18 juin 2018

La réélection de Nicolas Maduro, une nouvelle victoire pour la Révolution bolivarienne




Il n’a pas pu échapper à nos lecteurs que Nicolas Maduro a été réélu président de la République bolivarienne du Venezuela le 20 mai 2018 avec 67,84% des voix, tant les médias occidentaux de différentes obédiences en ont abondamment parlé. Ils n’auront raisonnablement pas pu – à moins de vivre coupé du monde – ne pas avoir entendu que le scrutin aurait été pour le moins problématique, si ce n’est truqué, que le Venezuela vit une grave crise économique, qui serait apparemment de la seule faute de son gouvernement, que les démocraties occidentales s’inquiéterait avec raison des violations des droits humains au Venezuela (mais bizarrement, beaucoup moins dans d’autres pays), que Maduro serait un « dictateur », et d’autres propos du même acabit.

Les sornettes ci-dessus évoquées ne représentent qu’un petit échantillon de la guerre médiatique orchestrée par les USA contre la Révolution bolivarienne, et à laquelle tous les médias bourgeois occidentaux participent assidûment. Alors rétablissons quelques faits élémentaires. Nicolas Maduro, président de la République bolivarienne du Venezuela, membre du Parti Socialiste Unifié du Venezuela (PSUV), et successeur du défunt Hugo Chavez, a donc été réélu à sa propre succession avec 67,84% des voix, au termes d’un scrutin bien organisé, qui s’est déroulé dans le calme, et où plus de 150 observateurs internationaux sérieux et qualifiés n’ont pas décelé d’irrégularités notables. Pourtant, on nous affirme de toutes parts que le scrutin était irrégulier. Sur la base de quoi ? L’absence des principaux partis de l’opposition de droite ? Ces partis, divisés entre eux, en plein marasme depuis que leur tentative de saboter les élections à l’Assemblée nationale constituante par la violence, l’assassinat de militants chavistes et le saccage de bâtiments publics ait échoué, ont refusé la main tendue et l’appel au dialogue du gouvernement bolivarien (qui aurait pourtant eu amplement de quoi les éradiquer pour leurs actions criminelles), et ont choisi d’appeler au boycott de l’élection présidentielle. Pour l’opposition oligarchique vénézuélienne, seules sont démocratiques les élections qu’ELLE gagne – intéressante vision de la démocratie. Le problème est-il alors le taux de participation, seulement 46%, soit moins de la majorité du corps électoral. Mais dans ce cas, il faudrait annuler pratiquement tous les scrutins en Suisse ! Les votations de ce dimanche 11 juin n’ont ainsi mobilisé que 33% du corps électoral de notre pays. Quelqu’un envisagerait-il pourtant d’en annuler les résultats pour cette raison ? Il suffit d’ailleurs de regarder le tableau qui illustre le présent article pour constater que Nicolas Maduro est tout de même mieux élu qu’Emmanuel Macron ou que Donald Trump, qui cherche, avec une véritable hystérie, à le faire tomber.

Du reste, que valent les scrupules démocratiques de la Maison blanche ? Il suffit de répéter le mot suivant de Julian Assange pour en dire tout ce qu’il y a à en dire : « Je ne comprends pas pourquoi Maduro n’adopte pas la constitution de l’Arabie Saoudite pour satisfaire les Etats-Unis ». Ce qui vaut pour les USA vaut également pour toutes les démocraties impérialistes occidentales. La Suisse ne fait pas exception.

Non, si la classe dirigeante étatsunienne, ainsi que tous ses alliés et satellites, haït à ce point le Venezuela bolivarien, c’est pour la même raison qu’elle continue aujourd’hui encore de porter la même haine à la République de Cuba et à sa Révolution : parce que la Révolution bolivarienne s’est fixée l’objectif – criminel au yeux des impérialistes – de ne plus être l’arrière-cour des USA, de sortir de l’orbite de l’Empire, de reconquérir sa souveraineté, la maîtrise de ses ressources naturelles et la dignité de son peuple, plutôt que de livrer les deux à la merci des multinationales étatsunienne, d’édifier, enfin, une société socialiste. C’est pour la raison inverse que les USA ont installé et accordé un soutien inconditionnel à l’infâme dictature de Pinochet, et qu’ils ne trouvent rien à reprocher à l’obscurantiste et tyrannique monarchie saoudienne. C’est pour des raisons semblables que les autres démocraties occidentales s’alignent, globalement, sur les mêmes positions. La démocratie et les droits humains n’ont rien à voir là-dedans.

Cela n’est pas sans rapport avec les graves difficultés économiques que connaît actuellement le Venezuela. La presse bourgeoise parle abondamment de ces difficultés, mais réussit l’exploit à ne jamais en évoquer l’aspect essentiel : le Venezuela est actuellement victime d’une véritable guerre, non seulement informationnelle, mais aussi et surtout économique, orchestrée par les USA, avec le soutien des autres « démocraties » occidentales, et la collaboration active de l’oligarchie vénézuélienne et de la fameuse opposition, qui ne représente que ladite oligarchie.

N’ayant pas réussi à renverser le président démocratiquement élu Hugo Chavez, les USA pensaient enfin tenir leur chance après son décès, il y de cela 5 ans. Du fait de l’influence conjuguée des difficultés de la Révolution et des moyens énormes investis par les USA, l’opposition oligarchique obtenait une courte majorité aux élections législatives en 2015, mais sans disposer d’une majorité qualifiée qui lui eût permis de déposer le président Nicolas Maduro. Toutefois, la dite opposition s’est complétement isolée et discréditée elle-même, par son revanchisme et sa haine quasi-pathologique des classes populaires qui ont osé secouer leurs chaînes, par son revanchisme hystérique, par son intelligence avouée avec l’Empire. La Révolution bolivarienne sut se sortir de ses difficultés, et de défaire la tentative de contre-révolution, à la fois dans la rue et au travers de l’élection de l’Assemblée nationale constituante. Depuis, n’ayant pas réussi à saboter cette élection malgré sa campagne criminelle de violences et d’intimidations, l’opposition vénézuélienne est en déroute complète.

L’Empire a réagi à cette victoire de la Révolution bolivarienne par un politique de « sanctions » draconiennes, en réalité une véritable guerre économique, destinée à étouffer l’économie vénézuélienne, à faire sombrer le Venezuela dans la crise, dans l’espoir de briser sa révolution. Donald Trump a ainsi signé, le 22 mai, un nouveau « décret présidentiel » qui durcit l’embargo financier et commercial sur le Venezuela. Aucune personne ou entité étatsunienne ne peut acheter des titres de la dette souveraine du pays, des actifs ou des biens du gouvernement vénézuélien aux Etats-Unis ou appartenant à une entité vénézuélienne dans laquelle l’Etat est présent à hauteur de 50 % (visée ici PDVSA, la compagnie pétrolière nationale). Le Venezuela se voit ainsi menacé de difficultés pour exporter son pétrole (alors que son économie en dépend largement, la Révolution bolivarienne n’ayant guère réussi à ce jour à sortir le pays de sa dépendance à l’exportation de pétrole). Ces mesures de boycott ont un effet désastreux sur l’économie d’un pays tel que le Venezuela, qui est un importateur net, ne possédant ni une autosuffisance alimentaire, ni une production industrielle suffisamment importante et diversifiée (malgré de réelles avancées, la Révolution bolivarienne n’a pu liquider l’héritage pourri des gouvernements de droite antérieurs). Elles expliquent aussi pourquoi il n’est pas aussi facile qu’il n’y pourrait paraître de nationaliser plus largement au Venezuela les secteurs qui pourraient – et devraient – l’être.
Ce boycott mis en place par les USA, et transposé sous une forme ou une autre par d’autres Etats occidentaux, est particulièrement aggravé par le sabotage organisé par l’oligarchie vénézuélienne, qui garde à ce jour largement le contrôle du commerce extérieur et de la grande distribution – hausse vertigineuse des prix, pénuries artificiellement créées, réexportations illégales vers la Colombie…La Colombie qui a récemment adhéré à l’OTAN, afin de faciliter l’intervention militaire impériale dans la région.

La Révolution bolivarienne parvient néanmoins à résister face à cette offensive hostile, et même à aller de l’avant, malgré d’inouïes difficultés. Le président Maduro a ainsi défini, après sa réélection, six axes pour la nouvelle étape de la Révolution : la réconciliation nationale, la restauration de la croissance économique – à travers la main tendue envers le secteur privé, capitaliste, mais aussi par le renforcement des Comités Locaux d’Approvisionnement et de Production (CLAP) –, la lutte contre la corruption, la défense du pays, et le socialisme comme objectif stratégique.

Un regard gauchiste pourrait voir dans ces mesures – réconciliation nationale, main tendue à la bourgeoisie nationale, hausse de la production pétrolière – un tournant à droite de la Révolution. Il est vrai que ces mesures ne peuvent être efficaces que si elles sont temporaires. Mais il faut être conscient des difficultés auxquelles la Révolution bolivarienne doit faire face. Quand on sait quel est le coût matériel et humain d’une guerre civile – qui en outre serait le prétexte rêvé pour une intervention des USA – on ne peut que comprendre les efforts du gouvernement bolivarien pour la réconciliation nationale (stratégie qui a en outre été particulièrement efficace pour mettre l’opposition devant ses contradictions, l’isoler, la désorganiser et finalement la mettre en déroute). On comprend aussi l’urgence de rétablir la situation économique ; du reste, le Parti bolchevik avait aussi mis en place la NEP pour de telles raisons. Enfin, la critique ou le doute sont toujours facile, mais le devoir pour tout internationaliste qui se respecte est aujourd’hui celui de la solidarité sans failles avec la Révolution bolivarienne.


Pour conclure par des paroles de Noam Chomsky, datées du 13 août 2017, et auxquelles nous souscrivons entièrement : « Les Etats-Unis ont déjà envahi le Venezuela avec des groupes subversifs comme la National Endowment for Democracy – NED, qui soutiennent une opposition qui cherche le renversement violent d’un gouvernement élu : un crime de haute vertu du droit international. Il est peu probable que les Etats-Unis envahissent le Venezuela. Washington n’envahit que les pays sans défense, et le Venezuela n’est pas sans défense. Le monde décent devrait soutenir le Venezuela, maintenant soumis à une guerre de propagande virulente à travers les médias. Si le Venezuela tombe, l’humanité entière tombe ».

70 ans d’injustices, d’oppression et de crimes coloniaux



Le 15 mai 2018 a marqué un triste anniversaire : les 70 ans de la Nakba, la « catastrophe », soit la sombre période d’expulsions des Palestiniens de leurs terres ancestrales, de violences, de destructions et de massacres par les forces armées du nouvellement créé Etat d’Israël. Durant ce qu’il faut bien qualifier de vaste opération de nettoyage ethnique – qui dura entre novembre 1947 et les accords de cessez-le-feu avec les pays arabes en 1949 – plus de 800'000 Palestiniens ont été brutalement chassés de leurs foyers, et condamnés à une vie d’exil, dans des camps de réfugiés. Les villages palestiniens, vidés de leur population par la force des armes, ont fait place à des colonies de peuplement israéliennes. Le but de l’opération ayant été de mettre le monde devant le fait accompli et de rendre irréversible l’occupation de terres palestiniennes, au mépris flagrant du droit international (qui interdit strictement à un Etat de transférer sa propre population civile sur un territoire qu’il occupe militairement). Ce processus de colonisation n’a jamais cessé par la suite, réduisant à quelques lopins de terre dispersés le territoire dévolu pour un Etat palestinien par l’ONU en 1947. Les réfugiés palestiniens représentent aujourd’hui le groupe de réfugiés le plus important sur la planète, soit 18% de la population totale de réfugiés dans le monde. Et ceux qui restent en territoire occupé ou formellement contrôlé par l’autorité palestinienne subissent des oppressions sans nombre, sont traités en citoyens de seconde zone au sein même de l’Etat d’Israël, ou bien s’entassent dans ce véritable enfer à ciel ouvert qu’est la bande de Gaza.

Le droit au retour des réfugiés palestiniens a pourtant été expressément reconnu par l’ONU dès le 11 décembre 1948, dans sa résolution 194. Mais cette résolution, comme d’innombrables autres, est restée lettre morte. L’Etat d’Israël nie le droit au retour des réfugiés palestiniens, nie l’existence même du problème des réfugiés, et méprise effrontément le droit international. D’après les mots du cinéaste britannique Ken Loach : « Israël se présente comme une démocratie occidentale et en même temps enfreint des accords internationaux et ne respecte pas la Convention de Genève, vole des terres auxquelles il n’a pas le droit, enferme des enfants en prison et ment à la terre entière par rapport à ses armes nucléaires ». Il est vrai que le soutien inconditionnel des USA, cet empire qui lui aussi méprise le droit international, comme toute morale et tout droit, aide le pouvoir israélien à se sentir tout permis.

Et honte au conseiller fédéral (PLR) Ignacio Cassis, qui, pour se rapprocher de l’Etat d’Israël, a osé dire que l’UNRWA, l’agence onusienne en charge des réfugiés,  est une partie du problème plutôt que de la solution, dans la mesure où elle entretiendrait de faux espoirs chez les réfugiés palestiniens de pouvoir retourner chez eux un jour. Il est juste scandaleux que ce triste personnage, qui nie aussi effrontément le droit au retour, reconnu par l’ONU, qui n’a aucun égard pour le droit international, puisse rester à son poste comme si de rien n’était !

Les USA de Donald Trump ont tenu à fêter, en commun avec le gouvernement d’extrême-droite israélien de Benjamin Netanyahu, les 70 ans de la Nakba à leur façon, en déménageant leur ambassade à Jérusalem, annexée et proclamée sa « capitale éternelle » par Israël, au mépris de toutes les résolutions de l’ONU. Pendant ce temps, l’armée israélienne a réprimé à balles réelles la marche « du grand retour », organisée par la jeunesse de Gaza, qui n’en peut plus de mourir lentement dans l’enfer à ciel ouvert que lui a imposé le blocus israélien, pour punir le peuple palestinien d’avoir, il y a plus de dix ans, démocratiquement choisi de porter le Hamas au gouvernement. Des dizaines de personnes désarmées ont ainsi été massacrée.


« Quand, en 1997, les Nations unies ont voté la résolution inaugurant la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, elles affirmaient avoir connaissance de l’injustice et de la violation des droits de l’homme qui ont cours en Palestine. A la même époque, l’ONU s’est opposée fortement à l’apartheid, et au fil des ans un consensus international s’est construit, qui a aidé à mettre un terme à ce système inique. Mais nous savons bien que notre liberté est incomplète sans celle des Palestiniens, sans la résolution des conflits qui font rage au Timor-Oriental, au Soudan et dans d’autres parties du monde », avait déclaré Nelson Mandela en 1997. La mobilisation internationale, une campagne de boycott, avaient à l’époque permis de faire plier le régime de l’apartheid en Afrique du Sud. Il n’est que grand temps de faire aussi d’imposer au régime israélien le respect du droit international, du droit du peuple qui habite cette terre depuis plus de mille ans.

L’initiative pour une caisse maladie et accident public genevoise à but social est en cours de traitement par le Grand Conseil




Au mois de juillet 2017, le Parti du Travail déposait, avec plus de 14'000 signatures à l’appui, récoltées par ls seules forces de ses militants, une initiative populaire constitutionnelle, intitulée « Pour une caisse d’assurance maladie et accidents genevoise publique à but social ». Parce que la situation actuelle ne peut plus durer, et encore moins à Genève qu’ailleurs – le montant des primes devient juste insoutenable – nous avions estimé qu’il n’était pas raisonnablement possible d’attendre qu’une solution se dessine enfin au niveau fédéral, et qu’il fallait agir au plan cantonal. Nous avions donc lancé une initiative pour une caisse maladie cantonale publique et à but social, qui opérerait dans le cadre de la LAMal – contraintes du droit fédéral obligent – et qui de ce fait serait en concurrence avec les autres 36 caisses privées, opérant déjà dans le canton. Ce ne serait certes pas la solution miracle, mais il n’était guère possible de faire plus tout en restant en conformité avec le droit supérieur. Cette caisse aurait tout de même l’avantage d’être entièrement transparente, de ne pas être liée aux intérêts occultes (euphémisme poli) d’un groupe privée – elle n’aurait de fait pas tous les frais des caisses privées (lobbying, publicité, bâtiments de luxe, salaires mirobolants), et surtout n’arnaquerait pas ses assurés. Elle pourrait de ce fait fixer des primes plus basses que les caisses privées.

Depuis, notre initiative a été validée par le Conseil d’Etat – hormis une modification mineure – et transmise au Grand Conseil, qui a commencé à plancher sur le sujet. Nous avions récemment été reçus, en tant qu’initiants, par la commission de la santé du Grand Conseil. On ne nous a posé moins de question que ce à quoi nous nous attendions. Toutes portaient sur la pertinence de notre initiative  pour résoudre le problème que nous souhaitons traiter, de la capacité d’une caisse publique, en concurrence avec les 36 autres caisses privées, de faire vraiment mieux qu’elles. Une telle caisse n’attirerait-elle pas tous les mauvais risques, la rendant non-viable ? Personne n’a nié le problème, ni n’a défendu les caisses privées. Nous avions soutenu que notre initiative n’est certes pas la solution miracle, mais en tout cas un début de solution, et qu’elle n’attirerait de loin par que les mauvais risques.

Les classes populaires de ce canton nourrissent largement en effet – nous avons pu amplement le constater durant la récole des signatures pour notre initiative – une haine, parfaitement justifiée, à l’égard des assureurs privés, qualifiés d’escrocs (parmi les termes les plus polis utilisés). Les assureurs nient bien sûr, la main sur le cœur. Mais la situation est aujourd’hui tellement grave qu’une partie de la droite dit, plus diplomatiquement sans doute, mais quant au fond des choses pas très différentes de celles soutenus par les citoyens excédés.

Voyons par exemple le passage suivant, tiré du site du PDC : « Quatrièmement, grâce à la proposition du PDC Genève, la Cour des comptes enquête cette année sur la fixation des primes. Avec probablement un regard très critique sur l’opacité qui règne lors de l’établissement des primes d’assurances maladie. Nous voulons que ce contrôle indépendant par la Cour des comptes se répète ». Le PDC prétend par ailleurs être le seul parti à agir concrétement contre la hausse des primes. C’est naturellement faux. Mais nous ne pouvons qu’apprécier le fait qu’un parti bourgeois comprenne la nécessité de mettre fin au système pourri des caisses privées en pseudo-concurrence au détriment des assurés, et s’engage dans ce combat.

Voyons à présent la prose du Conseil d’Etat (celui de la dernière législature), plus précisément son rapport au Grand Conseil au sujet de notre initiative, dans lequel il recommande d’ailleurs de la rejeter : « Même si les cantons peuvent […] donner leur avis aux assureurs et à l’OFSP sur l’évaluation des coûts pour leur territoire et obtenir les informations nécessaires à cet effet, la procédure de fixation des primes reste insatisfaisante, et cela pour plusieurs raisons. D’une part, la loi précise que les cantons peuvent donner leur vais et obtenir les informations nécessaires pour autant que ces échanges ne prolongent pas la procédure d’approbation. En pratique, il s’avère qu’il est extrêmement difficile pour les cantons de disposer de ces informations dans un délai utile. D’autre part, les informations obtenues sont souvent insuffisantes, en ce sens qu’elles ne permettent pas de faire toute la lumière sur l’augmentation du niveau de primes prévues par assureur et son lien avec l’augmentation des coûts de la santé par le canton.  Enfin, l’avis du canton n’a aucune force contraignante. Ce système a ainsi pour conséquence que l’écart entre les primes encaissées par les assureurs-maladie pour les assurés de notre canton et les coûts de la santé générés par ceux-ci ne cesse d’augmenter, et ce de manière incompréhensible. » C’est assez clair, non ? Il n’y a aucun rapport entre la hausse des primes d’assurance-maladie et celle des coûts de la santé, puisque les assureurs augmentent leurs primes de façon arbitraire et bien au-delà de ce qui serait requis pour couvrir la hausse des coûts de la santé. Nous le disons depuis des années, mais c’est encore mieux quand c’est le Conseil d’Etat qui confirme ce que nous avons toujours dit.


Il n’est que trop urgent de mettre fin à la tyrannie des caisses privées et de leur système d’escroquerie, pour un système de santé entièrement public et social. Notre initiative constitue assurément un pas dans cette direction.

Oui à la laïcité, non à une logique de discrimination

Réuni en sa séance du 28 mai 2018, le Comité directeur du Parti du Travail a pris la décision, non sans un débat approfondi, et à une très large majorité, de soutenir le référendum contre la Loi sur laïcité de l’Etat (LLE), dont la première mouture avait été élaborée par le conseiller d’Etat Pierre Maudet, et la version finale votée par une majorité, de droite, du Grand Conseil. Ce référendum  a été lancé à l’origine par une coordination référendaire, portée par principalement par solidaritéS, avec le renfort de quelques syndicalistes, et d’associations musulmanes. Depuis, la CGAS, la Jeunesse socialiste et les Jeunes Verts ont également décidé de le soutenir.

Pourquoi cette décision ? Le Parti du Travail est profondément attaché au principe de la laïcité, qui fait partie de l’héritage progressiste de la révolution bourgeoise. Mais on ne juge pas une loi à son intitulé. En quoi la LLE fait-elle avancer la cause de la laïcité ? La séparation de l’Eglise (ou des différentes Eglises) et de l’Etat est réalisée depuis bien longtemps, et aucun groupe religieux ne la remet en cause, ni n’est en position de faire valoir de quelconques prétentions théocratiques. La LLE ne visait nullement à résoudre un quelconque problème existant, mais à doter d’une loi d’application un article de la nouvelle Constitution, pour lequel ce n’était pourtant pas nécessaire, ni utile.

Les nouvelles dispositions les plus importantes qu’elle introduit, est l’interdiction de porter tout « signe religieux » aux élus et aux employés de l’Etat. Par là, l’Etat intervient bien plutôt dans des questions de conscience de ses employés, plutôt que de s’en abstenir, ce qui devrait être le cas d’un Etat laïque. Et quels « signes religieux » seraient visés ? Les deux communautés religieuses qui seraient les seules à être en position d’avoir des prétention théocratiques – les catholiques et les protestants – ne sont pas concernés du tout par cette disposition, la croix se portant usuellement sous la chemise. Mais les élus de droite, dont certains sont membres du parti au nom, très laïque, de Parti démocrate-chrétien, n’ont pas fait mystère de leurs intentions. Une catégorie de la population, et une seule, est visée : les femmes musulmanes qui portent le voile.

Intention très peu laïque : s’en prendre à une catégorie, minoritaire, de la population, dont on prétend qu’elle pose un problème particulier – le tort principal des musulmans étant de ne pas « s’intégrer », et de menacer une civilisation aux fondements « judéo-chrétiens ». C’est le fameux « on ne se sent plus chez nous ».. On ne voit que trop les ravages que le détournement démagogique de la « laïcité » dans une optique discriminatoire a fait dans le débat public français. La bourgeoisie genevoise souhaite importer cette détestable logique chez nous. C’est là le phénomène décrit par Lénine dans Socialisme et religion, en 1905 : « La bourgeoisie réactionnaire s’est partout appliquée, et commence à s’appliquer chez nous aussi, à attiser les haines religieuses, pour attirer dans cette direction l’attention des masses et les détourner des questions politiques et économiques véritablement importantes et capitales ».

Le Parti du Travail ne peut qu’être opposé à une telle logique. Non pas que nous défendions que le port du voile soit en tant que tel une « liberté », ni que nous fermions les yeux sur les méfaits de l’islamisme, principalement pour les musulmans eux-mêmes d’ailleurs. Mais ce n’est certainement pas une discrimination à l’embauche qui va libérer quelque femme que ce soit ; encore moins des élus de droite, en majorité masculins, qui se refusent à voter toute loi contraignante en matière d’égalité des salaires. Il n’y a d’ailleurs actuellement aucun problème véritable de cohabitation à Genève posé par les musulmans – si ce n’est dans la tête de certains. Il n’est pas question pour nous de créer un problème nouveau, et d’introduire de la discrimination, pour satisfaire une logique de division voulue pour la bourgeoisie, ni d’accepter la stigmatisation. Pour reprendre une référence, qui ne saurait pas forcément du goût de solidaritéS, en transposant aux musulmans ce qui y est dit des chrétiens :


« Nous n’interprétons pas l’évolution d’un grand nombre de chrétiens comme le signe qu’une convergence philosophique peut désormais être trouvée entre le marxisme et le christianisme. Les fondements philosophiques de ces deux conceptions du monde sont radicalement  différents. Mais nous ne considérons pas que cette différence doive conduire à ranger, au cours du combat social et politique, les communistes dans un camp et les chrétiens dans un autre. Pour nous, la véritable ligne de démarcation entre les français n’est pas tracée par la diversité de leurs convictions philosophiques ou religieuses ; elle passe entre la petite minorité qui exploite et opprime et l’immense majorité des victimes de cette politique, qu’elles croient en Dieu ou soient athées, qu’elles aillent à la messe ou non. Nous sommes plus près d’un travailleur chrétien que d’un banquier voltairien, d’un partisan de la paix chrétien que d’un capitaliste qui tire profit de la vente d’armement à l’étranger, fût-il athée, d’un chrétien démocrate que d’un agent des monopoles matérialiste ». (Georges Marchais, Le défi démocratique, Grasset, Paris, 1973, p. 139)