupée.

 

Le Front Polisario a estimé qu’il s’agissait de la part du Maroc d’une violation unilatérale du cessez-le-feu, que celui-ci avait donc vécu, et qu’il était de sa responsabilité de protéger les civils sahraouis, fût-ce en prenant les armes. Ce fut la reprise de la guerre. Depuis, les forces armées du Front Polisario attaquent régulièrement des positions de l’armée marocaine, pour accomplir par les armes une lutte de libération nationale que la négociation et l’ONU n’ont pu mener à bien. Du côté marocain, c’est l’escalade dans une répression brutale et arbitraire contre toute expression de mécontentement en territoire occupé. La guerre n’a fait que prendre en ampleur et continue à ce jour, sans qu’il soit possible d’en voir la fin, bien que le fait soit pratiquement inconnu par chez nous.

 

Parce que cette occupation coloniale est un scandale trop méconnu, parce que de cette guerre de libération nationale trop peu de gens sont au courant dans notre pays, nous avons invité le Front Polisario en tant qu’invité d’honneur à notre 13ème Fête des peuples sans frontières. Parce que la solidarité internationale est pour nous un principe inconditionnel, parce que le colonialisme sous quelque forme que ce soit est inacceptable et doit être éradiqué, parce que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un principe intangible. Pour toutes ces raisons, la lutte du peuple sahraoui doit être soutenue, de la même façon que l’est celle du peuple palestinien ou du peuple kurde, que l’est celle de tout peuple soumis à un joug colonial ou néocolonial. La revendication doit être claire et sans concession : un référendum d’autodétermination, avec la possibilité de former un État séparé, pour le peuple du Sahara occidental, sans aucune immixtion de la monarchie marocaine. Il n’est pas acceptable, au XXIème siècle, que des prétentions dynastiques, des nationalismes archaïques, ou des ambitions impérialistes puissent justifier l’oppression d’un peuple et le pillage de ses ressources naturelles. Nous luttons pour qu’enfin ces reliques putrides d’un passé révolu rejoignent les poubelles de l’histoire, pour un monde nouveau.