09 avril 2015

Ils n’ont que de fausses promesses, nous promettons la lutte ! Votez la liste n°6 « Parti du Travail : section Versoix » !

Yvette Bhira

Anne Vadi


La commune de Versoix est dominée depuis toujours par une majorité de droite écrasante. Le discours officiel est que tout va pour le mieux ou presque.  Les partis gouvernementaux restent indéfiniment au pouvoir en répétant à chaque élection des promesses plus ou moins sincères, et la plupart du temps jamais tenues. Et pourtant…il existe à Versoix de nombreux problèmes, qui ne sont que trop souvent occultés, et rien n’est fait pour les résoudre. Il y existe une précarité importante, sur laquelle on ferme trop souvent les yeux. Des bureaux vides s’accumulent, des villas et de la PPE de luxe foisonnent, alors que les versoisiens modestes n’arrivent pas à trouver de logement à leur portée. Les propriétaires profitent de la situation pour augmenter encore et encore les loyers au-delà de toute limite – ce alors que le taux hypothécaire a baissé ! – et se permettent de ne pas faire les travaux requis à temps, ce qui oblige aujourd’hui, au XXIème siècle, des gens à vivre dans des appartements insalubres. Les natifs de la commune ont toutes les peines du monde à trouver du travail, confrontés qu’ils sont à un chômage structurel beaucoup plus important qu’on ne veut bien l’admettre, une manque de place de travail correspondant à leur qualification, et à une dumping salarial qui n’est pratiquement pas combattu.

Face à tous ces problèmes susmentionnés, la droite largement majoritaire ne fait strictement rien…pour la bonne et simple raison qu’elle est au service exclusif des plus riches, des promoteurs et des propriétaires immobiliers, des grandes entreprises, qui s’enrichissent encore plus de cette situation, et non des classes populaires dont elle n’a que faire. C’est pourquoi, la section versoisienne du Parti du Travail a décidé de présenter

une liste au Conseil municipal sous ses propres couleurs, avec deux candidates de valeur, Yvette Bhira, retraitée et présidente de l’association des habitants de la Pelotière, et Anne Vadi, mère au foyer et artiste, très impliquées dans la vie associative de leur commune et dans le combat pour la justice sociale. Deux candidates résolument tournées vers l’avenir. Ainsi que le dit Yvette Bhira : « Pour Versoix, il ne faut pas voir le passé mais l’avenir, avec tous les gens, de toutes les classes sociales, parce qu’on ne prenait en compte que les riches avant, et toutes les nationalités, et avancer vers un avenir meilleur pour nos enfants » ; et Anne Vadi : « Je ne vis pas dans le passé mais dans le présent. On dit souvent que le passé est un état dépressif et que le futur est inquiétant. Il faut arrêter avec les dictons du passé, le passé est le passé, il faut construire au présent, au jour le jour, et voir ce qu’on peut concrètement faire pour améliorer la vie des Versoisiens ».

Mais surtout deux candidates  déterminées à mener une lutte de tous les instants pour les objectifs qui sont ceux du Parti du Travail, pour la défense des intérêts et aspirations légitimes des classes populaires, pour une société plus juste et plus égalitaire : pour un travail pour tous, contre toute discrimination à l’embauche touchant les gens endettés, pour la création de places de travail socialement utiles et la diversification du tissu économique, pour une lutte efficace contre le dumping salarial ; pour un logement pour tous, quelle que soit sa situation financière, pour que la commune construise de façon importante des logements sociaux et des logements à loyer bas, plutôt que de laisser les promoteurs faire des bureaux ou de la PPE, pour une baisse généralisée des loyers, actuellement tout à fait abusifs, et pour forcer les propriétaires à faire des rénovations à temps ; pour une vraie justice sociale, pour étendre à Versoix le système des prestations complémentaires AVS/AI sur le modèle de ce qui existe en Ville de Genève, pour des facilités juridiques pour les associations caritatives.


Le Parti du Travail est en ce sens différent de tous les autres partis. Nous ne faisons pas de fausses promesses que nous serons libres de tenir ou pas après les élections, nous ne disons pas aux gens qu’il suffit de voter pour nous et de nous faire confiance pour que l’avenir soit radieux, mais les appelons au contraire à s’engager dans la lutte à nos côtés pour construire une société plus juste.

Genève, république bananière ?



La liberticide, néolibérale et antisyndicale Loi sur la police (LPol), confectionnée par le Conseiller d’Etat Pierre Maudet, avait passé la rampe du suffrage populaire à seulement 42 voix de différence. Dans un communiqué de presse diffusé le jour même, nous avions exprimé notre préoccupation par rapport à la dangereuse dérive sécuritaire à laquelle cette LPol participe, et qui logiquement pourrait nous amener à nous réveiller un matin en dictature policière de droite déclarée. Nous avions également souligné la très faible valeur de ce résultat, étant donné le score on ne peut plus serré, mais aussi et surtout étant donnée la procédure de vote et de comptage des votes en vigueur à Genève et qui ne présente aucune fiabilité. Une fois n’est pas coutume, la presse bourgeoise a repris assez largement notre communiqué de presse. La chancellerie décida de procéder à un recomptage des voix, bien qu’elle n’y était juridiquement pas obligée, admettant par là implicitement que nos critiques sont tout à fait fondées et qu’il y a véritablement un problème avec la procédure de vote à Genève. Le recomptage a donné quelques 12 voix supplémentaire pour le oui ; une impressionnante victoire pour Maudet, il faut reconnaître…

Au-delà même du caractère foncièrement liberticide de la nouvelle LPol, au-delà du fait qu’elle contienne trois articles que le Tribunal fédéral avait jugé contraires aux principes les plus fondamentaux de l’Etat de droit (!), nous insisterons quant à nous sur un problème peut-être bien plus grave : la procédure de vote et de comptage de votes en vigueur à Genève et qui n’est absolument pas fiable. Rappelons en effet que le Parti du Travail s’était opposé dans le temps à la généralisation du vote par correspondance ainsi qu’à l’introduction du vote électronique. En effet, si dans la plupart des pays du monde la seule façon de voter possible, ou presque, soit dans l’isoloir, avec le bulletin de vote déposée dans une urne scellée, où toutes les étapes du dépouillement se font en présence d’observateurs internationaux ou nommés par les partis, ce n’est pas là une question d’archaïsme, de survivance d’une méthode dépassée, mais bien parce que c’est la seule façon de se prémunir contre la fraude électorale, du moins dans un régime démocratique et sous certaines conditions.

Or ce n’est pas du tout ainsi que les choses se passent à Genève. A peine un citoyen sur dix vote effectivement dans l’urne, et le rôle des jurés électoraux au local de vote est réduit à peu de choses : ni dépouillement, ni rien, juste vérifier les papiers d’identité et empiler les enveloppes reçues par piles de 100 ou de 50. Près de 90% de ceux qui votent effectivement le font par correspondance. Admettons que ce moyen est démocratique et fiable, même si nous nous y étions opposés autrefois et pour de bonnes raisons. Nous pourrions encore admettre que cette façon de faire est correcte si les enveloppes n’étaient ouvertes qu’en présence d’observateurs nommés par les partis politiques. Mais ce n’est pas cela qui se passe. Le dépouillement se fait certes en présence d’observateurs. Mais le prédépouillement, soit la séparation des cartes de vote et des enveloppes bleues, contenant le bulletin de vote, lui, se fait avant et sans observateurs. Or cette façon de faire crée la possibilité technique d’une fraude à grande échelle. Qui nous dit que des bulletins ne sont pas détruits parce qu’ils sont associés à un certain nom ou viennent d’un certain quartier, pour être remplacés par un nombre équivalent de faux bulletins ? Certes nous n’affirmons pas que ce genre de pratique existe. Rien ne nous permet de le penser. Mais rien ne nous prouve le contraire non plus. Et n’oublions pas non plus l’absence totale de fiabilité que présente le vote électronique, qui ne permet aucun contrôle a posteriori du fait qu’il n’y ait pas eu de piratage de nature à changer les votes. Un hacker a même prouvé empiriquement que le système utilisé par l’Etat peut être piraté sans trop de problèmes… Genève, république bananière ? Est-il si incongru de se poser cette question après tout ?

On pourrait nous rétorquer que nous sommes en Suisse, pays indiscutablement démocratique, et que donc nous devrions faire confiance à nos autorités. Nous rejetons totalement cette façon de penser. Le simple fait que la possibilité technique de fraude existe est inadmissible dans une démocratie, puisque après tout cette possibilité pourrait bien finir par être utilisée, et laisse planer une suspicion légitime sur le résultat des votes. C’est la démocratie elle-même qui est mise par là en question. C’est pourquoi nous exigeons que soit implémentée une procédure de vote entièrement fiable, qui garantisse dans les faits le respect de la volonté des citoyens.

28 février 2015

L’Empire euro-austéritaire s’est-il brisé sur les pierres de l’Acropole ?



Cela fait un mois à ce jour, un mois depuis les législatives du 25 janvier 2015, que la Grèce est dirigée par un gouvernement tenu très largement par Syriza (Coalition de la gauche radicale), parti membre de la gauche européenne (PGE), dont fait également partie le Parti Suisse du Travail. A l’origine coalition électorale rassemblant le Synaspismos, scission eurocommuniste du Parti communiste de Grèce (KKE), plusieurs organisations trotskistes, maoïstes, écologistes, et – c’est plus problématique – des transfuges de dernière minute du Pasok, dont quelques anciens ministres, Syriza est devenue un parti peu avant ces élections pour pouvoir bénéficier du bonus de 50 sièges offert au parti qui remporte la majorité relative des voix. Si Syriza a gagné les élections, c’est en réussissant à incarner aux yeux des larges masses populaires grecques une alternative crédible aux politiques d’austérité brutales, inhumaines et désastreuses pour le peuple grec, et ruineuses et absurdes d’un point de vue macro-économique (elles ont effet plongé l’économie grecque dans une récession durable, ainsi que fait exploser une dette publique qu’elles étaient pourtant censées juguler), imposées par les technocrates néolibéraux non-élus de Bruxelles et par Mme Merkel, et appliquées avec un zèle cynique par ND et Pasok, les deux partis qui se sont partagés la totalité du pouvoir depuis la chute de la dictature des colonels, et qui se retrouvent laminés avec à peine 30% des voix à eux deux, eux qui atteignaient presque les 80% il y a peu.

Un programme radical et réaliste à la fois, ou pas ?

Syriza avait donc gagné les élections avec le programme de mettre fin aux désastreuses politiques d’austérité, de rompre avec la tyrannie de la troïka, de déchirer les scandaleux Memoranda, de rétablir les prestations sociales et les droits des travailleurs supprimés par les gouvernements austéritaires,  d’annuler les privatisations frauduleuses, de renationaliser les services publics indispensables, de créer un pôle bancaire public, d’obtenir l’annulation de la dette « illégitime » (en fait, la quasi-totalité de la dette selon les calculs des économistes de Syriza), une relance de type keynésien de l’économie grecque, ainsi qu’au niveau européen renverser les rapports de force dominants pour en finir avec les politiques d’austérité et impulser une nouvelle dynamique en faveur des peuples. Ce n’est certainement pas un programme de révolution socialiste. Mais il serait très peu marxiste de juger un programme dans l’abstrait, d’un point de vue strictement doctrinal, abstraction faite des conditions concrètes dans lesquelles il est censé être appliqué. Or le programme de Syriza, s’il était intégralement appliqué, apporterait une formidable rupture avec le despotisme néolibéral des technocrates de l’UE et de l’apparente fatalité de l’austérité à perpétuité, ferait voler en éclat le TINA (« There is no alternative ») de Thatcher, et pourrait ouvrir la porte à des transformations révolutionnaires dans toute l’Europe.

Toutefois, en est-il bien ainsi ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce n’est pas du tout l’avis du Parti communiste de Grèce (KKE), qui a également progressé lors du dernier scrutin, sans atteindre toutefois ses scores de presque 10% d’avant la crise, mais qui n’a en revanche rien perdu de son implantation locale, dans les syndicats et les mouvements de masse, et dont le rôle est indispensable dans les luttes. Le KKE a catégoriquement refusé toute alliance avec Syriza, comme tout soutien au gouvernement – c’est pour cela du reste que Syriza s’est choisi comme allié de circonstance le parti de droite souverainiste, anti-austérité et anti-UE des Grecs Indépendants (ANEL) afin d’obtenir les deux voix qui leur manquaient  pour avoir la majorité absolue à la Vouli – jugeant que Syriza ne serait guère plus qu’une « force de réserve du capitalisme », une « nouvelle social-démocratie », dont le peuple grec n’aurait à rien de bon attendre car, ne voulant pas à appliquer une politique révolutionnaire, qui seule peut apporter un véritable changement, Syriza appliquerait forcément une politique réformiste, et donc en faveur des monopoles, et contre les intérêts des classes populaires. On a beaucoup critiqué le KKE pour cette position intransigeante, que d’aucuns ont qualifié de « sectaire », sans souvent chercher à en comprendre les raisons. Or, que cette position soit juste ou fausse, il faut admettre qu’elle n’en repose pas moins sur des arguments dont certains ne sont pas dénués de pertinence.

Le principal point faible du discours de Syriza, sa principale contradiction, la principale contradiction objective à laquelle se heurte immédiatement toute tentative de l’appliquer, c’est que certes Syriza veut rompre avec l’austérité et ses effets catastrophiques et retrouver pour la Grèce la souveraineté nationale et populaire nécessaire pour mener une autre politique, mais sans pour autant quitter ni l’UE, qui a imposé ces politiques, ni l’Euro. Or, l’UE n’est en rien une structure de coopération, mais une véritable machine technocratique et profondément anti-démocratique, visant à imposer le néolibéralisme et le libre-échange aux peuples contre leur gré. L’Euro, également, est clairement surévalué par rapport aux besoins de l’économie grecque. Et, plus grave, c’est le fait de ne pas pouvoir émettre sa propre monnaie, de dépendre du bon vouloir des technocrates de la BCE au service exclusif du capital financier qui fait de la dette grecque un problème insoluble, qui empêche l’Etat grec de dévaluer sa monnaie pour réduire ainsi sa dette, ou l’annuler unilatéralement. Il est donc clair que le choix est à la fois simple et exclusif : soit accepter de rester dans la nouvelle prison des peuples qu’est l’UE, et pour cela se plier à toutes ses conditions, soit rompre définitivement avec l’UE et l’Euro pour pouvoir mener une autre politique. Or Syriza ne veut procéder à aucune rupture unilatérale, mais semble croire en la possibilité de renégocier à la fois l’austérité et la dette avec l’UE, ainsi qu’à transformer celle-ci de l’intérieur en une changeant complétement les rapports de force. Il est pourtant clair que l’UE n’acceptera de rien renégocier, et qu’un gouvernement Syriza, qui se refuse au choix de la rupture, n’aura d’autre choix que de continuer à appliquer l’austérité sous une forme ou sous une autre. La démonstration se veut irréfutable. L’est-elle réellement ? En tant que marxistes, nous savons que c’est la pratique qui est le critère de la vérité. Aussi allons nous regarder la pratique gouvernementale de Syriza, au pouvoir depuis un mois déjà.

Pour un premier bilan provisoire

Il est très difficile de porter un jugement à peu près définitif sur l’action d’un gouvernement au pouvoir depuis seulement un mois. Toutefois, s’il n’approche même pas le bilan du Parti bolchevik en à peine quelques jours après la Révolution d’octobre, celui de Syriza n’a rien en commun avec celui d’un parti social-démocrate. Dès les toutes premières heures, le gouvernement a multiplié les déclarations et mesures positives. Il a annoncé qu’il ne signera jamais le TTIP, l’arrêt de la privatisation du port du Pirée, la réintégration de milliers de fonctionnaires illégalement licenciés, la mise à l’étude du rétablissement du droit du travail et d’un salaire minimum à 751 euros pars mois, la réouverture de la télévision publique fermée par le gouvernement précédent, un plan d’annulation des dettes des ménages les plus pauvres, la naturalisation automatique des immigrés nés sur sol grec, l’arrêt de la politique xénophobe et répressive contre les migrants, l’interdiction faite à la police d’utiliser le gaz lacrymogène pour disperser des manifestations. Le ministre des finances, Yannis Varoufakis a déclaré qu’il refusait de reconnaître la troïka ni continuer à subir son joug, et qu’il voulait tout renégocier, directement avec l’UE. La Vouli a institué une commission parlementaire chargée d’étudier un moyen de faire payer à l’Allemagne les réparations pour la Deuxième Guerre mondiale.  Tous les responsables de Syriza ont été très fermes dans leurs déclarations : le programme de Syriza sera appliqué dans son intégralité, la Grèce a le droit de reconquérir sa souveraineté nationale et démocratique, des mesures sociales doivent être prises d’urgence pour faire face à la terrible crise humanitaire, et c’est à l’UE de prendre acte du choix démocratique du peuple grec. C’était du moins une façon d’ouvrir les négociations côté grec…

L’UE quant à elle a réagi avec toute l’arrogance que l’on attendait, voire au delà. Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne et spécialiste international incontesté ès évasion fiscale a déclaré qu’il « n’y a pas de choix démocratique possible contre les traités européens ». Les responsables européens ont multiplié les déclaration dignes des baillis impériaux qu’ils sont : en substance, il n’y a rien à négocier, la Grèce n’a qu’à se mettre à genoux devant ses vrais maîtres, et continuer à affamer son propre peuple pour continuer à payer aux banquiers leurs intérêts d’usuriers. La BCE a pratiquement coupé l’accès au financement des banques grecques, provoquant un retrait aux guichets catastrophique, dans le but évident de forcer la main au gouvernement grec. C’est pourtant bien ce à quoi il fallait s’y attendre : l’UE n’est pas une démocratie, mais une dictature néolibérale, et jamais elle ne laissera un peuple rompre les chaînes du néolibéralisme, à moins que ce dernier ne rompe d’abord avec elle…

Trahison ou façon de gagner du temps ?

Après quelques péripéties, un accord provisoire fut finalement signé entre la Grèce et l’Eurogroupe le vendredi 20 février et qui stipule que si la Grèce n’aura plus à subir les réformes imposées par la troïka, elle devra en revanche présenter son propre plan de réformes structurelles, qui, s’il est approuvé par les « institution » (en fait, la troïka sous un autre nom), lui donnera l’accès à une nouvelle tranche d’aide européenne, nécessaire pour la maintenir à flot jusqu’au mois de juin. Un nouvel accord devra alors de nouveau être trouvé. Cette liste de réformes a été transmise. Elle prévoit principalement de résoudre la crise des recettes de l’Etat plutôt que de couper absurdement dans les dépenses : lutte contre l’évasion fiscale (qui atteint des niveaux abyssaux en Grèce), contre les privilèges fiscaux des riches et contre la corruption, ainsi que l’allègement de certaines taxes injustes frappant surtout les plus pauvres introduites par les gouvernements austéritaires. Des mesures sociales seront également prises pour faire face à l’urgence humanitaire, bien que plus modestes que prévues initialement pour l’instant pour ne pas avoir un impact budgétaire trop important. Des mesures plus problématiques sont aussi prévues, comme la réduction du poids de la bureaucratie et accroissement de l’efficience de l’administration afin de faire des économies, ce qui peut signifier simplement lutter contre le copinage endémique régnant à l’époque ND-Pasok, mais pourrait aussi prendre un tournant par trop connu…Enfin, le plus contestable, le gouvernement grec s’est engagé à ne pas revenir sur les privatisations déjà en cours, et en étudier l’opportunité d’autres, ainsi que de ne prendre aucune mesure unilatérale. Les créanciers de la Grèce ont approuvé ce plan.

Le KKE a aussitôt déclaré que Syriza n’a fait que changer les mots, renommant par exemple « troïka » en « institutions », mais pour le reste a totalement capitulé devant l’UE et la troïka, ainsi qu’il l’avait prévu, et quant au fond s’est engagé à poursuivre les politiques d’austérité, gagnant seulement le droit pour la Grèce de choisir sa propre austérité par elle-même, ce qui est une bien amère consolation pour les classes populaires qui devront la subir. Déclaration pas très surprenante pourrait-on dire. Mais c’est un discours qu’ont repris pratiquement mot pour mot nombre de représentants de l’aile gauche de Syriza, le plus remarqué ayant été le célèbre résistant à l’occupant nazi et eurodéputé Manolis Glezos, qui a « demandé pardon au peuple grec d’avoir participé à cette illusion », déclaré que « entre l’oppresseur et l’oppressé, il ne peut être question de compromis, tout comme cela est impossible entre l’occupé et l’occupant. La seule solution c’est la liberté ». Il a aussi réclamé un débat interne au sein de Syriza sur les orientations du gouvernement. L’aile gauche de Syriza représente près du tiers des membres du parti. S’il perd son soutien, le gouvernement perd sa majorité parlementaire.

Ce n’est toutefois pas la seule lecture possible de cet accord. La position de la direction de Syriza et du gouvernement est bien entendu différente : il ne s’agit en rien, disent-ils, de capituler face à l’UE ni de renoncer en quoi que ce soit à appliquer le programme électoral de Syriza, simplement de gagner du temps pour éviter un effondrement du système bancaire grec, de se donner le temps pour négocier un véritable accord avec l’UE qui soit conforme au programme de Syriza, de se donner le temps de mettre en place une autre politique. Alexis Tsipras, premier ministre de Grèce, a déclaré à l’issue de la signature de l’accord avec l’Eurogroupe : « La déclaration commune de l’Eurogroupe d’hier, est essentiellement un accord-cadre qui crée un pont entre la période mémorandaire et notre propre plan de croissance. C’est un accord qui annule en fait les engagements du gouvernement précédent concernant la baisse des salaires et des pensions, les licenciements dans le public, l’augmentation de la TVA sur les produits alimentaires, les produits pharmaceutiques et les infrastructures touristiques. Il annule dans la pratique l’austérité et les mécanismes de son application, tels que les excédents primaires irréalistes et déflationnistes. Il crée le cadre institutionnel pour la mise en œuvre des réformes progressistes nécessaires concernant la lutte contre la corruption et l’évasion fiscale, la réforme de l’État, mais aussi la fin de la crise humanitaire, qui est notre devoir primordial. »


Rien n’est encore joué, l’issue de la lutte n’est pas décidée et dépendra des rapports de force internes à Syriza, des choix de ses dirigeants, mais aussi et surtout de la lutte du peuple grec lui-même. Toutefois, s’il est certes louable de gagner du temps et que les manœuvres tactiques sont nécessaires, tout dépend, dans quel but ? Arracher à l’UE un accord favorable au peuple grec ? L’UE n’a que trop montré que c’est hors de question. Transformer l’UE de l’intérieur pour en faire une Europe sociale ? Qui pourrait encore croire en la réalisabilité de cette perspective ? Aussi, dans l’aile gauche de Syriza, c’est les critiques de Stathis Kouvelakis, membre du Comité central et professeur de philosophie politique au King’s College de Londres, plus constructives que d’autres, qui sont peut-être aussi les plus pertinentes. En résumé, c’est le refus de la rupture avec la construction européenne et ses règles qui a amené Syriza jusque là à modérer ses exigences puis à céder face à l’Eurogroupe. La poursuite de cette stratégie mènera inéluctablement à l’échec du gouvernement et la désintégration du parti. L’alternative reste la même qu’au départ : la capitulation ou la rupture, qui seule donnera la possibilité d’une politique véritablement radicale, qui pourra réellement satisfaire les aspirations légitimes du peuple grec.

Du mauvais usage de la notion d’ « économie sociale de marché »

S’il existe une notion que l’idéologie bourgeoise contemporaine affectionne tout particulièrement, c’est celle d’ « économie sociale de marché ». Dès la première année de Collège, en cours d’introduction à l’économie, on met dans la tête des élèves que la Suisse seraient une « économie sociale de marché », et donc le meilleur système possible, le compromis parfait. Dans tous les pays d’Europe, éditorialistes, politiciens et universitaires à la solde du système chantent la même rengaine. L’ « économie sociale de marché » figure dans le traité de Lisbonne comme un objectif à atteindre par l’UE. Des partis de droite, et depuis quelques temps des partis sociaux-démocrates, inscrivent l’objectif d’une « économie sociale de marché » dans leur programme.

Pourquoi un tel consensus autour de cette notion ? Et puis, est-il seulement vrai qu’en Suisse règne une « économie sociale de marché » ? Que ce soit l’objectif recherché par la construction européenne ? Les propagandistes bourgeois sont-ils un tant soit peu sincères lorsqu’ils le disent ? En réalité, pour une fois ils disent la vérité…et mentent sur toute la ligne par la même occasion. Comment est-ce possible ? C’est que, si on emploie le syntagme « économie sociale de marché » en son sens propre, il est absolument exact de dire que c’est le système économique dominant, à quelques détails près, en Suisse et en Europe. Simplement, « économie sociale de marché » veut dire tout autre chose que ce que l’on croit.

Si la propagande bourgeoise aime tellement employer cette notion, c’est à cause des connotations que le mot « social » fait naître dans l’esprit des gens. On imagine qu’il s’agit d’une sorte de compromis entre socialisme et capitalisme, d’un mélange judicieux d’éléments provenant des deux systèmes pour reprendre les avantages de chacun sans ses inconvénients, d’une économie de marché dont les effets néfastes sont corrigées par l’existence d’un Etat social, d’un compromis social-démocrate en somme. Or ce n’est pas du tout cela le sens de « social » dans « économie sociale de marché ».

En réalité – Cédric Durand le montre dans la préface de l’excellent ouvrage En finir avec l’Europe, paru aux éditions La Fabrique en 2013 –  la notion d’ « économie sociale de marché » vient des travaux de l’économiste ordolibéral allemand Alfred Müller-Armack, qui participa au nom de l’Allemagne à certaines négociations à l’origine de la construction européenne. L’ordolibéralisme est ce courant du libéralisme apparu en Allemagne dans les années 1930, et dont l’idée clé est que l’intervention de l’Etat est indispensable pour mettre en place une économie de marché libérale et une concurrence libre et non-faussée, et par la suite prendre des mesures visant à ce que l’économie reste libérale et concurrentielle, soit empêcher l’émergence de monopoles qui finiraient par tuer la concurrence.

Aussi, il n’est guère surprenant que dans les travaux de Müller-Armack, le terme de « social » n’ait aucun rapport avec l’ « Etat social » tel que nous pouvons le concevoir. « Social » ici doit se comprendre en un double sens. Premièrement, le caractère socialement construit, imposé par des mesures politiques, de l’économie libérale et concurrentielle, qui n’est pas un ordre naturel et spontané, comme le conçoivent des courants concurrents du libéralisme. Deuxièmement, « social » renvoie aux avantages supposés que toute la société est sensée retirer d’une concurrence libre et non-faussée. Cette pensée est absolument antinomique, on le voit, de l’idée même d’Etat social : l’Etat, pour les ordolibéraux, doit intervenir le moins possible pour assurer même un peu de redistribution des revenus, puisque cela fausserait le libre jeu du marché et de la concurrence, alors que son but est précisément d’imposer le libéralisme à perpétuité. Dans « économie sociale de marché », en fait, « social » signifie exactement « antisocial ».
Et dans ce sens là, c’est à dire au sens d’imposer le libéralisme par la force de l’intervention étatique, c’est exactement ce que fait l’UE. Cela n’est du reste pas surprenant, puisque c’est Müller-Armack en personne qui y a amené l’idée d’ « économie sociale de marché » au sens où lui la comprenait. La seule différence étant que la distorsion de la concurrence par les monopoles prend bien plus de place que ce qui était prévu par la théorie ordolibérale. Mais les néolibéraux n’accordent en fait que peu d’importance à cette contradiction entre leurs théories et la réalité de leurs politiques. A peu de choses près, c’est aussi le programme du PLR, de l’UDC et du PDC.


Du reste, le syntagme « économie sociale de marché » aurait difficilement pu avoir un autre sens et rester consistant. Car une économie de marché, pour le dire clairement une économie capitaliste, est antisociale de par son essence même, puisque sa loi fondamentale est toujours et nécessairement la recherche du profit maximum à tout prix. Quoi qu’il en soit, cela illustre bien ce que valent tous les bricolages réformistes, à quoi se réduisent toutes les théories bourgeoises prétendant que le capitalisme peut être amendé de l’intérieur dans un sens plus social. Le capitalisme, qu’il soit néolibéral ou régulé, ne peut pas être autre chose que ce qu’il est, et ne peut pas par conséquent, même dans un scénario de science-fiction, être social. Et tous ceux qui désirent réellement changer cette société doivent se battre pour la seule alternative qui soit au capitalisme, c’est-à-dire pour le socialisme, et ne pas perdre leur temps avec des modèles qui se disent hybrides et qui se réduisent toujours au capitalisme tel qu’il est au final.