08 avril 2017

La lutte des femmes qui déclencha la Révolution de février



Bien qu’il soit sans conteste un journal bourgeois et néolibéral, le Temps est pourtant sans conteste un quotidien de qualité et intéressant, où paraissent nombre d’articles dignes d’être lus, même pour un communiste. Il convient en particulier de saluer l’article publié le 7 mars 2017, signé Olivier Perrin et consacré à la Révolution russe de février 1917.

On sait très bien en effet que l’Empire tsariste était déjà aux abois au début du XXème siècle, miné par des contradictions de classes particulières aigues et violentes, son sous-développement et son anachronisme patent (une monarchie absolutiste féodale à l’ère industrielle…). On sait très bien aussi que ce régime tenta, comme bien d’autres, de résoudre ses contradictions en se lançant tête baissée dans la Première Guerre mondiale…mais que cette « solution » lui fut fatale. La Russie des tsars finissante, pays largement agricole, peu industrialisé et semi-féodal, n’était en effet pas de taille face à son ennemi direct dans cette guerre impérialiste, le Deuxième Reich de Guillaume II, alors la première puissance industrielle du monde. Malgré quelques relatifs et éphémères succès sur le front, la guerre fut globalement un désastre, tant au plan des opérations militaires qu’à l’arrière. La guerre s’éternisait, faisant des centaines de milliers de victimes, et les généraux tsaristes avaient de plus en plus de mal à garder sous contrôle une armée à 90% composée de soldats d’origine paysanne, excédés de se faire massacrer pour une cause qu’ils savaient ne pas être la leur, réduits à la famine par un approvisionnement plus qu’aléatoire, désespérés et prêts à tout pour en découdre. A l’arrière aussi, la population, déjà misérable avant, était réduite au dénuement le plus absolu, suite à la désorganisation de la vie économique, à un rationnement drastique, à un ravitaillement des plus défaillants…pendant que quelques privilégiés faisaient des profits records et continuaient à vivre dans le luxe, que la corruption endémique de la bureaucratie tsariste aggravait encore la situation, et que le gouvernement ne prenait aucune mesure de régulation de l’économie digne de ce nom, au nom du respect de la propriété privée. La situation était tendue à l’extrême, le peuple n’en pouvait plus, les grèves et les émeutes se multipliaient, et n’importe quel événement pouvait être l’étincelle qui déclencherait l’incendie.

Cette étincelle, ce fut la Journée internationale de l’Ouvrière, le 8 mars (ou 23 février selon l’ancien calendrier julien alors en vigueur en Russie), adoptée par le Mouvement des femmes socialistes, lié à la IIème Internationale, en 1910. Le 8 mars/ 23 février 1917 donc des milliers de femmes ouvrières et ménagères défilent pacifiquement pour exiger le retour de leurs maris du front et du pain. Elles sont rejointes par des milliers d’ouvriers du textile, solidaires avec les 30'000 grévistes de l’usine Poutilov, mis à la rue par le lock-out patronale et confrontés à la répression de la police du régime. Aux revendications initiales se rajoutent vite les slogans « pour une paix immédiate ! », « à bas l’autocratie ! » et « à bas le tsar ! ». Les étudiants et les employés sa rallièrent rapidement aux ouvriers, et le 25 février la grève était générale. L’empereur Nicolas II donna l’ordre de tirer sur la foule, mais il ne fut pas obéi. Le 26, au matin, la garnison commença à passer du côté de la révolution. Les ministres tsaristes essayaient de faire venir des unités du front pour réprimer la révolution, mais personne ne leur obéissait plus. Le Soviet des députés ouvriers et soldats, aux commandes les premiers jours de la Révolution, entra en fonction le 27. Il aurait pu prendre le pouvoir à ce moment là déjà, et les affres de la guerre civile auraient peut-être pu avoir été évités, mais les socialistes « modérés », mencheviks et SR, n’en n’ont pas voulu. Dans la nuit du 27 au 28, un Comité provisoire de la Douma, composé de tous les partis y présents, exception faite de l’extrême-droite monarchiste, fut constitué afin de former un gouvernement provisoire, ce qui fut fait le 2 mars. Le 3 mars, Nicolas II était poussé à l’abdication par son entourage en faveur de son frère, le Grand-Duc Michel, qui abdiqua à son tour en faveur du peuple. La monarchie pluriséculaire des Romanov n’était plus, et laissait place à une Russie nouvelle.


La Journée internationale des femmes travailleuses, le 8 mars, fut donc le point de départ du processus révolutionnaire qui culmina avec Octobre, et conduisit la vielle Russie des tsars à des hauteurs auparavant inimaginables, dont toutes les vicissitudes ultérieures ne peuvent effacer la grandeur. Le 8 mars n’est donc pas qu’une « Journée de la femme », ou une journée onusienne parmi d’autres, mais une date fondamentalement révolutionnaire.

Paquet Berset : le Parti du Travail le combattra par référendum !



Les deux chambres de l’Assemblée fédérale ont donc fini ce vendredi 17 mars par voter la réforme Prévoyance vieillesse 2020, aussi connue sous le nom de Paquet Berset – du nom du conseiller fédéral « socialiste » qui la porté. L’UDC et le PLR dénoncent pourtant un insupportable « diktat » imposé par la gauche et le centre du Conseil des Etats au Conseil national, tandis que le PSS et les Verts se perdent en éloge face à une « avancée historique ». Alors, le Paquet Berset, un projet de « centre-gauche » de nature progressiste, fût-ce modérément, et combattu par une droite réactionnaire ? Les apparences sont trompeuses…

En réalité, ce fameux compromis n’est rien d’autre qu’un vol des rentes éhonté. Il prévoit en effet :

·     Une baisse du taux de conversion des rentes du 2ème pilier de 6,8% à 6% (Rappelons qu’il y a quelques années à peines, le peuple suisse avait refusé la baisse du taux de conversion à 6,4% à près de 75% des voix ! La démocratie, c’est juste bon pour un discours du 1er août)
·     La hausse de l’âge de départ à la retraite pour les femmes de 64 à 65 ans
·     Une hausse de 0,6% de la TVA
·     Une hausse des cotisations AVS et LPP

Qu’est-ce que la droite trouve à redire à cet infâme cocktail, qui devrait pourtant lui plaire ? C’est que, pour donner quelques chances au Paquet Berset de passer l’épreuve de l’inévitable vote populaire, le PSS et le PDC se sont mis d’accord pour prévoir un relèvement des rentes AVS de…70 francs par mois (sic !), ainsi qu’un relèvement du plafond des rentes de couple ; mais cela pour les nouveau retraités seulement. Celles et ceux qui sont déjà à la retraite ne toucheront rien de plus. Et c’est cette hausse de 70 francs que le PSS et les bureaucrates jaunes à la tête d’UNIA et de l’USS osent présenter comme un progrès social historique – c’est la première fois depuis fort longtemps, voyez-vous, que les rentes AVS auraient été enfin augmentées…70 francs, ça ne doit pas même représenter le prix d’une cravate pour certains élus de « gôche » acquis à la compromission. Certes, cette somme n’est pas tout à fait négligeable pour celles et ceux qui n’ont presque rien, dont la majorité se trouvent être des femmes. Mais il vrai aussi qu’il ne resterait pas grand chose de cette somme eu égard des hausses de cotisations et de TVA. Il est vrai aussi que pour compenser l’année de moins, entre 64 et 65 ans, pendant laquelle elle ne toucherait pas de rente AVS, une femme devrait vivre jusqu’à…94 ans. Bref, un vol des rentes pur et simple, et certainement pas un compromis.

Le Parti du Travail a combattu le Paquet Berset depuis le début, et le fera jusqu’au bout. Denis de la Reussille, unique conseiller national du Parti Suisse du Travail, a voté contre ce démantèlement lors du vote final de vendredi matin. Ainsi qu’il l’a déclaré : "Politiquement, il peut être intéressant de remettre dans le débat la problématique de la retraite des femmes qui, pour nous, est une ligne rouge qui ne doit pas être franchie."

La majorité des chambres fédérales ayant lié le sort du paquet entier à la hausse de la TVA, et que celle-ci suppose une modification de la Constitution, soumise au référendum obligatoire, il pourrait sembler qu’il suffirait d’attendre cette échéance pour faire possiblement échouer la réforme. Néanmoins, afin d’avoir plus de certitude de remporter la victoire, et de combattre aussi le Paquet Berset sur le fond, un référendum sera néanmoins nécessaire. Il devra être lancé bientôt. Notre Parti s’engagera activement dans cette bataille.


Néanmoins, s’il est une chose sur laquelle nous sommes aussi d’accord, c’est que le système actuel des trois piliers n’est ni social ni durable. Mais, au lieu de négocier son démantèlement, nous continuerons quant à nous le combat historique de notre Parti, pour de véritables retraites populaires.

06 février 2017

Un centenaire qui ébranlera le monde ?



L’année 2017 vient donc de commencer. L’année 2016 avait nettement été une année marquée par la réaction et les mauvaises nouvelles pour le camp progressiste : poursuite de la crise du capitalisme et des guerres impérialistes, élection de Donald Trump à la présidence des USA, difficultés nouvelles et aggravées pour les processus révolutionnaires en Amérique Latine, décès de Fidel Castro, le dernier grand révolutionnaire du XXème siècle qui était encore parmi nous, résultats plus que décevants des votations populaires en Suisse…1916 fut aussi une bien sombre année, illuminée seulement par les brasiers de la Première Guerre mondiale, quand les flammes des bombes jetaient un éclairage sinistre sur des carnages sans nom. Pourtant, c’est de ces ténèbres les plus absolues qu’allait jaillir une lumière éclatante. En février 1917, une révolution démocratique bourgeoise renversait la monarchie pluriséculaire des tsars. Et le 7 novembre (ou 25 octobre selon l’ancien calendrier), le nouveau régime bourgeois, « démocratique », mais tout aussi réactionnaire que l’ancien, était balayé à son tour par une révolution prolétarienne, dirigée par le Parti bolchevik sous la conduite de Lénine. C’était la première révolution socialiste victorieuse de l’histoire, le début d’une ère nouvelle. Les nombreuses péripéties et méandres des décennies qui suivirent, la contre-révolution qui s’imposa finalement en 1991, n’enlèvent rien à la grandeur de ce que fut la Grande révolution socialiste d’octobre, ni aux réalisations incontestables du socialisme.

C’est ce glorieux centenaire que nous allons célébrer cette année. Le meilleur hommage que nous pourrions rendre à la Révolution d’octobre serait de suivre ses pas, de nous engager à notre tour dans la voie de la rupture avec l’oppression capitaliste, en marchant vers l’avenir, vers une société nouvelle, socialiste. 2017 pourrait-elle être une année qui apportera un véritable changement ? Ce que nous en avons vu jusque là – entre l’inauguration de Donald Trump et le spectacle pitoyable des primaires du P“S“ français – ne va pas vraiment dans ce sens. Et pourtant, il ne faut en aucun cas désespérer. Ne serait-ce que parce que les idées communistes n’ont jamais été aussi nécessaires. Une récente étude de l’ONG Oxfam – étude tellement sérieuse et incontestable que même la RTS, par exemple, a relayé l’information – révèle qu’en ce début d’année 2017 les inégalités abyssales qui caractérisent notre monde capitaliste décadent se sont encore creusées au-delà du concevable. Ainsi, les 8 personnes les plus riches du monde (OUI, seulement 8 !) possèdent autant que les quelques 3,5 milliards des habitants les plus pauvres de notre planète. Qu’un vieux film soviétique de science-fiction par exemple eût pris de tels chiffres pour scénario, la presse bourgeoise se serait empressée de le qualifier de « grotesque ». Mais aujourd’hui la réalité dépasse la science-fiction…N’oublions pas que dans le même temps des centaines de millions de personnes meurent de faim.

Un tel monde, qui confine à l’absurde, devient proprement intolérable et a besoin d’urgence d’un changement radical. Ainsi que l’avait dit Lénine : « Partout, à chaque pas, on se heurte aux problèmes que l'humanité serait à même de résoudre immédiatement. Le capitalisme l'en empêche. Il a accumulé des masses de richesses, et il a fait des hommes les esclaves de cette richesse. Il a résolu les problèmes les plus difficiles en matière de technique, et il a stoppé la réalisation de perfectionnements techniques en raison de la misère et de l'ignorance de millions d'habitants, en raison de l'avarice stupide d'une poignée de millionnaires ». Plus que jamais, le socialisme est non seulement possible, mais absolument nécessaire, ne serait-ce que pour assurer la survie de notre espèce que l’avarice stupide des maîtres du capital conduit à une extinction prochaine en rendant à terme notre planète pour nous inhabitable au nom du profit immédiat. Les positions climato-sceptiques du nouveau gouvernement étatsunien ont pour le moins le mérite de rappeler l’ampleur du problème, et la totale inaptitude de la bourgeoisie d’y faire face.


Soyons donc fiers de lever haut l’étendard rouge qui flotta sur la Révolution d’octobre, car il représente l’espoir et la seule voie vers un avenir meilleur, célébrons dignement le centenaire de la Grande révolution, et un jour notre lutte portera elle aussi ses fruits, et l’aube d’une ère nouvelle, celle du socialisme, brillera aussi sur la Suisse.

RIE III : non à un cadeau fiscal scandaleux au grand capital !




Un couplet hélas trop souvent oublié de l’Internationale – mais qu’il faudrait chanter plus souvent – dit :

« L'état comprime la loi triche 

L'impôt saigne le malheureux 

Nul devoir ne s'impose aux riches 

Le droit du pauvre est un mot creux 

C'est t'assez languir en tutelle 

L'égalité veut d'autres lois 

Pas de droits sans devoirs dit-elle

Egaux pas de devoirs sans droit »

Ce couplet, il faudrait en effet le chanter plus souvent, tant il répond de façon criante à des enjeux brûlants d’actualité. Il est notamment impossible de ne pas l’avoir en tête quand on pense à la troisième réforme de l’imposition des entreprises, dite RIE III, sur laquelle nous voterons ce 12 février. Pour la droite et le patronat, il s’agit de la « mère de toutes les batailles ». Ils ont mis les grands moyens pour ce qu’il convient d’appeler un matraquage en bonne et due forme. De dépliants tout-ménage à répétition, aux affiches omniprésentes, en passant par les annonces presse et vidéos youtube, pour un message simple (simpliste) : le peuple DOIT voter la RIE III, « there is no alternative », la RIE III ou le chaos, l’apocalypse, les cartes de rationnement, la famine, la grande peste…M. le conseiller d’Etat Dal Busco s’est même senti autorisé à faire la promotion de la RIE III dans un courrier officiel envoyé à tous les contribuables. Pourtant, nous sommes en démocratie, du moins à ce qu’il paraît, et normalement le peuple souverain a non seulement le droit, mais aussi le devoir de juger par lui-même, en connaissance de cause, des décisions qui sont de sa compétence, et devrait, logiquement, fort peu goûter le chantage ou qu’on lui ordonne quoi voter. Or, il y a de quoi y regarder de plus près…

4,6 milliards de pertes fiscales annoncées, au moins !

Pourquoi la RIE III ? La raison officielle est que jusqu’à ce jour la Suisse a pratiqué un double système d’imposition pour les entreprises. Les entreprises Suisses payaient comme il se doit le taux normal, par exemple 22,5% d’impôt sur le bénéfice à Genève. Mais pour attirer des multinationales étrangères on leur offrait sur mesure un taux d’imposition préférentielle, qui pouvait être équivalent à la moitié, voire nettement moins, de ce qu’elles auraient payé normalement. Un système de passe-droit qui évoque le bon vieux temps des privilèges de la noblesse d’Ancien Régime…Certains cantons – Genève, Vaud, Bâle, Zoug – ont massivement usé et abusé de ce système. D’autres n’y ont presque pas eu recours. Mais toutes les bonnes – et les mauvaises – choses ont une fin. L’OCDE n’est plus disposée à tolérer ce qui constitue un cas patent de concurrence déloyale et exige que toutes les entreprises en Suisse soient taxées au même taux, ce qui serait la moindre des choses. Evidemment, il serait juste et légitime que ce système des privilèges scandaleux tombe. La seule question est : de quelle façon ? Le plus juste et le plus logique aurait été de simplement abolir tous les taux préférentiels, pour soumettre toutes les entreprises au taux normal. Ou du moins mettre un taux à mi chemin entre celui que payent les entreprises suisses, et celui que payent les sociétés « à statut », pour qu’au moins il n’y ait pas de pertes fiscales.

Evidemment, ce n’est pas la solution qu’a choisi la majorité de droite des chambres fédérales. La logique de la droite était : s’il faut mettre toutes les entreprises au même régime, qu’ainsi soit-il ; mais si on augmentait les taux d’imposition des multinationales, elles pourraient partir sous d’autres cieux, et on perdrait ainsi la totalité des impôts qu’elles versent ; alors, puisqu’il faut mettre tout le monde au même taux, mais de façon à ce que les sociétés à statut ne payent pas plus, c’est simple, il suffit de mettre pour tout le monde un taux bas, et d’abaisser ainsi l’impositions des entreprises suisses – qui n’en demandaient pas tant – au même niveau que les sociétés à statut. Outre le taux d’imposition en tant que tel, la RIE III prévoit moult possibilités de déductions diverses et variées, grâce auxquelles certaines multinationales payeraient encore moins qu’avant.

Sauf que tout ceci à un coût très lourd : 4,6 milliards de pertes fiscales par an à prévoir ! Dont 1,6 milliards pour la Confédération, et près de 3 milliards pour les cantons et les communes. Il s’agit de montants énormes. Un manque à gagner de recettes fiscales qu’il faudra bien compenser par de nouvelles coupes importantes dans les prestations, dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les prestations sociales, dans les transports publics. Des coupes dont souffriront avant tout les classes populaires. Ainsi les simples travailleurs auront des transports publics plus chers et moins fréquents, des écoles délabrées, des hôpitaux encore plus saturés, des droits en moins, bref devront se serrer encore plus la ceinture, tout ça pour que quelques gros actionnaires puissent s’acheter des yachts et des jets privés supplémentaires.

Et il s’agit là d’une estimation basse. Les pertes réelles seront sans doute de beaucoup fois plus élevées. On n’a pas oublié en effet le mensonge flagrant auquel la droite avait eu recours pour faire passer la RIE II.

Rappel : le mensonge de la RIE II

Le 24 février 2008, le peuple suisse avait accepté à 20'000 voix près seulement la réforme de l’imposition des entreprises II. La droite et le Conseil fédéral ont vendu la réforme au peuple en prétendant qu’elle serait « bénéfique pour l’économie » et ne coûterait pas si cher : près de 80 millions par an d’après feu l’ancien conseiller fédéral radical Hans-Rudolph Merz. Pourtant, après que la RIE II fut passée, le Conseil fédéral fut forcé d’admettre que les pertes fiscales sont en réalité de près d’un milliard par an. Et c’est sans doute encore une estimation basse. D’après une étude de l’USS, les pertes se monteraient à plus de 2 milliards par an, sans compter près de 2 milliards de manque à gagner cumulé pour l’AVS. Saisi par un recours du Parti socialiste, le Tribunal fédéral lui-même admit que le Conseil fédéral avait sciemment menti et que ce mensonge avait certainement influencé le résultat. Le Tribunal fédéral renonça néanmoins à faire annuler la votation. Ce sont là les beautés de la démocratie bourgeoise…

La RIE II fut-elle au moins bénéfique pour l’économie. L’Administration fédérale des contributions fut forcée d’admettre que les avantages de la RIE II pour la place économique suisse « n’ont pas pu être chiffrés ». En clair, elle n’a aucune preuve que la RIE II a eu le moindre effet bénéfique. Elle s’obstine néanmoins à affirmer que : "L'économie bénéficie de l'accumulation du capital par les entreprises, ce qui mène à davantage d'investissement". Et qu’en sait-elle, puisqu’elle n’a pas pu chiffrer l’influence de la RIE II sur l’accumulation du capital des entreprises ? Il ne s’agit nullement d’une preuve, mais d’une simple récitation obtuse et idéologique au pire sens du terme du dogme néolibéral. L’USS par contre estime que la RIE II n’a pas vraiment profité aux entreprises, mais seulement à leurs actionnaires. Mais si les prétendus effets bénéfiques de la RIE II sur l’économie sont au mieux fantomatiques, les ravages qu’elle a occasionnés dans les finances publiques sont douloureusement tangibles. De quoi y réfléchir sérieusement avant même d’envisager de voter pour la RIE III.

Non pas une nécessité, mais un pur cadeau aux privilégiés

Mais sans la RIE III ce serait le chaos, nous dit-on. Allons, on devrait depuis longtemps être immunisé contre cet argument depuis que la droite en use et abuse pour tout et n’importe quoi. Rappelons tout de même que pour ce qui est de la charge fiscale globale sur les entreprises, la Suisse resterait très compétitive, même sans les privilèges fiscaux dont jouissent aujourd’hui les sociétés à statut, même sans la RIE III. Du reste la charge fiscale, n’est qu’un critère parmi d’autres pour l’implantation des entreprises. D’après le Département fédéral des finances lui-même : « L’attractivité d’un lieu d’implantation dépend de plusieurs facteurs. Les conditions cadres comme la stabilité politique, de bonnes infrastructures ou un marché du travail fonctionnel avec des travailleurs et travailleuses qualifié-e-s sont extrêmement importantes ». De tous ces critères les privilèges fiscaux n’arriveraient qu’en huitième position. Donc si la RIE III devait être balayée par le peuple, ce ne serait pas encore l’apocalypse. De fait, toutes les prévisions catastrophistes de nos adversaires sont basées sur l’hypothèse qu’en cas de refus de la RIE III, 100% des sociétés à statut s’en iraient. Il s’agit d’une hypothèse purement gratuite.

En voilà de quoi répondre aux « arguments » des partisans de la RIE III. Mais, pour prendre un peu de hauteur, le projet économique – celui de la droite – de faire marcher l’ « économie » en offrant sans cesse des privilèges supplémentaires aux plus riches, pour rester « compétitifs », ce projet est-il seulement un projet d’avenir ? Seuls les plus riches peuvent se contenter d’un Etat pauvre, parce qu’il n’ont pas besoin de ses prestations, ni des services publics. Mais les politiques d’austérité que ne manquerait pas d’occasionner la RIE III rendraient inévitablement les conditions de vies des classes populaires de notre pays encore plus difficiles. En réalité, il s’agit non pas d’une nécessité économique, mais d’une politique de classe, d’une redistribution des richesses du bas vers le haut. Il ne suffit pas apparemment au 1% des possédants de posséder la moitié de la richesse mondiale. Ils voudraient avoir aussi l’autre moitié. La continuité de ces politiques aurait pour effet de nous mener à une société qui ne serait hospitalière que pour une toute petite minorité d’ultra-riches…au prix de la précarité, de la misère pour tous les autres. C’est pourquoi nous devons résister fermement aux litanies hypocrites sur le « there is no alternative », et lutter résolument pour une autre société, qui ne tourne pas autour du profit de quelques possédants, mais soit au service du bien-être de tous ses membres. Ce n’est certes pas un combat facile, mais il est absolument et vitalement nécessaire, ne serait-ce que parce que l’autre voie, celle de l’accommodement au capitalisme, n’apportera que le malheur au plus grand nombre.