07 juillet 2021

Youri Andropov, ou la réforme du socialisme qui n’eut, hélas, pas lieu


 

Publié en 1983 dans la revue Kommounist (la revue théorique du PCUS), à l’occasion du centenaire depuis le décès de Karl Marx, l’article de Youri Andropov intitulé « La doctrine de Karl Marx et certaines questions de l’édification socialiste en URSS », eut un retentissement certain, et fut systématiquement cité dans les publications soviétiques contemporaines. C’était en effet – au-delà de l’hommage rendu au fondateur du socialisme scientifique – de la part du nouveau secrétaire général du PCUS récemment entré en fonction l’occasion de rédiger un article programmatique, détaillant les priorités politiques et les grandes orientations qu’il comptait mettre en œuvre durant son mandat. Cet article fut bien vite oublié ; trois ans après sa rédaction en effet commençait la perestroïka. Il n’aurait pourtant pas dû être et mérite d’être lu et relu aujourd’hui, tant il est éclairant et instructif, sur le marxisme et le combat idéologique et politique d’un parti communiste, sur la réalité soviétique des années 80, sur les problèmes réels qui existaient alors et les solutions qu’il était possible de leur apporter. Loin d’être l’apologétique routinière, sclérosée et coupée de la réalité dont elle a la réputation – infondée –, le marxisme soviétique tardif se révèle une pensée vivante, profonde, lucide, et qu’il est toujours instructif d’étudier aujourd’hui.

 

Élu secrétaire général du PCUS, en remplacement de Léonide Brejnev, le 12 novembre 1982, Youri Andropov n’exerça les plus hautes fonctions à la tête du Parti et de l’État que pendant 15 mois seulement, emporté trop tôt hélas par la maladie le 9 février 1984. Il n’avait que 69 ans lorsqu’il quitta ce monde. Lui succéda pour une année Constantin Tchernenko, le plus injustement méconnu des secrétaires généraux du PCUS (dont nous avions parlé dans le numéro précédent de l’Encre Rouge), lui aussi trop tôt parti. Ensuite, ce fut Mikhaïl Gorbatchev…

 

Ayant exercé de nombreuses fonctions au sein du Parti et de l’État – notamment à la tête du KGB, mais il est utile de rappeler qu’Andropov lui-même n’en était pas issu, et que son action à la tête des services secrets avait notamment pour but de les remettre sous le contrôle du pouvoir civil et de renforcer la légalité socialiste contre les abus qui avaient eu lieu par le passé – théoricien marxiste profond et brillant, homme d’une grande culture, Youri Andropov était pleinement lucide des contradictions et difficultés réelles qui s’accumulaient, et des insuffisances de la direction brejnévienne qui tardait à prendre les mesures fortes requises. Il était déterminé à parler franchement des problèmes réels, et à s’engager dans les réformes qui devenaient indispensables. Des réformes qui devaient toutefois rester dans la continuité, qui devaient être conformes au système socialiste de l’URSS, être une avancée dans le développement du socialisme, en direction du communisme, non pas une régression, un replâtrage du système avec des éléments étrangers, comme ce fut le cas sous Gorbatchev, avec le résultat que l’on sait. 15 mois, ce n’est clairement pas assez pour réformer un pays. Néanmoins, les mesures entreprises par Youri Andropov durant son mandat, comme son action antérieure, ainsi que ses écrits, prouvent qu’il avait la capacité et la volonté de le faire, que la triste issue de 1991 n’avait rien de fatal, que le socialisme soviétique possédait toujours de grandes potentialités, qui ne demandaient qu’à être déployées.

 

Le socialisme développé et ses problèmes économiques

 

Le stade d’évolution atteint par la société soviétique dans les années 1970 avait été analysée comme « socialisme développé » par le PCUS. Ce syntagme a souvent été mal compris – de bonne ou de mauvaise foi – et interprété comme un terme d’apologétique, destiné à qualifier l’URSS, si ce n’est de paradis socialiste, du moins de société pleinement développée, moderne et prospère. Tel n’est pourtant pas sa signification, et il s’agit d’une catégorie scientifique et non apologétique. « Socialisme développé » signifie société devenue en quelque sorte pleinement socialiste, qui ne compte plus (ou seulement marginalement) d’éléments non-socialistes (capitalistes ou précapitalistes), et qui fait système : un système socialiste cohérent et fonctionnant selon ses lois internes, qui lui sont propres.

 

Mais il est vrai que ce syntagme pouvait induire l’idée d’un certain achèvement, ce qui était de nature à favoriser des formes d’immobilisme, de moins voir les contradictions réelles du système, et ses exigences de développement, de changement, de réforme. Il est vrai également que la propagande de la période brejnévienne, si elle n’a jamais fait complètement l’impasse sur les problèmes et les insuffisances existantes, a trop souvent eu tendance à insister sur les succès – bien réels au demeurant – au point de les exagérer, et de présenter la réalité soviétique meilleure qu’elle ne l’était dans les faits.

 

Or, la réalité soviétique était loin d’être toujours exaltante, et ne correspondait qu’imparfaitement à l’image d’une société socialiste développée : les pénuries étaient réelles, les besoins de la population en biens de consommations n’étaient pas suffisamment satisfaits, et les techniques et les infrastructures étaient parfois loin d’être modernes, surtout à la campagne. Si bien que les citoyens soviétiques avaient de plus en plus l’impression d’une déconnexion profonde entre les discours du Parti et la réalité de leur vie. Cela laissait également à la propagande bourgeoise et la « gauche » occidentale non-communiste des angles d’ouverture pour dénigrer le socialisme soviétique, à tous les gauchistes pour prétendre que ce n’était pas même du socialisme du tout, puisque ne correspondant pas à leur définition, toute dogmatique et abstraite, de ce que le socialisme est censé être. A ces gens-là, Youri Andropov a apporté une réponse cinglante :

 

« Jusqu’à ce jour, les idéologues de la bourgeoisie et du réformisme bâtissent des systèmes entiers d’arguments s’efforçant de prouver que la société nouvelle créée en URSS et dans les autres pays frères ne correspondrait pas au modèle de socialisme que concevait Marx. Il y aura, à les en croire, divorce entre la réalité et l’idéal. Mais, sciemment ou par méconnaissance, on oublie que lorsqu’il mettait au point sa doctrine, Marx se guidait le moins du monde sur les exigences de l’idéal abstrait d’un « socialisme » bien propre et soigné. L’idée qu’il se faisait du futur régime procédait d’une analyse des contradictions objectives de la grosse production capitaliste. C’est justement cette approche, la seule qui soit scientifique, qui lui a permis de définir infailliblement les traits essentiels de la société qui devait naître dans les orages purificateurs des révolutions sociales du XXe siècle ».

 

Cette réponse est juste, et c’est celle qu’il faut aujourd’hui encore opposer à tous les gauchistes qui se prétendent pour la révolution et le socialisme en théorie, mais contre toutes les révolutions et les expériences de socialisme réelles en pratique. Ils ne méritent pas d’en recevoir d’autre, et leur prétention à être marxistes est usurpée, qu’elle que puisse être la quantité de citations des classiques dont ils se parent. Le peuple soviétique, en revanche, méritait une vraie réponse.

 

Le socialisme soviétique à l’aube des années 80 était très loin d’être en crise. Cela dit, la situation commençait à devenir préoccupante. Le bilan de la direction brejnévienne était pourtant loin d’être mauvais. Le développement économique avait été réel et en somme spectaculaire, de même que le progrès social. Le niveau et la qualité de vie des Soviétiques avaient considérablement augmenté. Le cliché désignant cette période comme ayant été celle de la « stagnation » est parfaitement faux et malhonnête. Au niveau des réformes même, des discussions sérieuses existaient au sommet du Parti, et le premier ministre, Alexis Kossyguine avait proposé des réformes économiques importantes, assez radicales parfois, et put en mettre certaines en place. Il ne fut pas suivi par le Politbureau sur ses idées les plus radicales ; qui revenaient, il est vrai, à faire plus de place aux mécanismes de marché, ce qui pourrait être incompatible avec le caractère socialiste de l’économie soviétique.

 

Mais, malgré tous les succès obtenus, ce n’était de loin pas satisfaisant, les pénuries demeuraient et les besoins de la population n’étaient pas pleinement satisfaits. Avant de critiquer ces insuffisances toutefois, il faut tenir compte du point de départ – misère absolue et arriération héritées du tsarisme – des ravages colossaux, matériels et humains, dus à la Guerre civile et à la Deuxième Guerre mondiale, et des contraintes de la course aux armements, imposées par l’impérialisme, malgré tous les efforts de la diplomatie soviétique en faveur de la coexistence pacifique. Plus grave, l’économie soviétique perdait de son dynamisme au début des années 80, la croissance économique était de plus en plus à la peine, les investissements rapportaient des résultats de moins en moins satisfaisants, et les goulots d’étranglement se multipliaient. Il devenait urgent d’identifier la source de ces problèmes, et d’y apporter des solutions.

 

Si Youri Andropov continuait à utiliser le terme de socialisme développé – dans la mesure où il s’agissait d’une catégorie scientifiquement juste – c’était en le débarrassant de toute connotation apologétique. Il était en effet pleinement lucide sur les problèmes et les contradictions réelles, sur le niveau en réalité assez peu avancé du développement du socialisme en URSS, dans la réalité économique, et plus encore dans les consciences, que le chemin serait encore long. Il devait avoir compris que Léonide Brejnev avait parlé trop vite en qualifiant d’« irréversible » le caractère socialiste de la société soviétique, puisqu’il avait bien identifié les circonstances objectives et subjectives qui rendront possible la restauration du capitalisme moins de dix ans plus tard :

 

« L’expérience du socialisme réel montre que la transformation du « mien », du particulier, en « nôtre », en commun n’est pas chose aisée. La révolution dans les rapports de propriété ne se résume pas à un acte unitaire à la suite duquel les principaux moyens de production deviennent l’apanage du peuple entier. Obtenir le droit du maître et devenir ce maître – authentique, sage, parcimonieux – sont loin d’être la même chose. Le peuple qui a réalisé la révolution socialiste doit encore longtemps assimiler sa nouvelle situation de propriétaire suprême et sans partage de toute la richesse sociale : l’assimiler économiquement, politiquement et, si l’on veut, psychologiquement, en affinant la conscience et la conduite collectivistes. On ne peut considérer comme un socialiste achevé que celui qui n’est pas indifférent non seulement à ses propres succès dans le travail, à son bien-être, à son prestige, mais aussi aux affaires de ses camarades de travail, du collectif de travailleurs, aux intérêts de tout le pays, des travailleurs, du monde entier. »

 

« A propos de cette transformation du « mien » en « nôtre », il ne faut pas oublier que c’est là un processus de longue haleine et très varié, qu’il ne convient pas de simplifier. Même lorsque les rapports de production socialistes triomphent définitivement, d’aucuns conservent encore des habitudes individualistes qui, parfois, se reproduisent, une aspiration à s’enrichir aux dépens des autres, aux dépens de la société. Tout cela, pour reprendre les termes de Marx, découle des conséquences de l’aliénation du travail, qui ne se volatilisent pas automatiquement ni soudainement de la conscience, bien que l’aliénation même soit déjà liquidée ».

 

Problèmes économiques et réformes pour y remédier

 

Le diagnostic général étant posé, quelles solutions Youri Andropov souhaitait y apporter ? Son plan de réformes était de nature globale et ambitieuse. La direction générale, la maxime directrice selon laquelle ces réformes devaient s’orienter, était formulée par lui de la façon suivante :

 

« Aujourd’hui, la tâche première est de mettre au point et de réaliser conséquemment des mesures capables de fournir un plus vaste champ d’action aux immenses forces créatrices dont dispose notre économie. Ces mesures doivent être minutieusement préparées, réalistes, ce qui signifie que pour les mettre au point il est indispensable de se fonder sur les lois de développement du socialisme. Le caractère objectif de ces lois exige qu’on fasse litière de toute sorte de tentatives de gérer l’économie par des méthodes étrangères à sa nature. Il n’est pas superflu de se souvenir ici de la mise en garde de Lénine contre le danger que représente la foi naïve de certains travailleurs qui pensent pouvoir résoudre toutes leurs tâches au moyen de “décrets communistes“ ».

 

Une perestroïka avant l’heure ?

 

Comment comprendre ce principe de faire fonctionner l’économie selon ses propres lois, plutôt que par des méthodes qui lui sont étrangères ? Il faut commencer par mentionner une légende tenace, en vogue dans l’historiographie et le débat public en Russie de nos jours. Selon cette lecture, par « méthodes étrangères », il faut entendre les méthodes administratives, les interventions bureaucratiques de l’appareil d’État, et par les « propres lois de l’économie » simplement…le marché. Cette légende fait en effet d’Andropov le précurseur de Gorbatchev – n’avait-il pas favorisé sa carrière après tout ? – qui, s’il eût vécu plus longtemps, aurait réformé l’URSS dans le sens d’une économie de marché à orientation socialiste, ou tout du moins d’une économie socialiste avec marché (on cite parfois les chiffres de 50% de part d’économie étatique, 30% au secteur coopératif, et 20% à l’entreprise privée). Cette légende, néanmoins, ne repose sur aucun élément solide, et n’a pratiquement aucune chance d’être vraie.

 

Il s’agit en effet de pures spéculations, qui ne trouvent aucune confirmation dans les propres écrits ou actions d’Andropov, et ne sont pas confirmées par les archives du temps de son mandat (qui ne sont pas encore déclassifiées). Elles sont basées uniquement sur des écrits postsoviétiques, surtout sur des mémoires et déclarations d’ex-dirigeants soviétiques, principalement de tendance gorbatchévienne. Or, de telles sources sont loin d’être fiables. En supposant que les auteurs en question soient sincères – et cela reste à démontrer – il reste à tenir compte du fait que la mémoire humaine est évolutive, en perpétuelle reconstruction, réinterprétant le passé à la lumière du présent. Rien ne prouve que des mots utilisés par Andropov avaient le même sens que celui qu’ils reçurent sous Gorbatchev (il y a beaucoup d’exemples du contraire). Il est fort possible, qu’essayant de donner sens à leurs actions a posteriori, au travers du prisme déformant de la catastrophe survenue entre temps, ils prêtent à leurs agissements passés une tout autre signification que celle qui fut la leur sur le moment.

 

Youri Andropov avait-il eu l’intention de réformer l’URSS en direction d’un socialisme de marché ? C’est très peu probable. Rappelons qu’il écrivait, dans le passage précité : « il est indispensable de se fonder sur les lois de développement du socialisme », et qu’il continuait à se référer au concept de socialisme développé, parce qu’il s’agissait, malgré ses connotations apologétiques malvenues, d’une catégorie scientifiquement juste. Or cette notion signifie précisément un socialisme qui fait système, dont tous les éléments s’ajustent d’une façon cohérente, et qui fonctionne selon ses propres lois. On ne peut « améliorer » un tel système par l’adjonction d’éléments de nature étrangère, qui présupposent d’autres lois, comme des éléments de marché. Cela aurait plutôt pour effet de faire dysfonctionner tout le système. C’est exactement ce qui s’est passé durant la perestroïka…

 

On pourrait objecter que Gorbatchev disait aussi ce genre de choses, avant de mettre en place des réformes de marché quand même, et que donc peut-être aussi Andropov jouait-il double jeu…On ne peut pas le prouver, mais la rigueur théorique même d’Andropov, par opposition au bavardage creux de Gorbatchev, incite à croire à son sérieux.

 

Plus sérieusement, on pourrait objecter que la Chine, le Vietnam, le Laos ont mis en place des réformes de marché, tout en conservant au moins une forme de socialisme, et que cela leur a profité. Mais ces pays étaient loin d’être des sociétés socialistes développées avant leurs politiques de « réforme et d’ouverture ». Le Parti Révolutionnaire du Peuple Lao affirme même que le Laos ne peut prétendre être à ce jour un pays socialiste, et que l’introduction du marché était nécessaire, car l’économie laotienne était trop sous-développée pour pouvoir fonctionner selon les lois du socialisme. Nous ne discuterons pas ici de la question difficile et controversée de si le « socialisme de marché » est encore du socialisme, et si cette notion est vraiment consistante. Remarquons simplement que, si Jiang Zemin dut aller plus loin dans les politiques d’ouverture au marché que ne l’avait fait Deng Xiaoping, c’est que, pour que le marché fonctionne comme tel, plutôt que comme générateur d’effets pervers et d’incitation aux magouilles comptables pour les entreprises étatisées, il a estimé nécessaire de privatiser ces entreprises. Donc on peut penser que socialisme et capitalisme forment bien deux systèmes distincts, fonctionnant selon des lois distinctes et incompatibles, et que le syntagme de « socialisme de marché » constitue une solution plus verbale que réelle. La République de Cuba, qui a mis en place un « socialisme avec marché » (gardant donc les sphères marchande et socialiste clairement distinctes) doit néanmoins gérer des difficultés nouvelles, et procéder à des correctifs, puis des correctifs de correctifs, en raison des incompatibilités profondes entre les deux systèmes.

 

Réformes économiques projetées par Andropov

 

Quelles réformes structurelles voulait donc vraiment mettre en place Youri Andropov ? Une première cause de difficultés étaient que les méthodes de gestion de l’économie, qui avaient été très efficaces à leur début, n’étaient plus adaptées…en partie en raison même de leur succès, qui les a rendues dépassées.

 

La planification étroitement centralisée et le développement extensif avaient eurent leur raison d’être lorsqu’il fallait créer l’industrie à partir de presque rien, quand tout restait encore à faire. Mais, en raison du niveau même de développement atteint par l’économie soviétique, elles n’étaient plus adaptées. Le nombre de ministères de branches avait pris l’inflation, engendrant de ce fait une bureaucratie lourde, souvent redondante, et peu efficace. Le primat à l’industrie lourde avait fini par devenir une sorte de dogme, appliqué au détriment de la production des biens de consommations, et même à l’efficacité économique. Des mauvais incitatifs (objectifs évalués en volume plutôt qu’en valeur, critères d’évaluation pas toujours adaptés) allaient au détriment de la qualité des produits. Des incitatifs dépassés avaient tendance à encourager des investissements dans des unités de production nouvelles, chères et pas toujours adaptés aux normes récentes – tournant à un gaspillage de surinvestissements –, plutôt qu’à l’amélioration des unités existantes (les investissements productifs dans les entreprises existantes étaient découragés par le fait que, ne portant pas leurs fruits immédiatement, ils risquaient de retarder la réalisation des objectifs du plan). Ces méthodes dépassées freinaient la modernisation technique de l’économie, et conduisaient à un gaspillage important et injustifié des matières premières et de l’énergie.

 

Andropov voulait donc une réforme du mécanisme de gestion de l’économie, pour supprimer les mauvais incitatifs, passer d’un développement extensif à un développement intensif, améliorer la planification, fournir un effort sérieux en matière de modernisation technologique, d’innovation, fixer comme priorité absolue l’économie de matières premières et d’énergies. Accorder plus d’autonomie, doublée de responsabilité, aux entreprises aussi, mais sans démanteler la planification centralisée.

 

Étant donnés les gaspillages précités, le bilan écologique de l’URSS n’était pas très bon ; mais du fait des efforts d’économie que Youri Andropov voulait impulser, ainsi que des discussions sérieuses sur les questions écologiques menées par les savants soviétique et le PCUS (beaucoup plus sérieuses que ce qui existait alors dans le monde capitaliste), et si on tient compte des réalisations de la République de Cuba dans ce domaine, il ne fait pas de doute que l’URSS, si elle avait survécu, aurait réussi aujourd’hui à développer une économie respectueuse des équilibres naturels et économe en ressources, ou du moins serait beaucoup plus avancée que le monde capitaliste dans cette voie.

 

Ces mesures de réformes impliquaient aussi une lutte pour la discipline au travail, contre l’absentéisme, assortie de sanction. Ce type de mesures n’était évidemment pas populaires, mais étaient sans doute indispensables pour améliorer l’efficacité de l’économie, et d’accroître l’offre en matière de biens de consommation, dont la population se plaignait avec raison du caractère insuffisant.

 

Youri Andropov insistait également sur le principe énoncé par Marx que, sous le socialisme doit être strictement appliquée la maxime « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail ». Ce qui implique que le socialisme ne saurait être un système parfaitement égalitaire, et qu’un nivellement des salaires est lourde de conséquences néfastes. Une telle réflexion peut paraître déplaisante, voire peu de gauche, si on se place sur un point de vue quelque peu naïf et idéaliste, si précisément on conçoit le socialisme comme devant se conformer à un idéal préconçu a priori, et non sur la réalité, sur les contradictions et les possibilités réelles. Une approche qu’Andropov avait critiqué à juste titre.

 

Or, il le dit sans détours, les pénuries sont réelles et ne pourront disparaître de sitôt. L’état de développement des forces productives en URSS n’était pas suffisant pour permettre la prospérité pour toutes et tous. Si la direction du PCUS avait parlé plus souvent ainsi avec franchise de la réalité telle qu’elle est, aussi peu exaltante parfois fût-elle, plutôt que de l’enjoliver, il aurait sans doute plus obtenu la compréhension du peuple. Accorder un pouvoir d’achat supérieur à l’offre existante ne pouvait de ce fait qu’accroître les pénuries, et l’irritation à cet égard. Et il n’était guère possible de réussir à accroître la production, la productivité et la qualité du travail – indispensable pour accroître l’offre de biens de consommation – sans intéressements matériels, sans que les intéressements moraux ne soient négligés non plus, sans donc que le salaire ne dépende du résultat du travail, et donc sans inégalités des salaires. On parle bien entendu des différences de salaires dues au travail effectivement accompli. Les privilèges des dirigeants ne se justifient évidemment pas. Youri Andropov lui-même toutefois menait un mode de vie plutôt austère, désapprouvait ces mauvaises pratiques, et limita durant son bref mandat certains desdits privilège, mettant fin notamment à l’immobilisme des cadres, et en limogeant beaucoup d’entre eux.

 

Les mesures de réformes économiques d’Andropov impliquaient également – élément absolument central – une lutte drastique contre la corruption. Le phénomène avait en effet pris une ampleur inquiétante à la fin des années Brejnev, favorisé par l’individualisme et l’appât du gain qui subsistaient (et qu’Andropov avait justement saisi), par les insuffisances de l’économie socialiste, par un certain laxisme et la décomposition morale de certains cadres inamovibles. Allant de vols de bien sociaux à petite échelle, de détournements de fonds publics, de la corruption d’officiels, le phénomène pouvait aller jusqu’à des véritables réseaux criminels, un marché noir dont il est difficile d’estimer l’ampleur, mais qui commençait à devenir considérable. Cette « seconde économie » commençait à prendre l’allure d’un capitalisme de l’ombre, dont les effets de nuisance – par le détournement de ressources – sur l’économie officielle devenait perceptible, et contribuait aux pénuries dans une façon non négligeables. Si on la laissait faire, cette seconde économie risquait d’émerger à la surface, et de conduire à la restauration du capitalisme.

 

Youri Andropov avait raison de ne montrer aucune tolérance pour ce phénomène criminel et dangereux pour le socialisme. Il le combattit résolument, comme dirigeant du KGB, et plus encore comme secrétaire général, avec toutes les ressources répressives à sa disposition, faisant tomber nombre d’escrocs de tous niveaux, y compris des hauts cadres du Parti, qu’il fit arrêter en nombre, démantelant des réseaux entiers. Cette politique tendrait à démontrer d’ailleurs qu’il n’était pas du tout pour un système de marché, puisqu’il a cherché à éradiquer le capitalisme ré-émergeant. Gorbatchev, en revanche, permettra à la seconde économie de sortir de son trou, en légalisant des « coopératives » (simple couverture « socialiste » pour des entreprises privées), au travers desquelles des capitaux mafieux furent légalisés, siphonnèrent massivement les ressources du pays entre 1989 et 1991, et jouèrent enfin leur détestable rôle dans la privatisation-pillage après 1991. Beaucoup des oligarques de l’espace ex-soviétique proviennent de ces milieux-là.

 

Si la perestroïka ne rencontra que peu d’oppositions au sein du PCUS, avant qu’il ne soit trop tard, c’est, d’une part certes parce que des réformes devenaient indispensables, mais aussi et surtout parce que Gorbatchev sembla au début marcher dans la continuité d’Andropov, continuant les réformes utiles qu’il avait mis en route, avec moins de cohérence et d’efficacité que lui, avant de changer de cap, imperceptiblement au début, puis en virant franchement dans la voie de la liquidation.

 

S’en tenir au marxisme

 

On l’aura compris, Youri Andropov attachait une importance fondamentale à la théorie marxiste-léniniste, à son étude, et son développement créateur, indispensable pour résoudre correctement les tâches politiques. Nous terminerons donc sur une citation qu’il faudrait toujours avoir en tête :

 

« On entend dire parfois que de nouveaux phénomènes de la vie sociale « ne s’inscrivent pas » dans les conceptions du marxisme-léninisme, qu’il traverse une « crise » et qu’il faut le « galvaniser » par des idées puisées dans la sociologie, la philosophie ou la politologie occidentales. Le problème n’est pas d’une « crise » imaginaire du marxisme. Il s’agit d’autre chose, notamment de l’incapacité de certains théoriciens, qui se disent marxistes, de s’élever à la véritable envergure de la pensée théorique de Marx, d’Engels et de Lénine ; de l’incapacité où ils sont, lors d’une étude concrète des problèmes concrets, de tirer parti de toute la puissance intellectuelle de leur doctrine. Je tiens à ajouter qu’un grand nombre de théoriciens bourgeois – philosophes, sociologues et spécialistes de l’économie politique – se sont fait un nom en retournant à leur manière les idées marxistes. »

 

« Il ne convient pas aux communistes de se laisser séduire par les phrases cinglantes des « améliorateurs » de tout poil de la doctrine marxiste, de s’accrocher aux produits fabriqués par la science bourgeoise. Si l’on veut comprendre et résoudre de nouveaux problèmes, il faut non pas ronger la doctrine marxiste-léniniste, mais, au contraire, lutter pour sa pureté et la développer de façon créatrice. Seule cette approche répond aux traditions et à l’esprit de notre doctrine, aux exigences du mouvement communiste ».

 

Ce qui était juste en 1983 l’est toujours aujourd’hui, et tout communiste devrait songer toujours à cet enseignement de Youri Andropov : pour comprendre la réalité et la changer, ne jamais négliger le travail théorique, pour cela étudier le marxisme et le développer créativement pour comprendre les réalités nouvelles, ce conformément à ses propres principes, plutôt que de ramasser paresseusement toutes les « nouvelles » idées à la mode, qui seront périmées le lendemain.

Les leçons du NON à la loi sur le CO2 : pas de justice climatique sans justice sociale

 


Le peuple a donc dit NON à la loi sur le CO2. Faut-il y voir la catastrophe que beaucoup déplorent, la victoire sans appel du lobby pétrolier, de l’extrême droite, du climatoscepticisme et de l’égoïsme à courte vue, et une défaite tragique pour l’environnement et les générations futures ? Quelles sont d’abord les raisons de ce vote ? Et que faut-il faire désormais ?

 

Rappelons que notre Parti était opposé à cette loi sur le CO2, de même que d’autres organisations de gauche radicale, ainsi qu’une partie de la grève du climat. Toutefois, si les oppositions se sont additionnées, il est malheureusement indubitable que le NON de gauche n’a eu qu’un poids limité dans la balance. La disproportion de moyens était trop flagrante, et le NON de gauche s’est révélé au final beaucoup moins important que ce qui semblait devoir être au moment de la campagne référendaire, une nette partie de la grève du climat s’en étant distancée. Le climatoscepticisme est hélas une réalité dans la population, beaucoup plus répandu que ce que l’on peut parfois penser.

 

Faut-il alors déplorer ce résultat, y voir une défaite pour l’écologie, peut-être même regretter notre mot d’ordre durant la campagne ? Il faudrait commencer par comprendre les raisons de ce suffrage, avant de se lamenter. La première chose à dire, c’est que le vote du peuple n’était pas nécessairement un NON à une politique ambitieuse face au réchauffement climatique, mais un refus de cette loi-là. Une loi qui n’aurait eu qu’un impact ridiculement insuffisant en matière de réduction de gaz à effet de serre, tant elle se limitait à cibler la responsabilité individuelle « du » consommateur, ce qui aurait surtout servi à repeindre le système en vert à peu de frais, et à laisser les vrais pollueurs, soit les grandes entreprises – pour lesquelles aucune disposition n’était prévu dans la loi sur le CO2 – et les riches – pour qui les taxes sont indolores – à pouvoir continuer à détruire notre environnement, comme si de rien n’était.

 

En ce sens, c’est la version la plus mainstream, mais aussi la plus hypocrite et la plus inefficace de l’écologie qui a été rejetée par le peuple : l’écologie libérale, antisociale et punitive, ne visant que la « responsabilité individuelle » par des taxes « incitatives », et se refusant à toucher à la « liberté » du libre-marché, l’impossible et contradictoire capitalisme vert. Cette écologie-là est une impasse, non une solution. Que le peuple n’en ait pas voulu est une bonne chose.

 

Du reste, la plupart des citoyens votent non pas tant en fonction des mots d’ordre des partis, que de ce qu’ils perçoivent spontanément comme étant leur intérêt. En l’occurrence, une majorité des votants a refusé la perspective de devoir payer des taxes supplémentaires au nom de l’écologie. Peut-on le leur reprocher ? Y voir de l’« égoïsme » dénote trop souvent un mépris de classe de la part de militants petits-bourgeois qui n’ont pas de problèmes d’argent. Les gens n’ont pas tort après tout de penser que ces taxes sont aussi injustes qu’antisociales : elles touchent le plus durement celles et ceux dont l’empreinte écologique est la plus faible, et sont quasi-imperceptibles pour les vrais pollueurs. Aussi hypocrite fût-elle, la propagande de l’UDC a marqué un point à ce sujet. Si trop de gens finissent par penser que l’écologie n’est qu’une arnaque pour leur imposer plus de taxes, et tombent dans le climatoscepticisme, on peut le déplorer, mais faut-il vraiment s’en étonner ?

 

Alors, maintenant que faire ? Loi sur le CO2 ou non, le problème du réchauffement climatique reste entier et urgent, et exige une solution rapidement et à la hauteur des enjeux. Cela, presque personne n’ose le contester. Ce qu’il faut maintenant, ce n’est surtout pas une loi encore plus libérale et plus purement incitative, comme le souhaiterait le PLR – proposer une telle « solution » tient presque de la mauvaise plaisanterie – mais une écologie socialement juste, qui tient compte de la dimension de classe du problème, et qui ne passe pas par de taxes « incitatives », mais par des mesures structurelles, qui soient imposées aux vrais responsables du désastre, et qui apportent les changements systémiques indispensables.

 

Il est intéressant de constater que le PS et les Verts, qui avaient dénigré ce discours durant la campagne, le reprennent maintenant à leur compte, pour expliquer les raisons de l’échec de la loi sur le CO2, pour dire que des mesures en faveur de l’écologie ne peuvent en aucun cas passer par des taxes, qu’elles doivent viser la finance, les grandes entreprises, que c’est aux vrais responsables du désastre de payer pour y faire face désormais. S’il a permis que la gauche réformiste comprenne cela, le NON à la loi sur le CO2 n’aura pas été inutile.

Les USA sous Joe Biden : un changement de cap ?

 



Si l’on en croit l’ex-président des USA, Donald Trump, son pays courrait droit à la catastrophe, car désormais « en mains socialistes ». Le Parti démocrate étatsunien serait devenu un parti de gauche, et on ne nous l’aurait pas dit ?

 

Sans atteindre à ce niveau d’élucubration, des personnalités, qui elles sont bien de gauche distribuent à Joe Biden des éloges immérités sur certaines de ses mesures politiques – comme son plan de relance ou sa campagne pour un taux minimal de taxation des multinationales au niveau mondial – attribuant aux dites mesures une portée qu’elles n’ont pas en réalité. Or, il importe d’être clair là-dessus : l’administration Biden est dans la continuité de la politique menée par les administrations précédentes, y compris de celle qu’elle a remplacé.

 

C’est devenu un lieu commun que de comparer Joe Biden avec Franklin Delano Roosevelt, démocrate et président des USA de 1933 et 1945, qui avait mis en place un vaste plan de relance d’inspiration keynésienne, le « New Deal », pour sortir de la Grande Dépression.

 

Cette comparaison est trop flatteuse. L’ampleur des politiques keynésiennes menées par Biden est loin d’atteindre celles du New Deal, sans parler des impôts qu’alors les plus riches ont dû consentir à payer. Toutefois Franklin Roosevelt n’était nullement un socialiste, et le keynésianisme n’a jamais eu vocation à être une pensée de gauche. Le but du New Deal était de sauver le capitalisme de sa propre crise, d’assurer la rentabilité du capital par l’intervention de l’État…dans l’intérêt du capital. Aujourd’hui que le capitalisme est de nouveau en crise, le retour au capitalisme monopoliste d’État répond aux mêmes nécessités et poursuit les mêmes objectifs. Il ne s’agit pas en soi d’une politique progressiste. Le mouvement avait d’ailleurs été déjà amorcé par Trump et son propre plan de relance…

 

Quant à la plus grande « inclusivité » de l’administration démocrate, rappelons que, à la frontière Sud des USA, les enfants sont toujours séparés de leurs parents et enfermés dans des cages…

 

Pour ce qui est de la politique étrangère des USA sous Joe Biden, non seulement elle est dans la continuité de son prédécesseur, mais bien plutôt dans son aggravation. Première puissance impérialiste mondiale, dont l’hégémonie est contestée, les USA sont de ce fait la première menace pour la paix mondiale et pour tous les peuples du monde en lutte pour leur libération. C’est toujours la même politique impériale, d’un empire sur le déclin et prêt à tout pour essayer de préserver ses positions, qui sera menée par l’actuelle administration.

 

Certains ont un peu vite qualifié l’infléchissement de la diplomatie étatsunienne sous Biden comme un retour au « multilatéralisme ». Quel multilatéralisme ? Certes, la politique étrangère du nouveau locataire de la Maison blanche est moins brouillonne, plus intelligente que celle de son prédécesseur. Mais elle poursuit exactement les mêmes objectifs…avec plus d’efficacité, ce qui la rend bien plus dangereuse.

 

Quant au parle de « multilatéralisme » à propos de la nouvelle administration étatsunienne, en pense généralement à l’« alliance des démocraties » prônée par l’actuel président des USA. C’est pourtant tout le contraire du multilatéralisme. Il s’agit en réalité tout simplement d’un remake du « monde libre », bloc agressif des puissances impérialistes occidentales sous hégémonies étatsunienne, engagée dans une nouvelle guerre froide contre la République populaire de Chine, qualifiée de « rival stratégique », et accessoirement contre la Fédération de Russie, et tous les États et peuples du monde qui, pour une raison ou une autre, ne veulent pas plier l’échine face à l’ordre impérial.

 

Une stratégie de guerre froide qui avait déjà été amorcée par Barack Obama, dont Biden fut le vice-président, et son « pivot vers l’Asie », et poursuivie avec acharnement par Donald Trump. Une stratégie qui n’a évidemment rien à voir avec les « valeurs », la « démocratie » ou les « droits humains ». Sinon, les USA ne fermeraient pas autant les yeux sur les crimes des régimes qui leur sont loyaux, et dont il serait trop long de faire la liste. Une stratégie qui constitue une menace directe pour tous les peuples du monde épris de liberté, et avec lesquels notre Parti est pleinement solidaire.

 

Rappelons qu’une lutte anti-impérialiste conséquente suppose de combattre avant tout son propre impérialisme. La Suisse n’a que trop prouvé qu’elle est objectivement à la botte des USA. Il faut savoir clairement choisir son camp. Le reste n’est qu’hypocrisie.

La pandémie n’est pas encore finie que la droite retourne à ses lubies néolibérales

 


Vous vous en rappelez peut-être de l’étrange débat sur le « jour d’après », où des représentants de la droite disaient que c’est en temps de crise que l’on devient plus intelligent, que les services publics sont en réalité essentiels, que le marché ne fait pas tout, que le rôle des collectivités publiques est essentiel pour le bien commun. Auraient-ils compris quelque chose ?

 

Si vous ne vous en souvenez plus, ce n’est pas grave. Leur bavardage était hypocrite de toute façon. La preuve ? La pandémie est loin d’être terminée, et les voilà qui reviennent déjà à la charge avec leurs vielles recettes empoisonnées à base de cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises, de démantèlement des services publics, de coupes dans les conquêtes sociales, de plus « d’ouvertures » au marché et à ses ravages.

 

Avec l’argent qui a été mis dans la lutte contre le Covid-19, les collectivités publiques ont plus que jamais besoin de recettes fiscales. Peu importe aux yeux de la droite qui revient avec des nouvelles idées de baisses d’impôts, dont toujours les mêmes bénéficieraient. L’Assemblée fédérale a ainsi décidé de supprimer le droit de timbre – impôt sur l’émission et la négociation de titres (actions et primes d’assurances essentiellement) – un des seuls impôts que certaines entreprises de la finance payent, qui est presque indolore pour elles, et qui rapporte 2,2 milliards de francs par année à la Confédération. La droite veut néanmoins le supprimer, sans même qu’il y ait une justification économique un tant soit peu plausible à ce scandaleux cadeau. A Genève, le PLR a lancé une initiative pour supprimer la taxe professionnelle communale, ce qui ferait perdre des rentrées fiscales indispensables aux communes.

 

Pendant ce temps, le Conseil fédéral souhaite privatiser Postfinance – pour achever le démantèlement du service public essentiel qu’est la Poste – privatisation purement idéologique, qui coûterait en plus cher au lieu de rapporter. Le même Conseil fédéral souhaite libéraliser totalement le marché de l’électricité ; ce qui impliquerait de rendre impossible de faire primer une politique énergétique un tant soit peu rationnelle sur la recherche du profit à court terme des entreprises privées actives dans ce secteur. Il n’est que logique hélas que le gouvernement de la bourgeoisie, même à l’heure de l’urgence climatique, ne pense qu’au profit du capital, plutôt qu’à l’écologie.

 

Et la majorité de droite de l’Assemblée fédérale veut faire passer une réforme de l’AVS sur le dos des femmes. C’est qu’il n’y aurait plus d’argent…évidemment, quand on le laisse s’accumuler dans les poches des plus riches !

 

La droite, représentation politique de la bourgeoisie, ne changera jamais. Elle ne peut que mener la même politique de classe, une politique qu’il faut résolument combattre. Jamais le jour d’après n’adviendra avant que fussent battu ceux qui ont régné sur le jour d’avant.

21 mai 2021

Le marxisme soviétique tardif, une pensée vivante et encore actuelle

 



Dernier secrétaire général du PCUS à avoir porté avec honneur son titre, Constantin Tchernenko est aujourd’hui pratiquement oublié. La période soviétique tardive – qui fut en son temps qualifiée de « socialisme développé » – pâtit du préjugé d’avoir été un temps de stagnation, réputation que la réalité de l’histoire ne justifie en rien (il serait plus exact de parler d’une ère d’accomplissements réels et de réformes inabouties). Léonid Brejnev demeure célèbre comme figure historique, mais ses écrits sont trop souvent – à tort ! – considérés comme ne valant pas la peine d’être lus, comme généralement les publications politiques du temps où il fut secrétaire général. Youri Andropov, son successeur, demeure un peu connu – principalement sur la base de spéculations sur ce qu’il aurait pu faire s’il avait vécu plus longtemps. Quant à Tchernenko, le plus méconnu des dirigeants soviétiques, il reste dans les mémoires comme une sorte d’ombre portée de Brejnev, à peine s’il a existé. Cet oubli n’est pourtant pas mérité.

 

Elu secrétaire général en 1984 – après le décès inattendu de Youri Andropov – Constantin Tchernenko est lui-même parti trop tôt en 1985. Il n’eut que trop peu de temps pour déployer son action à la tête du Parti et de l’Etat. Loin de l’image fausse de la gérontocratie inamovible tardo-soviétique, c’était presque un homme nouveau : élu au CC du PCUS en 1971, et au Politbureau en 1978 seulement, il n’était pas non plus si âgé. Décédé à 74 ans, il était plus jeune que Joe Biden aujourd’hui. Surtout, il s’agissait d’un dirigeant communiste dévoué et intègre, et d’un auteur intéressant et profond, lucide sur les difficultés réelles du socialisme soviétique, et désireux d’y apporter des solutions. Un auteur dont la lecture est encore aujourd’hui instructive. Une sélection de ses articles et discours fut publiée en français aux éditions Plon en 1985 sous le titre Le peuple et le parti ne font qu’un. Cet ouvrage ne doit pas être complètement introuvable. Le cas échéant, nous en conseillons vraiment la lecture.

 

La pensée de Tchernenko, profondément imprégnée de celle de Marx et de Lénine, se caractérise par un attachement profond à la coexistence pacifique et à la solidarité internationaliste avec les peuples en lutte pour leur libération ; un engagement sincère pour l’amélioration du bien-être du peuple soviétique ; une volonté d’amélioration, de progrès continu de la société socialiste ; une adhésion ferme aux idéaux communiste ; et un sens aigu du rôle et des responsabilité du Parti dans l’accomplissement de ces tâches.

 

Constantin Tchernenko était parfaitement lucide sur les contradictions objectives de la société soviétiques, qui rendront possible la restauration du capitalisme : « Examinant ces problèmes non simples, le congrès a indiqué que leur solution, tout comme la formation d’un homme nouveau en général, doit s’appuyer sur le fondement solide de la politique sociale et économique. Si l’on réduit les phénomènes négatifs seulement aux « survivances du passé » dans la conscience des gens, les carences dont il faut chercher les raisons dans la pratique actuelle, dans les erreurs de tels ou tels cadres resteront hors du champ de vision. Et c’est là que peut se produire un écart entre l’éducation par les paroles et l’éducation par la vie et cela est inadmissible ».

 

Il était tout autant conscient du déficit de démocratie réellement existant au sein du PCUS et des institutaions soviétiques, et des problèmes que cela impliquait : « On a maintes fois souligné que certaines réunions, sessions plénières et conférences de militants se déroulent dans une atmosphère de parade. En effet, les interventions des orateurs « attitrés » sont souvent des comptes rendus d’activité où les lacunes et insuffisances dans le travail sont passées sous silence ou mentionnées au passage (avec une multitude de références aux « circonstances objectives ») au lieu d’être un examen vivant et concret des questions, qui dégage et confronte les divers points de vue. Dans ces conditions, l’affaire se résume à une simple adoption de résolutions qui n’ont pas été étudiées par le collectif. Il devient alors difficile de comprendre le contenu de ces comptes rendus et de leur but. Quels sont les problèmes concrets que l’on se propose de résoudre, quelles sont les insuffisances concrètes que l’on doit éliminer ? Ces bavardages vides de sens, ces discours spectaculaires engendrent inévitablement l’apathie et la passivité ; ils étouffent l’initiative des communistes ».

 

Quant au mythe absurde de la « stagnation », laissons Tchernenko le réfuter : « L’expérience et la lutte révolutionnaire, l’expérience de l’édification socialiste et communiste nous enseignent qu’il faut intervenir résolument contre le dogmatisme, la sclérose de la pensée, contre l’application irréfléchie de clichés tout prêts et de stéréotypes. Le marxisme, soulignait Lénine, n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action. Le léninisme n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action, disent les disciples de Lénine. Être fidèle à Lénine, c’est s’imprégner de l’esprit créateur dont était empreinte l’activité théorique et pratique de notre parti. Être fidèle à Lénine, c’est lutter résolument contre les tentatives de défigurer notre doctrine révolutionnaire, qu’elles soient de droite ou de « gauche ».

 

« Le courant de la vie est rapide. De nouveaux problèmes viennent remplacer ceux d’aujourd’hui. Et ce qui était juste hier peut être erroné demain. D’où la nécessité de remarquer, de saisir les nouveaux phénomènes et processus, de les analyser et de les synthétiser, de fournir de nouveaux points de repères théoriques à la pratique. »

 

On pourrait remplir plusieurs éditions de l’Encre Rouge avec des citations inspirantes de Constantin Tchernenko.

 

La différence entre la dernière génération des dirigeants communistes soviétiques fidèles à leurs idées – dont Andropov et Tchernenko faisaient partie – avec les liquidateurs qui les ont suivis, comme avec les théoriciens du socialisme de marché chinois, c’est qu’ils comprenaient le socialisme comme un mode de production ayant ses propres lois, et aux contradictions propres duquel il fallait apporter des solutions conformes à ce qu’il est – plutôt que de chercher à l’ « améliorer » avec des éléments étrangers –, des solutions qui le fassent progresser vers le communisme, plutôt que de rétrograder vers le capitalisme. La théorie du socialisme développé - qui s’oppose à celle de « phase primaire du socialisme » élaborée par la direction du PCC sous Jiang Zemin – a trop souvent été mal comprise comme une apologie superficielle et autosatisfaite de l’URSS comme « paradis socialiste ». Les dirigeants soviétiques tardifs ne faisaient en réalité pas preuve d’un tel triomphalisme idiot, et étaient autrement plus lucides sur les insuffisances réelles. Le syntagme de socialisme développé signifie en fait une société socialiste en quelque sorte « achevée », c’est-à-dire devenue pleinement socialiste, qui de ce fait forme un système, et n’inclut donc plus d’éléments capitalistes ou précapitalistes, ou seulement marginalement. La génération d’Andropov et de Tchernenko s’est donc employée à faire progresser le socialisme dans cette optique, mais a trop tardé à mettre en œuvre les réformes requises. La liquidation gorbatchévienne fut possible parce qu’elle sembla au début être dans la continuité de cette voie, avant que d’opérer, rapidement mais imperceptiblement au début, vers la trahison. L’histoire aurait pu toutefois être bien différente.

La Grève pour l’avenir : pourquoi le Parti du Travail y participe, et avec quels objectifs ?

 


Le 21 mai 2021 a lieu la Grève pour l’avenir – journée de mobilisation pour la justice sociale et climatique – coorganisée par la grève du climat, les syndicats, des partis politiques et divers autres collectifs.

 

Le Parti du Travail est engagé de ce mouvement depuis le début. Il s’agit pour nous d’une priorité stratégique. Parce que l’urgence climatique constitue aujourd’hui une réalité incontestable ; tout aussi incontestable hélas que l’inaction des gouvernements bourgeois et la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre. Les températures ont déjà augmenté de 1°C par rapport à l’ère préindustrielle, et les conséquences en sont visibles, et dévastatrices. Au rythme actuel, on est bien parti une hausse des températures jusqu’à 3,9°C d’ici la fin du siècle, ouvrant la porte à des boucles de rétroaction incontrôlables, et rendant la planète inhabitable, ou peu s’en faut.

 

Aussi parce que ce mouvement rejoint nos luttes sur plusieurs points fondamentaux : conscience de la nécessaire indissociabilité entre justice climatique et justice sociale ; volonté d’organiser les travailleurs, choix de l’arme majeure de la classe ouvrière, la grève générale, et par là conscience du rôle historique de la classe ouvrière et engagement en faveur d’une lutte de classe menée jusqu’au bout ; conscience enfin qu’il n’est pas possible de résoudre la question écologique sans rupture avec le capitalisme. Des idées qui sont les nôtres acquièrent ainsi une influence nouvelle.

 

Aujourd’hui, l’urgence climatique est la contradiction centrale autour de laquelle tout se joue : ou rupture avec le capitalisme et construction d’une nouvelle société socialiste et écologiquement durable, ou maintien d’un système capitaliste, impérialiste et oppressif, au prix d’une destruction accélérée de l’environnement, et d’une société de moins en moins vivable. La rupture est urgente, car plus on perd de temps, et moins il sera possible de limiter les dégâts.

 

Toutefois, si la convergence des luttes voulue par la grève pour l’avenir fait sa force, elle en constitue aussi la limite, une convergence si large, regroupant des syndicats, des partis réformistes comme des organisations révolutionnaires, et toute une diversité de collectifs ne peut l’être qu’au prix de la clarté de l’objectif poursuivi. Si le manifeste national adopté par la grève pour l’avenir pointe justement que « Les crises économiques, écologiques et sociales générées par le système capitaliste ne peuvent être résolues en son sein. Il faut donc un profond changement », il ne dit pourtant pas clairement par quoi le remplacer, mais juxtapose plus qu’il n’articule : dénonciation du système, exigences de démocratisation du système politique existant ; réflexions anarchisantes (démocratie locale et abolition de toutes les hiérarchies) mais non complétement assumées et exigences présentées aux autorités en place ; revendications radicales, d’autres de nature plus réformiste, applicables plus ou moins dans le cadre du système existant.

 

Ce qui y manque en revanche : définition d’un système alternatif au capitalisme (faute de quoi il est vain de parler de changement de système), prise de pouvoir politique par les travailleurs, socialisation des monopoles et des secteurs stratégiques, planification de l’économie. Sans tout cela, il ne peut y avoir de mouvement révolutionnaire, seulement un mouvement revendicatif, qui ne peut changer la société. C’est au parti marxiste que nous sommes d’amener cette perspective politique et révolutionnaire.

 

Le Parti du Travail s’engage concrètement pour une écologie populaire telle que définie ci-dessus dans les institutions, au travers des droits populaires comme dans la rue, par toutes les formes de lutte appropriées. Parce que nous ne séparons la lutte écologique de la lutte des classes, et parce que nous considérons que la seule écologie digne de ce nom est anticapitaliste, nous privilégions les formes de luttes fondées sur la confrontation avec la bourgeoisie et visant un changement de système sur la logique du compromis parlementaire et ses limitations. C’est pourquoi, nous nous engageons résolument dans la grève pour l’avenir, pour faire croître ce mouvement et l’affermir dans sa dynamique de lutte de classe et sa volonté de rupture avec l’ordre établi.

 

Parce qu’il n’y aura pas de solution réelle et durable aux problèmes écologiques sans rupture avec le capitalisme et son ressort interne d’accumulation du capital sans fin, nous luttons pour la seule alternative au capitalisme qui soit : le socialisme, qui garantira l’eau potable pour toutes et tous plutôt que le champagne pour quelques-uns, et rendra possible une cohabitation harmonieuse entre l’humanité et la nature.

La lutte climatique est une lutte de classe et une lutte anti-impérialiste

 


Pour le Parti du Travail, la question écologique est inséparable de la lutte des classes. Ainsi qu’il est écrit dans le programme électoral du Parti Suisse du Travail, adopté en 2019 :

 

« La destruction de l’environnement est une conséquence directe de la mainmise du capital sur la planète et de sa recherche illimitée de profits. Ces faits ne peuvent plus être contestés par personne. Sous les conditions de la production capitaliste, d’énormes dévastations sont devenues possibles. Nous vivons un processus par lequel la nature, sous l’exploitation du capital, est appauvrie de manière dramatique. Nous ne pouvons pas séparer les problèmes environnementaux de la lutte de classes. Ceci pour la simple raison que l’exploitation de la force de travail et de la nature se fait parallèlement. Nous soutenons que les problèmes environnementaux font partie de la lutte de classes. Ils l’accentuent et l’intensifient. Les problèmes environnementaux ne pourront pas être résolus dans le cadre du capitalisme ».

 

Nous ne sommes clairement pas toutes et tous dans le même bateau, et ce n’est pas « l’humanité » en général et de de façon indistincte qui est responsable de la situation actuelle. La destruction de l’environnement est le fait de responsables identifiables et identifiés, sans s’attaquer auxquels il est vain de parler d’écologie. Conformément aux données présentées dans le CDP Carbon Major Report (2017), il est établi que 100 entreprises sont responsables à elles seules de 71% des émissions de gaz à effet de serre entre 1988 et 2015. S’il s’agit donc de responsabiliser des acteurs, c’est bien de celles-ci dont il doit être question en premier lieu. L’empreinte écologique n’est clairement pas la même selon la classe sociale. Les 10% les plus riches de la planète sont ainsi responsables de 50% des émissions de gaz à effet de serre sur la planète, les 50% les plus pauvres de seulement 10%. Au fond, c’est le mode de vie des plus riches qui est écocide, et n’est pour cette raison plus tolérable.

 

En Suisse également, la place financière pollue à elle seule 22 fois plus que toute la population suisse ; les plus riches polluent 2000 fois plus que les plus pauvres.

 

Et ce sont les personnes les moins responsables de la dégradation de l’environnement qui ont le moins de possibilités de tenter d’en échapper aux conséquences, et en souffrent donc le plus.

 

Il n’y a donc pas d’écologie digne de ce nom sans lutte de classe. C’est pourquoi le Parti du Travail défend une écologie populaire.

 

La lutte écologique est également une lutte intrinsèquement anti-impérialiste.

 

Ce sont aujourd’hui les parties du monde qui sont le moins responsables de la catastrophe en cours – celles où habitent les peuples que l’impérialisme opprime – qui en souffrent le plus.

 

La péninsule arabique, l’Afrique du Nord, l’Inde…connaissent régulièrement des pics de chaleurs jusqu’à 50°C et au-delà, rendant ces régions de plus en plus difficilement habitables pour les êtres humains. De vastes territoires en Afrique et en Asie sont frappés par des sécheresses de plus en plus drastiques, dévastatrices pour les cultures, menaçant des dizaines de millions de personnes de famines. La montée du niveau de la mer n’est pas une menace seulement future, mais d’ores et déjà une réalité. Des centaines de millions de personnes, qui vivent sur les terres côtières, sont menacées. Des mégalopoles comme Lagos, Jakarta,… sont d’ores et déjà lentement mais sûrement emportées par l’érosion. L’Indonésie est en train de bâtir une nouvelle capitale en hauteur, puisque les jours de l’actuelle, Jakarta, sont comptés. Des pays insulaires d’Océanie tout entiers risquent d’être engloutis par les flots.

 

L’agenda « écologique » de la bourgeoisie, visant à repousser les changements nécessaires autant que possible, revient en réalité, de la part des élites dirigeante de pays impérialistes qui se trouvent être en zone tempérée (et pour cette raison moins exposés aux conséquences du changement climatique) à sacrifier de facto des centaines de millions de personnes dans le Sud global.

 

C’est une question de solidarité internationale que d’empêcher cette inaction criminelle.

Non à la fuite en avant technologique et aux mirages du « capitalisme vert »


 

N’en déplaise à la propagande officielle, du Conseil fédéral aux organisations patronales, en passant par les partis bourgeois et la gauche réformiste, ce ne seront ni les solutions technologiques ni le verdissement du capitalisme qui nous permettront d’éviter la catastrophe.

 

La technologie ne saurait être la solution miracle. D’une part, développer des technologies réellement « vertes » et « propres » prendra du temps, et nous en manquons. Deuxièmement, car il n’y a pas de miracles en technologie, et la plupart des technologies présentées comme « vertes » ne le sont pas réellement.

 

Car, derrière ces technologies, il y a des émissions de gaz à effet de serre cachées et une demande colossale de matières premières. Les technologies estampillées « vertes » – batteries des voitures électriques, panneaux solaires, certains modèles d’éoliennes – sont même extrêmement consommatrices de métaux rares. D’où un massacre continu de la biosphère par l’extractivisme à une échelle toujours plus large, au prix de dégâts considérables à l’environnement. Avec pour conséquence l’accroissement incessant des infrastructures, surdimensionnées. Du reste, l’économie de ressources ou d’énergie obtenue est généralement, sous le capitalisme, annihilée par un « effet rebond » : augmentation du volume de production, ou investissement du capital ainsi épargné ailleurs.

 

Et cette fuite en avant ne peut durer longtemps. Car les métaux requis par les nouvelles technologies sont présents en quantité limitée sur la Terre. Certains sont même fort rares. Il en a été plus extrait en quelques décennies que durant toute l’histoire de l’humanité. Les réserves disponibles d’argent, de fluor, de zinc, d’étain, de nickel, arriveraient à épuisement d’ici deux à trois décennies. Et il n’est en pratique pas possible de recycler sans perte, ni indéfiniment. Bien entendu, le recyclage, l’économie circulaire et le développement de technologies plus « vertes » sont indispensables, mais ne devraient en aucun cas être vus comme un moyen de faire perdurer la gabegie actuelle.

 

Pour cela, nous avons des raisons d’être opposés au développement de la 5G. Car, outre les dangers probables pour les êtres humains et les insectes, la 5G a pour vocation de permettre une utilisation à large échelle d’objets connectés ; ce qui serait écologiquement désastreux. L’informatique, en effet, loin de représenter une « dématérialisation » de l’économie, est au contraire très demandeuse en matières premières et hautement énergivore. Il n’est pas question d’y renoncer, mais il faut en faire un usage raisonnable.

 

Bien entendu, le Parti du Travail ne saurait être contre le progrès technologique, encore moins contre la science. Il est néanmoins indispensable de faire preuve de mesure, de trouver la voie d’une certaine sobriété. Le développement débridé de la « tech » qui a lieu actuellement ne vise aucun progrès humain, seulement la valorisation du capital investi dans ce secteur. Le principe de précaution et le souci de la préservation de la biosphère devraient toujours s’appliquer.

 

Quant au capitalisme « vert », il s’agit d’une contradiction dans les termes. Même si l’économie capitaliste arrivait à se « décarbonner » – ce qu’elle ne peut réussir que partiellement – elle ne sera pas soutenable pour autant. Le projet illusoire d’un capitalisme vert, à base de remplacement des énergies fossiles par du renouvelable et de solutions high tech, n’aurait rien de vert. Le fait même que des analystes bourgeois présentent la transition énergétique comme une « opportunité » (de nouveaux profits) plutôt que comme une contrainte suffirait pour comprendre que l’écologie n’a rien à voir là-dedans.

 

Cette situation exprime toute la contradiction entre les discours lénifiants des autorités qui prétendent enfin agir pour le climat, et la réalité des faits. Et cette contradiction est insoluble tant que nous restons enfermés dans le carcan du capitalisme. Système qui a pour condition la poursuite sans fin d’accumulation du capital, sans pouvoir prendre en compte les limites objectives que la finitude des ressources naturelles et les équilibres environnementaux imposent à cette croissance.

 

Les Verts, de par leur « plan climat » qui, malgré sa radicalité apparente, parle de « relance » de l’économie (capitaliste), de nouvelles opportunités (de profit) grâce à la transition écologique – cette relance fût-elle peinte en vert –, montrent qu’en fait ils adhérent à l’impossible « capitalisme vert ». Ils sont de ce fait incapables de tenir leurs promesses de changements. Le même scepticisme est de mise pour tous les plans de « Green New Deal ». Il en va de même du « Plan Marshall vert » du PSS. Il suffit de voir les références historiques des partis réformistes pour comprendre leur positionnement réel (pro-capitaliste).

 

Il n’est pas possible, par définition, de continuer à accumuler sans continuer à gaspiller de façon croissante les ressources naturelles, et sans produire autant de déchets. Pour mettre fin à la hausse continue des émissions de gaz à effet de serre et de production de déchets, il est indispensable de briser la dynamique d’accumulation, et donc de rompre avec le capitalisme, pas de tenter de le verdir.

La question écologique ne se limite pas au climat


 

Le réchauffement climatique n’est pas le seul problème écologique urgent. Se concentrer uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre amène même parfois à une étrange casuistique, où on présente comme « vertes » des technologies qui en fait ne le sont pas. Il y a aussi le problème de la pollution, les océans qui étouffent sous la masse de déchets plastiques, la limitation des ressources en métaux, mis à part le fer et l’aluminium (respectivement 5% et 8% de la lithosphère),…

 

Une étude publiée dans la prestigieuse revue scientifique Nature nous apprend qu’en 2020, pour la première fois dans l’histoire, le poids des objets produits par les humains – bâtiments, infrastructures, produits manufacturés – dépasse celui de la biomasse (la nature vivante) ; 1'100 milliards de tonnes, contre un milliard environ. Au début du XXème siècle, le poids des produits humains ne représentait que l’équivalent de 3% de la biomasse seulement. Mais la masse des artefacts a explosé depuis 1945, du fait de l’accumulation accélérée du capital, et poursuit aujourd’hui une croissance exponentielle. Si celle-ci devait se poursuivre au rythme actuel – et c’est malheureusement la voie que nous sommes bien partis pour emprunter – le poids des produits de main humaine triplera d’ici 2040, pour atteindre 3'000 milliards de tonnes. Quant à la biomasse, elle a déjà décru de moitié depuis le néolithique. Et son massacre se poursuit inexorablement avec la déforestation et le bétonnage à outrance. Autant dire que nous allons droit à la catastrophe.

 

Une approche globale et un changement radical de système sont nécessaires pour traiter tous ces problèmes – pas seulement une « décarbonation » de l’économie. Le marxisme est la seule méthode à même de penser et d’accomplir un tel changement. La voie de la révolution plutôt que de la réforme lente de l’ordre existant n’est plus aujourd’hui un enjeu de discussion doctrinale, mais une urgence vitale.

OUI aux écoles et aux infrastructures publiques à Bernex




L’unique objet cantonal mis en votation le 13 juin 2021 consiste en une loi modifiant les limites de zones à Bernex sur le périmètre dit de la « Goutte de Saint-Mathieu ». Ce terrain de 4,5 hectares, actuellement consacré à l’agriculture et enclavé entre une route et une autoroute, serait dévolu à la construction d’un cycle d’orientation, d’une capacité de 900 élèves, d’un bâtiment regroupant les centres de formation professionnelle santé et social pour 1'800 étudiants, d’autre équipements publics socio-culturels et d’un P+R de 200 place. Une zone bois et forêts serait préservée. Un référendum a été lancé par de riverains. Le seul parti qui le soutient est l’UDC.

 

Le Parti du Travail est en principe opposé à tout déclassement en zone agricole, et conscient du fait qu’on ne peut densifier n’importe où ni n’importe comment. La masse de artefacts d’origine humaine est d’ores et déjà dangereusement surdimensionnée sur la Terre. Aussi, il importe de faire preuve d’une indispensable sobriété en matière de construction d’infrastructures.

 

Il n’en reste pas moins que les équipements publics prévus à Bernex sont indispensables. 2'000 nouveaux logements seront construits prochainement. Si les équipements publics ne suivent pas, ce serait extrêmement problématique. Les nouveaux bâtiments scolaires sont tout aussi nécessaires. Le DIP en manque déjà dramatiquement. Il serait irresponsable de bloquer leur construction. Si ce projet-là devait être refusé, en mettre un autre en œuvre prendrait beaucoup trop de temps.

OUI à la loi COVID 19, une loi proportionnée et qui permet les aides indispensables

 


Adoptée par l’Assemblée fédérale pour donner une base légale aux différentes mesures d’aide prises par le Conseil fédéral dans le cadre de la lutte contre la pandémie du Covid-19, la loi Covid-19 est contestée par un référendum lancé par les milieux complotistes.

 

Première chose à dire : cette loi n’instaure aucunement une « dictature sanitaire », ni ne donne de pouvoirs illimités au Conseil fédéral. Il s’agit d’une loi proportionnée, qui limite strictement les compétences qu’elle attribue au Conseil fédéral. Qui plus est, une loi limitée dans le temps : la plupart de ses articles expirent au 31 décembre 2021 ; seules certaines dispositions relatives au chômage partiel resteraient en vigueur jusqu’en 2022. Contrairement à ce que certains croient, la loi Covid-19 n’a aucun rapport avec les restrictions sanitaires (semi-confinement, port du masque…). Celles-ci ont été mise en œuvre sur la base de la loi sur les épidémies. Rejeter la loi Covid-19 n’aurait donc aucun effet en la matière.

 

L’objet principal de la loi Covid-19, ce sont les diverses aides versées par la Confédération pour pallier aux conséquences économiques et sociales de la pandémie. Si la loi Covid-19 venait à être refusée, elle deviendrait caduque le 25 septembre. Le lendemain, toutes les aides aux personnes et aux entreprises prendraient brutalement fin. Les chambres fédérales pourraient certes réintroduire certaines de ces aides d’ici là dans des lois ordinaires. Mais, s’agissant d’un parlement à majorité de droite, et après un refus en votation populaire d’une loi portant sur les aides en question, il ne faut pas trop rêver. Réponse des milieux complotistes : « y’a qu’à lever toutes les restrictions sanitaires, et les aides cesseront d’être nécessaire ». Sans commentaire..

 

Le Parti du Travail se dissocie strictement des théories complotistes au sujet du Covid. Nous n’accordons pas une confiance aveugle au Conseil fédéral, qui n’a pas toujours fait tout juste. Reste que les restrictions sanitaires étaient indispensables. Les discours complotistes sur les vaccins, les masques, etc. sont irrationnels, en dehors de la réalité. Le Brésil de Bolsonaro et les USA de Trump ne montrent que trop bien qu’elles en seraient les conséquences pratiques. Cette fausse pensée critique est perméable à une récupération politique par l’extrême-droite. Le seul parti qui soutient le référendum est d’ailleurs l’UDC.

« Eau propre » : NON à une initiative mal conçue


 

L’initiative populaire « Pour une eau potable propre et une alimentation saine – Pas de subventions pour l’utilisation de pesticides et l’utilisation d’antibiotiques à titre prophylactique » part incontestablement d’une bonne intention et vise à apporter une solution à un problème réel.

 

Toutefois, si le Parti du Travail partage les objectifs des initiants, il ne peut soutenir leur texte. Rédigé par des militants urbains visiblement peu au fait des réalités de l’agriculture, et qui n’ont pris la peine de consulter aucune organisation paysanne avant de lancer leur initiative, celui-ci cible exclusivement les paysans pour un problème dont ils ne sont aucunement les seuls responsables, et ne prévoit que des mesures exclusivement punitives envers eux.

 

La pollution des eaux est un problème réel en Suisse. L’usage excessif de substances phytosanitaires et l’élevage intensif en sont des causes majeures. L’usage d’antibiotiques à titres préventif dans l’élevage est un grave problème également.

 

Quelle est la solution des initiants ? Réserver les paiements directs aux exploitations qui ne recourent pas aux pesticides, qui n’ont pas recours aux antibiotiques à titre prophylactique et dont le bétail est nourri exclusivement avec des aliments produits sur leur exploitation. 

 

Cette solution est excessive et serait insoutenable pour les paysans, surtout pour les petites exploitations.

 

Parler simplement de « pesticides », sans préciser « de synthèse », ni rien, reviendrait de facto d’interdire tout produit phytosanitaire, y compris ceux d’origine naturelle utilisés dans l’agriculture biologique.

 

Imposer de ne nourrir le bétail qu’avec des aliments produits dans l’exploitation – sans possibilité d’acheter du fourrage même en Suisse – revient de facto à rendre impossible pour des petites exploitations de continuer à avoir des animaux. Conscient de ce caractère excessif de leur texte, les initiants ont essayé de s’en sortir avec des pirouettes…comme proposer de l’appliquer « souplement », ou de permettre quand même d’acheter du fourrage en Suisse. Ce qui reviendrait à demander de ne pas appliquer leur initiative – qui ne laisse aucune marge de manœuvre en l’espèce – le cas échéant. Ou bien qu’ils ne comprennent pas eux-mêmes leur propre texte, ce qui n’est guère un gage de sérieux.

 

Surtout, ces conditions restrictives ne concernent que les paysans suisses qui travaillent dans le système des payements directs. L’initiative est muette sur les produits d’importation. Les conséquences pratiques seraient des faillites accrues de petites exploitations en Suisse, et une hausse des importations de denrées agricoles, produites dans des conditions écologiquement pires que l’agriculture conventionnelle dans notre pays. Les eaux seraient certes plus propres en Suisse, mais serait-ce vraiment un progrès ?

 

Le Parti du Travail est favorable à une agriculture paysanne, biologique et locale. Celle-ci ne peut advenir, en lieu et place de l’industrie agroalimentaire capitaliste, sans les paysans, encore moins contre eux. Le syndicat paysan progressiste Uniterre et Bio-Suisse appellent à voter NON. Le Parti du Travail fait de même.