10 novembre 2019

Construire des logements, oui, mais pour toutes et tous




L’initiative populaire 162 « Construisons des logements pour toutes et tous : Une priorité en période de pénurie ! », lancée par les partis de gauche, l’ASLOCA, les syndicats et plusieurs associations progressistes, prévoit d’ajouter un nouvel article (Art. 12A) à la loi d’application de la loi fédérale sur l’aménagement du territoire, un article ayant la teneur suivante :

« En période de pénurie de logements, soit lorsque le taux de logements vacants est inférieur à 2%, et afin de favoriser la création de logements répondant aux besoins prépondérants de la population, le Conseil d’Etat ne peut proposer que des modifications de limites de zones soumises à la loi générale sur les zones de développement, du 29 juin 1957, à l’exception des périmètres qui ne sont pas destinés au logement ».

Ce qui interdirait les déclassements en zone ordinaire. Ce n’est peut-être pas très parlant dit comme ça, mais derrière la terminologie technique, cette initiative pose un enjeu politique essentiel : quel type de logement construire, et pour qui ?

La situation aujourd’hui

Le fait est qu’actuellement, contrairement à ce qu’on pourrait croire, on construit beaucoup de logements à Genève. Pourtant la crise du logement continue de plus belle. Le taux de vacance de logement est seulement de 0.54% à Genève (contre 0.89% à Zurich et 1.10% dans le canton de Vaud). De ce fait, les propriétaires ne se gênent pas d’augmenter les loyers de la plus abusive des façons (en moyenne de 9,6% à chaque changement de locataire), qui atteignent aujourd’hui des montants insoutenables, proprement ruineux pour les classes populaires (près de 35% du revenu, pour un revenu inférieur à 4'000,-).

C’est que, on construit certes, mais pas pour tout le monde. Les 10 dernières années, 49% des nouveaux logements sont des PPE, soit des logement à vendre. Mais seuls les 18% les plus aisés peuvent aujourd’hui à Genève se permettre d’envisager l’achat d’un bien immobilier. De ce fait, c’est la grande majorité, composée de locataires, qui souffre de la pénurie et des hausses de loyers. La situation actuelle est intolérable, et ne profite qu’aux plus fortunés, aux promoteurs et aux propriétaires.

Pourquoi l’initiative 162 apport une solution

En quoi l’initiative 162 apportera-t-elle une solution à ce problème ? C’est que, derrière la terminologie technique, la zone de développement est avant tout un outil d’aménagement du territoire, datant de 1957, créé dans le but de lutter contre la spéculation immobilière. Construire en zone de développement implique de se conformer à un certain nombre de règles, notamment : le contrôle du prix de location ou de vente des nouveaux logements pendant 10 ans, des proportions minimales de logements sociaux, l’accès à la propriété seulement pour y habiter (excluant les acquisitions immobilières dans un but spéculatif), la cession de terrains au profit du domaine public (parcs, équipements collectifs, espaces verts, écoles). De telles règles n’existent pas en zone ordinaire. Aussi n’est-il pas étonnant que 80% des logements construits aujourd’hui le soient dans des zones de développement, et que le prix du m2 y soit de 29% moins cher.

Il n’est pas étonnant non plus que les promoteurs immobiliers préfèrent la zone ordinaire, et que ses relais politiques à la majorité de droite du Grand Conseil les soutiennent dans cette volonté égoïste. C’est pourquoi la droite combat cette initiative, avec des arguments contradictoires : d’un côté, l’initiative ne serait pas nécessaire, puisque la majorité des déclassements se font déjà en zone de développement et que le Conseil d’Etat y tient (mais si c’est déjà le cas, et qu’il s’agit d’une bonne pratique, pourquoi s’y opposer ?). Mais, d’un autre côté, la droite trouve l’initiative trop « rigide » (terme fétiche des néolibéraux) et étant de ce fait susceptible de ralentir la construction de logements.


Trop « rigide » pour quoi ? Pour construire des logements dont la populations a besoin, ou pour la soif de profits sans bornes des promoteurs et des spéculateurs ? La réponse n’est que trop évidente. Pour faire prévaloir le bien commun sur l’intérêt égoïste de quelques uns, il convient de voter résolument OUI.

Pour maîtriser un développement écologiquement destructeur, et invivable pour les habitants, oui à l’initiative pour un pilotage démocratique de l’aéroport



L’Aéroport international de Genève (AIG) est sans conteste une infrastructure importante pour le canton de Genève, en mains publiques mais inévitablement lié à des intérêts lucratifs multiformes, d’une importance dépassant largement l’échelle locale. Mais il s’agit également d’un aéroport situé en zone urbaine, entouré d’habitations qui doivent en subir les nuisances. Des nuisances en augmentation constante. Le nombre de passagers à l’AIG a plus que doublé ces 15 dernières années, dépassant aujourd’hui les 17 millions par an. Et la direction de l’AIG et les autorités cantonales ont pour projet d’accompagner et d’encourager cette croissance : en 2030, c’est 25 millions de passagers par année qui sont prévus, soit un avion qui décolle ou atterrit toutes les 90 secondes, 18h/24, ainsi que des vols à des heures plus tardives de la nuit. Les riverains doivent subir le bruit et la pollution que cette croissance effrénée occasionne. Sans parlers des émissions de CO2, qui atteignent des sommets inacceptables.

Une initiative pour améliorer cette situation

L’initiative pour un pilotage démocratique de l’aéroport oblige l’Etat à chercher un équilibre entre l’importance économique de l’aéroport et la limitation des nuisances pour la population et l’environnement, à limiter les nuisances dues au trafic aérien (sonores, en termes de pollution et démission de gaz à effet de serre). L’AIG serait également obligé de rendre compte aux autorités cantonales et communales sur la façon dont il met ces mesures en œuvre. L’acceptation de l’initiative impliquerait un meilleur contrôle démocratique de l’AIG et mettrait un frein à son développement incontrôlé.

Un contreprojet qui vide l’initiative de sa substance

Cette perspective de freiner le développement ne plaît pas à la droite majoritaire au Grand Conseil. Mais l’idée rencontre un incontestable soutien populaire. Alors que faire pour empêcher cette initiative de passer ? Faire un contreprojet qui semble reprendre les termes de l’initiative, tout en la vidant de sa substance ! Le contreprojet prévoit en pratique d’inscrire dans la Constitution la situation actuelle, celle précisément qui est devenue inacceptable. Le contreprojet donne à l’Etat l’obligation de veiller « à ce que la qualité de la desserte aérienne réponde aux besoins de la population, des entreprises et de la Genève internationale ». Les besoins des entreprises ne sont pas ceux de la population, mais on peut s’attendre à ce que ce soient ces besoins-là qui prévalent en pratique. Le contrôle démocratique est laissé aux mains du seul Conseil d’Etat, le même Conseil d’Etat qui soutient actuellement la croissance sans frein de l’AIG. Aucune concertation avec la population de prévu donc. Une croissance sur laquelle la population n’a jamais été consultée, mais qui lui a été imposée au nom des « impératifs économiques ».

Le développement de l’aéroport ne saurait être l’avenir

La vision de la droite et des milieux patronaux est à l’évidence celle d’un développement immaîtrisé de l’aéroport, au service des intérêts des entreprises. Cette perspective peut sembler rentable à court terme de leur point de vue. Mais est-elle tenable dans la durée ? A l’évidence elle ne l’est pas. Il s’agit d’une fuite en avant complètement irresponsable à l’heure où l’urgence climatique est un fait incontestable. Au fond, les responsables de l’aéroport le comprennent, puisqu’ils dépensent une énergie colossale en greenwashing, nous promettant pour très bientôt un aéroport entièrement renouvelable et écologique.

Il s’agit à l’évidence d’une absurdité. Il est certes possible de prendre des mesures pour réduire les émissions de CO2 directement occasionnées par l’aéroport. On ne changera rien pourtant à ce fait élémentaire : les avions fonctionnent au kérosène, un dérivé du pétrole. Actuellement, il n’y a pas d’alternative à ce carburant. Or aux débuts de notre planète, le taux de CO2 était très élevé dans l’atmosphère (heureusement, car, vue l’activité nettement plus faible du Soleil il y a quelques milliards d’années de cela, sans un effet de serre important, il n’y aurait alors pas pu y avoir d’eau à l’état liquide à la surface de la Terre, donc pas de vie), tandis que l’O2 était presque inexistant. Si les proportions de O2 et de CO2 ont été durablement inversées, c’est par effet de stockage du carbone dans la lithosphère, soit sous forme d’hydrocarbures, soit sédimenté sous forme de roches calcaires. En brûlant du kérosène, nous remettons ce carbone dans l’atmosphère, contribuant par là de façon dramatique au réchauffement climatique en cours. Et il ne faut pas oublier non plus qu’il faut des conditions géologiques exceptionnelles pour la formation d’hydrocarbures. Il a fallu des centaines de millions d’années pour accumuler les réserves actuelles, et l’humanité en a utilisé une grande partie en à peine un siècle. Continuer à brûler des hydrocarbures ne saurait être une solution durable. Continuer le développement mortifère de l’AIG ne saurait l’être non plus.


C’est pourquoi, il faut voter OUI à l’initiative, NON au contreprojet, et Initiative à la question subsidiaire.

Pour une limitation drastique des produits phytosanitaires à Genève – un pas en avant, mais très insuffisant

Il s’agit d’une modification de la Constitution de la République et canton de Genève, visant à introduire à l’article 187 un nouvel alinéa ayant la teneur suivante :

« L’Etat prend des mesures afin de réduire les risques liés à l’utilisation de produits phytosanitaires. Il encourage le développement de méthodes alternatives permettant d’en limiter l’usage, notamment par un soutien économique et technique ».

Par « produits phytosanitaires », il font entendre les herbicides, fongicides et insecticides, qui ont certes permis d’améliorer les rendements agricoles, mais dont l’usage au-delà de toute raison, s’inscrivant dans le cadre d’une agriculture intensive capitaliste, conduit à des conséquences néfastes, surtout lorsqu’il s’agit de produits chimiques : destruction de la biodiversité, stérilisation des sols et dégâts sur la santé humaine.

La loi constitutionnelle sur laquelle nous votons vient de plusieurs réécritures d’un projet du PDC, déposé quelques semaines avant les dernières élections cantonales. A l’époque, le PDC proposait d’interdire l’importation, la vente et l’usage de ses produits dans un cadre non professionnel, ainsi que de prendre les mesures pour en restreindre nettement l’usage dans un cadre professionnel. Ce serait notamment à l’Etat de déterminer la liste des produits à interdire. Ce projet avait bénéficié d’une bonne couverture médiatique. Le PDC en tira l’avantage de pouvoir afficher un engagement écologiste apparemment sérieux.

Il s’agissait en l’occurrence d’un très bon projet, que nous aurions soutenu pleinement. Le Parti du Travail milite en effet pour l’interdiction du glyphosate et pour la limitation drastique de l’usage des produits phytosanitaires. Une agriculture paysanne, locale et biologique peut en réalité mieux nourrir l’humanité, avec des produits de bien meilleure qualité et des rendements tout aussi bons que l’agro-alimentaire capitaliste. Elle est simplement moins rentable d’un point de vieux financier.


Malheureusement, le PDC a cédé aux pressions du PLR et des milieux économiques, et a drastiquement édulcoré son projet, prétextant un problème de compatibilité avec le droit supérieur. Le texte de loi sur lequel nous allons voter est au final très peu contraignant, et n’apporter que peu de choses en plus de ce que l’Etat fait déjà. On ne peut que regretter que le PDC ait manqué de courage politique. La vraie bataille sera lors du vote sur l’initiative fédérale pour l’interdiction des pesticides de synthèse. Nous appelons malgré tout à voter OUI, parce qu’il s’agit d’un petit pas en avant

Discours pour le 9 novembre 2019



Le 9 novembre 1932, c’est treize personnes qui restèrent étendues sur le sol en ces lieux, abattus par des troupes mobilisées pour défendre un meeting fasciste face à celles et ceux, communistes, socialistes, syndicalistes, ou simplement démocrates, que la bête immonde indignait. Nous commémorons aujourd’hui cette date en mémoire du passé, mais aussi parce que ce passé fait hélas beaucoup trop écho à notre présent.

Qu’est en effet que le fascisme ? Comme l’a dit Lénine : « Le fascisme c’est le capitalisme en décomposition ». Il serait difficile de qualifier le capitalisme d’aujourd’hui autrement que de système « en décomposition », ni de ne pas voire le même type de sombres phénomènes politiques qu’au siècle passé. Hier comme aujourd’hui, pour combattre vraiment le fascisme, il faut s’attaquer à ses causes, au capitalisme qui l’engendre, et dont il est l’évolution par temps de crise, à l’idéologie bourgeoise qui lui sert de terreau.

Pas plus que le libéralisme classique autrefois, le néolibéralisme ne saurait être aujourd’hui une alternative, encore moins un rempart contre le fascisme. Bien au contraire, il l’engendre fatalement en temps de crise. C’est même sous une dictature fasciste, celle d’Augusto Pinochet, que les recettes empoisonnées du néolibéralisme furent imposées pour la première fois à un peuple.

En 1932, c’était un Conseil d’Etat composé de représentants des actuels partis de l’Entente qui fit tirer sur les manifestants afin de défendre une parodie de procès organisée par l’Union nationale du fasciste, antisémite notoire, et futur collabo nazi Géo Oltramare.  Quelques années après, ce fut un Conseil fédéral composé de représentants des mêmes partis de droite « démocratique » qui orchestra l’alignement de la Suisse sur le IIIème Reich et la réduction drastique des droits démocratiques dans notre pays. On pourrait en dire autant sur les partis de droite « républicaine », « libérale » de bien d’autres pays.

Aujourd’hui, alors que le capitalisme traverse une nouvelle crise systémique dont les décideurs bourgeois ne peuvent trouver la porte de sortie, on voit les mêmes sinistres manifestations politiques d’un capitalisme en décomposition. C’est jusqu’au néonazisme affiché qui relève la tête, et se retrouve représenté à la présidence du Brésil. Mais la droite libérale est-elle mieux en pratique que les partis « illibéraux » ? Que dire d’Emmanuel Macron alors, dont le gouvernement réprime brutalement un peuple qui se révolte contre sa politique néolibérale, liquidant chaque jour un peu plus l’Etat de droit, et qui va donner une interview au journal d’extrême-droite, spécialisé dans la propagation de la haine et la diffusion de fake news, Valeurs actuelles, pour y tenir un discours digne du Rassemblement national. Il s’y vante en particulier de mener une politique d’asile beaucoup plus restrictive que ses prédécesseurs, d’expulser plus et plus systématiquement, et qualifie ceux qui s’y opposent de « droits-de-l’hommistes ». Rempart contre le fascisme, ou son marchepied ?

Pour parler de la Suisse, le nouveau rapport de l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers montre éloquemment à quel point les droits humains les plus élémentaires sont trop souvent bafoués au nom de l’obsession de la chasse aux abus. Une réalité qui est inacceptable, et qui n’aurait pu exister si les partis de droite « démocratiques » n’avaient pas accepté de transposer dans la loi les lubies xénophobes de l’UDC qui empoisonnent depuis trop longtemps le climat politique dans notre pays.

Et puisqu’on parle des attaques contre les droits démocratiques, il est impossible de ne pas mentionner le sort de Julian Assange, que la « justice » britannique est en train de tuer à petit feu en prison, pour le crime d’avoir rendu publics les crimes de l’impérialisme.

Aujourd’hui comme hier, le fascisme ne peut être vaincu que par une lutte résolue des travailleurs et des peuples, une lutte non seulement contre le fascisme stricto sensu, mais contre le capitalisme qui l’engendre. Et puisque au Chili les mobilisations populaires ont mis en échec le gouvernement néolibéral actuel, digne successeur de celui de Pinochet, je finirai par citer des mots prononcés par Salvador Allende lors de son dernier discours : « Elles s’ouvriront à nouveau, un jour, les longues avenues, devant les hommes libres qui construiront un monde nouveau ».

Alexander Eniline


Président du Parti du Travail