10 septembre 2021

Le Parti du Travail plus que jamais solidaire avec la Révolution cubaine, attaquée


 

Vous n’êtes pas sans savoir, puisque les médias bourgeois en ont fait une couverture massive et orientée, que le 11 juillet, des manifestations de protestation ont eu lieu dans certaines villes à Cuba, motivées par un mécontentement face aux pénuries de produits de base, aux restrictions d’électricité et au manque de vaccins et de médicaments. Certes, ces problèmes existent, mais il faut comprendre qu’elles en sont les causes. Des éléments contre-révolutionnaires ont essayé de prendre la tête de ces protestations pour leur donner un sens insurrectionnel. La mafia contre-révolutionnaire de Miami a tenté de faire tout un tapage pour ouvrir un « corridor humanitaire » ; prétexte hypocrite pour une invasion impérialiste en vue d’un changement de régime. Joe Biden s’est totalement engagé dans cette entreprise criminelle, durcissant encore les sanctions contre Cuba. Lorsque Miguel Diaz Canel, président de la Ré-publique de Cuba, a appelé les révolutionnaires à descendre à leur tour dans la rue pour dé-fendre la Révolution – car une Révolution doit après tout pouvoir se défendre –, les propagandistes de l’Empire ont mensongèrement parlé de « répression », occultant l’appel au dialogue et à l’unité de la part du président cubain.

 

Or cette campagne médiatique est tendancieuse et malhonnête, tant par l’occultation des causes réelles des difficultés économiques que connaît Cuba, que par la présentation mensongère qu’elle fait des événements ayant eu lieu le 11 juillet. Il s’agit tout simplement d’une campagne de fake news éhontée, d’une guerre informationnelle contre Cuba de la part de l’Empire.

 

Un devoir de solidarité internationaliste

 

Le Parti du Travail ne pouvait pas rester sans rien faire. Aussi avons-nous tenu à organiser un débat public pour démentir cette campagne de fake news, de rétablir la vérité sur ce qui se passe vraiment à Cuba. Ce débat, qui eut lieu le 27 août 2021 (voir ci-contre les intervenants), attira un public nombreux, et donna lieu à un échange constructif et enrichissant.


De gauche à droite: Dr Raffaele Malinverni, membre du comité de MediCuba; l’interprète de l’ambassadeur; Juan Antonio Quintanilla Roman, ambassadeur de la République de Cuba auprès de l’ONU à Genève; Alexander Eniline, président du Parti du Travail; Olga Montoya, représentante du Bloc Solidarité Amérique Unie; Tobia Schnebli, membre du Comité directeur du Parti du Travail


C’était important pour nous d’organiser cet événement, en solidarité avec le peuple cubain et la Révolution cubaine. Car l’internationalisme fait partie des principes fondamentaux de notre Parti. La lutte des peuples par-tout sur la planète pour leur émancipation et pour le socialisme fait un ; nous ne séparons pas notre lutte en Suisse de celles menées partout au monde. Comme l’écrivait Karl Marx dans l’Adresse inaugurale de la Ière Internationale : « L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels, qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les inciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées ».

 

Lorsqu’en 1959 le peuple cubain renversa la dictature de Batista, lorsqu’il se libéra de la tutelle de l’Empire, lorsqu’il s’engagea sur la voie de la construction du socialisme littéralement à la porte des USA, il réalisa une percée révolutionnaire digne d’admiration, exemple pour tous les peuples luttant pour leur émancipation. Exploit d’autant plus remarquable que Cuba parvint à préserver les acquis du socialisme dans les conditions les plus hostiles. Malgré les difficultés, le socialisme permit à Cuba des réalisations impressionnantes : la justice sociale, des services publics accessibles et universels, une santé et une éducation gratuites et de qualité pour toutes et tous. Cuba est à ce jour le seul pays à remplir les critères onusiens de développement durable, grâce à son agriculture biologique, son développement social, un usage somme toutes remarquable des ressources disponibles limitées. L’espérance de vie est plus élevée à Cuba qu’aux USA, et la mortalité infantile plus basse. La solidarité internationale y est également une réalité vivante, et l’engagement de Cuba à ce ni-veau est admirable. Cuba prouve chaque jour que le socialisme est une société nouvelle, différente et meilleure que le capitalisme, pour laquelle il vaut la peine de se battre. Devoir lors des années fastes, la solidarité internationale l’est d’autant plus aujourd’hui que la Révolution cubaine connaît des heures difficiles.

 

Causes réelles des difficultés économiques à Cuba

 

Ce que cette propagande tait honteusement, c’est que les réalisations du socialisme à Cuba sont d’autant plus remarquables que l’île vit depuis la Révolution dans les conditions d’une guerre non-déclarée de la part des USA : une guerre économique, informationnelle, sans parler des attentats terroristes cautionnés par les USA et des tentatives d’assassinat de dirigeants cubains. Depuis la Révolution, Cu-ba vit sous le joug d’un blocus ruineux et illégal – d’autant plus qu’il est extraterritorial, ce qui est grossièrement contraire au droit international – imposé par les USA, dans le seul but cynique d’étouffer tout potentiel économique, de rendre la vie du peuple cubain aussi difficile que possible afin de provoquer le mécontentement, pour susciter une explosion sociale menant à un changement de régime, en clair, la restauration du capitalisme. Un blocus devenu d’autant plus étouffant depuis la fin du socialisme en URSS, depuis que Donald Trump l’a encore durci, et depuis que le Venezuela subit également la guerre économique que les USA mènent contre lui et a moins de possibilités de soutenir matériellement Cuba.

 

Le blocus rend pour Cuba toutes transactions difficiles, il complique beaucoup les exportations, et rend les importations plus compliquées et nettement plus chères. Une traque inouïe et scandaleuse de la part des USA de toutes les transactions impliquant Cuba limite drastiquement les transferts de devises vers l’île. D’où d’inévitables pénuries, des difficultés objectives considérables face auxquelles le gouvernement cubain fait ce qu’il peut. Qu’un mécontentement existe dans la population, c’est compréhensible, mais les options du gouvernement sont limitées. L’économie de Cuba se serait sans doute purement et simple-ment effondrée, et la catastrophe sociale serait effroyable, s’il ne s’agissait pas d’un pays socialiste.

 

Si l’approvisionnement alimentaire est insatisfaisant à Cuba, c’est notamment parce que le blocus rend très difficile l’achat de machines agricoles qui seraient nécessaires pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. Si des médicaments peuvent manquer, c’est que Cuba n’est presque pas en mesure d’en importer, et doit en produire près de 80%. Sauf que toutes les matières premières nécessaires ne sont pas simples à se procurer à Cuba. Et la pandémie du Co-vid-19 est venue se conjuguer aux effets du blocus, en réduisant presque à néant le tourisme, et en faisant chuter d’autant les rentrées en devises sans lesquelles les importations sont impossibles. Quand Joe Biden prétend être du côté du peuple de Cuba, c’est d’une hypocrisie révoltante. Tout ce qu’il aurait à faire, c’est de lever le blocus, et il fait tout le contraire.

 

Le système de santé cubain ne fonctionnerait pas comme il le fait sans la solidarité internationale. Le Dr Malinverni a décrit le travail remarquable accompli par Medi-Cuba, pour soutenir le système de santé cubain, par l’apport de matières premières, de matériel médical, de soutien logistique…Si vous lisez ces lignes, nous ne pouvons que vous encourager à apporter à votre tour un soutien matériel à l’action de MediCuba si vous le pouvez.

 

Le blocus ne serait pas aussi dévastateur si les autres pays capitalistes ne s’y soumettaient pas, malgré son caractère illégal, voire ne collaboraient pas volontairement à cette entreprise criminelle. En Suisse aussi, malgré la neutralité officielle, la plupart des entreprises s’y plient. Il est presque impossible d’effectuer des transactions avec Cuba, voire simplement des virements en Suisse même si le motif du virement fait référence à Cuba. Notre Parti combat cet aligne-ment de fait sur le blocus, et la politique inacceptable du Conseil fédéral qui laisse faire, ce par tous les moyens dont nous disposons. Nous dénonçons particulièrement l’attitude d’Ignazio Cassis, qui agit plus en larbin des USA qu’en conseiller fédéral suisse.

 

Ce qui s’est vraiment passé le 11 juillet

 

Quant aux événements même du 11 juillet, la propagande média-tique anti-cubaine est purement et simplement mensongère.

 

Quelques milliers de manifestants tout au plus, dans un pays comptant 11 millions d’habitants, cela ne constitue en rien un « soulèvement massif ». Les complotistes qui manifestent en Suisse contre les mesures sanitaires du Conseil fédéral en font autant…

 

En comparaison, à combien plus forte raison il aurait fallu, au plus fort du mouvement des gilets jaunes, mener une « intervention humanitaire » pour libérer la France de la « dictature macroniste ». Pour ce qui est de la « répression », on a pu la voir à l’œuvre en France : tirs de LBD dans la tête, tirs de grenade dans la foule, police anti-émeute militarisée. On n’a rien vu de tel à Cuba. Et les quelques dizaines de procédures judiciaires, toutes conformes à la loi et pour des délits qui auraient également été poursuivis en Suisse, elle est sans commune mesure avec l’abus massif de garde à vue et les procédures accélérées et lourdes à large échelle en France. Pour faire croire que lesdites manifestations ont été plus massives qu’en réalité, la propagande impérialiste n’a pas hésité à diffuser de pures fake news ; comme par exemple de faire passer une photo d’une manifestation en Égypte, en basse résolution, qui eut lieu lors du Prin-temps arabe, pour une image prise le 11 juillet à la Havane. En agrandissant un peu on reconnaît sans peine des drapeaux égyptiens…

 

Quant à la pandémie, rappelons que Cuba, malgré les difficultés d’approvisionnement dues au blocus, compte nettement moins de décès du Covid que la Suisse, pour une population un peu plus élevée (or, si la gestion de la pandémie aurait pu avoir été meilleure en Suisse, on ne dit pourtant pas qu’elle fût un désastre). La politique face au coronavirus à Cuba est même exemplaire. Cuba a d’ailleurs réussi à produire deux vaccins, et trois autres candidats-vaccins en phase de test. C’est une preuve incontestable de l’excellence de la recherche médicale cubaine. Peu de pays peuvent se vanter d’en avoir fait autant.

 

Et la propagande impérialiste masque le fait que ces soulèvements n’ont pas été spontanés. Elle tait le « travail » réalisé par la CIA et la mouvance contre-révolutionnaire de Miami sur les réseaux sociaux pour inciter des citoyens cubains à se soulever, fake news et propagande mal-veillante à l’appui ; une véritable guerre informationnelle contre la Révolution cubaine. Trop occupée à inventer une prétendue « répression », elle fait semblant de ne pas voir les actes de violence commis par des éléments contre-révolutionnaires à Cuba, qui sont allés jusqu’à caillasser une clinique pédiatrique… Des procédés qu’on estime scandaleux lorsqu’ils sont utilisés par les supporters de Trump aux USA, deviennent tout à coup « normaux » lorsqu’ils sont utilisés contre Cuba.

 

Les « révolutionnaires » qui ne soutiennent pas la Révolution n’en sont pas

 

Malheureusement, certains qui se disent de gauche ne font pas preuve de la solidarité qu’il faudrait avec Cuba en ces heures difficiles, et déchoient jusqu’à reprendre tout ou partie de la propagande impérialiste contre la Révolution cubaine, voir remettre en cause le caractère socialiste de Cuba. Que dire de celles et ceux qui se prétendent marxistes et révolutionnaires – généralement issus de la mouvance trotskiste (tous les trotskistes n’ont pas commis cette faute, précisons-le) – qui se comportent ainsi ? Leur attitude est lamentable. Il s’agit typiquement de l’attitude faussement révolutionnaire : toujours pour la révolution en théorie, toujours contre en pratique. Une barricade n’a que deux côtés. Celles et ceux qui refusent de soutenir la Révolution cubaine et le PCC, aussi « révolutionnaires » qu’ils puissent se prétendre en paroles, sont objectivement dans le camp de l’impérialisme, des partisans de la restauration du capitalisme, de la CIA.

 

Certes, Cuba connaît des difficultés et des contradictions réelles, et il est trop facile de critiquer d’un point de vue de « gauche » les imperfections du socialisme cubain, pour se donner un verni « ultra-révolutionnaire ». Il est tout aussi facile de critiquer le gouvernement cubain pour les pénuries, une critique purement démagogique, sans qu’il ne soit jamais clair ce que ces gens proposent que le gouvernement cubain devrait faire, et sans qu’ils ne le sachent sans doute eux-mêmes. Toute leur critique se réduit au fond à dire que le socialisme cubain n’est pas ce qu’il devrait être, si tant est que c’est du socialisme…pour la bonne et simple raison qu’il ne correspond pas à leur définition purement abstraite et préconçue de ce que le socialisme devrait être, élaborée sans étudier la réalité cubaine et ses possibilités, qui ne les intéresse pas. Il s’agit d’une approche idéaliste, qui n’a rien de marxiste, quel que soit le nombre de citations des classiques du marxisme qu’ils puis-sent aligner. La réalité apparaît toujours décevante quand on la mesure à l’idéal ; mais la perfection n’existe pas en ce bas monde. Le marxisme exige de partir des contradictions du capitalisme pour tracer la voie vers le socialisme, des contradictions réelles du socialisme pour l’améliorer, et n’a que faire de pareilles élucubrations.

 

L’actualisation du modèle économique cubain

 

Quant à l’ouverture au marché – puisque c’est un point souvent soulevé par les critiques « de gauche » du cours actuel de la Révolution cubaine –, il s’agit d’une question complexe. La transition du capitalisme au communisme, en quoi consiste précisément le socialisme – car le socialisme est à la fois un mode de production autonome et une phase de transition –, représente une longue période historique, pendant laquelle des éléments hérités du passés et ceux annonçant l’avenir, des éléments issus du capitalisme et d’autres qui préfigurent le communisme, coexistent en se combattant. Ce serait une simplification coupée de la réalité que d’imaginer cette transition comme simple et linéaire, et dogmatisme sectaire que de prendre toute discontinuité pour un pour un renoncement à l’objectif final, tout pas en arrière temporaire pour une trahi-son. Il peut être prématuré de vouloir abolir d’emblée tout élément de marché, tout élément non socialiste. Un pays économiquement peu développé ne peut instaurer d’emblée un socialisme développé. Le faire pourrait même être contre-productif. Et un petit pays manquant de ressources naturelles, ne peut vivre en autarcie. Difficile de faire autrement que de s’ouvrir partiellement au marché sur une planète où il n’y a plus de système d’États socialistes. Cuba a donc fait ce choix, entériné dans un changement de la Constitution, à la suite d’un débat démocratique large. Certes, une ouverture au marché, le rétablissement de la propriété privée dans certains domaines, implique de faire revivre des éléments non-socialistes, qui pourraient devenir, dans certaines conditions, une base pour la restauration du capitalisme. L’essentiel est d’en être conscient, ce qui est le cas du PCC. La Constitution cubaine modifiée réaffirme le caractère intangible du socialisme à Cuba. On parle d’ailleurs à Cu-ba de « socialisme avec marché » et non de « socialisme de marché ».

 

Il est utile d’étudier attentivement le rapport de Raoul Castro au VIIIème Congrès du PCC pour bien comprendre les enjeux des ré-formes économiques à Cuba. Dans le but d’accroître la productivité, la production nationale, de rendre l’économie plus efficace, un certain nombre de mesures ont été implémentée : ouverture de certains secteurs à l’initiative privée (le commerce extérieur est explicitement exclu de cette ouverture), autonomisation des entreprises étatiques (mais sans démanteler la planification centrale), ouverture aux investissements étrangers…Mais il y a des lignes rouges à ne pas dépasser. Comme le dit Raoul Castro : « Il y a des limites que nous ne pouvons pas dépasser car les conséquences seraient irréversibles et conduiraient à des erreurs stratégiques et à la destruction même du socialisme et donc de la souveraineté et de l’indépendance nationale ». La propriété du peuple entier sur les principaux moyens de production fait partie de ces lignes rouges intangibles.

 

Il est vrai aussi que l’actualisation du modèle économique à Cuba nécessite des mesures pas toujours faciles, ce d’autant plus que ces réformes doivent se faire dans les conditions hostiles du blocus, et qui peuvent occasionner du mécontentement. Ces réformes n’ont rien d’agréable en soi. Comme le dit encore Raoul Castro : « Il faut changer l’idée néfaste, née sous la protection du paternalisme et de l’égalitarisme, selon laquelle Cuba est le seul pays où l’on peut vivre sans travailler. Le niveau de vie et de consommation des Cubains devra être déterminé par les revenus légaux qu’ils perçoivent et non par des subventions excessives et des gratuités indues. »

 

Cette réflexion peut sembler passablement antipathique, voire franchement de droite. Mais il faut la replacer dans la réalité cubaine. Ce dont parle ici Raoul Castro, c’est de la nécessité d’une application stricte du principe formulé par Marx de la répartition sous le socialisme : « de chacun selon ses capacités, à chacun selon son travail ». Cuba n’a pas les moyens de passer aujourd’hui à la formule communiste « de chacun selon ses capacités à chacun selon ses besoins ».

 

On peut établir un parallèle avec ce qu’écrivait en 1983 le secrétaire général du PCUS Youri Andropov : « Aujourd’hui, on sait déjà de la pratique, de l’expérience de nombreux pays socialistes, non seulement le poids socio-économique, mais encore l’immense poids politique de ces raisonnements du fondateur du communisme scientifique. C’est que les rapports de répartition touchent directement et immédiatement les intérêts de tous et de chacun. En fait, le caractère de la répartition est un des indices les plus importants du degré d’égalité sociale possible sous le socialisme. Toutes les tentatives de sauter impérativement de ce degré possible, de prendre les devants et d’aller vers des formes communistes de répartition, sans un recensement précis de la contribution labo-rieuse de chacun à la création des biens matériels et spirituels, peuvent engendrer et engendrent des phénomènes indésirables ».

 

Des erreurs peuvent à l’occasion être commises lors de la mise en place des réformes, comme Raoul Castro le dit lui-même, des erreurs qui doivent alors être corrigées. Et il ne s’agit en aucun cas de faire subir au peuple une cure d’austérité brutale : « Il n’est pas inutile de répéter que les décisions en matière d’économie ne peuvent en aucun cas provoquer une rupture avec les idéaux de justice et d’égalité de la Révolution et encore moins affaiblir l’unité du peuple autour de son Parti, qui défendra toujours le principe qu’à Cuba, l’application de thérapies de choc contre les couches les plus humbles de la population ne sera jamais autorisée et que, par conséquent, personne ne sera laissé à l’abandon ».

 

Le but de ces mesures est d’accroître la productivité, l’efficacité de l’économie cubaine, pour réduire les pénuries et répondre mieux aux besoins tous. Les mesures à prendre pour accroître la productivité sous le socialisme ne sont pas toujours simples, mais elles doivent être prises, car elles le sont pour le bien commun, et n’ont rien à voir avec les « réformes » qui sont imposées aux peuples sous le capitalisme, dont le but est de faire ruisseler encore plus les richesses dans les poches d’une minorité.

 

Cuba reste et restera un phare du socialisme pour le monde entier, qui a plus que jamais besoin du soutien, d’une solidarité sans failles de tous les anti-impérialistes et de tous les révolutionnaires authentiques, partout sur la planète.

Le marxisme haïtien : une pensée qui mérite d’être connue

 


Haïti : on connaît trop souvent ce pays des Caraïbes surtout pour se malheurs. Tremblement de terre meurtrier, crise sociale et politique, quartiers contrôlés par des gangs, pauvre-té…L’assassinat du président Jovenel Moïse a révélé égale-ment un État haïtien en ruines : parlement inexistant, premier ministre qui légalement ne l’était plus, cour suprême dysfonctionnelle à la suite du décès de son président sans qu’il ait été remplacé…On connaît moins l’histoire qui a conduit Haïti à ce sort tragique.

 

On dit parfois que Cuba deviendrait un nouveau Haïti si les USA parvenaient à y renverser le socialisme. Ceux qui utilisent cette image ne savent pas toujours à quel point elle est pertinente. L’histoire d’Haïti n’est pas celle d’un pays des Caraïbes qui aurait évolué par lui-même sans révolution socialiste, mais celle d’une révolution que l’Empire a réussi à briser. Deux empires en l’occurrence : les USA et la France. 1804 : la révolution haïtienne aurait mérité d’être célèbre au même titre que la Révolution française ou la Révolution d’Octobre. Car il s’agit de la première révolution anti-esclavagiste victorieuse : les esclaves des plantations se révoltent contre leurs maîtres français, et établissent la première république noire de l’histoire. Napoléon échoue à rétablir l’esclavage.

 

Si cette révolution n’est pas de-venue le symbole qu’elle aurait mérité de l’être, c’est parce que les empires ont tout fait pour l’empêcher de déployer ses potentialités. La France, sous Charles X, extorqua à la République haïtienne des sommes faramineuses à titre de « réparations » aux propriétaires d’esclaves dépossédés. Une « dette » odieuse, qu’Haïti ne finit de payer qu’en 1947, qui étouffa tout potentiel économique, et vida la république de sa substance. Quant aux USA, pour la classe dirigeante esclavagiste des États du Sud, une république d’anciens esclaves était un exemple inadmissible, qui ferait oublier aux Noirs leur place « naturelle » en ce monde, celle d’esclaves. Les USA sont donc régulièrement intervenus en Haïti, bien après l’abolition de l’esclavage, et jusqu’à nos jours, plongeant volontairement ce pays dans sa triste situation actuelle. Les USA, ces grands héros de la « liberté » (des esclavagistes) …

 

Le livre de Jean-Jacques Cadet, docteur en philosophie à l’Université Paris 8 et enseignant à l’École Normale Supérieure à Haïti, publié récemment aux éditions Delga a le mérite de permettre de découvrir Haïti par un autre prisme : celui de sa pensée marxiste. Il s’agit de sa thèse de doctorat, remaniée en vue de la publication, non d’un ouvrage grand public. Un lecteur peu habitué à lire des monographies universitaires pourrait trouver l’ouvrage passablement aride et difficile à suivre. Mais qui fera l’effort de le lire ne le regrettera pas.

 

Jean-Jacques Cadet y suit six penseurs marxistes haïtiens, Etienne Charlier, Jacques Stephen Alexis (Jacques La Colère), René Depestre (le seul à être toujours de ce monde), Gérard Pierre-Charles, Yves Montas (Jean Luc) et Michel Hector (Jean-Jacques Doubout) ; ainsi que de fait un septième auteur, Jacques Roumain, le premier marxiste en Haïti qui marqua profondément ses successeurs. Des penseurs dont les horizons intellectuels furent très variés, et dont plusieurs furent également de grands écrivains. On pourra lire avec intérêt leurs œuvres littéraires, plus faciles à se procurer en Suisse que leurs écrits proprement politiques.

 

Jean-Jacques Cadet se con-centre sur la période de 1946 à 1986, particulièrement riche par sa production marxiste et l’action politique communiste, et analyse cette production sous le prisme de plusieurs enjeux systématiques : la définition de la formation socio-économique haïtienne (définie comme semi-féodale et semi-coloniale), la théorie de la dépendance (s’il y a du capitalisme en Haïti, il s’agit d’un capitalisme hétéronome, subordonné à celui des centres impérialistes), leur intérêt pour la question de l’aliénation, et leurs débats avec d’autres traditions. Avec, en filigrane, un aperçu des luttes sociales et politiques en Haïti.

 

Il convient de dire que l’auteur soutient une thèse contestable : il veut absolument montrer que le marxisme haïtien serait « hétérodoxe », par opposition à un marxisme « orthodoxe », dont il fait une caricature confinant au sophisme de l’homme de paille. Il semble en réalité que Jean-Jacques Cadet ne connaît pas bien ce marxisme « orthodoxe » : il met d’ailleurs dans le même sac le marxisme de la IIème internationale et le marxisme-léninisme. S’ils furent des auteurs originaux et intéressants, les marxistes haïtiens ne furent pas « hétérodoxes », ou alors ni plus ni moins que les marxistes soviétiques. Sauf René Depestre, mais il finit par rompre avec le mouvement communiste…

 

Malgré ce biais, le livre de Jean-Jacques Cadet vaut la peine d’être lu, et permet de découvrir un pays par trop méconnu.

 

Cadet Jean-Jacques, Le marxisme haïtien, Marxisme et anticolonialisme en Haïti (1946-1986), Éditions Delga, Paris, 2020

Pour rétablir un peu de justice fiscale, oui à l’initiative 99%


 

Il en va de l’essence même du mode de production capitaliste de concentrer les richesses produites par le travail de la classe ouvrière entre les mains d’une minorité des maîtres du capital. Mais, depuis que la concentration du capital a fait naître des entreprises plus puissantes que certains États, et depuis la contre-révolution néolibérale, qui a mis fin à nombre de conquêtes sociales et démocratiques des travailleurs, cet accaparement a atteint des sommets proprement inouïs est sans équivalent dans l’histoire de l’humanité.

 

Aujourd’hui, les 1% les plus riches de Suisse possèdent plus de 43% des actifs totaux. L’un des principaux moteurs de cette évolution est le revenu du capital, c’est-à-dire les dividendes, les bénéfices des actions et les intérêts, qui font entrer chaque année des milliards dans les poches des plus riches. Les 300 personnes les plus riches de notre pays ont pu doubler leur fortune au cours des dix-sept dernières années, passant de 352 milliards à l’inimaginable 707 milliards de francs. Alors que la pandémie du Covid-19 a signifié une plongée dans la pauvreté pour beaucoup de gens, les plus fortunés ne se sont jamais aussi bien portés. La répartition de la richesse existante est une question politique, donc une partie de la lutte des classes. Une opposition souvent présentée comme celle des 99% face aux 1% les plus riches qui concentrent l’essentiel des richesses entre leurs mains. Notons que cette simplification n’a pas de valeur scientifique : le chiffre de 1% n’est guère un moyen exact pour définir l’oligarchie monopoliste, pas plus que le slogan de « nous sommes les 99% » n’est une formulation rigoureuse de l’objectif de construction d'un front antimonopoliste regroupant toutes celles et ceux qui subissent la domination de ladite oligarchie. Mais un slogan est un slogan. Pour ne pas être scientifiquement précis, il a au moins le mérite d’être parlant.

 

Pour mettre un frein à cette concentration croissante des richesses entre les mains d’une infime minorité, la Jeunesse socialiste a lancé une initiative populaire communément connue comme « initiative 99% », et dont le nom complet est « Alléger les impôts sur les salaires, imposer équitablement le capital ».

 

Cette initiative prévoit d’introduire dans la Constitution fédérale un nouvel article, en trois alinéas :

 

1. Les parts du revenu du capital supérieures à un montant dé-fini par la loi sont imposables à hauteur de 150%.

 

2. Les recettes supplémentaires qui découlent de l’imposition à hauteur de 150% au lieu de 100% des parts du revenu du capital au sens de l’al.1 sont affectées à une réduction de l’imposition des personnes disposant de petits ou moyens revenus du travail ou à des paiements de transfert en faveur de la prospérité sociale.

 

3. La loi règle les modalités.

 

Pour le montant des revenus du capital à partir duquel interviendrait l’imposition rehaussée à 150%, les initiants articulent le chiffre de 100'000.-, chiffre sur lequel se basent également les opposants dans leur propagande. Mais le texte de l’initiative dit clairement que l’Assemblée fédérale aurait toute la latitude qu’elle veut pour fixer un montant de son choix dans la loi d’application le cas échéant.

 

Notons que les revenus du capital sont actuellement sous-imposés en Suisse. Les actionnaires qui possèdent plus de 10% des parts d’une société ne sont imposés que sur 70% de leurs revenus dus à ces actions (parce qu’ils seraient déjà touchés par l’impôt sur le bénéfice en tant que propriétaires de la société en question). Non seulement les revenus du travail sont imposés jusqu’au dernier centime, mais sont encore grevés de cotisations sociales, inexistantes pour les revenus du capital.

 

Une imposition à hauteur de 150% signifie qu’à partir du seuil défini, un franc de revenu est considéré comme s’il était un franc cinquante. Par exemple, pour un revenu provenant des gains du capital à hauteur de 150’000,- (supposant que le seuil fatidique est fixé à 100'000), l’impôt serait calculé comme s’il s’agissait d’un revenu de 175’000 (100’000,- imposés à 100%, et 50’000,- majorés à 150%, soit comme s’il s’agissait de 75’000,-). L’initiative ne dit rien en revanche du taux d’imposition, ni sur ce qui serait considéré comme un gain du capital. L’Assemblée fédérale aurait une marge d’interprétation importante pour la loi d’application.

 

Soutenue par toute la gauche et les syndicats – elle ne doit donc pas être aussi « extrême » que ses adversaires le prétendent – l’initiative 99% suscite l’ire de la droite et des milieux patronaux, qui se donnent de grands moyens pour la combattre, à base d’arguments spécieux à la limite des fake news.

 

En réalité, l’initiative 99% déplaît profondément aux milieux patronat et à leur représentation politique, les partis de droite, parce qu’elle s’attaque à leurs intérêts de classe, en exigeant une peu plus de répartition des richesses, à leur détriment – fût-ce un tant soit-peu.

 

L’argumentaire du Conseil fédéral et de la majorité de droite de l’Assemblée fédérale est un condensé d’idéologie libérale. Ils disent tout d’abord que l’initiative répondrait à un problème inexistant, puisque la répartition des revenus serait équitable en Suisse, et la répartition des richesses d’ores et déjà satisfaisante. Ah bon ? De leur point de vue peut-être…Ils poursuivent avec un éloge de l’épargne que l’initiative découragerait. Les revenus du capital ne seraient pas obtenus sans rien faire, vu qu’il a fallu travailler dur et épargner pour amasser ledit capital. C’était peut-être vrai du temps de Jean Calvin. Mais cela n’a aucun rap-port avec le capitalisme d’aujourd’hui. Simple écho d’une idéologie bourgeoise périmée depuis longtemps. L’imposition trop forte du capital découragerait les investissements, ce qui nuirait aux intérêts de tout le monde ? C’est un simple avatar de la théorie du ruissellement, motif idéologique néolibéral qui a justifié des cadeaux fiscaux répétés aux plus riches. Avec toujours le même résultat : l’argent a bien toujours ruisselé…dans la poche des 1%. Quant aux « investissements », les cadeaux fiscaux aux riches n’ont jamais eu de résultat tangible en termes d’investissements productifs et d’apport pour l’économie réelle, et ont surtout alimenté la spéculation. Si on les impose plus, les riches vont partir ? Jusqu’à quand acceptera-t-on leur chantage ? On est en démocratie ou bien ? La Suisse deviendrait moins concurrentielle ? La Suisse est déjà un paradis fiscal, c’en est bien assez comme ça. Il est difficile d’estimer les effets réels de l’initiative, et il n’est pas certain qu’elle ferait rentrer plus d’impôts ? Mais si c’est vrai, pourquoi la craignent-ils ?

 

Mais nous ne sommes plus à l’époque de Reagan et de That-cher. La droite de ce pays a cette manie singulière de ne jamais dire ouvertement qu’elle défend avant tout les intérêts des plus riches et des grandes entreprises, et quand elle le fait, utilise toujours deux arguments phares, qui tiennent plus de la manipulation émotionnelle que de l’argumentation honnête : 1) la défense des « classes moyennes », 2) « et nos PME ». Ces deux arguments sont utilisés à tort et à travers, y compris lorsqu’ils sont manifestement hors de propos, sans aucun rapport avec le sujet concerné. « Et nos PME » est même devenu un meme…

 

Pour cette votation également, la droite utilise ces deux motifs argumentatifs à outrance, et avec une évidente mauvaise foi. La classe moyenne serait concernée ? Si l’on se base sur le chiffre de 100'000,- de revenus du capital, il faudrait investir un capital de pas moins de trois mil-lions pour pouvoir toucher un tel revenu de ses gains. Vous connaissez beaucoup de personnes de la classe moyenne qui possèdent une telle somme ?

 

Quant aux PME, des politiciens de droite ont beau parler de leur situation la larme à l’œil (ils pensent d’ailleurs aux PME surtout quand ils sont en train de défendre leurs intérêts véritables), les « PME » qui seraient touchées sont des entreprises certes « familiales », mais quant au fond des grandes entreprises, dont le capital est suffisamment conséquent pour rapporter des gains importants. Pas spécialement les petites épiceries ou les paysans. En vérité, ce qui écrase surtout les PME, c’est le libre-échange, la concurrence intenable face au grand capital. Mais, lorsqu’il est question de ces enjeux-là, les politiciens de droite ne se rappellent guère leur amour pour les PME…En outre, s’ils ne veulent surtout pas toucher aux classes « moyennes » et aux PME, ils auraient toute latitude le cas échéant de fixer le montant à partir duquel les gains du capital seraient imposés à hauteur de 150%.

 

Les gains du capital ne sont certes pas obtenus « sans rien faire » (si le Conseil fédéral y tient), mais sont extorqués aux travailleurs au travers de la plus-value. Toute richesse est pro-duite par le travail. Le capital ne produit rien. Les « investisseurs » ne font qu’investir du travail passé, pour lequel ils n’ont en rien contribué, pour exploiter du travail vivant, et empocher la plus-value au passage. L’accumulation proprement stratosphérique des fortunes entre quelques mains suffit à montrer que le taux d’exploitation est devenu réellement scandaleux. Pendant que l’ancien patron d’Amazon s’amuse à s’envoyer dans la haute atmosphère pour son seul plaisir, sur l’argent extorqué à ses employés par de méthodes dignes du XIXème siècle, et se permet encore de donner des pseudo-leçons d’écologie au monde, alors qu’il n’est pas le dernier responsable de la peu engageante situation actuelle, des centaines de millions de personnes ne mangent pas à leur faim, des milliards vivent dans la pauvreté. En Suisse même, un million de personnes vivent dans la pauvreté ou dans le risque d’y tomber. Trop de personnes vivent avec des salaires trop bas, ou de petites retraites. Les primes d’assurance maladie sont insoutenables, et les services publics depuis trop longtemps au régime sec. L’argent pour résoudre tous ces problèmes est là…il s’est accumulé dans les poches des 1%. Cette situation est intolérable, et ne saurait durer. Et il ne peut exister de démocratie véritable quand un tel pouvoir économique, aisément convertible en pouvoir tout court, est incompatible avec une démocratie véritable.

 

Le Parti du Travail soutient résolument l’initiative 99%, en tant qu’exigence d’un minimum de justice sociale. Il ne saurait pour nous s’agir que d’un premier pas. La lutte devra continuer jusqu’à la dépossession de la bourgeoisie de son pouvoir économique, jusqu’à la construction d’une société socialiste.

La planète brûle, réellement ; il n’est plus possible de regarder ailleurs


 

« Notre maison brûle et nous regardons ailleurs. La nature, mutilée, surexploitée, ne parvient plus à se reconstituer, et nous refusons de l'admettre. L'humanité souffre. Elle souffre de mal-développement, au Nord comme au Sud, et nous sommes indifférents. La Terre et l'humanité sont en péril, et nous en sommes tous responsables. », disait Jacques Chirac le 2 septembre 2002, au 4ème Sommet de la Terre.

 

C’est si bien dit, qu’on ne peut qu’applaudir. Il se fait toutefois, que ce Jacques Chirac porte le même nom qu’un président français qui ne fit rien pour que les choses changent, ou plutôt qui fit tout pour que rien ne change vraiment, qu’aucune mesure réellement contraignante ne fût prise, pour qu’on continue de regarder ailleurs.

 

Ce hiatus abyssal entre les mots et les actes ne résume que trop bien la tragédie de notre époque. Cela fait des dizaines d’années que nous savons ce que la continuation d’émissions massives de gaz à effet de serre aurait comme conséquences. Depuis à peine moins longtemps, les politiciens rivalisent en belles paroles. Et pendant ce temps, rien de concret n’a été fait. On a perdu un temps précieux en simulacres – « développement durable », « capitalisme vert », marché des droits de polluer, etc. – qui ont eu surtout pour but de tout changer pour que rien ne change. Les quelques efforts réels entrepris n’ont pas empêché les émissions d’augmenter inexorablement.

 

Le dernier rapport du GIEC, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, est sorti le 8 août 2021. Comme il fallait s’y attendre il est extrême-ment alarmant. La concentration de CO2 dans l’atmosphère est sans équivalent depuis des mil-lions d’années. Le changement climatique – entièrement et indiscutablement d’origine anthropique – est d’ores et déjà important, et partiellement irréversible. Le réchauffement climatique à 1,5°C ne pourra plus être évité ; ce selon tous les scénarios envisagés par le GIEC. Ce seuil sera atteint avant 2040. Les capacités d’absorption des puits de carbone marins et terrestres sont fortement diminuées. Il ne sera possible de limiter les dégâts qu’au prix d’efforts urgents et importants.

 

Que nous ayons vécu un été pourri en Suisse ne change rien au fait que l’été 2021 ait été le plus chaud jamais enregistré sur la planète. Les incendies dévastateurs en Grèce, en Russie, en Turquie ; les canicules atroces au Canada, en Grèce, en Italie le rappellent douloureusement. Pour la première fois de l’histoire, la température au nord du Groenland a dépassé les 20°C et il a plu sur ce qui reste de la banquise. Les inondations meurtrières en Allemagne sont égale-ment dues au changement climatique.

 

Pendant dix mille ans la Terre a connu une ère géologique durant laquelle le climat s’est caractérisé par une stabilité exceptionnelle : l’holocène. Certes, la nature ne fut pas toujours clémente envers les humains, loin de là. Néanmoins, l’holocène apporta un équilibre climatique exceptionnel dans l’histoire de la Terre : variations de la température moyenne minimes, succession régulière des saisons, stabilité du niveau des océans, précipitations relativement régulières…La civilisation n’aurait pas pu se développer sans cet équilibre.

 

Mais cet équilibre était extrême-ment fragile, et aujourd’hui il est rompu. La température moyenne a cru de 1,1°C déjà par rapport à l’ère préindustrielle. Au vu des déséquilibres climatiques graves et meurtriers que nous connais-sons, il n’est que trop facile d’imaginer ce que signifierait un monde réchauffé à 1,5°C, à 2°C, voire à plus de 3°C (direction dans laquelle nous nous dirigeons présentement) …

 

Alors que la planète brûle, littéralement, le hiatus entre la parole et les actes est-il au moins devenu moins abyssal que chez Jacques Chirac en 2002 ? Hélas non, bien au contraire. Les partis de droite rivalisent de propositions creuses et insipides du type : contentons-nous de me-sures purement incitatives, l’écologie d’accord, mais surtout pas de contraintes excessives pour les entreprises, la neutralité carbone ? Ok, mais pas avant 2050. Bref, mettons-nous-en plein les poches tant que nous le pouvons, et après nous le dé-luge. Pendant ce temps, la BNS a encore augmenté ces investissements dans le secteur des énergies fossiles. Plus que ja-mais, sortir du capitalisme est une question de survie.

28 août 2021

Discours d’ouverture du débat public sur Cuba le 27 août 2021

 


Votre excellence l’ambassadeur, chères et chers camarades, compagnons de lutte, amis de la Révolution cubaine, et citoyens désireux simplement d’entendre un autre point de vue que la version distillée par les médias bourgeois, de connaître la vérité sur Cuba et sur ce qui s’y passe réellement, j’ai l’honneur, au nom du Parti du Travail, de souhaiter la bienvenue à ce débat public organisé par notre Parti.

 

C’était important pour nous d’organiser cet événement, en solidarité avec le peuple cubain et la Révolution cubaine. Car l’internationalisme fait partie des principes fondamentaux de notre Parti. La lutte des peuples partout sur la planète pour leur émancipation et pour le socialisme fait un ; nous ne séparons pas notre propre lutte en Suisse de celles menées partout au monde. Comme l’écrivait Karl Marx dans l’Adresse inaugurale de la Ière Internationale : « L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels, qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les inciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées ».

 

Lorsqu’en 1959 le peuple cubain, sous la direction de Fidel Castro, renversa la dictature de Batista, lorsqu’il se libéra de la tutelle de l’Empire, lorsqu’il s’engagea sur la voie de la construction du socialisme littéralement à la porte des USA, il réalisa une percée révolutionnaire digne d’admiration, exemple remarquable pour tous les peuples luttant pour leur émancipation. Exploit d’autant plus remarquable que Cuba parvint à préserver les acquis du socialisme dans les conditions les plus hostiles. Malgré toutes les difficultés, le socialisme permit à Cuba des réalisations remarquables : la justice sociale, des services publics accessibles et universels, une santé et une éducation gratuites et de qualité pour toutes et tous. Cuba est également à ce jour le seul pays à remplir les critères onusiens de développement durable, grâce à son agriculture biologique, son développement social, un usage somme toutes remarquable des ressources disponibles limitées. L’espérance de vie est plus élevée à Cuba qu’aux USA, et la mortalité infantile plus basse. La solidarité internationale y est également un principe fondamental et une réalité vivante, et l’engagement de Cuba à ce niveau est admirable. Cuba prouve chaque jour que le socialisme est une société nouvelle, différente et meilleure que le capitalisme, pour laquelle il vaut la peine de se battre. Pour toutes ces raisons, la solidarité internationaliste avec la Révolution cubaine est un devoir.

 

Ce devoir de solidarité internationaliste est d’autant plus impératif aujourd’hui que la Révolution cubaine vit des heures difficiles. Vous n’êtes pas sans savoir, puisque les médias bourgeois en ont fait une couverture massive et orientée – raison pour laquelle nous avons organisé le présent événement - que le 11 juillet dernier, des manifestations de protestation ont eu lieu dans certaines villes à Cuba, motivées par un mécontentement face aux pénuries de produits de base, aux restrictions d’électricité et au manque de vaccins et de médicaments. Certes, ces problèmes existent, mais il faut comprendre qu’elles en sont les causes. J’y reviendrai dans un instant. Des éléments contre-révolutionnaires ont essayé de prendre la tête de ces protestations pour leur donner un sens contre-révolutionnaire. La mafia contre-révolutionnaire de Miami a tenté de faire tout un tapage pour ouvrir un « corridor humanitaire » ; prétexte hypocrite pour une invasion impérialiste en vue d’un changement de régime. Joe Biden s’est totalement engagé dans cette entreprise criminelle, durcissant encore les sanctions contre Cuba. Lorsque Miguel Diaz Canel, président de la République de Cuba, a appelé les révolutionnaires à descendre à leur tour dans la rue pour défendre la Révolution – car une Révolution doit après tout pouvoir se défendre –, les propagandistes de l’Empire ont mensongèrement parlé de « répression », occultant l’appel au dialogue et à l’unité de la part du président cubain.

 

Or cette campagne médiatique est de bout en bout tendancieuse et malhonnête, tant par l’occultation totale des causes réelles des difficultés économiques que connaît Cuba, que par la présentation mensongère qu’elle fait des événements ayant eu lieu le 11 juillet. Il s’agit tout simplement d’une campagne de fake news éhontée, d’une guerre informationnelle contre Cuba de la part de l’Empire.

 

Ce que cette propagande tait honteusement, c’est que les réalisations du socialisme à Cuba sont d’autant plus remarquables que l’île vit depuis la Révolution dans les conditions d’une guerre non-déclarée de la part des USA : une guerre économique, informationnelle, sans parler des attentats terroristes cautionnés par les USA et des tentatives d’assassinat de dirigeants cubains. Depuis la Révolution, Cuba vit sous le joug d’un blocus ruineux et illégal – d’autant plus qu’il est extraterritorial, ce qui est grossièrement contraire au droit international – imposé par les USA, dans le seul but cynique d’étouffer tout potentiel économique, de rendre la vie du peuple cubain aussi difficile que possible afin de provoquer le mécontentement, dans le but de susciter une explosion sociale menant à un changement de régime, en clair, la restauration du capitalisme. Un blocus devenu d’autant plus étouffant depuis la fin du socialisme en URSS, depuis que Donald Trump l’a encore durci, et depuis que le Venezuela souffre également de la guerre économique que les USA mènent contre lui et a moins de possibilités de soutenir matériellement Cuba.

 

Le blocus rend pour Cuba toutes transactions difficiles, il complique beaucoup les exportations, et rend les importations plus compliquées et nettement plus chères. Une traque inouïe et scandaleuse de la part des USA de toutes les transactions impliquant Cuba limite beaucoup les transferts de devises vers l’île. D’où d’inévitables pénuries, des difficultés objectives considérables face auxquelles le gouvernement cubain fait ce qu’il peut. Qu’un mécontentement existe dans la population, c’est compréhensible, mais les options du gouvernement sont limitées. L’économie de Cuba se serait sans doute purement et simplement effondrée, et la catastrophe sociale serait effroyable, s’il ne s’agissait pas d’un pays socialiste.

 

Si l’approvisionnement alimentaire est insatisfaisant à Cuba, c’est notamment parce que le blocus rend très difficile l’achat de machines agricoles qui seraient nécessaires pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. Si des médicaments peuvent manquer, c’est que Cuba n’est presque pas en mesure d’en importer, et doit en produire près de 80%. Sauf que toutes les matières premières nécessaires ne sont pas simples à se procurer à Cuba. Et la pandémie du Covid 19 est venue se conjuguer aux effets du blocus, en réduisant presque à néant le tourisme, et en faisant chuter d’autant les rentrées en devises sans lesquelles les importations sont impossibles. Quand Joe Biden prétend être du côté du peuple de Cuba, c’est d’une hypocrisie révoltante. Tout ce qu’il aurait à faire, c’est de lever le blocus, et il fait tout le contraire.

 

Le blocus ne serait pas aussi dévastateur si les autres pays capitalistes ne s’y soumettaient pas, malgré son caractère illégal, voire ne collaboraient pas volontairement à cette entreprise criminelle. En Suisse aussi, malgré la neutralité officielle, la plupart des entreprises s’y plient. Il est presque impossible d’effectuer des transactions avec Cuba, voire simplement des virements en Suisse même si le motif du virement fait référence à Cuba. Notre Parti combat cet alignement de fait sur le blocus, et la politique inacceptable du Conseil fédéral qui laisse faire, ce par tous les moyens dont nous disposons. Nous dénonçons particulièrement l’attitude d’Ignazio Cassis, qui agit plus en larbin des USA qu’en conseiller fédéral suisse.

 

Quant aux événements même du 11 juillet, la propagande médiatique anti-cubaine est purement et simplement mensongère.

 

Quelques milliers de manifestants tout au plus, dans un pays comptant 11 millions d’habitants, cela ne constitue en rien un « soulèvement massif ». Les complotistes qui manifestent en Suisse contre les mesures sanitaires du Conseil fédéral en font autant… En comparaison, à combien plus forte raison il aurait fallu, au plus fort du mouvement des gilets jaunes, mener une « intervention humanitaire » pour libérer la France de la « dictature macroniste ». Pour ce qui est de la « répression », je l’ai vu en France quand j’y ai vécu quelques mois : éborgnés pour l’exemple, tirs de LBD dans la tête, tirs de grenade dans la foule, police anti-émeute militarisée. On n’a rien vu de tel à Cuba. Et les quelques dizaines de procédures judiciaires, toutes conformes à la loi et pour des délits qui auraient également été poursuivis en Suisse, elle est sans commune mesure avec l’abus massif de garde à vue et les procédures accélérées et lourdes à large échelle en France. Pour faire croire que lesdites manifestations ont été plus massives qu’en réalité, la propagande impérialiste n’a pas hésité à diffuser de pures fake news ; comme par exemple de faire passer une photo d’une manifestation à Alexandrie, en Égypte, en basse résolution, qui eut lieu lors du Printemps arabe, pour une image prise le 11 juillet à la Havane. En agrandissant un peu on reconnaît sans peine des drapeaux égyptiens…

 

Quant à la prétendue « catastrophe sanitaire », rappelons que Cuba, malgré les difficultés d’approvisionnement dues au blocus, compte nettement moins de décès du Covid que la Suisse, pour une population un peu plus élevée (or, si la gestion de la pandémie aurait pu avoir été meilleure en Suisse, on ne dit pourtant pas qu’elle fût un désastre). La politique face au coronavirus à Cuba est même exemplaire.

 

Et la propagande impérialiste masque le fait que ces soulèvements n’ont pas été simplement spontanés. Elle tait tout le travail réalisé par la CIA et la mouvance contre-révolutionnaire de Miami sur les réseaux sociaux pour inciter des citoyens cubains à se soulever, à grands renforts de fake news et de propagande malveillante ; une véritable guerre informationnelle contre la Révolution cubaine. Trop occupée à inventer une prétendue « répression », elle fait semblant de ne pas voir les actes de violence commis par des éléments contre-révolutionnaires à Cuba, qui sont allés jusqu’à caillasser une clinique pédiatrique… Des procédés qu’on estime scandaleux lorsqu’ils sont utilisés par les supporters de Trump aux USA ou par Cambridge Analytica, deviennent tout à coup « normaux » lorsqu’ils sont utilisés contre Cuba.

 

Malheureusement, certains qui se disent de gauche, voire même révolutionnaires, ne font pas preuve de la solidarité qu’il faudrait avec Cuba en ces heures difficiles, et déchoient jusqu’à prendre fait et cause pour la soi-disant « révolte du peuple » contre la direction du Parti et de l’État. Certains vont même jusqu’à remettre en cause le caractère socialiste de Cuba. Passe encore pour des militants d’une gauche réformiste dont l’horizon politique ne va pas au-delà d’une amélioration limitée du capitalisme. Mais que dire de celles et ceux qui se prétendent marxistes et révolutionnaires – généralement issus de la mouvance trotskiste (pas tous les trotskistes, je précise) – qui vont pourtant jusqu’à reprendre à leur compte tout ou partie de la propagande impérialiste contre la Révolution cubaine ? Leur attitude est lamentable, et, bien que je ne souhaite pas perdre de temps en polémique, il faut pourtant en dire quelques mots. Il s’agit typiquement de l’attitude faussement révolutionnaire d’un certain trotskisme : toujours pour la révolution en théorie, toujours contre en pratique. Une barricade n’a que deux côtés. Celles et ceux qui refusent de soutenir la Révolution cubaine et le Parti communiste de Cuba, aussi « révolutionnaires » qu’ils puissent se prétendre en paroles, sont objectivement dans le camp de l’impérialisme, des partisans de la restauration du capitalisme, dans le même camp que la CIA.

 

Certes, Cuba connaît des difficultés et des contradictions réelles, et il n’est que trop facile de critique d’un point de vue de « gauche » les imperfections réelles du socialisme cubain, pour se donner un verni « ultra-révolutionnaire ». Il est tout aussi facile de critiquer le gouvernement cubain pour les pénuries, une critique purement verbale et démagogique, sans qu’il soit jamais clair ce que ces gens proposent que le gouvernement cubain devrait faire, et sans qu’ils n’en aient sans doute la moindre traître idée. Toute leur critique se réduit au fond à dire que le socialisme cubain n’est pas ce qu’il devrait être, si tant est que c’est du socialisme…pour la bonne et simple raison à ce qu’il ne correspond pas à leur définition purement abstraite de ce que le socialisme devrait être, une définition élaborée a priori, sans étudier la réalité cubaine et ses possibilités, ce qui ne les intéresse absolument pas. Il s’agit là d’une approche idéaliste, qui n’a rien de marxiste, quel que soit le nombre de citations des classiques du marxisme qu’ils peuvent aligner. La réalité apparaît certes toujours décevante quand on la mesure à l’idéal ; mais la perfection n’existe pas en ce bas monde. Le marxisme exige de partir des contradictions réelles du capitalisme pour tracer la voie vers le socialisme, des contradictions réelles du socialisme pour l’améliorer, et n’a que faire des élucubrations inventées par des révolutionnaires de salon.

 

Quant à l’ouverture au marché, il s’agit d’une question complexe. Je dirai simplement que la transition du capitalisme au communisme, en quoi consiste précisément le socialisme – car le socialisme est à la fois un mode de production en un sens autonome et une phase de transition –, représente une longue période historique, pendant laquelle des éléments hérités du passés et ceux annonçant l’avenir, des éléments issus du capitalisme et d’autres qui préfigurent le communisme, coexistent en se combattant. Ce serait une simplification coupée de la réalité que d’imaginer cette transition comme simple et linéaire, et dogmatisme sectaire que de prendre toute discontinuité pour un pour un renoncement à l’objectif final, tout pas en arrière temporaire pour une trahison. Il peut être prématuré de vouloir abolir d’emblée tout élément de marché, tout élément non socialiste. Un pays économiquement peu développé ne peut instaurer d’emblée un socialisme développé. Le faire pourrait même être contre-productif. Et un petit pays comme Cuba, qui n’est pas doté de toutes les ressources naturelles dont il aurait besoin, ne peut vivre en autarcie. Difficile de faire autrement que de s’ouvrir partiellement au marché sur une planète où il n’y a plus de système d’États socialistes. Certes, une ouverture au marché, le rétablissement de la propriété privée dans certains domaines, implique de faire revivre des éléments non-socialistes, qui pourraient devenir, dans certaines conditions, une base pour la restauration du capitalisme. Le rapport du camarade Raoul Castro au VIIIème Congrès du PCC montre que les communistes cubains sont bien conscients de cet état de fait. Mais justement, le PCC en est conscient, et sait où passe la ligne rouge. Il est vrai aussi que l’actualisation du modèle économique à Cuba nécessite des mesures pas toujours faciles, ce d’autant plus que ces réformes doivent se faire dans les conditions hostiles du blocus, et qui peuvent occasionner du mécontentement. Des erreurs peuvent à l’occasion être commises, comme le camarade Raoul Castro le dit lui-même. Le but de ces mesures toutefois, est d’accroître la productivité, l’efficacité de l’économie cubaine, pour au final réduire les pénuries et répondre mieux aux besoins de toutes et tous. Les mesures à prendre pour accroître la productivité sous le socialisme ne sont pas toujours simples, mais elles doivent être prises, car elles le sont pour le bien de toutes et tous, pour une plus grande justice sociale, et n’ont en tout cas rien à voir avec les « réformes » qui sont imposées aux peuples sous le capitalisme. Le Parti et le peuple à Cuba ne veulent en aucun cas renoncer au socialisme, ce qui implique la propriété du peuple entier sur les principaux moyens de production.

 

Cuba reste et restera un phare du socialisme pour le monde entier, qui a plus que jamais besoin du soutien, d’une solidarité sans failles de tous les anti-impérialistes et de tous les révolutionnaires authentiques, partout sur la planète. Le Parti du Travail ne renoncera jamais à son devoir de solidarité internationaliste.

13 août 2021

Questions théoriques et pratiques sur le socialisme et la voie vers le socialisme : contribution du Parti Suisse du Travail à la publication éditée par le Parti Communiste du Vietnam




Le Parti communiste du Vietnam a décidé de la publication d'un ouvrage sur les questions théoriques et pratiques relatives au socialisme et à la voie verse le socialisme au Vietnam, s'ouvrant sur un article de Nguyen Phu Trong, secrétaire général du PCV (http://mouvementcommuniste.over-blog.com/2021/07/quelques-questions-theoriques-et-pratiques-sur-le-socialisme-et-la-voie-vers-le-socialisme-au-vietnam.html), et à laquelle il était proposé à des partis communistes d'autres pays de contribuer, dont le Parti Suisse du Travail. J'ai été chargé de la rédaction de la contribution du PST. La voici ci-dessous:

 

Karl Marx écrivait dans l’Adresse inaugurale de l’Association internationale des travailleurs, la Ière Internationale, que « L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les exciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement sera par la défaite commune de leurs entreprises divisées ».

 

Aussi, nous tenons tout d’abord à saluer l’initiative prise par le Parti Communiste du Vietnam (PCV) d’éditer une publication sur les enjeux théoriques et pratiques liés au socialisme et à la voie vers le socialisme au Vietnam ; et sommes profondément reconnaissants de l’honneur qui est fait au Parti Suisse du Travail (PST) d’avoir la possibilité d’y contribuer. Nous considérons en effet l’internationalisme comme un principe essentiel, et accordons une importance fondamentale à l’échange d’idées et à la coopération fraternelle entre partis communistes de différents pays dans le cadre de leur lutte commune. Quant à l’élaboration théorique, il s’agit d’une tâche absolument incontournable pour un parti communiste ; aussi ne pouvons-nous que saluer votre initiative. Comme l’écrivait Youri Andropov, ancien secrétaire général du PCUS, dans l’article « La doctrine de Karl Marx et certaines questions de l’édification socialiste en URSS » – un article programmatique, qui eut une résonnance importante en son temps, et qui mériterait d’être réétudié aujourd’hui – paru dans la revue Kommounist en 1983 :

 

« Notre expérience atteste que les succès de l’édification socialiste se manifestent lorsque la politique du parti communiste au pouvoir repose sur une base scientifique solide. Toute sous-estimation du rôle de la science marxiste-léniniste et de son développement créateur, une interprétation pragmatique étroite de ses tâches, le mépris des problèmes fondamentaux de la théorie, la prédominance des considérations conjoncturelles ou la théorisation scolastique sont lourds de graves conséquences politiques et idéologiques. L’expérience a prouvé à maintes reprises combien Lénine avait raison de dire : “celui qui s’attaque aux problèmes particuliers avant d’avoir résolu les problèmes généraux, « butera » inévitablement, à chaque pas, sans même s’en rendre compte, sur ces problèmes généraux. Or, buter aveuglément sur eux dans chaque cas particulier, c’est condamner sa politique aux pires errements et à l’abandon des principes“. »

 

Nous vous remercions également de nous avoir fait parvenir l’article du camarade Professeur Dr. Nguyen Phu Trong, secrétaire général du Comité central du PCV, qui a retenu toute notre attention, et que nous avons étudié avec beaucoup d’intérêt. L’article du camarade Nguyen Phu Trong est en effet théoriquement solide, profond, pénétrant, lucide sur les difficultés et les contradictions réelles, et passant en revue les principaux aspects liés à la question du socialisme et de l’édification du socialisme, au Vietnam comme sur la planète.

 

Nous avons été heureux de constater une convergence de vues pour l’essentiel entre vous et nous quant à l’analyse des grandes tendances du développement du capitalisme contemporain. Comme vous, nous constatons que les dogmes néolibéraux – imposés au monde comme politique économique par défaut – par les grandes puissances impérialistes à l’aube des années nonante ont impliqué une régression terrible : destruction des conquêtes sociales gagnées de haute lutte par les travailleurs, remise en cause de la souveraineté et des droits de peuples entiers, explosion abyssale des inégalités sociales et concentration des richesses entre quelques mains. Nous partageons l’appréciation du camarade Nguyen Phu Trong : ces recettes empoisonnées du néolibéralisme et l’aggravation des inégalités qui s’ensuit sont cause de tensions sociales, d’un caractère plus aigu de la lutte des classes. Le slogan des 99% contre les 1%, même s’il n’est pas scientifiquement très exact, a l’avantage d’être parlant et symboliquement fort, et peut être utile comme creuset pour la construction d’un front populaire antimonopoliste, dirigé contre la toute petite minorité des maîtres du capital. En Suisse aussi, même si la situation y est moins tendue qu’ailleurs, quelques 1% de la population concentre entre ses mains la moitié de la fortune totale, tandis que 1’2 millions de personnes vivent dans la pauvreté, ou bien dans le risque d’y tomber. Même s’il n’y a pas à ce jour de mouvement de contestation tel que celui des 99% qui s’est déclenché aux USA, la colère y monte également contre cette concentration des richesses entres quelques mains, contre les politiques menées au bénéfice exclusif de cette petite minorité. La lutte est actuellement menée surtout par le moyen de l’initiative populaire, prévu dans le cadre de la démocratie semi-directe suisse. La Jeunesse socialiste a déposé une initiative sur la justice fiscale, au titre symbolique d’initiative 99%. Le PST s’efforce de jouer son rôle dans cette lutte, de donner à la colère sociale une perspective politique, celle du socialisme.

 

Nous partageons également l’appréciation selon laquelle les recettes empoisonnées du néolibéralisme n’ont en rien résolu les contradictions du capitalisme, que celles-ci ne peuvent être résolues dans le cadre dépassé du capitalisme. Témoin en est la crise financière de 2008, que la bourgeoisie a tenté de « résoudre » en Europe par une application extrêmement brutale de politiques d’austérité d’inspiration néolibérale. Ces remèdes pires que le mal ont eu un coût social et humain dramatique, et n’ont permis que de sauver les banques en difficulté. Loin de permettre une sortie de la crise, ces mesures n’ont fait que l’aggraver, par leurs effets structurellement récessifs.

 

Il en va de même pour la crise actuelle, sanitaire, économique, sociale et démocratique, née de la pandémie du Covid-19. Le PST suit avec attention cette crise, et s’efforce de l’analyser dans ses principaux aspects. Notre appréciation est que l’épidémie a servi seulement d’élément déclencheur à cette crise qui était déjà là en puissance, et qui est une crise systémique de suraccumulation du capital. Les États capitalistes n’ont pu éviter une plongée durable de l’économie dans la récession que par un usage massif de la planche à billets, par le retour en force des mécanismes du capitalisme d’État, par un interventionnisme important des pouvoirs publics dans l’économie – admettant par-là implicitement la fausseté des dogmes néo-libéraux qu’ils proclamaient soustraits à la discussion la veille ; fait qui mérite d’être exploité pour la propagande. Si l’heure est à la reprise, celle-ci se montre assez ambiguë, et il n’est pas certain qu’elle sera durable. Car le problème structurel, la suraccumulation du capital, n’a aucunement disparu. Le secteur de la « tech » notamment est surcapitalisé à l’excès. Il est difficile de dire comment la crise actuelle va évoluer, mais nous pensons qu’il s’agit d’un moment charnière, d’un point de rupture dans l’histoire du capitalisme, non pas d’une simple parenthèse, suivie d’un retour au statu quo ante.

 

Le camarade Nguyen Phu Trong a totalement raison de dire que « les crises en cours justifient encore une fois la non durabilité économique, sociale et environnementale du mode de production et de consommation capitaliste. Selon plusieurs analystes, ces crises ne pourront pas être résolues de manière radicale dans le cadre du capitalisme ». Il est tout aussi juste de dire que lesdites crises « mettent en faillite les théories économiques ou les modèles de développement jusqu’ici en mode, vantés par les politiciens capitalistes et leurs experts comme optimaux ».

 

Le PST se bat actuellement contre toutes les tentatives de la bourgeoisie et de ses représentants politiques de faire payer le prix de la crise aux classes populaires, contre tout retour aux recettes faillies du néolibéralisme – la pandémie n’est pas encore terminée que la majorité de droite à l’Assemblée fédérale veut offrir un cadeau fiscal massif aux grandes entreprises, qui n’en ont même pas besoin –, pour plus de justice sociale, pour une juste indemnisation des victimes de la crise, pour desserrer le carcan du « consensus de Washington », et ultimement pour la seule véritable sortie des crises structurelles du capitalisme, qui est le socialisme. Il est important pour nous de savoir que le PCV est à nos côtés dans cette lutte.

 

Nous ne pouvons que saluer la fermeté du PCV dans le choix du socialisme, dans la volonté inébranlable de s’y tenir, de ne pas céder aux sirènes liquidationnistes et aux arguties opportunistes, d’être resté constant dans la voie tracée naguère par le président Ho Chi Minh. La fermeté idéologique de l’article du camarade Nguyen Phu Trong à cet égard doit être soulignée.

 

Les réalisations accomplis jusque-là par le Vietnam dans la voie du socialisme sont remarquables, en particulier en ce qui concerne le développement économique et le progrès social devenu réalité, même si bien sûr beaucoup reste encore à faire. Nous saluons en particulier le principe, juste et fondamental, selon lequel « il ne faut surtout pas « sacrifier » le progrès et l’équité sociaux au profit du développement purement et simplement économique. Bien au contraire, chaque politique économique doit viser des objectifs de développement social ». Nous comprenons bien l’analyse du PCV d’après laquelle le socialisme n’est pas encore édifié au Vietnam, que le Vietnam n’est pas encore un pays pleinement socialiste, mais en transition vers le socialisme. La construction du socialisme, après tout, est une tâche longue et complexe, qui peut bien prendre une époque historique à part entière.

 

Qu’est-ce que pour nous le socialisme ? Tout d’abord, le socialisme représente l’aspiration séculaire de l’humanité, l’espérance des classes opprimées depuis que la société se divise en classes : celle de l’émancipation de l’humanité de toutes ses chaînes, d’une société libérée de toute exploitation et de toute oppression, qui ne sera plus régie par l’arbitraire et les intérêts égoïstes de quelques-uns, mais fonctionnera sur la base d’une coopération intelligente et volontaire entre tous ses membres, pour le bénéfice de toutes et tous. Comme l’écrivait Jean Jaurès dans Le socialisme et la vie, en 1910 :

 

« Là où des hommes sont sous la dépendance et à la merci d’autres hommes, là où les volontés ne coopèrent pas librement à l’œuvre sociale, là où l’individu est soumis à la loi de l’ensemble par la force et par l’habitude, et non point par la seule raison, l’humanité est basse et mutilée. C’est donc seulement par l’abolition du capitalisme et l’avènement du socialisme que l’humanité s’accomplira ».

 

De ce qui n’était qu’une espérance, Karl Marx et Friedrich Engels en ont fait une science, un programme positif, et un mouvement réel, découlant des contradictions objectives du capitalisme, et apportant leur résolution. Depuis la Grande Révolution Socialiste d’Octobre, nombre de pays se sont engagés sur la voie du socialisme – bien que beaucoup de ces expériences aient hélas fini par la restauration du capitalisme –, trouvant à chaque fois des solutions différentes pour parvenir au socialisme, bâtissant des formations économico-sociales socialistes distinctes, connaissant un cours d’évolution varié ; ce, selon les particularités économiques et sociales des pays en question, leur point de départ, leurs spécificités historiques et culturelles, ou encore la créativité propre de leurs dirigeants, de leurs partis et de leurs peuples. Un engagement en faveur du socialisme ne fait selon nous guère de sens aujourd’hui sans étudier le socialisme scientifique, fondé par Marx et Engels, et développé par les penseurs marxistes ultérieurs, sans le développer à notre tour pour répondre aux enjeux d’aujourd’hui ; pas plus que sans étudier l’expérience de tous ceux qui ont essayé de bâtir le socialisme, et qui y sont diversement parvenus.

 

Le socialisme constitue le mode de production qui succède au capitalisme. Les caractéristiques concrètes d’une formation économico-sociale socialiste dépendent des conditions particulières du temps et du lieu, et leur détermination est une question théorique vaste et complexe, et un processus de création continu. Cela dit, il demeure des invariants, qui selon nous définissent essentiellement le socialisme : l’abolition de la propriété privée des moyens de production, leur socialisation, la gestion de l’économie selon un plan rationnel déterminé par la collectivité, le primat de la satisfaction des besoins et justes aspirations de toutes et tous sur les intérêts particuliers égoïstes.

 

Le socialisme représente aussi de nos jours une urgence aiguë. Le réchauffement climatique d’origine anthropique dépasse d’ores et déjà 1°C par rapport à l’ère préindustrielle. Les conséquences en sont déjà visibles, et dévastatrices. Il ne reste que peu de temps pour agir. Il faudrait prendre des mesures drastiques pour réduire très fortement les émissions de gaz à effet de serre dans les quelques années qui suivent pour ne pas dépasser 1,5°C de réchauffement climatique, palier au-dessus duquel risqueraient d’intervenir des boucles de rétroaction positive, aux effets imprévisibles et cataclysmiques, et, surtout, irréversibles. Et le climat n’est pas la seule dimension du désastre écologique : il y a le problème de la pollution, de la dégradation de la biodiversité, des sols, de la demande insoutenable pour des métaux qui sont rares sur la terre et dont les réserves seront bientôt épuisées au rythme actuel…Malgré l’imminence et la gravité de la catastrophe, malgré le fait que les solutions sont connues, nous ne prenons pourtant pas le chemin qu’il faudrait pour la résoudre. Bien au contraire malheureusement. Après avoir temporisé pendant des années, les gouvernements bourgeois ne proposent maintenant que des pseudo-solutions de marché, des taxes antisociales ou des gadgets technologiques…pendant que les émissions de gaz à effet de serre continuent inexorablement d’augmenter, la biodiversité de se réduire comme peau de chagrin, et les ressources naturelles d’être pillées. Notre analyse est qu’un système basé exclusivement sur la recherche du profit privé à tout prix ne pourrait pas, le voudrait-il, mettre fin à cette course au désastre. Par son essence même, le capitalisme est nécessairement non-durable et écocide. Un changement de système est requis d’urgence. Nous sommes convaincus que seul le socialisme, en faisant primer le bien commun sur les intérêts privés, et en réglant l’économie d’après un plan rationnel, peut instaurer un monde nouveau, économe dans sa consommation des ressources naturelles, évitant les gaspillages, permettant une harmonie entre la préservation de la nature et la satisfaction des besoins humains.

 

Même si notre Parti n’exerce qu’une influence limitée en Suisse et que la perspective de changements radicaux y semble lointaine, le socialisme demeure notre objectif, vers lequel est orientée toute notre lutte. Ainsi qu’il est écrit dans le Programme électoral du PST de 2019 – notre document programmatique le plus récent :

 

« Il ne s’agit pas seulement d’une réforme de l’économie, de l’État ou des structures sociales, pour éliminer les effets négatifs du capitalisme. Il s’agit de transformer la société. Pour cela, le Parti suisse du Travail (PST) se fonde sur les bases du marxisme. Notre but est la construction d’une société nouvelle, socialiste, c’est-à-dire la nationalisation des principaux secteurs de l’économie (notamment les banques), une économie qui fonctionne pour le bien de toutes et tous et non pour le profit de quelques-uns et une démocratie réellement populaire, à partir des lieux de travail, où le pouvoir appartient vraiment au peuple et non à quelques lobbys privés. »

 

Bien que nos luttes réelles, par la force des choses, ont surtout pour objet la résistance aux attaques de la bourgeoisie contre les conquêtes sociales et démocratiques des travailleurs, ou les propositions d’avancées sociales dans le cadre du régime existant au travers des institutions représentatives, de l’initiative populaire ou des luttes extra-parlementaires, nous ne perdons jamais de vue la perspective du socialisme, qui est l’objectif de toute notre action, ni ne cessons de la promouvoir.

 

Le socialisme n’est pas pour nous non plus l’objectif final. Conformément à l’enseignement des classiques du marxisme, nous pensons que le socialisme est une phase de transition – qui doit prendre toute une époque historique – pendant laquelle nombre de reliquats du capitalisme sont conservés et progressivement dépassés ; la phase inférieure de la société communiste, qui est le point d’aboutissement de notre lutte, une société sans classe, qui ne représente pas non plus la fin de l’histoire humaine, mais celle de sa préhistoire, la résolution définitive de toutes les contradictions des sociétés divisées en classes. Comme il est écrit encore dans le Programme électoral du PST :

 

« Mais nous ne voulons pas nous arrêter là [i.e. : au socialisme]. Notre idéal est la société communiste, c’est-à-dire une société sans classe, dans laquelle la vie a un sens pour tout le monde, dans laquelle l’exploitation de l’humain par l’humain, la domination et l’aliénation sont supprimées et où l’équilibre écologique est reconstitué. Les valeurs de cette société seront l’égalité des droits, le respect mutuel, la paix et l’absence de contraintes et de misère. Dans ce sens, nous sommes un parti révolutionnaire, qui se distingue de tous les autres partis politiques en Suisse. Cette révolution sociale sera le résultat d’un long combat d’un large mouvement populaire, qui restera fidèle aux principes de l’unité et de la solidarité entre les travailleurs et travailleuses du monde entier. »

 

Même si le communisme reste un horizon lointain, et que ce serait une erreur majeure que de vouloir brûler les étapes – l’édification du socialisme est un processus de longue haleine ; et le socialisme représente une époque historique entière – il ne faudrait pourtant jamais perdre cet horizon de vue, ne serait-ce que comme idéal régulateur, comme mesure permettant d’évaluer si l’on va bien dans le bon sens, si l’on est en train de progresser en direction du communisme – car le risque, dans le cas contraire, pourrait être de rétrograder vers le capitalisme.

 

Quant aux rapports entre marché et socialisme, il s’agit d’une question complexe et difficile. Le choix d’une « économie de marché à orientation socialiste » par le PCV a permis un développement économique conséquent et un progrès social spectaculaire. De ce fait, ce choix était justifié, et sans doute nécessaire après la disparition de l’URSS et de la plupart des États socialistes. Ce serait une erreur de parler aujourd’hui de socialisme sans prendre en compte les expériences réelles de socialisme, dans leurs différences et leurs particularités, aussi devons-nous étudier l’expérience des pays qui fait le choix de combiner – selon diverses modalités – socialisme et marché, dont le Vietnam. La question se pose de façon différente en Suisse. Une Suisse socialiste n’aurait en effet pas besoin d’une phase de développement pour rattraper un retard économique, mais devrait se poser la question de la propriété petite bourgeoise – celle de paysans, indépendants, petits entrepreneurs, artisans – et de comment l’intégrer au socialisme.

 

Les rapports entre marché et socialisme posent toutefois d’importantes questions théoriques. Il est indiscutable que, dans la phase de transition du capitalisme au socialisme, des éléments présocialistes, différentes formes de propriété et des rapports de marché ont inévitablement une large place. Il est à ce titre juste de dire que « l’économie de marché à orientation socialiste est caractérisée par la pluralité de formes de propriété et de composantes économiques. Les différentes composantes économiques régies par la loi coexistent sur le même pied d’égalité, se coopèrent et se concurrencent loyalement ». C’est d’autant plus juste que le Vietnam est encore sur la voie vers le socialisme, que l’édification du socialisme n’y est pas encore achevée.

 

En va-t-il de même pour le socialisme, une fois que sa construction est, pour l’essentiel, achevée ? La notion de « socialisme de marché » est-elle correcte scientifiquement ? La question est complexe. Étant lui-même un stade de transition, bien qu’aussi dans une certaine mesure un mode de production autonome, le socialisme conserve certains traits hérités du capitalisme, notamment plusieurs formes de propriétés, des éléments de marché, un rôle existant pour la loi de la valeur. Pour combien de temps et jusqu’à quel point ? Il est peut-être utile de réétudier un concept un peu oublié sans doute – puisque l’URSS a disparu peu de temps après l’avoir introduit – mais qui reste théoriquement intéressant : le « socialisme développé ». Le stade d’évolution atteint par la société soviétique dans les années 1970 avait été analysée comme « socialisme développé » par le PCUS. Ce syntagme a souvent été mal compris et interprété comme un terme d’apologétique, destiné à qualifier l’URSS de société pleinement développée, moderne et prospère. Tel n’est pas sa signification, et il s’agit d’une catégorie scientifique et non apologétique. « Socialisme développé » signifie société devenue en quelque sorte pleinement socialiste, qui ne compte plus (ou seulement marginalement) d’éléments non-socialistes (capitalistes ou précapitalistes), et qui fait système : un système socialiste cohérent et fonctionnant selon ses lois internes, qui lui sont propres. Une analyse appuyée sur un passage des Grundrisse de Karl Marx (ce qui, dans le texte de Marx, porte sur le capitalisme, s’applique mutatis mutandis, au socialisme une fois parvenu à maturité) :

 

« Si dans le système bourgeois achevé, chaque rapport économique présuppose l’autre dans sa forme économique – bourgeoise et qu’ainsi chaque terme posé est en même temps présupposition d’un autre, il en va de même pour tout système organique. En tant que totalité, ce système organique lui-même a aussi ses présuppositions, et son développement en une totalité consiste précisément à se subordonner tous les éléments de la société, ou à se créer à partir d’elles les organes qui lui font encore défaut. C’est ainsi qu’il devient totalité historiquement. Ce devenir qui le constitue en totalité est un moment de son procès, de son développement ».

 

On ne peut « améliorer » un tel système par l’adjonction d’éléments de nature étrangère, qui présupposent d’autres lois, comme des éléments de marché. Cela aurait plutôt pour effet de faire dysfonctionner tout le système. L’introduction inconsidérée d’éléments de marché lors de la perestroïka a eu précisément de tels effets désorganisateurs et destructifs, permit le siphonage de fait des ressources de l’économie étatique par des entreprises privées déguisées en coopératives, et mena in fine à la restauration du capitalisme dans les pires conditions. Donc on peut en déduire que socialisme et capitalisme forment bien deux systèmes distincts, fonctionnant selon des lois distinctes et incompatibles, et que le syntagme de « socialisme de marché » constitue une solution plus verbale que réelle. Il est bien possible que le PCUS ait en réalité surestimé le degré de développement atteint par le socialisme en URSS – sans parler des projections de passage au communisme dans un avenir proche, visiblement irréalistes – mais cette séquence historique, et la théorisation à laquelle elle a donné lieu, doit être étudiée de près, puisque, malgré tout, il s’agit du stade le plus avancé de progression dans le socialisme que l’humanité ait jamais atteint.

 

L’évaluation suivante donnée par le camarade Nguyen Phu Trong est entièrement scientifique et correcte : « Notre Parti est pleinement conscient que le Vietnam se trouve actuellement en transition vers le socialisme. Pendant ce temps, des facteurs socialistes se sont formés, établis et développés, en concurrence avec des facteurs non socialistes, y compris des facteurs capitalistes dans un certain nombre de domaines. Cette concurrence s’avère d’autant plus compliquée et drastique que le Vietnam a adopté le développement de l’économie de marché, la politique d’ouverture et d’intégration internationale ». Il importe qu’à la fin ce soient les facteurs socialistes qui l’emportent, car dans le cas contraire ce seraient les facteurs capitalistes qui le feraient.

 

Nous saluons la volonté du PCV de « construire une société civilisée et moderne dans laquelle les intérêts légitimes des citoyens et la dignité humaine sont préservés, le niveau de connaissances, les qualités morales, physiques, esthétiques de la population ne cessent de se rehausser », une société où « l’être humain, placé au centre de toute stratégie de développement, doit être à la fois la finalité et le moteur du renouveau ». Cette vision du socialisme rejoint entièrement la nôtre, de même que le souci de la protection de la nature et de la réalisation de l’égalité homme-femme.

 

Nous devons saluer tout particulièrement l’importance que le PCV accorde à la culture. Comme l’écrivait Constantin Tchernenko, dernier secrétaire général du PCUS à avoir porté avec honneur son titre, dans « Stratégie léniniste dans le travail de direction », paru dans la revue Kommounist en 1981, il s’agit d’une tâche politique absolument centrale et incontournable pour l’émancipation de l’humanité et la construction d’une société nouvelle :

 

« Ce travail conserve aussi toute son importance, car la vie reçoit sans cesse de nouvelles générations, y compris d’ouvriers qui, pour devenir des créateurs conscients de leur destin, doivent étudier à fond l’expérience idéologique, politique et morale de toutes les générations précédentes de combattants pour le socialisme et le communisme. Cette expérience – théoriquement interprétée et systématisée – est incarnée dans notre science marxiste-léniniste. Chaque nouvelle génération doit l’étudier profondément, transformer les connaissances acquises en profonde conviction, en position active dans la vie. Il n’est pas seulement question d’étudier l’idéologie scientifique, mais aussi de faire siennes toutes les richesses spirituelles accumulées par l’humanité. Et cela n’est pas une tâche civilisatrice, purement culturelle, mais une tâche politique. Sans la résoudre, a enseigné Lénine, il est impossible de devenir un véritable communiste ».

 

Nous ne pouvons qu’approuver la thèse selon laquelle « la nature du socialisme réside dans l’exercice de la démocratie. Cette dernière est à la fois l’objectif et la motivation du socialisme. L’établissement de la démocratie socialiste et la garantie du pouvoir réel du peuple constituent la tâche d’importance vitale et de longue haleine de la révolution vietnamienne ».

 

Il est exact que la démocratie bourgeoise n’est pas la démocratie simpliciter, qu’elle n’est que la forme sous laquelle en pratique c’est la bourgeoisie qui exerce son pouvoir, et que la démocratie socialiste doit en être qualitativement différente. Comme le disait Thomas Sankara : « Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre, et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral, n’ont pas un système réellement démocratique ». Il n’est pas inutile d’ailleurs de rappeler, aujourd’hui que le syntagme de « démocratie libérale » est devenu un truisme, que libéralisme et démocratie furent longtemps distincts et même opposés, que les libéraux souhaitaient réserver le pouvoir à une élite « éclairée » (et surtout aisée), qu’ils préféraient (généralement) une monarchie constitutionnelle à la république, et qu’ils ne se résignèrent à accepter le suffrage universel que tardivement et de mauvaise grâce, sous la pression des luttes populaires.

 

Même en Suisse, malgré l’existence d’une démocratie plus réelle et plus avancée qu’ailleurs, malgré l’existence de contrepoids réels que sont les instruments de la démocratie semi-directe, le pouvoir effectif demeure pour la plus grande part concentré entre les mains de la bourgeoisie, et beaucoup de décisions importantes sont de fait soustraites au débat démocratique. Le PST estime néanmoins qu’une dimension démocratique des institutions suisses est une réalité, et a explicitement établi comme stratégie à sa Conférence nationale qui eut lieu à Genève en 1963 de prendre ces institutions comme point de départ pour un passage au socialisme :

 

« Le Programme montre le chemin au socialisme, la voie d’un large rassemblement populaire des travailleurs en lutte pour la défense de leurs moyens d’existence, de leur liberté et de la dignité humaine. Cette voie nationale qui conduira notre peuple à une Suisse socialiste ne peut partir que des institutions démocratiques en vigueur dans notre pays. Ce sont là en effet les premières bases sur lesquelles la classe ouvrière et les alliés qu’elle se fera doivent se fonder pour pouvoir passer pacifiquement et par étapes, grâce à la lutte et à l’action populaires, à une forme de société supérieure ».

 

Cette stratégie reste pour l’essentiel la nôtre aujourd’hui. Il serait difficile du reste d’en suivre une autre dans les conditions de la Suisse. Nous luttons pour faire prévaloir les aspects démocratiques du système sur ses aspects oligarchiques, d’étendre, de renforcer la place dévolue à la démocratie semi-directe, de soumettre à la délibération démocratique des domaines qui lui sont actuellement soustraits (le domaine de l’économie, de l’entreprise entre autres).

 

La démocratie sous le socialisme doit naturellement avoir des caractéristiques différentes que sous le capitalisme, et il est correct de penser qu’elle doit rechercher le consensus et la réalisation d’intérêts communs plutôt que la compétition entre intérêts privés (qui est la transposition des contradictions antagoniques objectives de la formation économico-sociale capitaliste dans sa superstructure politique). Cela n’empêche pas pourtant que, même sous le socialisme, l’individu doit être protégé de l’arbitraire éventuel d’agents de l’État, et que la démocratie, même consensuelle, exige une liberté dans les délibérations démocratiques et la garantie de l’exercice effectif des droits démocratiques par les citoyens. C’est pourquoi, la tâche de construire un État de droit socialiste, qualitativement différent d’un État de droit libéral, est essentielle, et nous ne pouvons que saluer la volonté du PCV de la réaliser.

 

Un rôle central et incontournable, tant dans la lutte de classe sous le capitalisme, que dans la révolution et la construction du socialisme, jusqu’à la victoire finale du communisme, est dévolu au parti communiste, forme supérieure d’organisation des travailleurs – aussi vrai que la meilleure arme que les travailleurs puissent opposer à la bourgeoisie, c’est la force de leur organisation. Nous considérons que la définition de ce qu’un parti communiste est censé être adoptée par le IIème Congrès du Komintern reste pour l’essentiel valable, et nous efforçons d’être à la hauteur de ces exigences :

 

« Le Parti communiste est une partie de la classe ouvrière, la partie la plus avancée, la plus consciente et, par conséquent, la plus révolutionnaire. Le Parti communiste est créé sur la base de la sélection naturelle des ouvriers les meilleurs, les plus conscients, les plus dévoués, les plus clairvoyants. Le Parti communiste n’a pas d’autres intérêts que les intérêts de l’ensemble de la classe ouvrière. Il se distingue de toute la masse ouvrière en ce qu’il domine du regard tout le chemin historique de la classe ouvrière dans son ensemble, et qu’il s’efforce de défendre à tous les détours de ce chemin, non pas les intérêts de quelques groupes isolés, ou de quelques corporations, mais les intérêts de la classe ouvrière dans son ensemble. Le Parti communiste est, au point de vue de la politique et de l’organisation, le levier à l’aide duquel la partie la plus avancée de la classe ouvrière dirige toute la masse du prolétariat et du semi-prolétariat dans la bonne voie ».

 

Les défis que rencontre un parti communiste au pouvoir sont certes très éloignés de ceux auxquels doit faire face à un parti d’opposition comme le nôtre. Si un parti au pouvoir tel le PCV a des facilités que nous n’avons pas, il rencontre aussi les difficultés propres à ce que l’exercice du pouvoir implique. Non la moindre étant les tentations liées à la position de pouvoir, le risque de désidéologisation, d’infiltration d’éléments carriéristes et opportunistes. La vigilance révolutionnaire est de mise face à ce mal, auquel trop de partis communistes ont succombé. Nous sommes convaincus que le PCV sera à la hauteur de sa mission historique, jusqu’au bout.

 

Mais la réalité d’un parti communiste ce ne sont seulement les difficultés, les risques et les tâches du quotidien. Un parti tel que le nôtre et le vôtre est aussi et surtout dépositaire d’une grande espérance, d’un grand rêve d’avenir. Comme le disait admirablement Constantin Tchernenko, le 28 mai 1984 (« Vivre, travailler et lutter comme l’a enseigné Lénine ») :

 

« Vous avez probablement entendu dire que le romantisme, les rêves ne sont propres qu’à la jeunesse, que cela passe obligatoirement avec l’âge. On dit que les soucis quotidiens qui accablent ne laissent pas de place aux rêves, à l’aspiration, aux idéaux élevés. Certes, cela arrive à certains individus. Mais ce n’est nullement une loi de la nature. En tout cas, elle n’est pas nécessairement en vigueur et ne peut l’être dans notre pays. »

 

« Nous vivons d’après un autre principe, d’après le principe des révolutionnaires que nous a légué Lénine qui recommandait aux combattants pour l’édification d’une société nouvelle : « Il faut rêver ! ». Lénine savait toujours, aussi bien dans sa jeunesse qu’à l’âge mûr, jusqu’à ses derniers jours, rêver de façon inspiratrice et communicative. Son rêve principal, celui de l’avenir communiste de notre patrie, reste vivant dans les esprits, les cœurs, les actes du peuple soviétique. Nous ne l’avons jamais abandonné et ne l’abandonnerons jamais ».

 

Le PCUS finit par oublier ce rêve, et des maux incalculables en ont résulté. Ce rêve, nous souhaitons à tout parti communiste de ne jamais le perdre.

 

 

Pour le Parti Suisse du Travail

 

Alexander Eniline

 

Membre du Comité directeur