26 décembre 2013

Non à la réduction du taux d’encadrement dans les crèches !





Au printemps 2013, le PDC déposait un projet de loi ayant pour but de réduire le taux d’encadrement dans les crèches (soit le nombre d’adultes par enfant) et la proportion de personnel qualifié. Face à la tournure ultraréactionnaire que la majorité de droite du Grand Conseil donna à la chose, le PDC n’osa pas voter la loi issue de son propre projet et se rétracta. La loi passa néanmoins grâce aux votes du PLR, de l’UDC et du MCG.

            Le Parti du Travail s’associa au référendum lancé par toutes les forces progressistes de ce canton contre cette attaque inqualifiable contre nos enfants. Plus de 28 mille signatures furent récoltées en 40 jours (sur les 7000 nécessaires). C’est dire l’importance du sujet et le sentiment de la population sur la question.

            La droite prétend que cette loi créera des places supplémentaires dans les crèches. C’est faux, absolument faux ! Les normes intercantonales prévoient un minimum de 3 m2 par enfant. Les institutions actuelles ne pourront pas repousser leurs murs pour accueillir plus d’enfants dans des locaux conçus pour respecter cette norme.

            La droite prétend que le taux d’encadrement actuel est excessif et que l’on pourrait le réduire sans mal. Encore une fois, c’est faux ! La qualité de l'encadrement actuel, déjà limite, sera encore réduite. Genève aura ainsi le plus mauvais taux d’encadrement de Suisse et d’Europe. A titre d'exemple pour les 2-3 ans : Genève compte actuellement 8 enfants pour un adulte, Bâle (6), Vaud (7), Neuchâtel et Tessin (8) et en Europe, la Suède et le Portugal en comptent 5, la France 8. Avec la nouvelle loi, le taux d’encadrement passerait à 10 enfants pour un adulte contre 8 actuellement pour les 2-3 ans, et de 13 enfants pour un adulte contre 10 actuellement pour les 3-4 ans. Par ailleurs, elle supprime le taux d’au minimum 50% d’éducateurs diplômés.

            Comment dans ces conditions maintenir un encadrement approprié, des activités éducatives, la possibilité d’activités à l’extérieur, voir simplement la sécurité de nos enfants ?

            En outre, avec la nouvelle loi l'ouverture de crèches privées ne sera plus soumise à la conclusion d'une CCT approuvée par les communes concernées. Le risque est grand de dégrader les conditions de travail (dumping salarial) de ce secteur très féminisé, au détriment d'une reconnaissance professionnelle bien méritée. Ceci alors que le canton, qui recense déjà quatre CCT différentes, aurait au contraire besoin d'harmonisation !

            On le voit, sous le prétexte hypocrite de créer de nouvelles places de crèche, la loi mise en votation ne vise qu’à faire des économies sur les dos des enfants, ce qui est tout simplement révoltant, et sur le dos du personnel. C’est pourquoi, il faut résolument voter NON.

            Il existe sans doute une pénurie réelle de crèches dans ce canton, mais ni la droite ni sa loi ne contribuent en rien à la résoudre. La seule solution passe par la construction de nouvelles crèches, qui passe par des investissement des pouvoirs publics, solution que défend le Parti du Travail, mais dont la droite ne veut dans aucun cas.

Non à l’initiative xénophobe de l’UDC contre les migrants





L’initiative populaire de l’UDC, intitulée « contre l’immigration de masse », vise à limiter le nombre d’autorisations de séjour accordées par la Suisse par des contingents annuels, contingents qui incluent l’asile et les frontaliers. Le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales pourrait être limité. Les contingents annuels seraient fixés en fonction des « intérêts économiques globaux de la Suisse ». Les critères pour l’obtention d’un permis de séjour seraient la demande d’un employeur, un revenu autonome et la capacité d’intégration. Aucun traité international incompatible avec cette initiative ne pourrait plus être signé, tandis que les traités actuels contraires au texte de l’UDC devraient être renégociés dans un délai de trois ans. L’UDC vise évidemment à remettre en cause les accords bilatéraux avec l’Union européenne.

Le Parti du Travail combat cette initiative car elle est mensongère, démagogique, xénophobe, et directement contraire aux intérêts de tous les travailleurs de ce pays.

L’UDC prétend que son initiative combat le dumping salarial dans la mesure où elle remet en cause les accords sur la libre circulation conclus avec l’UE. Le Parti du Travail combat aussi ces accords tels qu’ils sont et la sous-enchère salariale qu’ils impliquent. Mais c’est bien parce que nous combattons la sous-enchère salariale que nous luttons contre l’initiative mensongère de l’UDC, qui en réalité ne ferait qu’accroître la sous-enchère salariale. En effet le grand problème de la libre-circulation, c’est qu’elle implique la libéralisation, la dérégulation du marché du travail, la suppression des commissions tripartites, ce qui facilite pour la patronat la sous-enchère salariale. Pour lutter contre ce fléau, la seule solution est une régulation renforcée du marché du travail, plus d’inspecteurs, plus de conventions collectives de travail, ainsi que des salaires minimaux.

Mais l’UDC, en parti pro-patronal et ultralibéral qu’elle est, ne veut pas de toutes ces mesures indispensables. Au lieu de combattre les abus patronaux, ce parti s’attaque aux travailleurs immigrés, qu’elle veut précariser. Du reste, le modèle des contingents, prévu par l’UDC, n’a nullement pour but de lutter contre le dumping salarial, ni même de limiter l’immigration. Bien au contraire, ce système, où les contingents seraient calculés selon les « intérêts économiques globaux de la Suisse », en clair selon la demande du patronat, ne vise nullement à limiter l’afflux de main-d’œuvre étrangère, puisque le patronat pourra en demander autant qu’il veut, mais vise plutôt à rendre les travailleurs étrangers plus précaires, leur situation plus temporaire et incertaine. Et qui dit travailleurs précarisés, dit travailleurs sans droits, sans capacité de résistance car craignant de perdre leur titre de séjour, et donc taillables et corvéables à merci, ce qui signifie plus et non moins de sous-enchère salariale.

Outre son caractère mensonger et favorable objectivement à la sous-enchère salariale, l’initiative de l’UDC est purement démagogique et xénophobe. Démagogique car elle réserve à la question complexe de l’immigration un traitement simpliste et déformant. En effet, dans la grande majorité des cas, les gens ne choisissent de quitter leur pays pour s’installer ailleurs que contraints par les circonstances. Et ces circonstances incluent le pillage des pays du tiers-monde par les multinationales occidentales, y compris des grandes entreprises suisses. La politique antisyndicale de Nestlé en Colombie en est un triste et bien connu exemple. Bien entendu, l’UDC ne tient aucunement compte de cet aspect des choses.

Xénophobe, l’initiative de l’UDC livre à la vindicte populaire les travailleurs étrangers, les accusant d’un dumping salarial dont seul le patronat est responsable, bafoue les droits fondamentaux des migrants, et divise les travailleurs entre suisses et étrangers, pour le plus grand plaisir du patronat.

Ce sera un NON ferme et résolu le 9 février.



Dernière étape avant l'an 2014


Editorial de l'Encre Rouge de décembre 2013

« A notre avis, le point de départ de notre activité, le premier pas concret vers la création de l'organisation souhaitée, le fil conducteur enfin qui nous permettrait de faire progresser sans cesse cette organisation en profondeur et en largeur, doit être la fondation d'un journal politique pour toute la Russie. Avant tout, il nous faut un journal, sans quoi, toute propagande et toute agitation systématiques, fidèles aux principes et embrassant les divers aspects de la vie, sont impossibles » écrivait Lénine dans Par quoi commencer ? en 1901.

Puisque l’enseignement de Lénine n’a rien perdu de son actualité, le Parti du Travail a pris la décision de relancer son bulletin d’information mensuel, l’Encre rouge, pour assurer une diffusion meilleure et plus régulière de ses idées, mais aussi pour renforcer son organisation ainsi que ses liens avec ses membres.

« En ces temps de tempête, nous ne pouvons pas laisser à nos seuls ennemis d’hier et d’aujourd’hui le monopole de la pensée, de l’imagination et de la créativité » disait Thomas Sankara. Nous vivons en effet des temps de tempête, terribles, lourds de menace, désespérants parfois. Le capitalisme traverse une crise systémique, dont on ne voit pas la sortie, et que les décideurs veulent faire payer aux peuples. Les plans d’austérité se multiplient et les acquis sociaux sont remis en cause les uns après les autres, dans le seul but d’enrichir encore plus une toute petite oligarchie.  Face à la juste protestation des peuples, les gouvernants bourgeois instaurent des mesures de plus en plus répressives, si bien que la démocratie elle-même est menacée. Les guerres impérialistes ensanglantent la planète avec une intensité accrue. Et pendant ce temps 854 millions de personnes à travers le monde souffrent de la faim, et chaque jour 26'000 enfants de moins de cinq ans meurent de faim ou de maladie curable.

Mais en ces temps de tempête l’existence d’un Parti du Travail, porteur d’une pensée radicalement en rupture avec le consensus néolibéral dominant et de la perspective d’une société socialiste, seule solution aux contradictions du capitalisme, est plus nécessaire que jamais. Et cette pensée a vitalement besoin d’un journal pour s’exprimer. C’est la mission que l’Encre rouge se propose de remplir.

Nous vous souhaitons de bonnes fêtes de fin d’année, une bonne année 2014 pleine de luttes que nous espérons victorieuses et espérons bientôt pouvoir vous compter parmi nos abonnés.

05 décembre 2013

Discours prononcé lors de la manifestations contre les traités TiSA et APT, le 03.12.13


Marx et Engels écrivaient dans le Manifeste « le pouvoir étatique moderne n’est qu’un comité chargé de gérer les affaires communes de la classe bourgeoise toute entière » et Lénine disait « Le capital financier vise à l’hégémonie, et non à la liberté. La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l’impérialisme. » Nous ne voyons que trop bien la vérité de ces propos aujourd’hui, alors que 27 pays membres de l’OMC négocient en ce moment même en grand secret un nouveau Accord sur le Commerce des Services, et que l’Union Européenne et les Etats-Unis sont en tractations pour un Partenariat transatlantique. Ces accords ont un but : la libéralisation intégrale du secteur des services dans le seul intérêt des multinationales et au détriment des intérêts les plus fondamentaux des peuples. Une attaque sans précédent contre les services publics ! En effet, les Etats seraient soumis à l’obligation de « neutralité concurrentielle ». En clair, entreprises privées et services publics devraient être traités de la même façon : fin des indispensables monopoles publics, et mêmes subventions aux écoles publiques et privées ! Démantèlement des services publics et subventionnement du privé ! Et les Etats n’auraient plus le droit de réguler les marchés financiers, au nom d’une relance de l’économie, ce alors même que l’on a vu tous les dommages que peuvent causer à l’économie mondiale une finance dérégulée !

Le Partenariat Transatlantique, auquel la Suisse serait soumise à travers les bilatérales, prévoit des dispositions plus graves encore. Ainsi, nous n’aurions plus le droit d’interdire ni même d’étiqueter les OGM ! Même les cantines scolaires n’auraient plus le droit de choisir de servir des OGM ou pas ! Et les multinationales pourraient poursuivre les Etats devant des tribunaux spéciaux créés pour l’occasion et sans aucune légitimité démocratique, qui pourraient les condamner à des amendes de plusieurs millions, comme cela se fait déjà dans le cadre de l’OMC, pour entrave au libre-échange, pour des salaires minimums trop généraux, pour une législation protégeant les droits des travailleurs trop importante, pour les moindres mesures en faveur de l’environnement…bref pour tout ce que ces multinationales estiment susceptibles de réduire leurs marges bénéficiaires.

On le voit, ces traités constituent une attaque grave, inqualifiable, contre les peuples et leurs droits les plus fondamentaux, dans le seul but de lever tout obstacle à l’enrichissement au-delà de toute limite d’une toute petite oligarchie. Négocier ces accords, comme on le fait, en secret, constitue un insupportable coup d’Etat contre la démocratie, et un utile rappel du fait que sous le capitalisme, derrière la façade de la démocratie formelle, le pouvoir véritable est concentré entre quelques mains, dans la réalité d’une dictature de classe. L’OMC elle-même, par ses objectifs néolibéraux, par son fonctionnement opaque, est en elle-même une offense à la démocratie. Car les peuples ne veulent pas du néolibéralisme, qu’ils comprennent très bien être diamétralement opposé à leurs intérêts. La seule façon de le leur imposer est de passer par la coup de force, par la violation de la démocratie, par des institutions foncièrement antidémocratiques comme l’OMC, par des accords secrets, dérobés à la connaissance du peuple, ou par la violence. Toutefois, il n’y a pas de fatalité. En 1997, l’oligarchie mondiale avait déjà voulu imposer aux peuples un traité secret extrêmement similaire au TiSA et à l’APT, appelé alors Accord multilatéral pour l’investissement. Face à la mobilisation populaire, elle a dû y renoncer. Et c’est la raison pour laquelle nous sommes ici aujourd’hui, pour mettre les gouvernants en échec, pour arrêter les traités secrets dirigés contre les peuples, parce qu’ils ne peuvent rien contre la force du peuple soulevé en masse, parce qu’ensemble nous pouvons faire échouer leurs plans.

19 novembre 2013

L'initiative 1:12 menace le partenariat social, vraiment?

Le Temps d'aujourd'hui fait écho du doute apparemment manifesté par une partie du mouvement syndical au sujet de l'initiative 1:12 de la jeunesse socialiste, doute motivé par la crainte de mettre en danger le partenariat social. Il faut que la bourgeoisie et sa presse soient bien paniqués par l'initiative 1:12, qui, n'en déplaise à Levrat et aux sondages a encore des chances de passer, pour ainsi faire appel à une frange, ultra-minoritaire faut-il le rappeler, et à un futur ex-conseiller d'Etat, Charles Beer, qui n'a aucun scrupule à trahir son propre camp. Les plumitifs bourgeois font d'ailleurs appel au même sophisme contre l'initiative pour un salaire minimum.

Cette sollicitude de l'oligarchie et de ses porte-paroles pour les syndicats est vraiment touchante. Mais qui pourrait sérieusement y croire? Que valent ces plaidoyers intéressés et hypocrites du patronat en faveur du partenariat social, quand c'est le même patronat qui jour après jour s'emploie à casser le partenariat social, en dénonçant les conventions collectives qui ne sont pas à son goût , en privilégiant l'épreuve de force face aux syndicats, en faisant appel au dumping salarial et à la sous-traitance? Et n'oublions pas qu'en Suisse seuls 50% des travailleurs bénéficient d'une convention collective de travail. Que signifie le partenariat social pour les 50% restants? Mais c'est comme toujours, la bourgeoisie ne fait appel au soi-disant partenariat social, dont elle n'a cure le reste du temps, que lorsque ses privilèges exorbitants sont menacés. Dans le langage des démagogues au service de la classe dirigeante, partenariat social signifie collaboration de classe, signifie que les syndicats doivent renoncer à la lutte, capituler face au patronat. Les discours hypocrites sur les partenariat social menacé des plumitifs de la bourgeoisie et de Beer ne doivent tromper personne, et surtout pas les militants syndicaux. Il ne s'agit que d'une argutie misérable pour amener les syndicats à renoncer à leur mission fondamentale de lutte de classe, et à se priver de l'instrument indispensable de lutte qu'est l'initiative populaire.

Comme le disait déjà Henri Lacordaire, "entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit." Qu'est-ce que l'initiative 1:12? Pas "l'initiative de la jalousie" comme le déclarent des politiciens bourgeois dans leur morgue de privilégiés, Non, mais une exigence de justice. Aujourd'hui en Suisse nous assistons à un creusement abyssal des inégalités. D'après une enquête de Caritas, 1 millions de personnes en Suisse vivent sous le seuil de pauvreté. Plus de 400'000 travailleurs, en majorité de travailleuses, gagnent moins que le minimum vital de leur travail. D'après la Tribune de Genève (pas vraiment un journal de gauche) 26% de la population suisse peine à boucler ses fins de mois. Et pendant ce temps, une poignée de tops managers s'offre des rémunérations insolentes, prélevées sur les richesses que produisent les travailleurs, qui eux n'en profitent pas. Leurs rémunérations scandaleuses sont-elles au moins justifiées par leur compétences censées être extraordinaires? le bilan de M. Ospel à la tête de l'UBS prouve amplement le contraire. Par les risques qu'ils prennent ? Quels risques? Rappelons qu'il s'agit de salariés qui restent en poste quelques années et qui n'ont cure de ce qui arrivera après leur départ. Les simples travailleurs qui risquent de se faire licencier sans ménagement prennent bien plus de risques que ces messieurs. Face à cet accaparement au-delà de toute mesure des richesses que les travailleurs produisent par une petite minorité de capitalistes et de managers, face à cette injustice flagrante, le peuple se lève et exige une répartition plus juste des richesses. Il l'a déjà montré en acceptant à une large majorité l'initiative Minder, malgré la propagande délirante de la droite et du patronat contre elle, et malgré qu'elle ne soit qu'une solution toute relative et au fond très libéral à ce grave problème.

Alors la classe dirigeante, menacée de devoir réduire un tout petit peu ses insolents privilèges, panique. Elle mène une campagne délirante contre l'initiative 1:12, faisant flèches de tout bois, menaçant comme à son habitude le pays de tous les maux si jamais l'initiative était acceptée, essayant de diviser le mouvement syndical. Mais qui pourrait encore prendre au sérieux le discours catastrophiste de la droite? Elle nous le ressert à chaque votation, à chaque fois que l'un ou l'autre de ses privilèges est menacé. C'en est presqu'un réflexe pavlovien. Nous y avons eu droit dans son intégralité pour l'initiative Minder. Et aucune catastrophe ne s'est produite. Même le conseiller fédéral Schneider Amman, pourtant opposé à l'initiative, a l'honnêteté de dire que si elle est acceptée rien de grave ne menace l'économie suisse. D'ailleurs, l'argumentation des opposants est bien contradictoire. En effet, ils disent que si l'initiative est acceptée et, on suppose, appliquée, toutes les sept plaies d'Egypte frapperont inéluctablement la Suisse. Et ils disent aussi que l'initiative serait inapplicable car très facile à contourner. Mais s'ils savent qu'ils vont pouvoir la contourner sans problèmes, que la craignent-ils autant? Et s'ils la craignent car ils savent qu'elle sera applicable, que disent-ils le contraire?

Le 24 novembre prochain, parce que rien n'est encore joué, et parce que la justice doit triompher sur toutes les arguties des sophistes de la bourgeoisie, ce sera un OUI résolu à l'initiative 1:12!

03 novembre 2013

José Manuel Barroso et le cosmopolitisme européiste



" Sous le capitalisme, les Etats-Unis d'Europe sont soit impossibles soit réactionnaires" Lénine

J'ai eu l'occasion d'assister lundi dernier à une conférence de José Manuel Barroso, président actuel de la Commission européenne, organisée à l'occasion des 50 ans de l'institut européen de Genève. Ce fut un condensé de deux heures de propagande européiste. Le recteur de l'UNIGE, Jean-Dominique Vassalli, le président du Conseil d'Etat, Charles Beer, le directeur de l'institut Européen, Nicolas Levrat, l'ancien professeur et actuel conseiller de M. Barroso, Dusan Sidjanski, y sont allés chacun de leur couplet. Mais bien entendu le morceau de choix de la soirée était la conférence de M. Barroso lui-même.

Bien qu'il s'en soit défendu, José Manuel Barroso a brossé un tableau complètement idyllique, ou pas loin, de l'Union européenne. A écouter M. Barroso, on oublierait presque qu'il est un homme de droite profondément réactionnaire. Dans le monde idyllique de M. Barroso, l'UE est la réalisation terrestre de valeurs universelles de paix, de démocratie, de tolérance, d'ouverture à l'autre, de justice sociale. L'UE est sensée être une puissance bienveillante qui promeut la paix, entre ses Etats membres bien sûr, mais aussi dans le monde entier. L'UE est aussi une construction essentiellement démocratique, même s'il est vrai qu'elle ne s'est pas toujours construite par des procédés démocratiques, puisque la démocratie est la façon la plus efficace de gouverner une société avec souplesse, prise en compte des intérêts et opinions divergentes, et adaptations rapides à un monde changeant. Du reste, la poursuite de la construction européenne exige un élargissement de la démocratie interne et de la participation des citoyens européens. L'UE est aussi, à ce qu'il paraît, sensée être une entité sociale, fondée sur l'économie sociale de marché, et préconisant des droits sociaux pour ses propres citoyens et les promouvant, sans bien sûr rien imposer, dans le reste du monde. 

Outre ses multiples aspects positifs, l'UE est sensée être une évolution inéluctable de l'Europe du fait de la mondialisation. Car pour M. Barroso, la mondialisation est une fatalité, essayer d'y échapper en fermant les frontières est vain. Il faut au contraire donner des règles à la mondialisation, la réguler, pour qu'elle ne soit pas la loi de la jungle. Cette régulation passe nécessairement par un transfert de souveraineté à des institutions supranationales. M. Barroso se déclare sans hésitation cosmopolite. Le cadre national est pour lui à bien des égards dépassé, car les enjeu d'aujourd'hui doivent être traités à un niveau plus global. Néanmoins, puisque l'on est plus fort ensemble, ce transfert de souveraineté ne constitue pas une perte de souveraineté pour les Etats-nations mais un gain de souveraineté en réalité. Du reste, la preuve que ce transfert de souveraineté est inéluctable est le fait que la solution à tous les problèmes que rencontre l'UE et ses Etats membres passe toujours par plus d'intégration (comme le Mécanisme européen de stabilité, ou bien le contrôle préalable des budgets nationaux par la Commission européenne.). L'avenir est donc à l'Europe fédérale.

M. Barroso a un charisme indéniable et tout ce discours est sans doute bien beau et persuasif. Son grand point faible est...qu'il n'a que peu de choses à voir avec la réalité. L'UE réellement existante est à des années-lumière du portrait idyllique qu'en dresse M. Barroso. Un mythe européiste tenace est que le but de la construction européenne est d'assurer la paix entre ses Etats membres et dans le monde entier. Ce mythe est mensonger. L'UE, héritière de la Communuauté européenne pour le charbon et l'acier, s'est construite à la base comme alliance contre le camp socialiste. Aujourd'hui encore l'UE est une alliance impérialiste ayant pour but de concurrencer plus efficacement des impérialismes rivaux. D'ailleurs les pays membres de l'UE les plus puissants sont des puissances impérialistes qui participent aux guerres néocoloniales sanglantes de l'OTAN. L'UE n'est en aucun cas l'émanation de valeurs universelles, mais celle d'intérêts particuliers des grands monopoles européens, intérêts incompatibles avec ces des classes populaires des pays d'Europe. Même M. Barroso a été obligé de reconnaître que l'UE ne s'est pas toujours construite de façon très démocratique. Mais c'est là un euphémisme. Car l'UE n'est pas simplement a-démocratique ou n'ayant pas toujours été très démocratique. Elle est fondamentalement anti-démocratique. Construite à travers des traités imposés aux peuples sans presque jamais les consulter, bafouant les droits populaires lorsque les peuples votaient "mal", le tout avec un mépris sans bornes pour les peuples sensés être souverains, l'entité européenne est une structure technocratique, dirigée par une commission composée de hauts fonctionnaires nommés, qui ne sont élus par personne et qui n'ont aucun compte à rendre aux peuples. Les mesures que M. Barroso cite comme exemples de l'inéluctabilité de l'intégration européenne, le Mécanisme européen de stabilité et surtout le contrôle préalable des budgets nationaux par la Commission européenne, loin de constituer des instance de l'absurde concept de "transfert de souveraineté avec gain de souveraineté" sont des cas flagrants de déni de souveraineté, de suppression des prérogatives démocratiques les plus fondamentales, de transfert de pouvoir à des fonctionnaires non-élus qui n'ont pas de compte à rendre aux peuples et qui peuvent imposer des politiques violemment anti-populaires. Et il ne faut pas avoir froid aux yeux pour affirmer que l'UE est fondée sur la dite "économie sociale de marché" et reconnaît le droit à la sécurité sociale. Car l'UE est une machine de guerre ultra-libérale contre toutes les conquêtes sociales des peuples d'Europe. On ne le voit que trop bien avec les politiques d'austérité brutales imposées aux peuples de Grèce, du Portugal, d'Italie...par l'UE avec la complicité du FMI, de la BM et des bourgeoisie locales: liquidation de tous les droits des travailleurs, des services publics les plus essentielles et destruction de la protection sociale. Du reste, José Manuel Barroso est passé comme chat sur braise sur le sujet. A propos, la Grèce a introduit dans son code pénal ce 24 octobre une disposition punissant de 6 mois à 2 ans de prison la protestation contre l'UE et ses décisions. L'UE, une construction démocratique?

L'UE est une structure fondamentalement néolibérale, antidémocratique et verrouillée, elle est irréformable. C'est ce que le peuple suisse a fort bien compris en refusant catégoriquement toute adhésion à celle-ci. Heureusement, la démocratie semi-directe existe en Suisse, et les partis gouvernementaux, qui étaient pour, n'ont pas pu imposer au peuple suisse une adhésion à l'UE. La bourgeoisie suisse a toutefois trouvé une parade à cet obstacle: les accords bilatéraux et la reprise "dynamique" par la Suisse du droit européen, néolibéral et réactionnaire. On voudrait maintenant donner des prérogatives, en Suisse, à la Cour européenne de justice, gardien du temple du néolibéralisme européiste. Face à cette offensive du grand capital et de ses commis politiques, le seul mot d'ordre possible pour les communistes est la lutte contre l'UE du capital, contre toute reprise de son droit antipopulaire ou toute compétence en Suisse à sa néolibérale Cour de justice. Ce mot d'ordre doit être absolument clair, il ne peut admettre aucune nuance, aucune réserve, aucune "porte ouverte". Pourquoi laisser une porte ouverte à une structure fondamentalement réactionnaire et irréformable? L'internationalisme bien compris doit conduire aujourd'hui à défendre la souveraineté nationale, à défendre la nation contre les structures supranationales anti-démocratiques. Comme le disait Jean Jaurès "un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d'internationalisme y ramène". Les européistes prétendent que l'échelon national est dépassé. Force est de constater que ce "dépassement" de l'Etat-nation est prôné par tous ceux qui veulent substituer des structures technocratiques et non-démocratiques au seul espace démocratique qui existe, qu'on le veuille ou non. Certes, la fermeture des frontières et l'isolationisme national ne sont plus possible aujourd'hui et tous les enjeux ne peuvent être traités au niveau national. Mais si l'on veut que ces enjeux soient résolus dans l'intérêt du peuple et non dans celui des monopoles, il convient de créer des structures progressistes, démocratiques et respectueuses de la souveraineté des Etats, comme par exemple l'ALBA, et non se résigner face à l'UE centraliste et technocratique.

P.S. : En soi, l'organisation de deux heures de propagande européiste forcenée est un exercice assez navrant pour l'UNIGE, qui oublie qu'elle dépend d'un pays dont le peuple a refusé, et à juste titre, de rejoindre la nouvelle prison des peuples européiste. Les intervenants ont incarnés jusqu'à la caricature le concept gramscien d'intellectuel organique, apologétique de l'ordre établi, sans aucune distance critique envers leur objet d'étude.

30 septembre 2013

Salaire minimum: le Conseil des Etats contre les travailleurs

"Le gouvernement moderne n'est qu'un comité administratif des affaires de la classe bourgeoise" écrivent Marx et Engels dans le Manifeste du parti communistes.

Le Conseil des Etats a récemment estimé utile de corroborer et d'illustrer cette citation en prenant position contre l'initiative de l'USS pour un salaire minimum à 4000,- francs par mois. L'argumentation de la majorité de droite de la chambre des cantons est pour tout dire assez amusante par ses outrances: "L'introduction d'un salaire minimum de 4000 francs par mois pourrait paradoxalement augmenter le taux de pauvreté. Fort de cet avis, le Conseil des Etats a recommandé mardi le rejet de l'initiative populaire de l'Union syndicale suisse (USS) PAR 31 voix contre 13 de gauche. (...) Pour la majorité de la Chambre des cantons, le texte de l'USS "pour la protection de salaires équitables" va trop loin. (...) le camps bourgeois n'a pas mâché ses mots. "Cette initiative va anéantir des emplois et scier la branche sur laquelle repose notre bien-être.", a lancé Pankraz Freitag (PLR/GL). Et Konrad Graber (PDC/LU) de demander: "A quoi sert un salaire minimum si vous n'avez plus d'emploi?" (Brève ATS, in Le Temps du mercredi 25 septembre 2013) Rien que ça? Comme nous l'avions dit, le ridicule des envolées lyriques des sénateurs bourgeois fait sourire. Leur argumentation est bien entendu purement démagogique.

Rappelons que plus de 400'000 travailleurs en Suisse aujourd'hui (dont une écrasante majorité de travailleuses) gagnent moins de 25 francs par heure, et ne peuvent donc vivre décemment de leur travail. Ce sont ces travailleurs surexploités par la voracité du capital que l'on désigne par l'anglicisme de working poors, un de ces euphémismes anesthésiants dont la novlangue néolibérale a le secret. Cette situation est une des cause essentielle du fait que, d'après les chiffres de Caritas, un million de personnes vit en Suisse en dessous du seuil de pauvreté. Afin de remédier à cette situation, l'USS a lancé une initiative populaire pour un salaire minimum de 25,- à l'heure (ce qui équivaut à 4'000,- par mois pour un plein temps) et tenant compte de l'inflation, afin que chacun puisse vivre dignement de son travail. Ce ne serait que justice et devrait être une évidence. Toutefois, tel n'est pas l'avis du Conseil des Etats. En fidèles commis politiques du grand capital, les sénateurs suisses défendent avant tout le profit capitaliste, et s'ingénient à inventer des arguments plus fallacieux les uns que les autres pour refuser les revendications de justice les plus élémentaires des travailleurs de ce pays.

Instituer un salaire minimum serait dangereux pour l'économie suisse, serait destructeur d'emplois et mènerait à des délocalisations en masse? Allons donc! Ce scénario catastrophiste, toujours le même, rabâché par la droite face à toute initiative populaire progressiste, même la plus modérée, et qui est à chaque fois démenti par les faits, commence franchement à laisser et ne peut en tout cas pas être pris au sérieux. Et puis regardons de plus prêt ce qu'affirme la droite: il ne pourrait y avoir des emplois pour tous, ou du moins pour une large majorité, en Suisse qu'à conditions que les salaires soient tellement bas qu'ils ne permettent pas de vivre dignement. Cette ligne d'argumentation est proprement inacceptable, et ne montre que la faillite politique de ses auteurs, qui n'ont d'autre objectif que de servir la soif de profit sans borne des maîtres du capital. En outre elle est totalement fausse. Car où trouve-t-on la majorité des salaires inférieurs à 25,- de l'heure? Dans les secteurs du bâtiment, de l'hôtellerie, de l'agriculture et du commerce de détail. Secteurs qui ne sont guère susceptibles de délocalisation. En outre, le montant de 4'000,- par mois est très loin d'être extravagant. Il est même excessivement modeste. Il est même tellement réaliste, que Lidl a récemment augmenté, en accord avec les syndicats, ses salaires minimaux à 4'000,- par mois, preuve qu'il est tout à fait possible de rester concurrentiel avec ce salaire minimum. Ceux qui osent prétendre qu'un montant aussi modeste serait excessif méritent la mort politique. Non seulement cette initiative de l'USS n'est pas dangereuse pour l'économie, mais elle lui sera au contraire très bénéfique, puisqu'elle fera augmenter les salaires les plus bas, donc le pouvoir d'achat des travailleurs les moins payés, donc fera augmenter la consommation, et donc créera des emplois au lieu d'en détruire.

Mais il reste aux sophistes bourgeois encore une argutie en réserve. C'est que, prétendent-ils, "nous ne sommes pas contre le fait que les travailleurs touchent des salaires égaux ou supérieurs à 4'000,- par mois, ni ne considérons ce montant comme excessif, mais sommes simplement opposés à ce que ce soit l'Etat qui décide en ce domaine, qui devrait être laissé au libre arbitre des partenaires sociaux et décidé dans le cadre de conventions collectives de travail (CCT). En outre, et paradoxalement, cette initiative serait défavorable en réalité aux travailleurs, parce que le salaire minimum deviendrait le salaire normal, et que des salaires aujourd'hui plus élevés baisseraient à 25,- à l'heure." Cette ligne d'argumentation est un peu meilleure que la précédente, elle est aussi plus insidieuse. Néanmoins, elle est tout aussi fallacieuse. Il est en effet assez piquant de voir les politiciens bourgeois se faire les chantres des CCT à chaque fois qu'ils doivent faire face à un projet qui vise à améliorer le sort des travailleurs, eux qui le reste du temps n'ont d'autre projet que de restreindre la marge de manoeuvre des syndicats pour favoriser la toute-puissance du patronat. Le soi-disant "partenariat social" selon la droite devrait plutôt être nommé "dictature patronale plénipotentiaire, secondée par des syndicats conciliants et impuissants". Rappelons que la moitié des salariés de Suisse ne jouissent d'aucune CCT, et que beaucoup de CCT ne prévoient aucun salaire minimum. Rappelons aussi que le patronat de ce pays fait tout pour contourner le "partenariat social" lorsqu'il lui est défavorable, à bloquer le travail des commissions paritaires chargées de lutter contre la sous-enchère, à engager l'épreuve de force en résiliant des CCT et en essayant de mettre les travailleurs et leurs syndicats devant le fait accompli,... Rappelons aussi la phrase très juste et très pénétrante d'Henri Lacordaire: "Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit". Quant à l'affirmation selon laquelle le salaire minimum serait défavorable aux travailleurs qui aujourd'hui gagnent plus - car ils ne toucheraient plus alors que le salaire minimum - il s'agit d'un sophisme assez misérable. En effet, ces salaires plus élevés que 25,- de l'heure ne sont pas déterminés par l'absence d'un salaire minimum, mais par le rapport de force entre les deux classes en lutte. Il n'y a aucune raison de penser que ce rapport de force sera détérioré par l'adoption de l'initiative de l'USS. Au contraire, une victoire en votation populaire ne peut que renforcer les syndicats et donc ne peut qu'être favorable aux travailleurs, à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs.

Finalement, la seule part de vérité aura été dite par le sénateur Freitag - "Cette initiative va anéantir des emplois et scier la branche sur laquelle repose notre bien-être."- mais par "notre bien-être" il entend la richesse insolente des maîtres du capital et de leurs valets politiques indûment gagnée sur le dos des salariés de ce pays. Pour toutes les travailleurs et tous les travailleurs de ce pays, et pour tous les citoyens épris de justice, il convient donc de renvoyer les sophistes bourgeois dans les poubelles de l'histoire où est leur vraie place et de glisser un oui résolu dans l'urne le jour de la votation sur l'initiative de l'USS.