05 décembre 2013

Discours prononcé lors de la manifestations contre les traités TiSA et APT, le 03.12.13


Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste « le pouvoir étatique moderne n’est qu’un comité chargé de gérer les affaires communes de la classe bourgeoise toute entière » et Lénine disait « Le capital financier vise à l’hégémonie, et non à la liberté. La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l’impérialisme. » Nous ne voyons que trop bien la vérité de ces propos aujourd’hui, alors que 27 pays membres de l’OMC négocient en ce moment même en grand secret un nouveau Accord sur le Commerce des Services, et que l’Union Européenne et les Etats-Unis sont en tractations pour un Partenariat transatlantique. Ces accords ont un but : la libéralisation intégrale du secteur des services dans le seul intérêt des multinationales et au détriment des intérêts les plus fondamentaux des peuples. Une attaque sans précédent contre les services publics ! En effet, les Etats seraient soumis à l’obligation de « neutralité concurrentielle ». En clair, entreprises privées et services publics devraient être traités de la même façon : fin des indispensables monopoles publics, et mêmes subventions aux écoles publiques et privées ! Démantèlement des services publics et subventionnement du privé ! Et les Etats n’auraient plus le droit de réguler les marchés financiers, au nom d’une relance de l’économie, ce alors même que l’on a vu tous les dommages que peuvent causer à l’économie mondiale une finance dérégulée !

Le Partenariat Transatlantique, auquel la Suisse serait soumise à travers les bilatérales, prévoit des dispositions plus graves encore. Ainsi, nous n’aurions plus le droit d’interdire ni même d’étiqueter les OGM ! Même les cantines scolaires n’auraient plus le droit de choisir de servir des OGM ou pas ! Et les multinationales pourraient poursuivre les Etats devant des tribunaux spéciaux créés pour l’occasion et sans aucune légitimité démocratique, qui pourraient les condamner à des amendes de plusieurs millions, comme cela se fait déjà dans le cadre de l’OMC, pour entrave au libre-échange, pour des salaires minimums trop généraux, pour une législation protégeant les droits des travailleurs trop importante, pour les moindres mesures en faveur de l’environnement…bref pour tout ce que ces multinationales estiment susceptibles de réduire leurs marges bénéficiaires.

On le voit, ces traités constituent une attaque grave, inqualifiable, contre les peuples et leurs droits les plus fondamentaux, dans le seul but de lever tout obstacle à l’enrichissement au-delà de toute limite d’une toute petite oligarchie. Négocier ces accords, comme on le fait, en secret, constitue un insupportable coup d’Etat contre la démocratie, et un utile rappel du fait que sous le capitalisme, derrière la façade de la démocratie formelle, le pouvoir véritable est concentré entre quelques mains, dans la réalité d’une dictature de classe. L’OMC elle-même, par ses objectifs néolibéraux, par son fonctionnement opaque, est en elle-même une offense à la démocratie. Car les peuples ne veulent pas du néolibéralisme, qu’ils comprennent très bien être diamétralement opposé à leurs intérêts. La seule façon de le leur imposer est de passer par la coup de force, par la violation de la démocratie, par des institutions foncièrement antidémocratiques comme l’OMC, par des accords secrets, dérobés à la connaissance du peuple, ou par la violence. Toutefois, il n’y a pas de fatalité. En 1997, l’oligarchie mondiale avait déjà voulu imposer aux peuples un traité secret extrêmement similaire au TiSA et à l’APT, appelé alors Accord multilatéral pour l’investissement. Face à la mobilisation populaire, elle a dû y renoncer. Et c’est la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd’hui, pour mettre les gouvernants en échec, pour arrêter les traités secrets dirigés contre les peuples, parce qu’ils ne peuvent rien contre la force du peuple soulevé en masse, parce qu’ensemble nous pouvons faire échouer leurs plans.

19 novembre 2013

L'initiative 1:12 menace le partenariat social, vraiment?

Le Temps d'aujourd'hui fait écho du doute apparemment manifesté par une partie du mouvement syndical au sujet de l'initiative 1:12 de la jeunesse socialiste, doute motivé par la crainte de mettre en danger le partenariat social. Il faut que la bourgeoisie et sa presse soient bien paniqués par l'initiative 1:12, qui, n'en déplaise à Levrat et aux sondages a encore des chances de passer, pour ainsi faire appel à une frange, ultra-minoritaire faut-il le rappeler, et à un futur ex-conseiller d'Etat, Charles Beer, qui n'a aucun scrupule à trahir son propre camp. Les plumitifs bourgeois font d'ailleurs appel au même sophisme contre l'initiative pour un salaire minimum.

Cette sollicitude de l'oligarchie et de ses porte-paroles pour les syndicats est vraiment touchante. Mais qui pourrait sérieusement y croire? Que valent ces plaidoyers intéressés et hypocrites du patronat en faveur du partenariat social, quand c'est le même patronat qui jour après jour s'emploie à casser le partenariat social, en dénonçant les conventions collectives qui ne sont pas à son goût , en privilégiant l'épreuve de force face aux syndicats, en faisant appel au dumping salarial et à la sous-traitance? Et n'oublions pas qu'en Suisse seuls 50% des travailleurs bénéficient d'une convention collective de travail. Que signifie le partenariat social pour les 50% restants? Mais c'est comme toujours, la bourgeoisie ne fait appel au soi-disant partenariat social, dont elle n'a cure le reste du temps, que lorsque ses privilèges exorbitants sont menacés. Dans le langage des démagogues au service de la classe dirigeante, partenariat social signifie collaboration de classe, signifie que les syndicats doivent renoncer à la lutte, capituler face au patronat. Les discours hypocrites sur les partenariat social menacé des plumitifs de la bourgeoisie et de Beer ne doivent tromper personne, et surtout pas les militants syndicaux. Il ne s'agit que d'une argutie misérable pour amener les syndicats à renoncer à leur mission fondamentale de lutte de classe, et à se priver de l'instrument indispensable de lutte qu'est l'initiative populaire.

Comme le disait déjà Henri Lacordaire, "entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit." Qu'est-ce que l'initiative 1:12? Pas "l'initiative de la jalousie" comme le déclarent des politiciens bourgeois dans leur morgue de privilégiés, Non, mais une exigence de justice. Aujourd'hui en Suisse nous assistons à un creusement abyssal des inégalités. D'après une enquête de Caritas, 1 millions de personnes en Suisse vivent sous le seuil de pauvreté. Plus de 400'000 travailleurs, en majorité de travailleuses, gagnent moins que le minimum vital de leur travail. D'après la Tribune de Genève (pas vraiment un journal de gauche) 26% de la population suisse peine à boucler ses fins de mois. Et pendant ce temps, une poignée de tops managers s'offre des rémunérations insolentes, prélevées sur les richesses que produisent les travailleurs, qui eux n'en profitent pas. Leurs rémunérations scandaleuses sont-elles au moins justifiées par leur compétences censées être extraordinaires? le bilan de M. Ospel à la tête de l'UBS prouve amplement le contraire. Par les risques qu'ils prennent ? Quels risques? Rappelons qu'il s'agit de salariés qui restent en poste quelques années et qui n'ont cure de ce qui arrivera après leur départ. Les simples travailleurs qui risquent de se faire licencier sans ménagement prennent bien plus de risques que ces messieurs. Face à cet accaparement au-delà de toute mesure des richesses que les travailleurs produisent par une petite minorité de capitalistes et de managers, face à cette injustice flagrante, le peuple se lève et exige une répartition plus juste des richesses. Il l'a déjà montré en acceptant à une large majorité l'initiative Minder, malgré la propagande délirante de la droite et du patronat contre elle, et malgré qu'elle ne soit qu'une solution toute relative et au fond très libéral à ce grave problème.

Alors la classe dirigeante, menacée de devoir réduire un tout petit peu ses insolents privilèges, panique. Elle mène une campagne délirante contre l'initiative 1:12, faisant flèches de tout bois, menaçant comme à son habitude le pays de tous les maux si jamais l'initiative était acceptée, essayant de diviser le mouvement syndical. Mais qui pourrait encore prendre au sérieux le discours catastrophiste de la droite? Elle nous le ressert à chaque votation, à chaque fois que l'un ou l'autre de ses privilèges est menacé. C'en est presqu'un réflexe pavlovien. Nous y avons eu droit dans son intégralité pour l'initiative Minder. Et aucune catastrophe ne s'est produite. Même le conseiller fédéral Schneider Amman, pourtant opposé à l'initiative, a l'honnêteté de dire que si elle est acceptée rien de grave ne menace l'économie suisse. D'ailleurs, l'argumentation des opposants est bien contradictoire. En effet, ils disent que si l'initiative est acceptée et, on suppose, appliquée, toutes les sept plaies d'Egypte frapperont inéluctablement la Suisse. Et ils disent aussi que l'initiative serait inapplicable car très facile à contourner. Mais s'ils savent qu'ils vont pouvoir la contourner sans problèmes, que la craignent-ils autant? Et s'ils la craignent car ils savent qu'elle sera applicable, que disent-ils le contraire?

Le 24 novembre prochain, parce que rien n'est encore joué, et parce que la justice doit triompher sur toutes les arguties des sophistes de la bourgeoisie, ce sera un OUI résolu à l'initiative 1:12!

03 novembre 2013

José Manuel Barroso et le cosmopolitisme européiste



" Sous le capitalisme, les Etats-Unis d'Europe sont soit impossibles soit réactionnaires" Lénine

J'ai eu l'occasion d'assister lundi dernier à une conférence de José Manuel Barroso, président actuel de la Commission européenne, organisée à l'occasion des 50 ans de l'institut européen de Genève. Ce fut un condensé de deux heures de propagande européiste. Le recteur de l'UNIGE, Jean-Dominique Vassalli, le président du Conseil d'Etat, Charles Beer, le directeur de l'institut Européen, Nicolas Levrat, l'ancien professeur et actuel conseiller de M. Barroso, Dusan Sidjanski, y sont allés chacun de leur couplet. Mais bien entendu le morceau de choix de la soirée était la conférence de M. Barroso lui-même.

Bien qu'il s'en soit défendu, José Manuel Barroso a brossé un tableau complètement idyllique, ou pas loin, de l'Union européenne. A écouter M. Barroso, on oublierait presque qu'il est un homme de droite profondément réactionnaire. Dans le monde idyllique de M. Barroso, l'UE est la réalisation terrestre de valeurs universelles de paix, de démocratie, de tolérance, d'ouverture à l'autre, de justice sociale. L'UE est sensée être une puissance bienveillante qui promeut la paix, entre ses Etats membres bien sûr, mais aussi dans le monde entier. L'UE est aussi une construction essentiellement démocratique, même s'il est vrai qu'elle ne s'est pas toujours construite par des procédés démocratiques, puisque la démocratie est la façon la plus efficace de gouverner une société avec souplesse, prise en compte des intérêts et opinions divergentes, et adaptations rapides à un monde changeant. Du reste, la poursuite de la construction européenne exige un élargissement de la démocratie interne et de la participation des citoyens européens. L'UE est aussi, à ce qu'il paraît, sensée être une entité sociale, fondée sur l'économie sociale de marché, et préconisant des droits sociaux pour ses propres citoyens et les promouvant, sans bien sûr rien imposer, dans le reste du monde. 

Outre ses multiples aspects positifs, l'UE est sensée être une évolution inéluctable de l'Europe du fait de la mondialisation. Car pour M. Barroso, la mondialisation est une fatalité, essayer d'y échapper en fermant les frontières est vain. Il faut au contraire donner des règles à la mondialisation, la réguler, pour qu'elle ne soit pas la loi de la jungle. Cette régulation passe nécessairement par un transfert de souveraineté à des institutions supranationales. M. Barroso se déclare sans hésitation cosmopolite. Le cadre national est pour lui à bien des égards dépassé, car les enjeu d'aujourd'hui doivent être traités à un niveau plus global. Néanmoins, puisque l'on est plus fort ensemble, ce transfert de souveraineté ne constitue pas une perte de souveraineté pour les Etats-nations mais un gain de souveraineté en réalité. Du reste, la preuve que ce transfert de souveraineté est inéluctable est le fait que la solution à tous les problèmes que rencontre l'UE et ses Etats membres passe toujours par plus d'intégration (comme le Mécanisme européen de stabilité, ou bien le contrôle préalable des budgets nationaux par la Commission européenne.). L'avenir est donc à l'Europe fédérale.

M. Barroso a un charisme indéniable et tout ce discours est sans doute bien beau et persuasif. Son grand point faible est...qu'il n'a que peu de choses à voir avec la réalité. L'UE réellement existante est à des années-lumière du portrait idyllique qu'en dresse M. Barroso. Un mythe européiste tenace est que le but de la construction européenne est d'assurer la paix entre ses Etats membres et dans le monde entier. Ce mythe est mensonger. L'UE, héritière de la Communuauté européenne pour le charbon et l'acier, s'est construite à la base comme alliance contre le camp socialiste. Aujourd'hui encore l'UE est une alliance impérialiste ayant pour but de concurrencer plus efficacement des impérialismes rivaux. D'ailleurs les pays membres de l'UE les plus puissants sont des puissances impérialistes qui participent aux guerres néocoloniales sanglantes de l'OTAN. L'UE n'est en aucun cas l'émanation de valeurs universelles, mais celle d'intérêts particuliers des grands monopoles européens, intérêts incompatibles avec ces des classes populaires des pays d'Europe. Même M. Barroso a été obligé de reconnaître que l'UE ne s'est pas toujours construite de façon très démocratique. Mais c'est là un euphémisme. Car l'UE n'est pas simplement a-démocratique ou n'ayant pas toujours été très démocratique. Elle est fondamentalement anti-démocratique. Construite à travers des traités imposés aux peuples sans presque jamais les consulter, bafouant les droits populaires lorsque les peuples votaient "mal", le tout avec un mépris sans bornes pour les peuples sensés être souverains, l'entité européenne est une structure technocratique, dirigée par une commission composée de hauts fonctionnaires nommés, qui ne sont élus par personne et qui n'ont aucun compte à rendre aux peuples. Les mesures que M. Barroso cite comme exemples de l'inéluctabilité de l'intégration européenne, le Mécanisme européen de stabilité et surtout le contrôle préalable des budgets nationaux par la Commission européenne, loin de constituer des instance de l'absurde concept de "transfert de souveraineté avec gain de souveraineté" sont des cas flagrants de déni de souveraineté, de suppression des prérogatives démocratiques les plus fondamentales, de transfert de pouvoir à des fonctionnaires non-élus qui n'ont pas de compte à rendre aux peuples et qui peuvent imposer des politiques violemment anti-populaires. Et il ne faut pas avoir froid aux yeux pour affirmer que l'UE est fondée sur la dite "économie sociale de marché" et reconnaît le droit à la sécurité sociale. Car l'UE est une machine de guerre ultra-libérale contre toutes les conquêtes sociales des peuples d'Europe. On ne le voit que trop bien avec les politiques d'austérité brutales imposées aux peuples de Grèce, du Portugal, d'Italie...par l'UE avec la complicité du FMI, de la BM et des bourgeoisie locales: liquidation de tous les droits des travailleurs, des services publics les plus essentielles et destruction de la protection sociale. Du reste, José Manuel Barroso est passé comme chat sur braise sur le sujet. A propos, la Grèce a introduit dans son code pénal ce 24 octobre une disposition punissant de 6 mois à 2 ans de prison la protestation contre l'UE et ses décisions. L'UE, une construction démocratique?

L'UE est une structure fondamentalement néolibérale, antidémocratique et verrouillée, elle est irréformable. C'est ce que le peuple suisse a fort bien compris en refusant catégoriquement toute adhésion à celle-ci. Heureusement, la démocratie semi-directe existe en Suisse, et les partis gouvernementaux, qui étaient pour, n'ont pas pu imposer au peuple suisse une adhésion à l'UE. La bourgeoisie suisse a toutefois trouvé une parade à cet obstacle: les accords bilatéraux et la reprise "dynamique" par la Suisse du droit européen, néolibéral et réactionnaire. On voudrait maintenant donner des prérogatives, en Suisse, à la Cour européenne de justice, gardien du temple du néolibéralisme européiste. Face à cette offensive du grand capital et de ses commis politiques, le seul mot d'ordre possible pour les communistes est la lutte contre l'UE du capital, contre toute reprise de son droit antipopulaire ou toute compétence en Suisse à sa néolibérale Cour de justice. Ce mot d'ordre doit être absolument clair, il ne peut admettre aucune nuance, aucune réserve, aucune "porte ouverte". Pourquoi laisser une porte ouverte à une structure fondamentalement réactionnaire et irréformable? L'internationalisme bien compris doit conduire aujourd'hui à défendre la souveraineté nationale, à défendre la nation contre les structures supranationales anti-démocratiques. Comme le disait Jean Jaurès "un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d'internationalisme y ramène". Les européistes prétendent que l'échelon national est dépassé. Force est de constater que ce "dépassement" de l'Etat-nation est prôné par tous ceux qui veulent substituer des structures technocratiques et non-démocratiques au seul espace démocratique qui existe, qu'on le veuille ou non. Certes, la fermeture des frontières et l'isolationisme national ne sont plus possible aujourd'hui et tous les enjeux ne peuvent être traités au niveau national. Mais si l'on veut que ces enjeux soient résolus dans l'intérêt du peuple et non dans celui des monopoles, il convient de créer des structures progressistes, démocratiques et respectueuses de la souveraineté des Etats, comme par exemple l'ALBA, et non se résigner face à l'UE centraliste et technocratique.

P.S. : En soi, l'organisation de deux heures de propagande européiste forcenée est un exercice assez navrant pour l'UNIGE, qui oublie qu'elle dépend d'un pays dont le peuple a refusé, et à juste titre, de rejoindre la nouvelle prison des peuples européiste. Les intervenants ont incarnés jusqu'à la caricature le concept gramscien d'intellectuel organique, apologétique de l'ordre établi, sans aucune distance critique envers leur objet d'étude.

30 septembre 2013

Salaire minimum: le Conseil des Etats contre les travailleurs

"Le gouvernement moderne n'est qu'un comité administratif des affaires de la classe bourgeoise" écrivent Marx et Engels dans le Manifeste du parti communistes.

Le Conseil des Etats a récemment estimé utile de corroborer et d'illustrer cette citation en prenant position contre l'initiative de l'USS pour un salaire minimum à 4000,- francs par mois. L'argumentation de la majorité de droite de la chambre des cantons est pour tout dire assez amusante par ses outrances: "L'introduction d'un salaire minimum de 4000 francs par mois pourrait paradoxalement augmenter le taux de pauvreté. Fort de cet avis, le Conseil des Etats a recommandé mardi le rejet de l'initiative populaire de l'Union syndicale suisse (USS) PAR 31 voix contre 13 de gauche. (...) Pour la majorité de la Chambre des cantons, le texte de l'USS "pour la protection de salaires équitables" va trop loin. (...) le camps bourgeois n'a pas mâché ses mots. "Cette initiative va anéantir des emplois et scier la branche sur laquelle repose notre bien-être.", a lancé Pankraz Freitag (PLR/GL). Et Konrad Graber (PDC/LU) de demander: "A quoi sert un salaire minimum si vous n'avez plus d'emploi?" (Brève ATS, in Le Temps du mercredi 25 septembre 2013) Rien que ça? Comme nous l'avions dit, le ridicule des envolées lyriques des sénateurs bourgeois fait sourire. Leur argumentation est bien entendu purement démagogique.

Rappelons que plus de 400'000 travailleurs en Suisse aujourd'hui (dont une écrasante majorité de travailleuses) gagnent moins de 25 francs par heure, et ne peuvent donc vivre décemment de leur travail. Ce sont ces travailleurs surexploités par la voracité du capital que l'on désigne par l'anglicisme de working poors, un de ces euphémismes anesthésiants dont la novlangue néolibérale a le secret. Cette situation est une des cause essentielle du fait que, d'après les chiffres de Caritas, un million de personnes vit en Suisse en dessous du seuil de pauvreté. Afin de remédier à cette situation, l'USS a lancé une initiative populaire pour un salaire minimum de 25,- à l'heure (ce qui équivaut à 4'000,- par mois pour un plein temps) et tenant compte de l'inflation, afin que chacun puisse vivre dignement de son travail. Ce ne serait que justice et devrait être une évidence. Toutefois, tel n'est pas l'avis du Conseil des Etats. En fidèles commis politiques du grand capital, les sénateurs suisses défendent avant tout le profit capitaliste, et s'ingénient à inventer des arguments plus fallacieux les uns que les autres pour refuser les revendications de justice les plus élémentaires des travailleurs de ce pays.

Instituer un salaire minimum serait dangereux pour l'économie suisse, serait destructeur d'emplois et mènerait à des délocalisations en masse? Allons donc! Ce scénario catastrophiste, toujours le même, rabâché par la droite face à toute initiative populaire progressiste, même la plus modérée, et qui est à chaque fois démenti par les faits, commence franchement à laisser et ne peut en tout cas pas être pris au sérieux. Et puis regardons de plus prêt ce qu'affirme la droite: il ne pourrait y avoir des emplois pour tous, ou du moins pour une large majorité, en Suisse qu'à conditions que les salaires soient tellement bas qu'ils ne permettent pas de vivre dignement. Cette ligne d'argumentation est proprement inacceptable, et ne montre que la faillite politique de ses auteurs, qui n'ont d'autre objectif que de servir la soif de profit sans borne des maîtres du capital. En outre elle est totalement fausse. Car où trouve-t-on la majorité des salaires inférieurs à 25,- de l'heure? Dans les secteurs du bâtiment, de l'hôtellerie, de l'agriculture et du commerce de détail. Secteurs qui ne sont guère susceptibles de délocalisation. En outre, le montant de 4'000,- par mois est très loin d'être extravagant. Il est même excessivement modeste. Il est même tellement réaliste, que Lidl a récemment augmenté, en accord avec les syndicats, ses salaires minimaux à 4'000,- par mois, preuve qu'il est tout à fait possible de rester concurrentiel avec ce salaire minimum. Ceux qui osent prétendre qu'un montant aussi modeste serait excessif méritent la mort politique. Non seulement cette initiative de l'USS n'est pas dangereuse pour l'économie, mais elle lui sera au contraire très bénéfique, puisqu'elle fera augmenter les salaires les plus bas, donc le pouvoir d'achat des travailleurs les moins payés, donc fera augmenter la consommation, et donc créera des emplois au lieu d'en détruire.

Mais il reste aux sophistes bourgeois encore une argutie en réserve. C'est que, prétendent-ils, "nous ne sommes pas contre le fait que les travailleurs touchent des salaires égaux ou supérieurs à 4'000,- par mois, ni ne considérons ce montant comme excessif, mais sommes simplement opposés à ce que ce soit l'Etat qui décide en ce domaine, qui devrait être laissé au libre arbitre des partenaires sociaux et décidé dans le cadre de conventions collectives de travail (CCT). En outre, et paradoxalement, cette initiative serait défavorable en réalité aux travailleurs, parce que le salaire minimum deviendrait le salaire normal, et que des salaires aujourd'hui plus élevés baisseraient à 25,- à l'heure." Cette ligne d'argumentation est un peu meilleure que la précédente, elle est aussi plus insidieuse. Néanmoins, elle est tout aussi fallacieuse. Il est en effet assez piquant de voir les politiciens bourgeois se faire les chantres des CCT à chaque fois qu'ils doivent faire face à un projet qui vise à améliorer le sort des travailleurs, eux qui le reste du temps n'ont d'autre projet que de restreindre la marge de manoeuvre des syndicats pour favoriser la toute-puissance du patronat. Le soi-disant "partenariat social" selon la droite devrait plutôt être nommé "dictature patronale plénipotentiaire, secondée par des syndicats conciliants et impuissants". Rappelons que la moitié des salariés de Suisse ne jouissent d'aucune CCT, et que beaucoup de CCT ne prévoient aucun salaire minimum. Rappelons aussi que le patronat de ce pays fait tout pour contourner le "partenariat social" lorsqu'il lui est défavorable, à bloquer le travail des commissions paritaires chargées de lutter contre la sous-enchère, à engager l'épreuve de force en résiliant des CCT et en essayant de mettre les travailleurs et leurs syndicats devant le fait accompli,... Rappelons aussi la phrase très juste et très pénétrante d'Henri Lacordaire: "Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit". Quant à l'affirmation selon laquelle le salaire minimum serait défavorable aux travailleurs qui aujourd'hui gagnent plus - car ils ne toucheraient plus alors que le salaire minimum - il s'agit d'un sophisme assez misérable. En effet, ces salaires plus élevés que 25,- de l'heure ne sont pas déterminés par l'absence d'un salaire minimum, mais par le rapport de force entre les deux classes en lutte. Il n'y a aucune raison de penser que ce rapport de force sera détérioré par l'adoption de l'initiative de l'USS. Au contraire, une victoire en votation populaire ne peut que renforcer les syndicats et donc ne peut qu'être favorable aux travailleurs, à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs.

Finalement, la seule part de vérité aura été dite par le sénateur Freitag - "Cette initiative va anéantir des emplois et scier la branche sur laquelle repose notre bien-être."- mais par "notre bien-être" il entend la richesse insolente des maîtres du capital et de leurs valets politiques indûment gagnée sur le dos des salariés de ce pays. Pour toutes les travailleurs et tous les travailleurs de ce pays, et pour tous les citoyens épris de justice, il convient donc de renvoyer les sophistes bourgeois dans les poubelles de l'histoire où est leur vraie place et de glisser un oui résolu dans l'urne le jour de la votation sur l'initiative de l'USS.

19 juin 2013

Quand c’est un « socialiste » qui démantèle les retraites…


Communiqué de presse du Parti du Travail, rédigé par moi

C’est avec consternation, mais sans trop de surprise, que le Bureau du Parti du Travail a pris connaissance, suite à une fuite révélée ce dimanche par le Sonntagsblick, des mesures prévues dans les « Lignes directrices de la réforme de la prévoyance viellesse 2020 » préparées par les services du conseiller fédéral Alain Berset, et que ce dernier devrait rapidement soumettre à ses collègues, avant un prochain débat au parlement. Nous estimons que ce projet est un démantèlement, parfaitement scandaleux, à la fois de l’AVS et de la LPP.

L’arguments des « coûts » qu’il faudrait « réduire » pour « assurer la pérénité des rentes » est parfaitement fallacieux : en 2008, le Conseil fédéral n’a pas hésité à sauver l’UBS en difficulté à coups de milliards de fonds publics sans même consulter le parlement. C’est que, pour garantir les profits des banquiers et les bonus des tops-managers l’argent ne manque pas ! Par contre, les retraités, eux, devraient accepter de faire des sacrifices. En réalité, tout le discours à géométrie variable sur les nécessaires économies est parfaitement démagogique et hypocrite. Il ne réfléte aucune nécessité d’intérêt général, mais sert des intérêts de classe étroits d’une toute petite minorité possédante : faire payer le maintien et l’extension des privilèges des maîtres du capital aux classes populaires. Le Parti du Travail combat cette politique anti-populaire des représentants politiques de la classe possédante, et lutte pour une autre politique à la fois nécessaire et possible : une politique au service des classes populaires et du progrès social.

Nous estimons particulièrement scandaleuse la proposition du conseiller fédéral Berset de réduire le taux de conversion des rentes du deuxième pillier à 6%, ce alors que 72,7% des citoyens suisses, et tous les cantons, ont refusé la baisse à 6,4% en 2010. Mais, à l’évidence, le Conseil fédéral n’a cure de la volonté, pourtant claire, du peuple souverain, et veut remettre le vol des rentes. Et bien entendu, dès lors qu’il s’agit d’un acquis social, on entend pas l’UDC, si scandalisée à chaque fois qu’une de ses initiatives inapplicables n’est pas immédiatement assorite d’une loi d’application, protester contre ce mépris flagrant du vote populaire. Le XIXème Congrès du Parti Suisse du Travail avait annoncé le premier le référendum contre le vol des rentes, alors que le PSS et les syndicats avaient quelques hésitations. Ce rôle déclancheur de notre parti a été par la suite oublié, mais nous n’hésiterons pas à le refaire une deuxième fois.

Tout aussi inacceptables sont les proposition de réduire le financement de l’AVS à travers le budget fédéral et d’augmenter la TVA de deux points, de réduire les droits en matière de retraite flexible ou d’augmenter l’âge de départ à la retraite pour les femmes. La TVA est une taxe particulièrement injuste, car elle frappe tout le monde au même taux, indépendemment du revenus, et donc réduit beaucoup le pouvoir d’achat des classes populaires, tout en étant presque indolore pour les riches. C’est la raison pour laquelle le Parti du Travail s’était battu contre l’introduction de la TVA, et se battra contre toute hausse de celle-ci (c’est aussi la raison pour laquelle les partis bourgeois aiment tellement l’idée de remplacer l’imposition directe par des taxes).

Le Parti du Travail s’opposera résolument à toute hausse de l’âge de départ à la retraite sous quelque forme que ce soit. Nous rejettons l’argument selon lequel il faudrait travailler plus longtemps du fait de l’augmentation de l’espérance de vie comme étant totalement mensonger. Bien entendu, la proportion de retraités par rapport aux actifs a cru depuis l’instauration de l’AVS. Mais la productivité du travail a cru de manière bien plus importante depuis. Donc, le problème que soulève la droite n’en est en réalité pas un. En outre, cet argument vaudrait quelque chose s’il n’y avait pas de chômage et qu’au contraire l’économie manquait de main-d’œuvre. Or actuellement le chômage est elévé, et beaucoup de gens ne peuvent pas trouver de travail. Et on voudrait encore augmenter le taux de chômage en reculant l’âge de départ à la retraite ? Décidément, il faut être un technocrate néolibéral pour trouver une telle solution cohérente.

En outre, les propositions de démantèlement de l’AVS sont particulièrement inacceptables justement parcqu’une véritable solution aux problèmes de rendement du deuxième pillier ne peut passer que par un renforcement de l’AVS. En 1973 déjà, le Parti du Travail avait expliqué que le système des trois pilliers serait inefficace et excessivement cher, que le deuxième pillier, outre qu’il soit fortement inégalitaire, serait une vaste escroquerie qui ne profiterait qu’au capital financier disposant librement de l’argent de retraités pour des opérations spéculatives mais avec lequel aucun retraité ne pourrait avoir la garantie de ne pas perdre son capital dans les aléas des marchés financiers. Les faits nous donnent amplement raison aujourd’hui. Il est grand temps, si bien sûr on pense au bien des retraités plutôt que du capital financier (ce qui visiblement n’est pas le cas du conseiller fédéral Berset), de mettre en place un système de retraites par répartition intégrale, de véritables retraites populaires, ce qui passe nécessairement par un renforcement de l’AVS. L’initiative AVS+ est un indispensable premier pas dans cette direction, mais ce n’est pas suffisant, et c’est pourquoi le Parti du Travail réfléchit à une initiative populaire pour une fusion de l’AVS et du deuxième pillier.

Et dire que c’est un conseiller fédéral « socialiste » qui organise un démantèlement programmé des retraites, juste après que sa « camarade » Sommaruga ait activement contribué à faire passer une révision hautement xénophobe de la loi sur l’asile ! De quoi pousser le PS à s’interroger sur ses propres contradictions : à quoi bon être représenté au Conseil fédéral par deux des siens, si c’est pour qu’ils conduisent une politique que le PS, s’il veut rester un tant soit peu fidèle à ses principes déclarés, doit combattre ?

02 mai 2013

Discours du 1er mai 2013, à la Place de Neuve


Chères et chers camarades,

Ambroise Croisat, ministre communiste à l’origine de la sécurité sociale en France, disait « ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais ». Nous pouvons pleinement mesurer aujourd’hui à quel point il avait raison. Nous sommes aujourd’hui ici pour défendre le renforcement des droits et du respect des salarié-e-s. C’est ce que dit notre ruban rouge. Ce combat est plus nécessaire et urgent que jamais car aujourd’hui nous devons faire face à une offensive d’une ampleur et d’une brutalité inédite du patronat et des partis politiques à sa solde contre les droits et les intérêts les plus fondamentaux des travailleurs. Le respect pour celles et ceux qui produisent toute richesse est moins que jamais à l’ordre du jour pour une  bourgeoisie arrogante et revancharde.

Voilà cinq ans déjà que le capitalisme est entré dans une crise systémique qui n’a fait que s’approfondir depuis. Les Etats bourgeois, qui ont renfloué les banques en difficulté avec des milliards d’argent public – des sommes bien plus importantes que les mêmes gouvernements n’ont jamais eu la volonté politique de rassembler pour mettre fin aux famines dans le monde – veulent faire maintenant payer leur crise aux peuples. Nous devons faire face aujourd’hui à une  offensive brutale des maîtres du capital et de leurs Etats contre les travailleurs afin de sauvegarder et accroître encore leurs profits indécents : baisses des salaires, démantèlement des droits des travailleurs et des acquis sociaux obtenus de haute lutte par le mouvement ouvrier au cours du XXème siècle, politiques d’austérité et destruction des services publics et des industries nationales… Ces politiques antipopulaires sont menées indifféremment par les partis au pouvoir, qu’ils soient ouvertement de droite, ou bien membres de l’Internationale socialiste.

Le Peuple grec est pratiquement réduit à la famine par des politiques d’austérité imposées par la structure profondément antidémocratique et réactionnaire qu’est l’Union européenne, et avec la collaboration active de tous les partis bourgeois grecs. Les peuples portugais, espagnol, italien…subissent les mêmes politiques d’austérité voulues par l’Union européenne. En France, c’est un gouvernement officiellement socialiste qui mène une politique de coupes budgétaires et démantèle le code du travail, pour le plus grand plaisir du MEDEF. Les droits les plus élémentaires des travailleurs sont violés chaque jour. A titre d’exemple, nous devons rappeler et dénoncer le scandaleux licenciement de 22 grévistes à l’Hôpital de la Providence à Neuchâtel ; licenciés pour simplement avoir exercé leur droit à faire grève pour défendre leur convention collective de travail, droit que pourtant la Constitution fédérale garantit.
 
Face à ces violations et à ces politiques, nous pouvons et nous devons lutter pour le renforcement de droits et le respect des travailleurs. Le 1er juin, nous descendrons de nouveau toutes et tous dans la rue pour dénoncer les abus patronaux et exiger plus de protection et plus de droits pour les salarié-e-s. Nous lutterons pour faire passer l’initiative 1:12 de la Jeunesse socialiste et l’initiative de l’USS pour un salaire minimum à 4'000 francs ; car aujourd’hui plus de 400'000 travailleurs (qui sont surtout des travailleuses) gagnent moins que ce modeste montant et qu’il est tout bonnement inacceptable qu’en Suisse au XXIème siècle un travailleur ne puisse pas vivre dignement de son travail ; et pour l’initiative de la CGAS sur le renforcement du contrôle des entreprises, mesure nécessaire pour limiter un peu le dumping salarial, quoi que raconte l’Entente sur un mythique et inexistant partenariat social. Nous devrons nous battre aussi pour faire échouer le 9 juin prochain les dites mesures urgentes sur l’asile, qui ne présentent aucune urgence, ne répondent à aucun véritable problème, mais seulement à la démagogie fascisante d’une certaine droite qui fait de la xénophobie son fond de commerce, et menace gravement la substance même du droit d’asile, les droits humains les plus élémentaires des réfugiés, et par-dessus le marché remet en cause les principes les plus fondamentaux de l’Etat de droit. Je vous signale également l’initiative du Parti du Travail contre les expulsions d’appartement sans relogement, que je vous invite toutes et tous à signer.
Toutes ces luttes sont importantes et nécessaires et nous devons les mener. Toutefois, notre combat ne peut se réduire à exiger des réformes ou des augmentations des salaires dans le cadre du régime actuel. On ne peut non plus y réduire la portée du 1er mai. Car la crise actuelle est née des contradictions fondamentales du système capitaliste, dont elle signale infailliblement qu’il a atteint ses limites historiques. Elle ne peut être résolue en restant dans un paradigme capitaliste qu’au prix de guerres, de dictatures fascistes et de souffrances pour les peuples. La seule sortie progressiste, favorable aux travailleurs, de la crise passe par un nécessaire changement de régime, par la construction d’une société nouvelle, socialiste.

 Il y a cent ans de cela, Rosa Luxemburg écrivait à l’occasion du 1er mai 1913 : « L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants. »

« La proposition excellente du français Lavigne au Congrès de Paris de l'Internationale ajoutait à cette manifestation parlementaire, indirecte de la volonté du prolétariat, une manifestation internationale directe de masse : la grève comme une manifestation et un moyen de lutte pour la journée de 8 heures, la paix mondiale et le socialisme. »

Cent ans après, ces lignes sont actuelles comme jamais, et il importait de les citer afin de rappeler ce qu’est le 1er mai, pas la fête du travail, ni celle du muguet, ni une simple tradition, mais une journée de rassemblement et de lutte de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs pour leurs droits et leurs aspirations légitimes, contre l’oppression capitaliste, et pour une société nouvelle, socialiste.

Dans quelques instants, nous chanterons l’Internationale. Pour que cela ait un sens, et ne soit pas qu’un rituel creux, nous devons nous souvenir de la portée révolutionnaire du 1er mai. Je finirai donc en citant les paroles qu’avait prononcée au nom du Parti du Travail Liliane Johner il y a dix ans, le 1er mai 2003 : « Malheureusement nombreux sont encore ceux qui pensent que des accommodements avec le capitalisme sont possibles sans bouleverser le système, en imposant simplement un certain nombre de réformes progressistes. Mais nous devons nous diriger vers une véritable transformation de cette société grâce à une réelle opposition, autonome dans son action, indispensable pour non seulement promouvoir la résistance au néolibéralisme mais aussi pour conduire une transformation sociale radicale. »

 

Alexander Eniline

19 mars 2013

60 ans après, l’héritage de Staline en ex-URSS


60 ans exactement avant Hugo Chavez, décédait une autre figure majeure du mouvement révolutionnaire, Joseph Staline. Quel souvenir faut-il garder de celui que l’historiographie bourgeoise, social-démocrate, trotskiste et même une certaine tendance du mouvement communiste s’accorde à considérer comme le mal incarné, si ce n’est l’alter ego d’Hitler ? Il n’est peut-être pas inutile de prendre en compte ce qu’en pensent les habitants des pays qui composaient autrefois l’URSS, où les retraités d’aujourd’hui avaient commencé leur vie quand Staline était au pouvoir. Et la réponse est sans appel. Selon un sondage commandé par le quotidien russe Vedomosti au centre Levada (deux structures bourgeoises), près de la moitié des Russes aujourd’hui estiment que Staline a joué un rôle positif dans l’histoire. Seulement un tiers pensent le contraire. Lors de la commémoration organisée le 5 mars par le Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF), des milliers de personnes sont venues se recueillir sur la tombe de Staline (on nous accordera que fort peu d’hommes politiques du passé se voient gratifiés d’un semblable honneur).  « Notre parti a aujourd’hui rassemblé autour de lui un large bloc de forces patriotiques et populaires, et nous sommes tous venus aujourd’hui rendre hommage à la mémoire de J.V. Staline, au glorieux souvenir de l’époque soviétique, à nos grandes victoires. Nous sommes venus rendre hommage à ce temps, sur les fondations duquel repose encore la Fédération de Russie. Nous sommes venus déclarer que sans un socialisme rénové il n’est pas possible de sortir de la crise profonde qui a englouti toute la planète » a déclaré à cette occasion le président du Comité central du KPRF Guennadi Ziouganov.

            A la table ronde organisée par la Pravda, quotidien du KPRF, Kazbek Taïsaev, secrétaire du Comité central et député à la Douma a résumé ainsi la vision qu’ont les communistes russes de Joseph Staline : « Staline était et reste pour nous un emblème et un exemple de service désintéressé à la patrie. L’héritage laissé par le grand guide et maître continue encore aujourd’hui de nourrir non seulement la Russie mais aussi d’autres pays. Son héritage historique et théorique attend encore d’être jugé. Et je suis convaincu que nos descendants jugeront Staline comme un remarquable homme d’Etat, un père plein de sagesse et un mentor du peuple soviétique et des peuples frères de l’URSS. » La Pravda a consacré d’intéressants articles de fond à l’œuvre politique et théorique de Staline. Nombre de sections du KPRF ont organisé des événements en l’honneur de l’homme qui pour leurs membres reste avant tout celui qui a permis à l’URSS, ruinée par la Première Guerre mondiale et la Guerre civile, de devenir une grande puissance, a dirigé la construction du socialisme et mené son pays à la victoire en 1945. La section de KPRF de Volgograd (anciennement Stalingrad, le nom officiel de la section est d’ailleurs section régionale de Stalingrad) ont décidé d’élever un monument à Staline. Le secrétaire de la section, Nikolaï Parchin, a expliqué ainsi cette décision : « Les mérites de Staline reçoivent des évaluations différentes dans la société. Si on parle autant d’un homme, c’est qu’il est vraiment un personnage important. Et la tâche des communistes est de préserver ce grand nom. Nous devons élever un monument à Staline dans notre ville. 

 

            Le KPRF, dont les membres portent souvent des portraits de Staline dans les manifestations, est aujourd’hui un parti de masse, bien implanté dans la société russe, et qui a fait près de 20% en 2012 aux élections à la Douma. Ce résultat, que peu de partis communistes aujourd’hui atteignent, ce d’autant qu’il est grandement sous-évalué par les fraudes massives organisées par le parti au pouvoir, Russie unie, ne serait pas possible si beaucoup de Russes ne partageaient pas l’avis du KPRF sur Staline et la période soviétique de leur histoire. L’exemple du KPRF mérite d’inspirer largement tous les communistes à se réapproprier leur histoire et à analyser objectivement, sans préjugés, en marxistes, l’expérience du premier pays socialiste de la planète, sans omettre ses contradictions, mais en rompant radicalement avec la mythologie créée par la propagande bourgeoise et la diabolisation irrationnelle et antihistorique de l’homme qui fut à la tête de l’URSS dans les années les plus difficiles et les plus tragiques de son histoire. Ou comme le dit Domenico Losurdo – auteur du remarquable Staline, histoire et critique d’une légende noire – dans Fuir l’histoire ? la révolution russe et la révolution chinoise aujourd’hui : « Aujourd’hui nous assistons à une sorte de colonisation de la conscience historique des communistes. Il s’agit de quelque chose de plus qu’une simple métaphore. Historiquement, le mouvement communiste est arrivé au pouvoir dans des pays coloniaux ou, en tout cas, en marge de l’Occident. D’autre part, avec le triomphe de la mondialisation et de la pax americana, du point de vue multimédiatique, le reste du monde est devenu une province et une colonie, du moins potentielle, par rapport au centre de l’Empire qui, depuis Washington, peut atteindre et atteint quotidiennement chaque point du globe avec une puissance de feu multimédiatique concentrée. Il est difficile de résister à tout cela, mais sans cette résistance, on n’est pas communiste. »

14 février 2013

RESOLUTION SUR LA GUERRE AU MALI

Résolution rédigée par mes soins
 
Le Parti du Travail condamne résolument la terreur obscurantiste que les bandes armées salafistes font régner au Nord du Mali mais n’en exprime pas moins une ferme condamnation de l’opération militaire française. Car la France n’intervient pas militairement dans son ancienne colonie pour protéger les populations du Mali contre la terreur salafiste – c’est là une construction de la propagande de guerre, habile mais mensongère – mais pour défendre et renforcer sa propre emprise néocoloniale, pour le contrôle des mines d’or et d’uranium, pour la défense des profits de la multinationale minière française Areva.
 
Il n’est en effet peut-être pas inutile de faire remarquer que la rhétorique du gouvernement français n’est rien de plus qu’un mauvais réchauffé du discours sur la « guerre contre le terrorisme » de Georges W. Bush ; une soigneuse sélection d’images pour montrer des populations gémissant sous la terreur islamiste puis accueillant dans des scènes de liesse (spontanées, cela va sans dire) les soldats français en libérateurs n’étant qu’un médiocre remake des guerres d’Afghanistan (pour la terreur islamiste) et d’Irak (pour les foules en liesse) ; ce alors qu’a prévalu un black out total sur les scènes de combats (aucune image des bombardements de civils par l’armée française bien entendu). On aurait pu espérer que cette rhétorique serait usée jusqu’à la corde après la sinistre présidence de Bush, mais il semble que le peu d’esprit critique qui subsiste face aux guerres impérialistes des USA disparaisse dès qu’il s’agit de celles menées par des pays européens. Toutefois, cette mise en scène de la propagande de guerre ne résiste pas face à l’épreuve des faits, et ces faits, il nous semble important de les rappeler pour comprendre les véritables enjeux des événements au Mali. En effet, l’intérêt de la France pour le respect des droits humains au Mali est pour le moins nouveau. Car il faut rappeler ce qu’était le Mali avant l’opération Serval. Ancienne colonie française, le Mali n’a pu jouir d’une véritable indépendance ni sous la dictature de Moussa Traoré (la France ne trouvait alors rien à redire quant aux violations des droits humains…) ni sous la démocratie de façade d’Amadou Toumani Touré (ATT). Un des pays les plus pauvres du monde (classé par le PNUD en 175ème position sur 187 pays en termes de développement humain), le Mali possède pourtant de riches réserves d’or et d’uranium. Toutefois, seule une toute petite élite malienne corrompue en a profité. Le peuple malien lui a été soumis à un joug néocolonial implacable. Il faut en effet savoir que « l’indépendance énergétique » tant vantée de la France grâce au nucléaire repose sur les gisements d’uranium du Mali et du Niger, exploités par la multinationale française Areva à des conditions léonines. La France en retire de l’uranium à des prix bien inférieurs à ceux du marché…mais c’est les populations du Nord du Mali qui en payent la facture : destruction des rares terres arables pour les mines à ciel ouvert, terres expropriés sans compensations versées aux villageois, pollution durable du sol et de la nappe phréatique, exploitation brutales pour la main d’œuvre locale, salaires de misère, conditions de sécurité proprement scandaleuses, maladies professionnelles graves et généralisées (mais pour lesquelles Areva décline toute responsabilité). Il est dès l’ores plus que compréhensible pourquoi les populations du Nord du Mali, abandonnées aux griffes d’Areva par le pouvoir fantoche de Bamako à la solde de Paris, se révoltent et réclament leur indépendance.
 
Responsable de la révolte du peuple du Nord du Mali, la France l’est tout autant de la prolifération des bandes armées djihadistes dans la région et sa prétention à lutter contre la terreur salafiste n’est absolument pas crédible. En effet, qui pourrait croire à la sincérité des convictions humanistes et anti-salafistes d’un pays qui s’allie sans le moindre état d’âme avec les dictatures obscurantistes et propagatrices du salafisme que sont le Qatar et l’Arabie saoudite, qui soutenait en Lybie et soutient en Syrie exactement le même type de bandes armées qu’il prétend combattre au Mali ? Rappelons tout de même que si aujourd’hui des bandes armées et des armes en quantité circulent librement à travers le Sahara et le Sahel, c’est suite à la guerre impérialiste contre la Lybie, menée notamment par la France. Aujourd’hui, ce pays qui possédait il n’y a pas longtemps le niveau de vie le plus élevé d’Afrique n’est plus qu’un champ de ruines, et la manne pétrolière, naguère en partie au moins redistribuée à la population, va directement dans les poches des multinationales européennes. Les bandes djihadistes étaient alors les alliés de l’impérialisme français contre la Lybie ; désormais qu’elles prolifèrent dans le pré carré de la Françafrique, elles sont soudain devenues des ennemis. Qui pourrait croire qu’il y ait quoi que ce soit d’autre que l’intérêt mercantile derrière ce revirement ?
 
On affirme généralement que le gouvernement malien a été contraint de demander l’aide de la France car il n’arrivait matériellement pas à en découdre avec les bandes djihadistes lourdement armées prêtes à foncer sur Bamako. Nous affirmons que cette version des faits n’est absolument pas crédible. Selon toutes les estimations, les bandes armées salafistes ne compteraient que quelques milliers d’hommes. Comment croire que quelques milliers de combattants, qui ont été repoussé sans effort des villes du Nord du Mali par l’armée française, auraient pu prendre et tenir Bamako, une ville de plus de deux millions d’habitants ? Pourquoi l’armée malienne avait-elle tant de peine face à un adversaire si faible numériquement et si vite vaincu par l’armée française ? Il semble que Paris ait fait pression sur l’ex président ATT pour qu’il ne combatte pas vraiment les rebelles. Il est clair également que les sanctions prises par la CEDAO contre le gouvernement putschiste du MALI, suite à la condamnation française du coup d’Etat qui a déposé ATT, ont mis le pays à genoux en le laissant à court de liquidités et contraint de demander l’aide militaire française. Actuellement, même les médias bourgeois ne peuvent cacher les représailles contre les Touaregs et les Algériens, et l’intervention impérialiste française menace de conduire à l’embrasement de toute la région.
 
A l’heure où la crise systémique du capitalisme s’approfondit, où les grands monopoles transnationaux s’affrontent dans une concurrence de plus en plus exacerbée, où il devient plus dur d’exporter des capitaux, les tensions inter-impérialistes se font jour et les grandes puissances impérialistes sont poussées à utiliser le dernier recours qu’il leur reste pour préserver les profits de leurs propres entreprises monopolistes : la guerre. Les guerres et interventions impérialistes se multiplient : Irak, Afghanistan, Lybie, Côte d’Ivoire, Mali….Malheureusement, la riposte à ces guerres n’est pour le moins pas à la hauteur. Jadis, les communistes savaient efficacement dénoncer les guerres impérialistes menées par leurs propres pays et le mouvement anti-impérialiste et pour la paix était fort. Aujourd’hui toutefois ce n’est plus le cas. La guerre contre l’Irak avait été justement dénoncée, mais pour ce qui est des guerres d’Afghanistan, de Lybie et de la récente intervention au Mali, cela n’a guère été le cas. On a hélas pu observer des attitudes ambivalentes de la part de partis communistes et de la presse communiste, quand ce n’est pas une adhésion du bout des lèvres à l’idéologie des « guerres humanitaires ». Cette complaisance envers l’impérialisme est d’autant plus condamnable que l’intensification des guerres néocoloniales pour un repartage du monde est lourde de dangers. Rappelons tout de même que les tensions pour le partage des colonies avait débouché sur la Première guerre mondiale. Rappelons aussi que c’est au nom de la « mission civilisatrice de l’Occident » que la colonisation a été entreprise, et que c’est pour des prétextes « humanitaires » que les colonisateurs européens (pas les salafistes !) coupaient les mains, et les têtes, par milliers. La rhétorique des « guerres humanitaires » poursuit des objectifs clairement néocoloniaux et doit être implacablement combattue. Les peuples n’ont pas besoins de « l’aide » intéressée, hypocrite et sanguinaire de l’impérialisme. Le Parti du Travail lutte et luttera résolument pour le respect du droit des peuples à la libre détermination de leur propre destin.