12 avril 2016

Discours prononcé lors du débat public du 19.03.16



Chères et chers camarades,

Permettez-moi de dire tout d’abord que c’est pour moi un plaisir et un honneur de prendre la parole cette après-midi, comme c’en est un pour le Parti du Travail de co-organiser ce débat public avec nos camarades du Parti de la reconstruction socialiste de Turquie.

Plus qu’un honneur, il s’agit pour nous d’un devoir, de notre devoir de solidarité internationaliste, d’internationalisme prolétarien, qui fait partie de nos principes les plus fondamentaux, tant il est vrai que, ainsi que l’a dit Che Guevara : « Le révolutionnaire – dans son parti – moteur idéologique de la Révolution, se consume dans cette tâche ininterrompue qui ne se termine qu’avec la mort, à moins que la construction du socialisme n’aboutisse dans le monde entier. Si son ardeur révolutionnaire s’émousse une fois les tâches les plus urgentes réalisées, à l’échelle locale, et s’il oublie l’internationalisme prolétarien, la Révolution qu’il dirige cesse d’être un moteur s’enfonce dans une confortable torpeur qui est mise à profit par nos irréconciliables ennemis, les impérialistes, qui, alors, gagnent du terrain. L’internationalisme prolétarien est un devoir, mais c’est aussi une nécessité révolutionnaire. C’est ce que nous apprenons à notre peuple. » C’est en oubliant cette vérité, qu’ils n’ont jamais voulu connaître, que les partis socialistes de la Deuxième Internationale, naguère glorieux, se mirent au service de l’impérialisme de « leur » pays respectif, et finirent par totalement changer de camp.

Si je cite le Che, ce n’est pas tout à fait par hasard. Il y a quelques semaines nous avions en effet célébré les 50 ans de la Conférence Tricontinentale – rendue célèbre part le slogan « créons deux, trois, plusieurs Vietnam » - cette cristallisation d’une vaste convergence des luttes de libération nationale, contre les vestiges du colonialisme stricto sensu, ainsi que contre le néocolonialisme qui prenait sa place. Une coordination des luttes à l’échelle des trois continent que sont l’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine qui à un moment n’était pas loin de mettre l’impérialisme en échec, et face à laquelle les Etats-Unis et leurs alliés ont dû mettre en œuvre des moyens criminels inouïs par leur ampleur et leur brutalité pour la briser. Un cinquantième anniversaire plutôt discret il faut dire : la date n’a pas vraiment fait les gros titres, même dans la presse communiste. Ce qui est regrettable, tant il est vrai que l’héritage théorique et révolutionnaire de la Tricontinentale est d’une actualité brûlante aujourd’hui.

La digression que je viens de faire sur la Tricontinentale n’est une digression qu’en apparence, elle a au contraire un lien très étroit avec le sujet du jour, tant pour ce qui concerne sa préhistoire que pour l’avenir pour lequel nous luttons. Car vous êtes toutes et tous venus ici pour débattre de ce qui se passe au Moyen Orient, et plus particulièrement en Turquie et au Kurdistan. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’il s’agit d’un très vaste sujet. Aussi je ne chercherai pas à en faire une analyse exhaustive. La chose serait proprement impossible, surtout dans les limites du temps qui m’est imparti. Du reste je ne prétendrais certes pas être le mieux placé, ni le plus compétent pour le faire. Je ne tenterai pas non plus de trop entrer dans les détails pour ce qui concerne la situation en Turquie. Il serait quelque peu inconvenant qu’un Suisse vienne expliquer à des ressortissants turcs et kurdes ce qu’il en est de leur pays. Du reste, mon camarade Tuncay Yilmaz le fera bien mieux que ce que je pourrais faire.

Au lieu de cela, je vais tenter d’inscrire la tragédie que vit aujourd’hui le Proche Orient dans un contexte historique plus large, et pointant plus particulièrement du doigt le rôle des impérialismes occidentaux dans la situation, les implications qu’elle a sur l’Occident même, et pour finir formuler la position du Parti Suisse du Travail et quelques perspectives de lutte pour l’avenir.

La triste situation que vit le Moyen Orient depuis plusieurs années est bien connue, d’une certaine façon du moins. Car comme l’a dit Hegel « Ce qui est bien connu en général est, pour cette raison qu’il est bien connu, non connu. Dans le processus de la connaissance, le moyen le plus commun de se tromper, soi et les autres, est de présupposer quelque chose comme connu et de l’accepter comme tel ». Et le fait est que le commun des Occidentaux ont de ce qui se passe au Moyen Orient, comme pour bien d’autres choses d’ailleurs, une connaissance tronquée, qu’une propagande médiatique constante et judicieusement arrangée a fini par faire rentrer dans les têtes, répétition obsédante finissant par faire passer un mensonge pour la vérité.

Ainsi toutes et tous ont suivi à travers les médias mainstream ce que l’on a, de façon sans doute excessivement optimiste et quelque peu impropre, appelé le « Printemps arabe », cette révolte courageuse des peuples et surtout de la jeunesse, contre des dictatures atroces, corrompues et rétrogrades, révolte organisée spontanément à travers les réseaux sociaux occidentaux et au nom des valeurs occidentales : démocratie, liberté d’expression, etc. Ce schéma, outre qu’il a l’inconvénient de n’expliquer ni la nature ni l’origine des dites « dictatures », encore moins la genèse des « révolutions » et de leur contenu de classe et en termes de projet politique, a celui, bien plus grave d’être appliqué indifféremment à des situations par ailleurs très différentes : la Tunisie, pour laquelle il a été formulé à l’origine, en l’occurrence pas totalement à tort ; l’Egypte, où il convient à la rigueur ; le Bahreïn et le Yémen, plus ou moins occultés ; mais aussi pour les agressions impérialistes, directes ou par mercenaires interposés, contre la Lybie et la Syrie, qui n’ont rien à voir. Pourtant, ces très belles révolutions faites au nom de la « liberté » et de la « démocratie », ont débouché sur l’ascension de mouvances islamistes, mues par une haine féroce de l’Occident et de la modernité occidentale, contenue plus ou moins en Tunisie, écrasée dans le sang en Egypte par le rétablissement du statu quo ante, triomphante en Lybie, et menaçante en Syrie et dans une partie de l’Irak.

Evidemment, la brève synthèse du récit fait par les médias bourgeois de ces dernières années que je viens de faire n’explique rien. En outre, cette propagande médiatique pèche tellement par omissions, voire mensonges éhontés, qu’elle en perd toute crédibilité. Aussi les médias officiels ont-ils souvent dû changer leurs versions des faits, ou se contredire de façon flagrante, mais la cohérence est sans doute le dernier de leurs soucis. Première omission : les très bons rapports que l’Occident a entretenu naguère avec tous les « dictateurs » tant décriés aujourd’hui est assez facilement laissée de côté. Deuxième omission : le rôle de nos « alliés » islamistes de la péninsule arabique, ces sinistres despotismes wahhabites et féodaux, est relativement passé sous silence. Les luttes en cours au Royaume d’Arabie saoudite et la répression féroce du régime sont à peine évoqués, jamais analysés. Pourtant, il y aurait de quoi : quelle crédibilité pourraient bien avoir les meilleurs amis du roi d’Arabie saoudite pour parler de démocratie ? Ca, c’est pour les omissions. Admettons que les journalistes n’ont ni le temps, ni la possibilité de traiter de tout, occupés qu’ils sont à rendre compte de tant de choses sans aucun intérêt. Mais voyons ce qu’il en est des mensonges flagrants. Aujourd’hui, même la presse bourgeoise n’essaye plus de faire passer la Lybie, sans gouvernement légitime, en ruines et livrée aux bandes islamistes et aux seigneurs de guerre rivaux pour une réussite démocratique. Alors, la révolte de Benghazi, qu’il fallait sauver en réduisant le pays tout entier en cendres, était-elle réellement en quelque sens que ce soit une « révolution démocratique » ? Et la Syrie, on nous l’avait vendu comme la juste révolte démocratique d’un peuple épris de liberté contre l’ignoble « tyran » Bachar El-Assad, qui ne serait pas loin d’être la réincarnation d’Hitler. La preuve étant que le régime syrien aurait utilisé des armes chimiques contre son propre peuple (qui en réalité auraient été utilisées par des rebelles). Bien entendu, aucun président étatsunien, dont l’usage des armes de destruction massive à grande échelle contre des populations civiles est avérée ne peut en aucun cas passer lui pour un nouvel Hitler. Vous n’y pensez pas. Une exposition actuellement en cours sur la plaine de Plainpalais est consacrée à la « Révolution syrienne ». Alors, comment se fait-il que la guerre civile syrienne, sensée être celle entre un peuple révolté et son tyran, recoupe-t-elle largement une guerre entre l’armée gouvernementale syrienne, soutenue par une partie en tout cas de sa population contre cette organisation terroriste qu’est l’Etat Islamique, et que les zones sensément contrôlées par les rebelles « modérés » le sont en fait par le Front Al-Nosra, pour le dire clairement Al-Qaeda, dont l’ex ministre français des affaires étrangères Laurent Fabius a dit qu’ils font du « bon travail sur le terrain » ? Se pourrait-il que cette incarnation du mal qu’est Al Qaeda fasse en fait du « bon travail » ? Ou est-ce que plus simplement les hommes d’Etat bourgeois et les plumitifs à leur service mentent comme des arracheurs de dents ?

Mais en réalité, ce qui manque le plus à la narration superficielle des médias mainstream, c’est une perspective historique un tant soit peu sérieuse, qui permettrait de comprendre ce qui se passe aujourd’hui et pourquoi. J’en reviens donc à ma digression du début. Le drame que l’on observe aujourd’hui au Moyen Orient est largement le résultat de l’écrasement par l’impérialisme du mouvement de libération qui trouva son paroxysme lors de la Conférence Tricontinentale. Ecrasement qui fut aidé en l’occurrence par les propres insuffisances du nationalisme arabe progressiste et parfois socialisant. La mise à l’écart des communistes par ces régimes, leurs ambiguïtés fondamentales, leur rattachement en réalité plus grand à la bourgeoisie nationale qu’au prolétariat, les socialismes officiels largement tronqués, si ce n’est factices, n’ont pas permis de construire une économique réellement indépendante de l’impérialisme, encore moins d’édifier un socialisme véritable. Aussi, dès que la vague des grandes luttes anti-impérialistes d’après guerre fut brisée, la restauration intégrale du capitalisme s’y imposa assez facilement, les régimes nationalistes dégénérèrent en dictatures corrompues et sans projet autre que de se maintenir, et la plupart reprirent par eux-mêmes leur place de périphéries soumises de la chaînes de l’impérialisme. Le vide politique ainsi créé ouvrit largement la voie aux islamistes, qui avaient beau jeu de se présenter comme étant la seule opposition. Les pays qui restaient relativement indépendants étaient quant à eux une véritable épine dans le pieds de Washington, et qu’il fallait donc éradiquer par tous les moyens.
Car le Moyen Orient est une région absolument stratégique pour les Etats-Unis, tant pour ses réserves de pétrole, sans le contrôle desquelles la puissance des USA pourrait s’effondrer, que par sa position géographique. Depuis l’Empire romain au moins, la devise de l’impérialisme est divide ut regnes, diviser pour régner. C’est aussi celle des USA. Plutôt que de tenter d’instaurer un quelconque « ordre néocolonial », trop coûteux et en pratique hors de leur portée, les stratèges du Pentagone ont depuis longtemps misé sur une stratégie du chaos contrôlé, d’une division de la région en une multitude de micro-Etats, mis à genoux par des guerres civiles inter-religieuses et intercommunautaires, et par ce fait impuissants. Cette stratégie n’est pas nouvelle. Les colonisateurs britanniques l’avaient déjà mis en œuvre bien avant que les USA ne s’intéressent à la région. La division de la Syrie historique en plusieurs Etats poursuivait exactement ce but, de même que la création du Koweït, à l’origine une province irakienne, faite dans le seul but de limiter l’accès de l’Irak à la mer, et donc de garder le contrôle sur le golfe persique.

En ce sens, l’invasion de l’Irak ordonnée par George W. Bush, dont on pense souvent qu’elle est un échec, a entièrement atteint son but. D’un pays autrefois indépendant elle a fait une terre dévastée, déchirée par une guerre civile fratricide entre Chiites, Sunnites et Kurdes, au gouvernement illégitime, corrompu et parfaitement fantoche. Une véritable balkanisation du Moyen Orient en somme. Le terme de balkanisation est bien choisi d’ailleurs. Il décrit bien le démantèlement organisé par les agents de l’impérialisme de la naguère prospère Fédération socialiste de Yougoslavie, aujourd’hui réduite en une mosaïque absurde de micro Etats déchirés par des conflits ethnico-religieux créés de toutes pièces et dévastés par les bombes de l’OTAN. Le coût humain et social de cette politique est terrifiant. Il est révoltant d’entendre après cela les fondés de pouvoir des puissances impérialistes pérorer sur la « démocratie », la « liberté » et les « droits de l’homme ». Révoltant et parfaitement hypocrite. Ainsi que Lénine l’a dit « Le capital financier vise à l’hégémonie, et non à la liberté. La réaction politique sur toute la ligne est le propre de l’impérialisme ». Du reste, l’illustre homme d’Etat de l’antique Athènes, Périclès, l’avait dit bien avant : « L’empire est par nature tyrannique ». Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il parlait en connaissance de cause, ayant mis en œuvre la domination impériale athénienne sur les cités « alliées ».

La destruction de la Lybie de Kadhafi et de la Syrie d’El-Assad étaient planifiées par les stratèges de Washington depuis bien longtemps, et les événements de 2011 n’étaient tout au plus qu’un prétexte pour les mettre en œuvre. Du reste, ces document ne sont même pas tous confidentiels. Noam Chomsky, par exemple, a dénoncé toute cette opération, preuves à l’appui, mais sa voix est étouffée par les trompettes de la propagande de guerre atlantiste. Il y a eu des manifestations en Syrie en 2011, et de la répression, mais a vite suivi une guerre civile atroce, faisant des dizaines de milliers de morts, et des dizaines de milliers de réfugiés jetés sur les routes, dont même les médias bourgeois ont de la peine à cacher qu’elle oppose très largement l’armée gouvernementale aux djihadistes, principalement issus du Front Al-Nosra (Al-Qaeda donc) et de l’Etat islamique, djihadistes qui sont très nombreux à être des volontaires, ou des mercenaires, étrangers. Les rebelles « démocratiques » de l’Armée syrienne libre, dont l’Occident fait si grand cas, n’ont en fait qu’une existence minime sur le terrain. Sans nécessairement vouloir faire l’apologie du régime de Bachar El-Assad, on ne peut qu’imaginer l’avenir terrifiant qui attend la Syrie si ce régime laïc tombe et que les islamistes prennent sa place…
L’EI, comme Al-Nosra d’ailleurs, n’ont évidemment rien à voir avec une quelconque révolution démocratique, étant les pires ennemis de la démocratie. Ils ont peu à voir d’ailleurs avec la société syrienne en tant que telle. Par contre, ces groupes obscurantistes doivent tout à l’effort financier et idéologique considérable des pétromonarchies du golfe, ainsi que des USA directement. En effet, seule une amnésie sélective permet d’escamoter le fait que ce qui allait devenir Al-Qaeda fut constitué de toute pièce par les USA et l’Arabie saoudite, pour briser la République démocratique d’Afghanistan, et transformer ce pays d’Asie central en la région dévastée qu’il est de nos jours. Les djihadistes étaient alors nos alliés et la presse étatsunienne consacrait des articles élogieux à Oussama Ben Laden himself, dépeint en « combattant de la liberté » ! Quant, à l’EI, il est issu directement de la stratégie de division de l’Irak par l’occupant étatsunien, et d’une révolte sectaire sunnite contre le gouvernement central à dominante chiite. L’EI s’inscrit dans la droite ligne de la stratégie impérialiste de balkanisation de la région et reçut un soutien financier opportun en provenance des monarchies wahhabites, ainsi qu’une aide tout à fait confirmée de la Turquie.

Ce qui nous ramène au sujet principal du jour. Le public s’en souviendra peut-être. L’actuel président de Turquie, alors premier ministre, Recep Tayyip Erdogan était qualifié par la presse occidentale d’ « islamiste modéré », et son régime élogieusement décrit comme une synthèse réussie entre Islam, modernité et démocratie. Lors de ce que l’on a appelé « printemps arabe », des politiciens occidentaux ont même sérieusement proposé la Turquie comme modèle à suivre pour les pays nouvellement démocratiques !

Bon, depuis quelques temps, Erdogan est qualifié d’ « islamo-conservateur » et les éloges se sont fait plus que discrets. Pourtant, lui n’a pas changé, pas plus que son parti, l’AKP, Parti de la Justice et du Développement, qui a une bien singulière conception du développement, et une conception plus singulière encore de la justice. Simplement il devient impossible de nier des faits connus de tous. Il faut dire que l’AKP s’inscrit exactement dans la même mouvance que les Frères musulmans, et de tels partis islamistes du monde arabe. Les USA ont un temps sérieusement envisagé, et dans certains cas envisagent encore, de mettre de tels partis au pouvoir pour succéder à une dictature laïque discréditée. La Turquie d’Erdogan a largement mis en pratique cette idéologie islamiste, et ne montre que trop bien pourquoi les USA ont toutes les raisons d’apprécier ce modèle entièrement réactionnaire : néolibéralisme brutal (la propriété privée est sacrée selon les islamistes), doublé d’un obscurantisme sur toute la ligne, et d’une répression brutale de toute opposition à ce régime. Et parallèlement, insertion sans aucun scrupule particulier dans la chaîne de l’impérialisme. Les ressemblances avec un régime fasciste ne s’arrêtent pas à la théorie....

Je n’ai pas besoin de rappeler à quel point le régime d’Erdogan est un régime répressif, qui foule aux pieds toutes les normes démocratiques, même bourgeoises, et bafoue même de façon flagrante les normes les plus élémentaires de l’Etat de droit. Un régime dont le soutien à l’Etat islamique est avéré : contrebande de pétrole vendue par l’EI, soutien logistique, voire financier …Un régime qui conduit une guerre criminelle contre le peuple kurde, tant sur le territoire de la Turquie qu’en Syrie (sous couvert – hypocrite – d’opération contre l’EI). Tout ceci fait clairement d’Erdogan un criminel de guerre…mais étant un loyal serviteur de l’OTAN, la « communauté internationale » n’en n’a cure…On ne peut que souligner l’hypocrisie de cette soi-disant « communauté », qui prétend lutter contre l’EI, et ferme les yeux sur les crimes d’Erdogan…qui bombarde les forces kurdes du PYD, pourtant les seules, avec l’armée syrienne, à combattre réellement sur le terrain les djihadistes. C’est par contre en vain que l’on chercherait sur les champs de bataille les « rebelles démocrates » dont l’Occident fait tant de cas, ou alors il faut vraiment y aller au microscope…

Je vais passer maintenant aux positions du Parti du Travail à propos de la situation au Proche Orient.

Premièrement, notre Parti condamne sans réserve les crimes d’Erdogan et de son régime. Nous avions d’ailleurs appelé à une rupture des relations diplomatiques entre la Suisse et la Turquie…appel auquel le DFAE n’a bien sûr pas daigné répondre. Nos exprimons également une solidarité sans faille envers nos camarades turcs et kurdes, et un soutien total à leur lutte. Nous dénonçons également le rôle de la Suisse officielle, qui, sous couvert d’une neutralité de façade, a en fait bel et bien choisi son camp, et mène un jeu des plus troubles. Témoin en est la récente extradition vers l’Allemagne du réfugié politique kurde Mehmet Yesilçali, coupable uniquement d’être membre du Parti communisme marxiste-léniniste de Turquie (TKP M-L). Visiblement, la Confédération considère que la Turquie actuelle est une démocratie exemplaire, et qu’on peut sans problème répondre à ses desiderata, ou qu’être marxiste-léniniste est un crime. Le fait est que le mouvement de solidarité avec Mehmet Yesilçali n’a pas été à la hauteur de ce qu’il aurait dû être, et il y a beaucoup de zones d’ombre dans cette sombre affaire. Ce qui, bien sûr, pose aussi son lot de questions…

Je passerai maintenant aux solutions que nous envisageons pour l’avenir. En commençant par ce qu’il ne faut pas faire.

La première chose à dire est que la lutte pour la paix est toujours et nécessairement une lutte contre l’impérialisme. Une certaine gauche, parfois même qui se veut radicale, appelle à trouver des solutions en commun avec les puissances impérialistes à la guerre au Proche Orient, voire à une intervention impérialiste pour y mettre fin. De tels appels sont inadmissibles. Lutter pour la paix en commun avec l’impérialisme était une partie constitutive de la « nouvelle pensée » gorbatchévienne. On en a amplement vu les conséquences tragiques. L’impérialisme est le pire ennemi des peuples, et ses interventions n’ont jamais pour conséquence que d’aggraver la situation.

A ce sujet, nous avons des divergences importantes avec solidaritéS. Au niveau de l’analyse de la situation en Syrie, où ils voient eux la contradiction principale entre un « Peuple syrien en lutte pour la liberté et la démocratie » et « l’horrible tyrannie sanguinaire de Bachar El-Assad », n’accordant aux puissances impérialistes qu’un rôle accessoire. Une vision tellement proche de celle de la presse bourgeoise qu’il y aurait de quoi se poser des questions…Pour ce qui nous concerne, il est pourtant clair que la contradiction majeure passe entre les puissances impérialistes et les peuples de la région et qu’il s’agit avant tout d’une guerre impérialiste par l’intermédiaire des islamistes financés par les pétromonarchies du Golfe. Et aussi critiquable que puisse être le gouvernement syrien en place, on ne peut qu’imaginer l’horreur qui attendrait la Syrie s’il devait tomber et que les islamistes prenaient sa place (car c’est ce qui se passerait à tous les coups alors)… Nos camarades de solidaritéS préfèrent eux taper sur les « impérialismes » russe et chinois, posture pour le moins confortable quand on est un occidental. Il faut citer à ce propos un article signé Jean Batou dans le dernier numéro du journal solidaritéS, faisant état de quelques réticences chez les membres de solidaritéS à accorder un soutien total et entier au PYD, qui aurait le tort de ne pas « permettre l’expression d’autres forces politiques » dans les zones qu’il contrôle (et alors, exiger une démocratie libérale pluripartite en pleine guerre, sérieusement ?), et disant plus généralement que le tort des mouvements tiers-mondistes occidentaux des décennies passées aurait été…d’avoir été trop solidaire et pas assez critique des mouvements de libération nationale qu’ils soutenaient. On voit là typiquement la tare théorique d’un certain trotskisme, doublé d’une attitude d’occidental donneur de leçons, toujours pour la révolution en théorie, mais toujours contre en pratique, ou alors à des conditions tellement restrictives qu’on peut être sûr que jamais elles ne se réaliseront. Ce n’est en tout cas pas ainsi que nous concevons l’internationalisme.

De que internationalisme avons nous besoin ? J’en reviens donc, pour conclure, à ma digression du début, qui n’e n’était pas une. Pour faire face aux défis d’aujourd’hui, nous devons reprendre l’héritage théorique, organisationnel et révolutionnaire de la Tricontinentale. Car nous avons vitalement besoin d’une coordination des luttes, et pour cela d’une structure internationale. La IIIème Internationale n’était peut-être pas parfaite, reste qu’elle était absolument indispensable, et que sa dissolution a laissé un vide qui ne fut jamais comblé. C’est à cette tâche que nous devons aujourd’hui nous atteler. Plus que jamais nous avons besoin de clarification des positions face à l’impérialisme, de cohérence idéologique, mais aussi de luttes révolutionnaires, et d’une organisation pour les porter.

Je finirai mon discours en citant le Message à la Tricontinentale de Che Guevara : « En définitive, il faut tenir compte du fait que l’impérialisme est un système mondial, stade suprême du capitalisme, et qu’il faut le battre dans un grand affrontement mondial. Le but stratégique de cette lutte doit être la destruction de l’impérialisme. Le rôle qui nous revient à nous, exploités et sous-développés du monde, c’est d’éliminer les bases de subsistance de l’impérialisme : nos pays opprimés, d’où ils tirent des capitaux, des matières premières, des techniciens et des ouvriers à bon marché et où ils exportent de nouveaux capitaux (des instruments de domination) des armes et toutes sortes d’articles, nous soumettant à une dépendance absolue. »

23 mars 2016

50 ans après, l’héritage de la Conférence Tricontinentale



Du 3 au 15 janvier 1966 se réunirent à la Havane, à Cuba, quelques 500 délégués, représentant 82 pays d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, ainsi que des délégations du Parti communiste chinois et du Parti communiste d’Union soviétique. Ce fut la Conférence Tricontinentale, Aussi appelée Conférence de Solidarité avec les Peuples d'Asie, d'Afrique et d'Amérique Latine. Date majeure dans l’histoire des luttes anti-impérialistes comme du Mouvement communiste international, initiative audacieuse qui était sur le point de porter un coup fatal à l’impérialisme, la Tricontinentale est pratiquement oubliée de nos jours, même parmi les communistes, ensevelie sous la tyrannie de la domination néocoloniale et l’écrasement dans le sang des luttes qu’elle avait impulsé. De fait, son cinquantième anniversaire n’a pas fait les gros titres de par le monde, même dans la presse communiste. Il faut tout de même signaler la très intéressante série consacrée à la Tricontinentale et à son héritage qui fut organisée à Genève par l’Atelier – histoire en mouvement, association dont le but est de faire vivre la mémoire des luttes pour l’émancipation de la classe ouvrière, des femmes et des peuples opprimés. Alors qu’était cette conférence qui s’est déroulée il y a 50 ans et que représente son héritage de nos jours ?

Pour répondre à cette question, il faut remonter quelque peu en arrière, aux origines du Mouvement communiste international. Les fondateurs, Marx et Engels, s’ils n’ont pas énormément traité la question nationale et coloniale pour elle-même, ont néanmoins formulé toutes les bases théoriques nécessaires pour la lutte anti-impérialiste et de libération nationale. Des bases qui furent, et c’est un euphémisme, passablement laissées de côté par les dirigeants de la Deuxième Internationale, composée en ce temps uniquement de partis nés dans les métropoles impérialistes, avec toutes les conséquences que cela implique. De fait, durant toute l’existence de la Deuxième Internationale, une ambiguïté fondamentale demeura sur la question des colonies et des peuples soumis à l’oppression coloniale. En pratique, les dirigeants droitiers faisaient tout leur possible pour esquiver la question. En réalité, ils étaient déjà quant au fond acquis à l’impérialisme de « leur » pays, ce qui deviendra parfaitement apparent lors du déclanchement de la Première Guerre mondiale.

Lénine et le Parti bolchevik ont à juste titre fermement dénoncé cette attitude opportuniste et en ont prédit bien à l’avance les conséquences fatales. Lénine a amplement théorisé la nécessité de l’articulation de la lutte pour l’émancipation de classe des travailleurs et de la lutte pour l’émancipation nationale des peuples que l’impérialisme opprime. Après la Révolution d’octobre, l’Internationale communiste nouvellement formée fit un effort important pour que toute ambiguïté dans les partis communistes au sujet des colonies de « leur » pays cesse et qu’ils s’engagent pour la cause de la libération nationale des peuples colonisés. En 1927 se tient à Bruxelles le Congrès international des peuples, organisé par l’Internationale communiste, rassemblant des partis communistes ainsi que des organisations issues des pays occupés par l’impérialisme. La Ligue mondiale anti-impérialiste pour la libération des peuples, première organisation anti-impérialiste mondiale et qui apporte un soutien réel aux luttes de libération nationale est créée à cette occasion. Des futurs leaders des luttes pour l’indépendance nationale, comme par exemple Jawaharlal Nehru, s’y retrouvent et y entament le parcours qui fera d’eux ce qu’ils sont devenus. Remarquons que l’on est en 1927, en pleine période « stalinienne ». Il est d’usage parmi les propagandistes bourgeois, ainsi que de leurs épigones de « gauche » de présenter cette période comme une ère de ténèbres simpliciter. Ils montrent surtout par là qu’ils sont les dignes héritiers de l’idéologie coloniale pour laquelle le sort des peuples non-occidentaux est quantité négligeable…

La victoire éclatante de l’URSS sur le Troisième Reich hitlérien apporte un discrédit irréversible à l’idéologie colonialiste, que les nazis avaient rendu désormais inacceptable en l’appliquant à des populations européennes, ainsi qu’un changement des rapports de force à l’échelle planétaire, mettant l’impérialisme provisoirement sur la défensive. Les luttes d’indépendance nationale commencent à être couronnées de succès et la décolonisation commence, en Asie d’abord, en Afrique ensuite. Un processus difficile et douloureux, tant les puissances impérialistes n’ont jamais rien concédé de leur plein gré, tant elles ont utilisé des moyens criminels sans nombre pour tenter de freiner l’irrésistible mouvement d’émancipation nationale, tant les peuples ont payé de leur sang la moindre parcelle de liberté gagnée de haute lutte. Et ce n’était pas tout encore que d’accéder à l’indépendance politique formelle si l’on n’acquérait pas aussi l’indépendance économique. Les chaînes du colonialisme étaient bien souvent remplacées par celles du néocolonialisme, moins visibles, mais pas moins brutales pour autant. Les pays d’Amérique latine étaient, eux, indépendants formellement depuis bien longtemps, mais en pratique gémissaient dans une oppression néocoloniale atroce imposée par les Etats-Unis et leur sinistre doctrine Monroe. Ils représentaient pour les pays nouvellement indépendant d’Asie et d’Afrique l’avenir que l’impérialisme leur réservait s’ils ne se donnaient pas les moyens de prendre leur destin en main.

La conscience de la nécessité pour les peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine de coordonner leurs luttes pour se débarrasser de ce qui restait du colonialisme stricto sensu et du néocolonialisme s’imposa largement dès les années 50. Le projet de convoquer une conférence tricontinentale fut élaboré conjointement par le militant anticolonialiste marocain Mehdi Ben Barka, Ernesto Che Guevara, Hô-Chi Minh et le révolutionnaire cap-verdien Amilcar Cabral. Ainsi que l’avait dit Mehdi Ben Barka la Tricontinentale est, telle Cuba, l’union de deux courants: «Celui surgi avec la révolution socialiste d’octobre et celui des révolutions nationales libératrices.» La Havane est donc choisie comme siège.

La Conférence Tricontinentale se tint finalement en janvier 1966 à la Havane. Mehdi Ben Barka ne put y être présent, enlevé et secrètement assassiné qu’il fut par les services secrets français à Paris peu avant, étant donné la menace qu’il représentait pour l’impérialisme mondial. Le Che aussi fut absent à la conférence, pourtant il en est paradoxalement la figure la plus connue. De cette conférence on se rappelle le plus souvent est son célèbre Message à la Tricontinentale, aisément accessible sur internet. Le célèbre slogan « créer deux, trois, de nombreux Vietnam » en est issu. Ainsi que Che Guevara le dit :

« Comme nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de morts et d’immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coups répétés assénés à l’impérialisme, avec pour celui ci l’obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde ! […] Toute notre action est un cri de guerre contre l’impérialisme et un appel vibrant à l’unité des peuples contre le grand ennemi du genre humain : les Etats-Unis d’Amérique du Nord. Qu’importe où nous surprendra la mort ; qu’elle soit la bienvenue pourvu que notre cri de guerre soit entendu, qu’une main se tende pour empoigner nos armes, et que d’autres hommes se lèvent pour entonner les chants funèbres dans le crépitement des mitrailleuses et des nouveaux cris de guerre et de victoire. »

La Conférence Tricontinentale proprement dite, quant à elle, prit une série de décisions importantes et se donna les moyens de les appliquer : désignation des USA comme ennemi principal, dénonciation du pillage du Tiers-Monde et du néocolonialisme, soutien à la lutte héroïque du peuple vietnamien, lutte contre le régime de l’apartheid, coordination des luttes anti-impérialistes…A la suite de la Conférence Tricontinentale, furent accomplies des actions décisives pour le soutien mutuel aux luttes anti-impérialistes, pour mettre l’impérialisme en échec, certaines nécessairement secrètes, d’autres au grand jour, dont les plus célèbres demeurent l’engagement de combattants cubains en Afrique, qui apporta une contribution décisive à la défaite du régime de l’Apartheid et de ses tentatives d’ingérence. On l’oublie facilement aujourd’hui, jusqu’au milieu des années 70, c’était le camp du progrès qui était à l’offensive, et celui de la réaction en recul. Une victoire de la révolution mondiale semblait à portée de main, et sans doute était possible…La Tricontinentale, c’est aussi un important travail théorique, un travail d’analyse très minutieux de la situation des pays en lutte pour leur émancipation qui n’a rien perdu de son intérêt ni de son actualité de nos jours. Par exemple, les experts de la Tricontinentale ont compris les mécanismes de l’asservissement grâce à la dette publique illégitime…avant même que l’impérialisme ne mette ces mécanismes à profit.

Pour briser ce défi pour son existence même, l’impérialisme eut recours à des moyens d’une brutalité pratiquement inédite : assassinat en série des dirigeants, écrasement dans le sang de toutes les luttes de libération qu’il était possible d’écraser, sans aucun scrupules pour l’utilisation des armes de destruction massive et des pires dictature fascistes, qui n’on rien à envier à celles du NSDAP, renforcement des chaînes du néocolonialisme par la mise en esclavage en bonne et due forme que constituent les dits « plans d’ajustement structurel » du FMI, lavage de cerveau enfin grâce à la propagande néolibérale omniprésente. Le mouvement né de la Tricontinentale ne fut pas en mesure de résister à cette contre-offensive et fut brisé. L’URSS non plus ne sur relever le défi, et s’engagea dans un  repli révisionniste qui aboutit bientôt à l’élection du traître Gorbatchev à la tête du Parti et du pays.


Le triomphe, au moins provisoire, de l’impérialisme semblait complet. Mais c’est justement pour cela que l’héritage de la Tricontinentale est précieux, qui faut l’étudier, afin d’apprendre des luttes révolutionnaires du passé pour ne pas échouer dans celles de l’avenir, afin cette fois de non seulement mettre l’impérialisme en échec, mais de le briser définitivement.

21 mars 2016

Lancement de l’initiative populaire « Pour le remboursement des soins dentaires »



Le mardi 15 mars 2016, l’initiative populaire, attendue avec impatience depuis un certain temps déjà, du Parti du Travail intitulée « Pour le remboursement des soins dentaires » est enfin parue dans la Feuille d’Avis Officielle de la République et canton de Genève.  C’est donc enfin parti pour la récolte de signatures !

Le texte que nous lançons s’inspire de celui déposé il y à quelques temps déjà par nos camarades du POP vaudois, la section vaudoise du Parti Suisse du Travail, conjointement avec solidaritéS Vaud, qui rencontra un vif succès auprès de la population et qui devrait passer en votation populaire cette année. Un texte à peu près identique fut déposé dans le canton de Neuchâtel par le POP, et dans le canton du Tessin par le Parti socialiste.

La décision de lancer cette initiative indispensable date de notre Congrès cantonal de décembre 2014 déjà. Pour différentes raisons indépendantes de notre volonté, la réalisation de cette décision fut retardée pendant une année entière. Elle a désormais pu être concrétisée.

Il s’agit d’un combat absolument juste et nécessaire. En effet, à ce jour, les soins dentaires ne sont pas remboursés par les assurances-maladie, et doivent de ce fait être payées à 89% par les gens de leur poche. Il s’agit de frais irréguliers et élevés, trop élevés pour bien des personnes qui ne peuvent se les permettent…et de ce fait renoncent à se faire soigner les dents, parfois pendant des années. L’inégalité sociale face à la santé bucco-dentaire qui en résulte est tout simplement choquante, et injustifiable. Ainsi que l’a dit, justement pour une fois, le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard : « Les inégalités sociales jouent à plein et la santé dentaire des populations défavorisées du canton correspond à celle des habitants d’un pays en voie de développement ». En 2009, la Revue médicale suisse avait du reste consacré un fort intéressant et très bon article à l’inégalité sociale face aux dents, un article qui recommande la mise en place d’une assurance pour le remboursement des soins dentaires pour y faire face.

Pour remédier à cette injustice flagrante, nous proposons la mise en place d’une assurance pour le remboursement des soins dentaires financée sur le modèle de l’AVS, un modèle qui représente ce qu’il existe de plus juste, de plus avancé, et de plus efficace en matière de sécurité sociale dans notre pays. Un modèle qui a fait ses preuves. Un modèle pour lequel notre Parti s’était âprement battu. Un modèle qui constitue une réelle alternative au système d’escroquerie organisées qu’est la LAMal et sa galaxie de caisses privées, et surtout au scandaleux chacun  pour soi libéral aujourd’hui en vigueur.

Le débat dans les cantons de Vaud et de Neuchâtel n’a que trop suffisamment montré que nos adversaires n’ont aucun argument valable à opposer à notre projet, tant il est indiscutablement justifié à tous points de vue, si ce n’est leur arrogance de classe et leur haine des assurances sociales.

Nous lançons certes notre initiative en notre propre nom – autrement nous aurions dû attendre plusieurs années encore avant de pouvoir le faire – mais ne nous partons pas entièrement seuls pour autant. Le Parti du Travail a fait les démarches en vue de rassembler un comité de soutien à son initiative. Nous avons d’ores et déjà eu les réponses positives du MPF, de l’ALCIP, des Indépendants de Gauche, de solidaritéS, du PCG, du DAL, de la Gauche, d’ACTE, du député Christian Zaugg à titre personnel. Mais surtout nous avons la justesse de notre cause, qui répond aux intérêts et aux aspirations les plus fondamentales des classes populaires de ce canton, en notre faveur. De fait, notre initiative a reçu un accueil très positif de la part de la population dès avant son lancement.

Depuis sa fondation, notre Parti a toujours été à l’avant-garde du combat pour le progrès social. Aujourd’hui nous continuons cette glorieuse tradition en entamant un combat indispensable pour mettre fin à une inégalité flagrante, un combat de classe pour les justes revendications des travailleurs et des classes populaires de notre canton.

Signez et faites signer l’initiative « Pour le remboursement des soins dentaires » !



13 février 2016

1916 – 2016, prendre appui sur l’héritage de Kienthal pour construire l’avenir



Il y a cent ans, le monde était plongé dans les ténèbres de la réaction la plus absolue. Le sang coulait à flots dans la grande boucherie impérialiste qu’était la Première Guerre mondiale. La quasi-totalité des peuples de la planète étouffait dans les chaînes de l’impérialisme et de l’oppression coloniale. La social-démocratie, qui avait naguère incarné l’espoir d’un avenir meilleur, avait irrémédiablement trahi tous ses principes, et n’était plus qu’une opposition de sa majesté au service de la bourgeoisie. Ses illustres chefs de naguère devenus des ministres sans portefeuille obéissants des gouvernements belligérants.

Mais même les ténèbres les plus absolues recèlent comme une étincelle de clarté. Du 24 au 30 avril de cette sombre année, se réunirent à Kienthal, dans l’Oberland bernois, les représentants de tout ce qu’il restait de sain et d’honnête dans le mouvement socialiste international. Là, sous l’impulsion de la délégation bolchévique, conduite par Lénine, fut posée de front la nécessité de la rupture avec tout ce qui avait conduit à la faillite la IIème Internationale, et de la reconstruction de l’Internationale sur des bases nouvelles. Et l’année suivante, la tyrannie séculaire des tsars était renversée, puis la bourgeoisie russe tombait à son tour sous les coups de la Grande Révolution socialiste d’octobre. Le premier Etat socialiste de l’histoire voyait le jour. Et les discussions en cercle restreint qui eurent lieu à Kienthal avaient jeté les prémisses de la IIIème Internationale, du mouvement communiste international, dont notre Parti est héritier à part entière. Ce qui semblait être une ère de ténèbres ouvrait de fait un cycle révolutionnaire glorieux, et qui changea le monde à jamais.
Aujourd’hui, il est impossible de ne pas remarquer de frappantes analogies avec ce qui fut cent ans plus tôt. Ne serait-ce que parce que nous vivons également une sombre époque. La contre-révolution dans la plupart des pays socialistes à la fin des années 80 ne fut que la victoire de la bourgeoisie, et une défaite atroce pour les travailleurs de par le monde, ouvrant une ère de réaction brutale sur toute la ligne, une destruction méthodique de toutes les réalisations remarquables obtenues de haute lutte par les communistes, que ce soit dans les pays socialistes, ou dans les pays capitaliste, où la bourgeoisie au pouvoir dut reculer dans bien des domaines pour ne pas tomber. Si les empires coloniaux sont largement démantelés – la Révolution d’octobre n’y est pas pour rien – les pays que l’on appelle hypocritement « en voie de développement » gémissent dans les chaînes du néocolonialisme, qui, si elles ne sont pas toujours visibles à l’œil nu, n’en sont pas moins lourdes pour autant. S’il n’y a pas à ce jour de guerre globale à proprement parler, la lutte entre puissances impérialistes pour le contrôle des ressources et des marchés conduit à intensification des expéditions guerrières, et dont la multiplication est lourde de menaces à ne pas sous-estimer.

Mais voilà, le capitalisme est enlisé dans une crise systémique. Tous les efforts des puissances impérialistes et de leurs banques centrales pour en sortir n’ont fait que l’aggraver. Malgré tous les milliers de milliards injectés dans les banques privées, la reprise économique est au mieux volatile, en réalité éphémère, et de fait quasiment terminée. Ce qui du reste est logique. Nul ne pourrait résoudre un problème avec les mêmes mécanismes  que ceux qui l’ont créé. La crise que nous vivons est structurelle au capitalisme, et ne peut être durablement résolue en son sein.


Et c’est là que, au plus profond des ténèbres, apparaît une lueur d’espoir. S’il n’y a pas à ce jour de véritable dynamique révolutionnaire, il devient de plus en plus clair que les choses ne peuvent durer ainsi. C’est l’histoire elle-même qui place aujourd’hui les communistes devant leurs responsabilités. Si le monde a changé, ce n’est qu’en restant fidèles à notre héritage révolutionnaire, celui qui fut réaffirmé à Kienthal il y a 100 ans, ce n’est qu’en brandissant le drapeau rouge qui y fut brandi, qu’il est possible de comprendre ce monde changé, et surtout de le transformer. L’année 2017, marquera le centenaire de la Révolution d’octobre. Il est de notre responsabilité de faire en sorte que cette année, à défaut d’une année de révolution, soit au moins une année de rupture avec la désespérante réaction que nous subissons depuis trop longtemps. Car cette rupture n’a jamais été aussi nécessaire.