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11 février 2024

Intervention à la conférence nationale du PST-POP du 10 février 2024 : les classes sociales en Suisse


Chères et chers camarades,

 

Nous aurions pu commencer ce cycle de conférences ouvertes aux membres en vue de l’adoption d’un nouveau programme politique du PST-POP par bien des sujets. La rédaction d’un programme politique peut être abordée par bien des angles. Si nous avons choisi de partir de l’analyse de la Suisse, et plus spécifiquement de sa structure de classe, ses rapports de classe aujourd’hui, c’est bien parce que la réalité de la division de la société en classes sociales, et la lutte qui les oppose, constitue précisément la base sur laquelle une société s’édifie, et qui détermine en dernière instance toute le reste. Qui détermine également la stratégie de notre Parti.

 

Comme tout parti politique, le PST-POP tire sa raison d’être d’incarner, de représenter politiquement certains intérêts et aspiration de classe bien déterminés, et de chercher à les faire prévaloir. Contrairement à la plupart des autres partis politiques de notre pays, non seulement il en est conscient, mais il l’affirme ouvertement. Il fut fondé en effet explicitement comme parti politique de la classe ouvrière. Son nom, du reste, affirme par lui-même son ancrage de classe : Parti Suisse du Travail (« Travail » par opposition au « Capital »), Parti Ouvrier Populaire.

 

Le deuxième programme politique du PST-POP, datant de 1968, qui était lui-même une version mise à jour du premier, datant de 1959, définit clairement notre Parti comme un Parti de classe :

 

« Le Parti du Travail est l’unique force politique qui s’oppose réellement au régime capitaliste et à la domination de la bourgeoisie. Il est aussi l’unique parti qui soit fidèle aux principes du socialisme scientifique. Il est le seul parti qui lutte pour une transformation fondamentale de la société, pour la prise de pouvoir par les ouvriers et les paysans, pour une Suisse nouvelle qui mettra le travail à la première place et supprimera l’exploitation de l’homme par l’homme, la crainte du lendemain, la peur du chômage, de la maladie, de la vieillesse. Le Parti du Travail joue donc dans la politique suisse un rôle nécessaire et irremplaçable.

Le Parti du Travail est l’héritier des meilleures traditions démocratiques et progressistes du mouvement ouvrier suisse et de l’esprit humaniste de notre peuple. Il a groupé dans ses rangs depuis 1944 les communistes, les socialistes et les sans parti qui avaient uni leurs forces avant et pendant la seconde guerre mondiale pour lutter dans notre pays contre le fascisme et la guerre et contre la réaction.

Le Parti du Travail est une communauté où se sont librement associés pour la lutte politique des citoyens et des citoyennes animés des mêmes convictions, des socialistes et des communistes. Il est le détachement le plus conscient et le plus discipliné des classes laborieuses ».

 

Pour l’essentiel, cette définition demeure juste aujourd’hui. Le tout est que le Parti soit à la hauteur de cette définition. C’est un combat de tous les jours que d’y parvenir.

 

Un des objectifs majeurs adoptés par le XXIVème Congrès du PST-POP était d’organiser notre Parti en tant que Parti des travailleuses et travailleurs. Quelques pas ont été réalisés en ce sens, comme la constitution d’un département syndical fonctionnel dans ses instances nationales, l’adoption d’une résolution pour une campagne pour la réduction du temps de travail par le Comité central, et une participation active du Parti au mouvement de lutte des travailleuses et travailleurs de la construction. L’organisation du Parti sur les lieux de travail, et pas uniquement sur une base territoriale, reste en revanche un objectif encore lointain. Un sondage auprès de nos membres a aussi montré qu’ils sont, pour plus de la moitié d’entre eux, fonctionnaires ou enseignants. Un grand travail reste à faire pour que notre Parti devienne réellement celui des travailleuses et travailleurs de notre pays.

 

Mais qu’est-ce que cela signifie, un parti de classe, un parti de la classe ouvrière ? L’incipit du Manifeste du Parti communiste est bien connu : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de la lutte des classes ». 

 

Ce qui est moins généralement compris, c’est que cette thèse, si elle n’est pas manifestement fausse, recouvre une théorie générale du conflit social, dans toutes ses dimensions, et pas uniquement l’affrontement direct entre classes dominantes et classes opprimées. La contradiction fondamentale de toute formation sociale est celle opposant les deux classes, respectivement exploiteuse et exploitée, de son mode de production dominant : pour une société capitaliste, la contradiction entre bourgeoisie et prolétariat. La lutte de classe, c’est avant tout l’opposition irréductible, antagonique, entre ces deux classes. Mais c’est aussi le combat pour leurs intérêts d’autres classes, héritées du passé, ou bien produites par le mode de production dominant, et les alliances, provisoires ou temporaires que celles-ci concluent avec, respectivement, la bourgeoisie et le prolétariat : anciennement la noblesse féodale, la petite bourgeoisie, l’encadrement, et peut-être d’autres. La lutte des classes, c’est aussi la lutte pour l’hégémonie entre classes dominantes, et la lutte internationale de différentes bourgeoisies nationales pour des débouchés commerciaux, le contrôle de matières premières, de marchés, de zones d’influences…C’est aussi la lutte de pays du Sud global pour se libérer des chaînes du néocolonialisme et de l’échange inégal, pour un développement endogène – en ce cas la question sociale peut prendre une forme principalement nationale. La lutte des classes recouvre également la lutte des femmes pour mettre fin à une division sociale du travail inégale, un système patriarcal construit à leur détriment. La lutte des classes recouvre certainement d’autres contradictions objectives encore.

 

Si la classe ouvrière est la seule classe réellement révolutionnaire, de par ses conditions d’existence, dans une société capitaliste, la seule classe capable de conduire la lutte de classe jusqu’au bout, jusqu’au renversement de la classe dominante, et l’édification d’une nouvelle société socialiste, phase de transition vers une société communiste où la division de la société en classes ne sera plus, elle doit néanmoins, si elle veut pouvoir triompher, prendre en compte toutes ces contradictions, et faire converger toutes ces luttes émancipatrices en un combat anticapitaliste commun. Car cette convergence ne va pas de soi. Il peut exister des contradictions tendancielles entre différentes exigences émancipatrices, toutes également légitimes en elles-mêmes, qui, si elles ne sont pas résolues dans un sens de convergence des luttes, peuvent être exploitées par la bourgeoisie pour les dévoyer, et cimenter des alliances sociales à son profit, au profit du maintien du système dominant. L’intégration d’une partie de la classe ouvrière à un projet impérial, en échange de quelques retombées de l’exploitation des peuples colonisés, la rupture de ce fait de la solidarité internationaliste, n’est que l’exemple le plus connu de ce type de stratégie de la part de la classe dominante. Dans les conflits sociaux objectivement existants la dimension de lutte des classes n’est pas toujours directement évidente, c’est le rôle de l’analyse scientifique que la déceler.

 

Ainsi que l’écrit Lénine dans Que faire ?, la conscience de classe pour la classe ouvrière est quelque chose d’extrêmement exigeant :

 

« La conscience de la classe ouvrière ne peut être une conscience politique véritable si les ouvriers ne sont pas habitués à réagir contre tout abus, toute manifestation d'arbitraire, d'oppression, de violence, quelles que soient les classes qui en sont victimes, et à réagir justement du point de vue social-démocrate, et non d'un autre. La conscience des masses ouvrières ne peut être une conscience de classe véritable si les ouvriers n'apprennent pas à profiter des faits et événements politiques concrets et actuels pour observer chacune des autres classes sociales dans toutes les manifestations de leur vie intellectuelle, morale et politique, s'ils n'apprennent pas à appliquer pratiquement l'analyse et le critérium matérialistes à toutes les formes de l'activité et de la vie de toutes les classes, catégories et groupes de la population. Quiconque attire l'attention, l'esprit d'observation et la conscience de la classe ouvrière uniquement ou même principalement sur elle-même, n'est pas un social-démocrate ; car, pour se bien connaître elle-même, la classe ouvrière doit avoir une connaissance précise des rapports réciproques de la société contemporaine, connaissance non seulement théorique... disons plutôt : moins théorique que fondée sur l'expérience de la vie politique. Voilà pourquoi nos économistes qui prêchent la lutte économique comme le moyen le plus largement applicable pour entraîner les masses dans le mouvement politique, font œuvre profondément nuisible et profondément réactionnaire dans ses résultats pratiques. Pour devenir social-démocrate, l'ouvrier doit se représenter clairement la nature économique, la physionomie politique et sociale du gros propriétaire foncier et du pope, du dignitaire et du paysan, de l'étudiant et du vagabond, connaître leurs côtés forts et leurs côtés faibles, savoir démêler le sens des formules courantes et des sophismes de toute sorte, dont chaque classe et chaque couche sociale recouvre ses appétits égoïstes et sa “nature” véritable; savoir distinguer quels intérêts reflètent les institutions et les lois et comment elles les reflètent. »

 

Une stratégie de classe pour le PST-POP suppose, premièrement qu’il devienne le Parti de la classe ouvrière, et deuxièmement, l’art de la formation d’alliances avec d’autres classes et couches sociales intéressées à un changement de société. Ces alliances ne vont pas de soi, et doivent être fondées sur une analyse scientifique de la société, et rendre justice aux exigences et revendications particulières de ces différentes classes et couches sociales afin de cimenter l’alliance. Par opposition à tout populisme de gauche - qui croit pouvoir construire un clivage binaire peuple versus élites sur la base de critères plus ou moins arbitrairement choisis en fonction d’une dimension de communication plutôt que d’une analyse scientifique, et qui voit le peuple comme une masse indivise – une alliance de classe ne peut être fondée que sur des critères objectifs, scientifiquement attestés, et ne peut être que l’aboutissement d’un patient travail qui prend à la fois en compte la complexité de la réalité et des exigences et revendications particulières des différences composantes de l’alliances et de l’objectif commun, qui ne peut être amené et suivi jusqu’au bout que par la classe ouvrière. Le « peuple », alors, loin d’être un tout indivis et immédiatement saisissable, est le résultat de cette stratégie d’alliance cimentée par le parti de la classe ouvrière.

 

Comment le PST-POP a-t-il pensé une telle alliance de classe ? Comme il est encore écrit dans le programme politique de 1968 du PST-POP :

 

« La classe ouvrière, la paysannerie laborieuse, les artisans et commerçants, les employés, les techniciens, les intellectuels constituent ensemble les vraies forces créatrices du pays et l’immense majorité de sa population. Or toutes ces couches sociales sont exploitées par le grand capital, que ce soit à titre de salariés ou de producteurs agricoles, de consommateurs ou de locataires, de débiteurs, etc. Qu’il s’agisse des uns ou des autres, leur niveau de vie ou leur existence même sont menacés par les monopoles industriels et bancaires et par la concentration capitaliste.

Le grand effort qui s’impose, c’est donc de grouper ces forces aujourd’hui dispersées en un puissant mouvement populaire, de forger leur union à travers des actions communes pour la défense de leurs intérêts communs contre les trusts et les puissances d’argent ».

 

Cette stratégie d’alliance, de rassemblement de ces classes et couches sociales autour de la classe ouvrière, en vue d’un changement de rapport de forces et de premier pas vers un changement de société, était-elle juste ? Certainement. Elle était fondée sur une analyse scientifique, marxiste, de la société suisse de cette époque. Elle reste certainement juste dans ses grandes lignes aujourd’hui. Toujours est-il que le Parti ne fut pas en mesure de mettre cette stratégie alors, et que ce qu’il représente actuellement n’est qu’une fraction de ce qu’il était en 1968. Et la Suisse d’aujourd’hui est naturellement différente de ce qu’elle était il y a cinquante ans. Il faudrait reprendre aujourd’hui ce travail à nouveau frais, ce qui suppose premièrement une analyse scientifique de la société suisse et de sa structuration en classes, et deuxièmement une lutte de tous les instants pour une alliance entre les classes et couches sociales intéressées objectivement à un changement de société. Ce qui est tout sauf une sinécure, comme la situation présente du Parti ne le démontre que trop bien.

 

Le Parti se doit de redéfinir sa stratégie, sur la base d’une analyse scientifique de la société suisse d’aujourd’hui, et se donner les moyens de la mettre en œuvre, de vaincre afin de pouvoir enfin rompre avec le capitalisme et de changer cette société. Au rythme de la dégradation accélérée de notre planète, causée par la course au profit à court terme et à tout prix, il ne nous reste que peu d’années pour cela.

 

Mais le PST-POP peut y parvenir. Le seul fait que notre Parti existe toujours depuis 80 ans, malgré tous les propagandistes bourgeois qui prédisaient sa disparition imminente, prouve qu’il a un rôle irremplaçable à jouer dans la société suisse. Encore faut-il qu’il s’en donne les moyens. Mais notre Parti en est certainement capable. Parce que, à part lui, personne ne peut le faire.

 

La conférence d’aujourd’hui, la très utile présentation du professeur Ueli Mäder que nous venons d’écouter, et le débat qui va suivre cet après-midi, devraient grandement contribuer à cette avancée décisive en vue d’un programme politique du PST-POP, et, dans un avenir prochain, d’une transformation radicale de notre pays.

 

08 novembre 2021

Discours de clôture au XXIVème Congrès du PST-POP


 

Chères et chers camarades,

 

Je vous remercie de l’honneur que vous m’avez fait, de la confiance que vous m’avez témoigné en m’élisant à la coprésidence – avec Amanda Ioset - de notre Parti. Je saurai me montrer digne de cet honneur, et m’efforcerai d’être à la hauteur de la tâche que le Parti m’a confiée.

 

Avant toute chose je tiens à rendre hommage à mon prédécesseur, Gavriel Pinson, qui a servi le Parti avec honneur pendant de longues années, et qui a accompli du très bon travail durant son mandat de président, contribuant grandement à redonner vie et activité aux instances nationales du PST-POP, à en dynamiser le travail, à renforcer la cohésion, l’organisation, l’unité idéologique et le niveau de nos analyses politiques. C’est durant son mandat que nous avons notamment élaboré notre analyse critique de la voie bilatérale dans les relations entre la Suisse et l’UE ; construit un programme électoral qui, par sa complétude, son ancrage idéologique marxiste, et sa solidité politique, se rapproche le plus d’un programme politique dont nous avons absolument besoin parmi tous les textes que le Parti a publié durant trois décennies ; et mené à bien nombre d’autres tâches politiques. Nous avons retrouvé un siège au Conseil national, et le Parti s’est globalement renforcé durant cette période. Nous tenons ainsi notre Congrès dans le canton du Valais, où notre Parti compte désormais une nouvelle et très dynamique section cantonale. Nous avons également reconstitué une section à Bâle, et bientôt compterons officiellement une section en Argovie. Une dynamique positive a pu être attestée dans pratiquement toutes les sections cantonales de notre Parti. Il est vrai bien sûr que beaucoup reste encore à faire, et que le dynamisme des instances nationales a malheureusement baissé ces derniers temps. Il est l’heure aujourd’hui de passer à un niveau qualitativement supérieur par rapport à tout ce qui a été réalisée jusque-là.

 

Notre XXIVème Congrès touche à sa fin. Un Congrès qui aura été constructif, et dont les travaux auront été, j’en suis convaincu, utiles pour l’avenir de notre Parti. Ces travaux ont porté, vous le savez, sur l’amélioration de la communication de notre Parti, et sur le renforcement de son organisation, et plus précisément de son organisation en tant que parti de travailleuses et de travailleurs. Cette tâche est essentielle. Car, comme l’écrivait Lénine :

 

« Le prolétariat n’a d’autre arme dans la lutte pour le pouvoir que l’organisation…Le prolétariat peut devenir – et deviendra inévitablement – une force invincible pour cette seule raison que son union idéologique basée sur les principes du marxisme est cimentée par l’unité matérielle de l’organisation qui groupe les millions de travailleurs en une armée de la classe ouvrière »

 

En tant que disciples de Marx, Engels et Lénine, nous sommes convaincus que la forme supérieure d’organisation de la classe ouvrière, c’est le parti politique. Ceci dit, l’organisation et a fortiori la communication ne sont pas des buts en soi, mais sont au service de la ligne politique, de la cause pour laquelle nous luttons. Cette cause, quelle est-elle ? Il y a déjà bien longtemps, en 1943, avant même la fondation officielle de notre Parti, les militants qui allaient le faire vivre devaient lutter dans la clandestinité, face à un Conseil fédéral objectivement aligné sur le Troisième Reich. Cette organisation clandestine publiait des journaux et des brochures, qu’elle faisait circuler sous le manteau. Il était écrit en conclusion d’une de ces brochures, intitulée La classe ouvrière et les événements :

 

« Nous arrivons, chez nous, comme d’ailleurs dans toute l’Europe occidentale et dans le monde entier, au moment où le mouvement prolétarien (par quoi il faut comprendre l’ensemble des hommes et femmes ne pouvant compter que sur leur travail pour vivre) représente l’immense majorité du peuple. En conséquence, la classe dirigeante et capitaliste suisse avec son cortège de parasites (chefs de partis, politiciens, journalistes, « intellectuels » traîtres à la cause du peuple, magistrats, hauts fonctionnaires de police, etc. – doit nécessairement céder la place aux représentants de l’immense majorité populaire actuellement en formation.

 

Le devoir des travailleurs suisses politiquement éduqués est de donner une ferme direction doctrinale à cette majorité populaire. C’est ainsi qu’il sera possible d’assurer au pays suisse son indépendance nationale menacée par le fascisme, avec lequel la bourgeoisie réactionnaire a lié partie, et sa libération sociale. Ainsi s’instaurera un système gouvernemental duquel la lutte entre la classe dirigeante et la classe opprimée aura été bannie par la suppression du régime des classes, but du socialisme digne de ce nom ».

 

Notre Parti fut fondé en 1944 pour faire de cette perspective une réalité. Malgré toutes les vicissitudes de l’histoire, malgré tous les changements que la Suisse et le monde ont connu depuis cette perspective demeure plus que jamais juste et nécessaire. C’est cette conviction qui nous unit, et nous donne la volonté de continuer la lutte. Aujourd’hui, notre Parti doit faire face à des défis et des enjeux cruciaux. Je n’en citerai que quelques-uns.

 

Premièrement, ainsi qu’il est mentionné dans les documents du Congrès, nous devons produire une analyse de la crise économique, sociale, écologique et démocratique, dans laquelle le capitalisme mondial a été plongé par la pandémie du Covid 19 ; et de combattre ces conséquences néfastes sur les travailleurs et les travailleuses, sur les classes populaires ; de montrer que la seule voie de sortie des crises du capitalisme passe par la sortie du capitalisme, qui est leur cause, par la transition au socialisme. Cette crise a démontré toute la vulnérabilité et les aberrations du système capitaliste. Elle est à ce jour loin d’être terminée. La reprise s’est révélée équivoque et minée par les pénuries, les goulots d’étranglement, les phénomènes inflationnistes qui en résultent. La probable fin des politiques monétaires expansionnistes pourrait plonger l’économie dans la récession. Il n’est pas simple de voir comment cette crise va évoluer. Une chose est sûre : il s’agit d’une crise structurelle, d’un tournant historique, non d’un simple épiphénomène. Le Parti devra l’analyser, et proposer des solutions politiques.

 

Ce qui est sûr en revanche, c’est que la bourgeoisie s’emploie à faire payer la crise au peuple, par des nouvelles mesures d’austérité, tout en baissant au passage encore plus les impôts pour elle-même – la fameuse « théorie du ruissellement », dont l’efficacité économique est nulle, et dont le seul effet est de faire ruisseler l’argent dans les poches de l’oligarchie. AVS 21, démantèlement des retraites sur le dos des femmes, d’un côté, et abolition du droit de timbre, cadeau fiscal scandaleux au grand capital, de l’autre. Nous devons combattre résolument cette politique, et proposer des solutions alternatives à celles de la bourgeoisie, en faveur des travailleuses et des travailleurs, des classes populaires.

 

J’ai parlé d’analyse. Il est en effet fondamental de fonder tout notre travail politique sur un développement créatif de la théorie marxiste, pour comprendre les enjeux du présent, et tracer les voies de l’avenir. Ce travail théorique est fondamental – s’en tenir à la seule politique « concrète », étroitement pragmatique, signifierait errer dans les ténèbres, avec des conséquences politiquement graves. Ainsi que l’écrivait l’ancien secrétaire général du PCUS, Youri Andropov :

 

« Toute sous-estimation du rôle de la science marxiste-léniniste et de son développement créateur, une interprétation pragmatique étroite de ses tâches, le mépris des problèmes fondamentaux de la théorie, la prédominance des considérations conjoncturelles ou la théorisation scolastique sont lourds de graves conséquences politiques et idéologiques. L’expérience a prouvé à maintes reprises combien Lénine avait raison de dire : « celui qui s’attaque aux problèmes particuliers avant d’avoir résolu les problèmes généraux, “butera“ inévitablement, à chaque pas, sans même s’en rendre compte, sur ces problèmes généraux. Or, buter aveuglément sur eux dans chaque cas particulier, c’est condamner sa politique aux pires errements et à l’abandon des principes. »

 

Il est essentiel d’avoir une approche créative du marxisme, de le développer sans cesse pour comprendre les phénomènes nouveaux, et pas simplement s’en tenir aux acquis. Comme l’écrivait Boris Ponomarev, secrétaire du CC du PCUS et membre suppléant du Politbureau :

 

« La théorie marxiste-léniniste étudie les lois générales de développement de la société humaine. C’est une arme idéologique de la classe ouvrière, des travailleurs de tous les peuples. C’est ce qui fait sa portée universelle. De sa nature même découle une exigence d’approche créatrice envers l’étude de tous les phénomènes et de tous les processus qui se déroulent dans la société, dans chaque pays, à chaque étape historique de son développement. Analysant de façon scientifique le passé, cette théorie sert le présent et est tournée vers l’avenir. »

 

Un autre enjeu central du moment sont les relations entre la Suisse et l’Union Européenne. Notre Parti a fort justement élaboré une analyse critique de l’UE elle-même, en tant que Saint-Empire capitaliste ordolibéral et essentiellement antidémocratique, une chape de plomb néolibérale ayant pour but d’imposer les intérêts des monopoles aux peuples. Nous avions tout aussi justement procédé à une critique de la voie bilatérale, qui est une sorte de semi-adhésion de la Suisse à l’UE, et une reprise des règles néolibérales du marché commun dans le droit suisse, ainsi que de l’accord-cadre, qui aurait impliqué une reprise quasi automatique par la Suisse de l’ « acquis » communautaire. Mais la réalité a changé depuis, nous obligeant à reprendre notre travail d’analyse. Depuis le renoncement du Conseil fédéral à signer l’accord-cadre, la voie bilatérale semble condamnée à s’effriter progressivement, puisque l’UE refuse de la prolonger sans « solution institutionnelle ». Le Conseil fédéral n’a apparemment pas de plan clair, et l’avenir des relations entre la Suisse et l’UE est aujourd’hui l’enjeu d’une bataille politique. Notre Parti, seul parti de gauche à avoir procédé à cette analyse critique de l’UE, se doit de proposer un plan crédible d’un avenir en dehors du carcan d’un grand marché libéralisé, dont les conséquences sociales et écologiques sont dévastatrices.

 

En parlant de politique internationale, nous devons plus que jamais rester fidèles aux principes de l’internationalisme prolétarien, de continuer à soutenir avec encore plus de détermination la Révolution cubaine, le Venezuela bolivarien, le processus du changement en Bolivie, tous les peuples en lutte pour leurs droits, pour le progrès social, pour leur émancipation et pour le socialisme. L’internationalisme implique aussi le devoir de solidarité avec toutes les personnes que les guerres et les ravages du capitalisme forcent à fuir leur pays, et face auxquelles l’Europe se barricade et renforce sa scandaleuse police des étrangeres Comme l’écrivait Karl Marx dans l’Adresse inaugurale de l’AIT : « L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les exciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées ». Depuis le tragique tournant des années nonante, le mouvement communiste international est désorganisé et affaibli. Seules les forces de la réaction en profitent. Notre Parti doit contribuer à la reconstruction d’un mouvement communiste international puissant et capable d’accomplir sa mission historique. C'est pourquoi nous sommes très heureux de la présence à notre Congrès de représentants de cinq partis frères, et tâcherons de développer cette coopération internationale.

 

Puisque nous sommes en pleine COP26 et que la Grève du climat organise une manifestation contre les bavardages vains des COP et pour exiger un vrai changement, il convient d’en dire quelques mots. La question est en effet cruciale. La situation est aujourd’hui urgente et dramatique. Les effets du changement climatique sont d’ores et déjà catastrophiques…et au lieu d’y faire réellement quelque chose, l’humanité court à la catastrophe. Depuis des années les décideurs bourgeois bavardent, font de vaines promesses, essayent encore de trouver des sources de profits supplémentaires sur la « transition écologique », prônent un impossible et contradictoire « capitalisme vert ». Mais toutes leurs belles paroles n’empêchent pas que les émissions de gaz à effet de serre continuent régulièrement à augmenter. Le problème est que pour mettre fin à cette course à l’abîme, il faudrait mettre fin à sa cause : le capitalisme et son exigence de profit maximum à tout prix. Ainsi que le déclarait Evo Morales en 2007 : « Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement ». Heureusement, pour être mortelle, cette maladie n’est pas incurable. Le socialisme est le remède.

 

Nous sommes le 7 novembre aujourd’hui, le 104ème anniversaire de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre. Il y a exactement 104 ans, pour la première fois dans l’histoire, un État prolétarien, un État de la classe ouvrière voyait le jour. Cet État, le pays des Soviets, allait durer un peu plus de septante ans, changeant le visage de la planète à jamais. Par un heureux hasard, la salle où nous nous réunissons s’appelle salle du Kremlin, qui fut le siège du pouvoir des soviets. Bien que l’histoire se révéla complexe, et souvent tourmentée, le socialisme fut une réalité – qui concerna jusqu’à un tiers de la population de la Terre – et ses accomplissements, ses réalisations furent, somme toute, remarquables, et rien ne saurait les minorer. Peu avant la contre-révolution qui allait la balayer, l’Union soviétique avait atteint des sommets inconnus auparavant, la civilisation la plus avancée, la plus progressiste – même si bien sûr beaucoup restait à faire – que l’humanité ait jamais connu. Le renversement du socialisme dans la plupart des pays qui l’avaient édifié laissa un vide, et ouvrit la porte à une régression terrible, une réaction dont les méfaits sont sans nombre.

 

Cette grande révolution fait indiscutablement partie de notre histoire, de notre tradition. Notre Parti s’inscrit clairement dans l’héritage de ce parti d’un type nouveau, le Parti bolchevik, qui le premier a guidé la classe ouvrière vers la victoire et la construction d’une société nouvelle ; dans l’héritage, théorique et pratique, du mouvement communiste international, dont nous sommes un membre à part entière. C’est un héritage auquel nous devons rester indéfectiblement fidèles, que nous devons enrichir – en tenant compte également des difficultés et des échecs du passé – pour comprendre le présent et le transformer. Parce que le marxisme-léninisme est la seule tradition de pensée, la seule idéologie scientifique qui éclaire les chemins de l’avenir, et parce qu’une rupture avec l’ordre établi, une sortie de la voie sans issue du capitalisme, l’édification du socialisme, n’ont jamais été aussi nécessaires et urgents.

 

Les grévistes pour le climat, les scientifiques du GIEC même, appellent à un changement de système pour arrêter la catastrophe en cours. Le slogan « changeons le système, pas le climat » est parfaitement juste. Mais ce changement ne viendra pas de lui-même, ni de la bonne volonté des dirigeants bourgeois, ni d’un mouvement simplement revendicatif. Seule l’action résolue d’un parti politique d’avant-garde, se fondant sur le marxisme, et ayant le socialisme pour perspective, pour y parvenir. C’est pourquoi, nous devons lutter résolument pour cette finalité. Certes, la lutte est difficile, et la réalité suisse ne semble prima facie guère nous être favorable. Ce n’est pas pour autant que notre lutte n’aboutira pas. Comme l’écrivait Jean Jaurès :

 

« Il faut l’effort lent et continu pour triompher ! Cependant la victoire est certaine, parce qu’il serait monstrueux et inadmissible que l’humanité ait pu concevoir un idéal de justice et qu’elle soit incapable de le réaliser. Cette faillite humaine ne se réalisera pas ! »

 

Je conclurai en reprenant l’explicit du rapport de l’ancien secrétaire général de notre Parti, Jean Vincent, au IXème Congrès du Parti Suisse du Travail, les 2 et 3 novembre 1968 : 

 

« Que grandisse, que prospère notre Parti du Travail qui porte le plus beau nom qui soit et le plus éloquent, justement parce qu’il est le nom d’un rassemblement du peuple travailleur, qu’il aille d’expérience en expérience, de progrès en progrès, de succès en succès !

 

Vive notre Parti du Travail !

 

Vive le socialisme que nous voulons édifier en Suisse !

 

Vive le communisme ! »

10 mai 2021

Rapport d’activité au Congrès ordinaire du 8 mai 2021 de la section cantonale genevoise du Parti Suisse du Travail



Nouvelle direction élue par le Congrès ordinaire du Parti du Travail du 8 mai 2021. De gauche à droite: Alexander Eniline, président, Salika Wenger, vice-présidente, Massan Missoh, vice-secrétaire cantonale, Malcolm M’Baye, secrétaire cantonal. Plus d'informations sur notre site www.pdtgeneve.ch

 

Chères et chers camarades,

 

Deux ans et demi se sont écoulés depuis le dernier Congrès de notre Parti. Deux années et demie à la fois intenses, productives, compliquées, à un moment historiquement singulier. Nous tenons de fait aujourd’hui notre Congrès dans des circonstances pour le moins particulières. Si bien que nous n’étions pas sûrs de pouvoir le tenir jusqu’à la dernière minute, mais avons néanmoins estimé que nous devions le maintenir, puisqu’il est vrai que la pandémie ne met pas la lutte des classes en mode veille, et que notre Parti doit répondre présent face à ses responsabilités historiques.

 

La pandémie du COVID-19 a paralysé une bonne partie de la planète et a plongé le capitalisme mondialisé dans une crise grave, profonde et multiforme. Cette crise, sanitaire, sociale, économique, écologique et démocratique, confirme une fois de plus que le capitalisme fait obstacle aux solutions rationnelles et socialement justes des problèmes de l’humanité, que ce système a fait son temps, et qu’il est urgent d’en changer.

 

Tout le monde, y compris en Suisse, a pu pleinement se rendre compte de la fragilité et des aberrations de notre système capitaliste mondialisé : hôpitaux durement affaiblis par le néolibéralisme, gestion erratique d’autorités au service avant tout du capital, effets indésirables de la délocalisation de la production de biens essentiels dans des pays où la main-d’œuvre est sous-payée, système social qui laisse énormément de monde abandonné à son triste sort…

 

La crise économique déclenchée par la pandémie a d’ores et déjà amené une inflexion majeure, historique, dans le cours du capitalisme mondialisé. Pour empêcher que l’économie ne plonge dans une nouvelle grande dépression, les décideurs bourgeois renouent avec une forme de keynésianisme. Les États capitalistes développés ont de fait d’ores et déjà mis sur la table – pour faire face aux conséquences sanitaires, économiques et sociales du coronavirus – des sommes considérables, nettement supérieures et à celles engagées lors de la crise financière de 2008 ; 60 milliards de francs pour ce qui est de la Suisse. Les prétendus tabous sensément intangibles de l’idéologie néolibérale ont été balayés par la pression des faits. L’endettement public est redevenu acceptable. Les mécanismes du capitalisme monopoliste d’État font partout leur retour en force.

 

Le discrédit des idées néolibérales, du mythe du marché qui s’autorégule, est incontestablement une bonne chose, et nous offre un avantage conséquent pour la bataille des idées. Il faut rester conscients néanmoins que le rejet du libéralisme et l’appel à l’intervention de l’État de la part de la bourgeoisie n’est pas ipso facto progressiste. Le libéralisme est en effet la doctrine de la bourgeoisie par beau temps. Lorsque la tempête gronde, elle est fatalement obligée d’y renoncer, de se réfugier sous le parapluie protecteur de son État, auquel elle demande un interventionnisme plus ou moins conséquent dans la sphère économique.

 

C’est tellement vrai d’ailleurs que les inégalités de revenus ont en effet encore explosé durant la pandémie. Les discriminations ont été exacerbées et l’extrême pauvreté a massivement augmenté. Tandis que la fortune des milliardaires a atteint un nouveau record en 2020, et que quelques-uns ont même fait des surprofits qui défient l’imagination, les plus pauvres ont subi cette crise de plein fouet, et auront besoin, d’après l’ONG OXFAM, de 10 ans pour retrouver leurs revenus d’avant la crise. Dans les pays pauvres, il s’agit trop souvent d’une frontière entre la vie et la mort.

 

Cette nouvelle explosion des inégalités se vérifie aussi en Suisse. Alors que les grandes banques font des profits records, les ménages gagnant moins de 4'000,- par mois ont perdu en moyenne 20% de leurs revenus. Beaucoup d’entre eux se sont endettés. Alors que les plus aisés n’ont connu que des désagréments mineurs, et ont même pu faire des économies, parfois considérables. La Conférence suisse des institutions d’action sociale (CSIAS) prévoit une hausse de 21% du nombre de personnes qui n’auront plus d’autre choix que de demander l’aide sociale ces deux prochaines années.

 

Les 60 milliards de francs des différentes aides publiques n’ont fait qu’atténuer cette catastrophe sociale. Le système social existant a en effet montré toutes ses lacunes, et les différentes mesures d’aides – RHT, APG, autres mesures d’indemnisations – ne couvrent pas toutes celles et ceux qui en ont besoin, et ne sont pas suffisantes. Le capitalisme conduite nécessairement à la paupérisation d’une majorité de la population. Ses crises accélèrent et aggravent cette tendance.

 

Le contexte de crise a accentué les tendances réactionnaires et autoritaires du capitalisme. Les gouvernements bourgeois ont bien souvent pris la pandémie comme prétexte pour restreindre les possibilités d’exercice des droits démocratiques, pour renforcer l’État policier. C’est une tendance dangereuse, qu’il faut résolument combattre. Le provisoire a trop souvent tendance à devenir permanent. Il n’est que trop symptomatique que la première loi sans lien avec le Covid sur laquelle a planché l’Assemblée fédérale après le premier semi-confinement fut la liberticide et négatrice de l’État de droit loi sur le terrorisme, sur laquelle nous voterons le 13 juin, et qu’il faut bien entendu refuser.

 

Le retour en force du capitalisme monopoliste d’État n’a nullement désamorcé les tendances agressives de l’impérialisme. Pire, il les a renforcées. La puissance impérialiste sur le déclin que sont les États-Unis d’Amérique s’engage de fait dans une stratégie jusqu’au-boutiste de guerre commerciale, de tension diplomatique et de guerre de propagande contre la République populaire de Chine et la Fédération de Russie, qui, dans le pire des scénarios, pourrait dégénérer en guerre tout court. L’impérialisme constitue plus que jamais une grave menace pour la paix mondiale, pour la survie même de l’humanité, une menace qu’il faut résolument combattre.

 

Et, bien que la question ne soit plus en tête de l’ordre du jours politique, la pandémie n’aura en rien fait disparaître l’urgence écologique. Le capitalisme, au nom de l’impératif de l’accumulation du capital et de la soif de profit de la petite oligarchie qui règne sur ce monde, nous conduit à toute vitesse vers une extinction programmée. Les températures ont d’ores et déjà augmenté de 1°C par rapport à l’ère préindustrielle, et les conséquences en sont visibles, et dévastatrices. Le problème étant que, loin des objectifs proclamés de réduction des émissions de gaz à effet de serre, celles-ci continuent régulièrement à croître, et, au rythme actuel de l’inaction des pouvoirs politiques et de la soif de profit sans fin des entreprises, cela est bien parti pour continuer. Ce qui impliquerait une hausse des températures jusqu’à 3,9°C d’ici la fin du siècle, ouvrant la porte à des boucles de rétroaction incontrôlables, et rendant finalement la planète inhabitable, ou peu s’en faut.

 

Et le réchauffement climatique n’est pas le seul problème écologiquement urgent. Se concentrer uniquement sur les émissions de gaz à effet de serre amène même parfois, dans une approche de greenwashing, à une étrange casuistique, où on présente comme « vertes » des technologies qui en fait ne le sont pas. Il y a aussi le problème de la pollution, la limitation des ressources en métaux…Une approche globale et un changement radical de système sont nécessaires. Le marxisme est la seule méthode à même de penser et d’accomplir un tel changement. La voie de la révolution plutôt que de la réforme lente de l’ordre existant n’est plus aujourd’hui un enjeu de discussion doctrinale, mais une urgence vitale.

 

La crise économique rend cette urgence d’autant plus grande. Pour « sortir de la crise », nombre de pays capitalistes envisagent de renoncer au peu de progrès qui ont été faits, pour relancer massivement les filières fossiles, l’aviation, les croisières…De fait, si la bourgeoisie parvient à relancer l’accumulation du capital, ce serait au prix d’une hausse massive des émissions de gaz à effet de serre. Une sortie de la crise sous le capitalisme signifierait rendrait la catastrophe écologique inévitable et irréversible. Une catastrophe qu’il faut absolument empêcher.

 

Comme l’a brillamment dit Evo Morales, ancien président de Bolivie, en 2007 : « Le monde souffre d’une fièvre provoquée par le changement climatique, et la maladie est le modèle capitaliste de développement ». Heureusement, cette maladie n’est pas incurable. Le socialisme est le remède.

 

S’il est difficile de faire des prévisions sur comment cette crise va évoluer, et qu’il serait hasardeux de faire des plans sur la comète, il est clair pourtant qu’il s’agit d’un moment historique, d’un point de rupture profonde et durable, pas d’une simple parenthèse. Soit les forces de progrès parviendront à imposer une sortie de crise par le haut, en faveur de la justice sociale et climatique, soit la bourgeoisie parviendra à relancer le cycle d’accumulation du capital au détriment des peuples et au prix d’une catastrophe écologique.

 

Notre Parti a une responsabilité historique dans ces circonstances : organiser la lutte pour le socialisme, seule sortie véritable des crises du capitalisme, convaincre les classes populaires de la justesse cette perspective. A nous de nous donner les moyens d’être à la hauteur de cette tâche.

 

Ces moyens, nous les avons. Depuis notre dernier Congrès, le Parti du Travail s’est renforcé. Notre nombre de membres a significativement augmenté, le nombre de membres actifs plus encore. Nos rangs se sont étoffés, ont rajeuni. Ce qui prouve la crédibilité en hausse de notre Parti, l’influence grandissante – fût-ce encore modestement – de nos idées. Les Jeunes POP, qui représentent maintenant une force significative à l’intérieur de notre Parti comme en dehors, ont apporté une contribution importante et appréciable en ce sens. Il nous reste toutefois encore des progrès à faire pour mieux mobiliser tous nos membres, leur permettre de mieux s’impliquer dans la vie du Parti.

 

Au niveau national, notre Parti est également en progression partout où il existe, en termes d’organisation comme de capacité de mobilisation, et, dans plusieurs cantons, cette progression s’est également traduite en termes électoraux, bien que ces succès demeurent modestes. Et le Parti Suisse du Travail compte deux nouvelles sections cantonales dynamiques : Bâle et Valais. Et comptera sans doute bientôt une section en Argovie, et peut-être également à Fribourg d’ici quelques temps.

 

Nous avons fait également des progrès non négligeables en termes d’organisation. Notre Comité directeur a été étoffé, rajeuni, complété par de camarades nouveaux et motivés, et comptait, avant ce Congrès, 20 membres. L’amélioration au niveau du travail accompli, tant en quantité qu’en qualité, ne s’est pas fait attendre. Il reste toutefois encore une marge de progression au niveau du style de travail, dans le respect des principes d’une direction collective.

 

Nous avons également deux commission internes fonctionnelles, qui ont fourni un travail utile et de qualité : une commission consacrée à la crise économique et sociale, qui produit une analyse solide de la crise née du Covid – analyse dont nous discuterons lors d’une Assemblée générale convoquée prochainement, – ainsi qu’un projet d’initiative populaire qui est l’ordre du jour du présent Congrès ; et une commission de communication, qui a fait un travail important pour améliorer la communication de notre Parti : refonte de notre site internet, production d’une plaquette de présentation qui sera bientôt disponible, production de visuels et de vidéos, meilleure utilisation des réseaux sociaux…Il reste bien sûr beaucoup à faire pour perfectionner notre communication, la rendre plus percutante, plus efficace et plus systématique.

 

Notre Parti ne fonctionnerait pas une semaine sans son secrétariat. Il faut remercier ici les camarades – salariés et bénévoles – qui se sont engagés dans le cadre du secrétariat, et ont accompli un travail considérable : gestion de la correspondance entrante et sortante, convocations envoyées aux membres, service social et permanence de remplissage des déclarations d’impôts – à la fois source de rentrées financières indispensable et travail social inestimable en direction des classes populaires, dont les bénéfices politiques sont supérieurs aux rentrées financières générées – contribution majeure aux évènements et aux diverses campagnes du Parti…La liste est loin d’être exhaustive. Nous sommes toutefois contraints de procéder, pour améliorer le fonctionnement de nos structures, à une restructuration de notre secrétariat ; tâche qui, conformément à nos statuts, revient au Comité directeur qui sera élu aujourd’hui.

 

Au-delà des paramètres liés à notre organisation interne, le contexte politique plus général est également devenu plus favorable à notre lutte politique, à la diffusion de nos idées. La crise aura fait bouger les lignes du débat public, changé les rapports de force. Les forces de progrès ont ainsi remporté pratiquement toutes les votations depuis plus d’une année – du moins sur le plan cantonal – et ont obtenu des victoires considérables par cette voie : introduction d’un salaire minimum, initiative « zéro pertes », fonds d’indemnisation pour les travailleurs précaires…Des succès qu’il aurait été irréaliste d’espérer il y a encore quelques années. Et ces victoires sont autant de défaites pour les forces de la bourgeoisie. Bourgeoisie dont les partis politiques sont d’ailleurs actuellement en difficulté, et en douloureuse recomposition, à la suite de la dernière élection complémentaire au Conseil d’État.

 

Durant la période écoulée depuis le dernier Congrès, notre Parti a su utiliser les forces dont il dispose et le contexte devenu plus favorable pour faire avancer sa lutte politique. Nous avons déployé une activité multiforme et importante : prises de position pour les votations populaires, engagement dans des campagnes de votations et des comités unitaires sur les objets importants à nos yeux ; organisation d’événements publics – activité politiquement importante, et à laquelle nous avons su donner plus d’ampleur, et attirer plus de public extérieur ; organisation de journées de formation ; édition d’un journal mensuel (ou à peu près), l’Encre Rouge ; organisation de la Fête des peuples sans frontières – qui n’a hélas pas pu être possible l’année passée, et qu’il serait difficile d’organiser cette année ; participation au 1er mai et à différentes manifestations.

 

Une dimension de notre activité sur laquelle je tiens à insister particulièrement est la solidarité internationale. Parce que nous sommes un parti internationaliste. L’internationalisme prolétarien fait partie de nos principes fondamentaux. Face à la bourgeoisie, à son capitalisme mondialisé et à son impérialisme, les classes populaires et les peuples opprimés de par le monde doivent ou bien lutter ensemble, ou bien échouer ensemble. Aussi, ne séparons-nous pas la lutte des classes en Suisse des luttes qui ont lieu ailleurs. Notre Parti a été fidèle à son devoir internationaliste, en soutenant la République de Cuba, la République bolivarienne du Venezuela, le processus du changement en Bolivie, et beaucoup d’autres peuples en lutte. Ce en mettant à disposition nos locaux et en participant à des événements de solidarité internationale.

 

Notre Parti s’est engagé depuis le début dans l’organisation de la Grève pour l’avenir, mouvement important de lutte face à l’inaction des gouvernements bourgeois et au capitalisme qui nous conduit à la catastrophe. Je le mentionne ici puisqu’il s’agit d’une lutte d’importance stratégique. Nous en discuterons plus en profondeur tout à l’heure.

 

Et c’est à notre initiative que les partis de gauche et les syndicats se sont réunis pour proposer une réponse politique à la crise du Covid, qui a conduit à une paupérisation massive, pendant que quelques-uns se sont encore enrichi au-delà de toute mesure ; pour imposer une redistribution des richesses – alors que les inégalités ont massivement augmenté à Genève cette dernière décennie, et que moins de 1% des contribuables possède la moitié de la fortune totale ; pour répondre enfin au problème du déficit structurel de l’État, en imposant un retour sur les innombrables cadeaux fiscaux aux plus riches, plutôt que de laisser la droite imposer de nouvelles coupes dans les prestations. La proposition soumise par notre Parti à nos partenaires, et qui fut soutenue par eux – même s’il y a eu désaccord et ajustement sur les modalités exactes – est celle du lancement d’une initiative populaire cantonale commune pour relever la taxation de 0,5% sur la part de la fortune dépassant 3 millions. Une proposition qui reste très modérée comme vous pouvez le constater, mais qui permettrait tout de même de faire rentrer plus de 400 millions dans les caisses du canton et des communes par années. L’initiative est en cours de vérification au niveau juridique actuellement, et devrait pouvoir être lancée bientôt.

 

Cette activité que nous avons déployée aurait bien entendu pu être plus importante sans les restrictions sanitaires.

 

En revanche, vous le savez, nous avons perdu tous nos élus municipaux en Ville de Genève et à Confignon, et n’avons, en guise de participation parlementaire, qu’un seul siège : celui de notre députée au Grand Conseil, Salika Wenger. Les raisons de cet état de fait, vous les connaissez : la coalition qu’est Ensemble à Gauche s’est décomposée par suite des manigances de certains de nos anciens « alliés », qui, pour des raisons qui n’ont rien d’honorable, nous ont posé des conditions inacceptables, à la suite de quoi nous n’avions pas eu d’autre choix que de nous présenter seuls aux élections, bien que ce n’eût pas été initialement notre intention. Je ne reviendrai pas sur ces péripéties, aussi compliquées qu’au fond peu intéressantes, insignifiantes au regard de l’Histoire et de la lutte des classes.

 

Cela dit, si la loi électorale genevoise et le quorum extrêmement élevé de 7% nous a empêché de maintenir des sièges dans les délibératifs communaux, il ne s’agit en réalité que d’un demi-échec. Nos résultats aux élections municipales en 2020, et à l’élection complémentaire au Conseil d’État le 7 mars passé, sont somme toute loin d’être mauvais. La campagne électorale a été dans les deux cas bonne – même s’il reste encore évidemment beaucoup de choses à améliorer – nous a permis de faire entendre des positions claires et combatives, de retrouver de la visibilité et de la crédibilité. Le fait de nous présenter seuls aux élections, sous notre propre nom, a été en ce sens bénéfique. Désormais, il est clair pour tout le monde que le Parti du Travail existe, ses positions sont connues, et plus personne ne peut contester ce fait, où nous considérer comme quantité négligeable.

 

Malgré cela, il serait sans doute hors de notre portée d’atteindre le quorum avec nos seules forces pour le moment, et une alliance électorale se révèlera sans doute indispensable. Il serait aventureux d’y renoncer par principe. Cela dit, avec Ensemble à Gauche, nous avons atteint à l’évidence les limites d’un exercice. Sera-t-il possible de repartir avec tout ou partie de nos anciens « alliés » sur de nouvelles bases ? Une recomposition a actuellement lieu entre solidaritéS et une scission conduite par certains ex-dirigeants de cette organisation, une recomposition qui n’est pas encore terminée ; il serait donc opportun d’attendre que les choses finissent par se clarifier totalement. Nous n’avons pas encore eu non plus de réelles discussions avec nos partenaires potentiels, et de ce fait ne pouvons pas nous prononcer sur les possibilités de collaboration future avec eux. Il est enfin encore trop tôt pour les élections cantonales de 2023, et il ne faudrait pas que de nouveau les affaires d’Ensemble à Gauche polluent outre mesure notre fonctionnement, et nous empêchent de mettre nos forces dans nos tâches politiques directes. Les nouvelles instances que le présent Congrès élira devront examiner soigneusement les données de question, envisager les différentes options possibles, et soumettre à une Assemblée générale de notre Parti qui sera convoquée alors le choix de notre politique d’alliance future.

 

Mais, avant que de songer aux élections et alliances pour franchir le quorum – ce qui est certes une question importante, mais loin d’être l’enjeu principal – il nous faut auparavant songer au renforcement de notre Parti, à nos tâches stratégiques directes. La vocation principale du Parti du Travail n’est après tout pas de placer des représentants issus de ses rangs dans les assemblées parlementaires, mais de conduire politiquement une lutte de classe pour changer radicalement la société, d’amener à une rupture avec le capitalisme et à la construction d’une nouvelle société socialiste. Ce but peut sembler encore lointain, mais nous devons tout faire pour y tendre. Quelles doivent être nos priorités stratégiques ? Certaines vous sont soumises aujourd’hui, et nous aurons l’occasion d’en débattre tout à l’heure. D’autres ont été repoussées pour raccourcir le Congrès d’aujourd’hui, et vous seront soumises à l’occasion d’une ou de plusieurs Assemblées générales, qui seront convoquées dans les plus brefs délais. J’insisterai pour finir sur trois aspects, pour ainsi dire « transversaux » à toutes ses priorités stratégiques.

 

Pour que notre Parti soit à la hauteur de ses responsabilités historiques, nous devons renforcer et améliorer son organisation. L’élévation du nombre de nos membres doit nous permettre – sitôt que le semi-confinement sera levé – de rebâtir des sections locales dans plusieurs communes, premier échelon de notre organisation, véritables racines du Parti sur le terrain, dans les lieux de vie ; ce qui nous permettra de mieux et plus efficacement mobiliser tous nos membres, de leur permettre d’être plus impliqués dans la vie du Parti ; d’accroître notre présence sur le terrain ; d’augmenter l’intensité et la qualité de notre travail politique.

 

Nous devons également améliorer notre appareil, constituer, autour du Comité directeur et en collaboration avec lui, d’autres commissions spécialisées que les deux précitées, ce qui déchargerait la direction de notre Parti d’un trop grand nombre de tâches qu’elle doit assumer actuellement, et lui permettrait de se concentrer sur des questions prioritaires qu’elle pourrait alors traiter plus en profondeur.

 

Dans le feu des différentes luttes qui nous attendent, nous ne devons en aucun cas négliger notre travail d’élaboration théorique. Nous ne pouvons ni déchoir à un simple praticisme, à un culte étroit du « concret », ni nous contenter des acquis théoriques du passé. Comme l’écrivait Constantin Tchernenko, dernier secrétaire général du PCUS à avoir porté avec honneur son titre :

 

« L’expérience et la lutte révolutionnaire, l’expérience de l’édification socialiste et communiste nous enseignent qu’il faut intervenir résolument contre le dogmatisme, la sclérose de la pensée, contre l’application irréfléchie de clichés tout prêts et de stéréotypes. Le marxisme, soulignait Lénine, n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action. Le léninisme n’est pas un dogme, mais un guide pour l’action, disent les disciples de Lénine. Être fidèle à Lénine, c’est s’imprégner de l’esprit créateur dont était empreinte l’activité théorique et pratique de notre parti. Être fidèle à Lénine, c’est lutter résolument contre les tentatives de défigurer notre doctrine révolutionnaire, qu’elles soient de droite ou de « gauche ».

 

« Le courant de la vie est rapide. De nouveaux problèmes viennent remplacer ceux d’aujourd’hui. Et ce qui était juste hier peut être erroné demain. D’où la nécessité de remarquer, de saisir les nouveaux phénomènes et processus, de les analyser et de les synthétiser, de fournir de nouveaux points de repères théoriques à la pratique. »

 

C’est ce que notre Parti s’efforce de faire : penser des enjeux nouveaux, inédits, ou présentant en tout cas des aspects différents de ceux du passé ; comme l’actuelle crise économique et sociale, qui n’est pas une simple répétition de celles du passé ; ou l’urgence écologique, pour laquelle notre tradition offre certes des éléments pour la penser, mais qui est sans commune mesure avec les enjeux écologiques auxquels ont dû faire face nos prédécesseurs. Nous devons être capables à la fois de penser les tendances nouvelles, et contribuer ainsi au développement du socialisme scientifique, en tout cas à notre échelle, et rester fermement ce faisant sur le terrain éprouvé du marxisme, sans céder à l’éclectisme, à toutes les nouvelles idées à la mode, qui seront oubliées demain.

 

Troisièmement, nous devons maintenir et renforcer le travail de formation politique offerte à nos membres, plus particulièrement ceux qui occupent des postes à responsabilité au sein de notre Parti. Comme le disait Maurice Thorez :

 

« Nous devons faire beaucoup plus pour faciliter l’étude de la théorie à tous les militants du Parti, surtout à ceux qui occupent des fonctions responsables, et qui peuvent se laisser absorber et déborder par leurs tâches quotidiennes, jusqu’à perdre la perspective et sombrer dans un étroit praticisme »

 

Chères et chers camarades,

 

Cette année marque les 150 de la Commune de Paris, cette première révolution prolétarienne dans l’histoire, lorsque la classe ouvrière parisienne est « montée à l’assaut du ciel », détenu le pouvoir pendant 72 jours et donné une première préfiguration d’une société nouvelle. Notre Parti avait organisé – à défaut d’un événement public digne de ce nom – un live Facebook. Or, 150 ans plus tard, la Commune demeure toujours une référence, une source d’inspiration. Comme l’écrivait Lénine :

 

« L’œuvre de la Commune n’est pas morte ; elle vit jusqu’à présent en chacun de nous. La cause de la Commune est celle de la révolution sociale, celle de l’émancipation politique et économique totale des travailleurs, celle du prolétariat mondial. En ce sens, elle est immortelle »

 

La voie sur laquelle les communards avaient accompli les premiers pas reste celle que nous sommes déterminés à suivre. Les échecs et les faiblesses mêmes de la Commune ont permis d’affiner la théorie marxiste de l’État et de la révolution, et ont eu leur importance dans la définition de la nature et des tâches du parti de type nouveau, le parti communiste. C’est un héritage qui reste aujourd’hui le nôtre, et auquel nous devons rester fidèles.

 

Lénine disait à la veille de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre à propos du Parti bolchévique, calomnié alors par presse bourgeoise et la « gauche » conciliatrice : « Nous avons foi en lui, il est l’intelligence, l’honneur et la conscience de notre époque ». Toutes proportions gardées, nous devons nous efforcer d’être à la hauteur de ces exigences, pour que notre Parti puisse remplir son rôle historique : le renversement du capitalisme et la construction d’une nouvelle société socialiste.

 

Alexander Eniline

 

Président sortant

28 avril 2020

Pour le cent-cinquantenaire depuis la naissance de Lénine, étudions son œuvre pour faire face à la crise qui vient



Le 22 avril 1870, à Simbirsk (aujourd’hui Oulianovsk) dans ce qui était alors l’Empire russe, naquit Vladimir Ilitch Oulianov, devenu à jamais immortel dans la mémoire de l’humanité sous ce qui n’était au départ qu’un de ses noms de plume : Lénine. Grand révolutionnaire et théoricien marxiste, fondateur du mouvement communiste international dans sa forme moderne, ainsi que du premier Etat socialiste de l’histoire, il est sans conteste l’une des personnalités les plus considérables de toute l’histoire de l’Humanité. C’est également l’un des classiques fondamentaux dont se réclame notre Parti. Aussi, la célébration du cent-cinquantenaire de sa naissance a-t-elle une grande importance à nos yeux. Nous aurions d’ailleurs organisé un événement public digne de ce nom, s’il n’y avait eu le Covid-19

Peut-être d’aucuns de nos lecteurs pourraient penser que cette commémoration d’un de nos classiques renvoie à un passé devenu déjà lointain. Après tout, beaucoup de choses ont changé depuis l’époque de Lénine (en partie du fait de ses propres accomplissements), le monde n’est plus exactement le même, et tout ne s’est pas passé comme prévu. L’Etat socialiste qu’il avait fondé connut une trajectoire complexe et contradictoire, s’achevant par une tragique restauration du capitalisme. Et la situation du mouvement communiste international est plutôt compliquée en ce début du XXIème siècle. Alors, pourquoi accorder une place aussi centrale à ce 150ème anniversaire ?

La réalité est que, d’une part, les hommes, et les femmes, du passé (même lointain) sont moins éloignés de nous qu’il ne pourrait le sembler à un regard dénué de conscience historique. Même des penseurs d’un passé lointain, comme Platon ou Aristote, sont moins éloignés de nous qu’il ne pourrait le sembler. Au contraire, le manque de perspective historique, de connaissance de l’histoire, mène fatalement au mieux à réinventer perpétuellement l’eau tiède, au pire à ne rien comprendre au présent (faute d’en connaître les causes historiques), et courir perpétuellement derrière les nouvelles idées à la mode, à glorifier le nouveau juste parce qu’il est nouveau…politiquement, c’est une impasse tragique. « Pas d’avenir sans passé », le titre de cette brochure consacré à l’histoire du Parti Suisse du Travail aurait difficilement pu être plus pertinent, ni plus juste.

Et s’agissant de Lénine, qui aurait eu 150 ans cette année, son œuvre est bien plus actuelle que celle de bien de penseurs plus récents, surtout de ceux qui disent que Marx et Lénine sont dépassés, et que l’Histoire ne retiendra pas comme des penseurs d’un intérêt quelconque de notre siècle, ou du siècle précédent. Aujourd’hui que la nécessité d’un changement radical, d’une rupture avec le capitalisme, apparaît comme urgente, il est tout aussi urgent de se plonger dans l’œuvre de Lénine, le fondateur du seul mouvement politique qui ait jamais réussi cette rupture, et dont la pensée reste tout aussi féconde aujourd’hui.

Unité indissoluble de la théorie et de la pratique

La première chose que nous voudrions rappeler de l’héritage politique de Lénine, c’est le lien profond et indissoluble entre théorie et pratique, l’importance irremplaçable de l’activité théorique que celui-ci présuppose. « Sans théorie révolutionnaire il n’y a pas de pratique révolutionnaire et sans pratique la théorie est lettre morte », écrivait Lénine dans Que faire ? en 1902. Ce à quoi il ajoutait : « On ne saurait trop insister sur cette idée à une époque où l'engouement pour les formes les plus étroites de l'action pratique va de pair avec la propagande à la mode de l'opportunisme. »

Théorie, pratique, lutte des idées et travail d’organisation son indissolubles. C’est ce qu’il affirmait clairement dans une de ses premières œuvres Ce que sont les « amis du peuple » et comment ils luttent contre les social-démocrates, 1894 « Vous ne pouvez pas être un véritable leader idéologique sans le travail théorique mentionné ci-dessus, tout comme vous ne pouvez pas l'être sans diriger ce travail pour répondre aux besoins de la cause, et sans diffuser les résultats de cette théorie parmi les travailleurs et les aider à s'organiser. »


Tout comme dans sa dernière – Mieux vaut moins mais mieux, 1923 – « Pour rénover notre appareil d’État, nous devons à tout prix nous assigner la tâche que voici : premièrement, nous instruire ; deuxièmement, nous instruire encore ; troisièmement, nous instruire toujours. Ensuite, avoir soin que le savoir ne reste pas chez nous lettre morte ou une phrase à la mode (ce qui, avouons‑le, nous arrive bien souvent) ; que le savoir pénètre vraiment dans l'esprit, devienne partie intégrante de notre vie, pleinement et effectivement. Bref, il nous faut exiger autre chose que ce qu'exige la bourgeoisie de l'Europe occidentale, savoir ce qu'il est digne et convenable d'exiger pour un pays qui se propose de devenir un pays socialiste. »


Précisons qu’il ne s’agit pas simplement d’étudier les écrits des classiques du marxisme, de chercher la vérité dans l’exégèse de leurs citations. Il ne saurait être suffisant d’étudier les œuvres de nos prédécesseurs. Car notre idéologie est le socialisme scientifique. Comme toute science, le marxisme exige, pour rester vivant, d’être en permanence confronté aux faits, d’être développé pour prendre en compte des réalités nouvelles. Comme l’écrivait Lénine, dans  De certaines particularités du développement historique du marxisme : « Il ne peut manquer de refléter le changement singulièrement rapide des conditions de la vie sociale, précisément parce que le marxisme n’est pas un dogme mort, une doctrine achevée, toute prête, immuable, mais un guide vivant pour l’action ». Un développement créatif du marxisme, pour rendre compte de spécificités nationales comme des réalités nouvelles, est une tâche d’importance majeure pour les communistes, successeurs de Lénine. Une tâche qu’il n’est point permis de négliger. Le désintérêt pour la théorie, le culte étroit du « concret » – un défaut historiquement courant dans le mouvement ouvrier suisse – conduit au manque de repères et de perspectives. C’est une impasse fatale pour un parti qui aspire à changer la société.

La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer 

Que faut-il lire aujourd’hui de Lénine en tout premier lieu ? Ses œuvres complètes comprennent 45 volumes. L’héritage théorique de Lénine est extrêmement vaste, quasiment inépuisable. Pour ce 150ème anniversaire, toutefois, nous avons jugé pertinent de mettre en valeur une brochure en particulier, en tant qu’éminemment pertinente pour penser la crise économique qui s’annonce et les luttes que nous devons mener dans cette situation. Il s’agit de La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer, rédigée par Lénine en septembre 1917, pratiquement la veille de la Grande Révolution Socialiste d’Octobre.

Sous la conduite du gouvernement provisoire, et avec le soutien des mencheviks et des socialistes-révolutionnaires, encore majoritaires à la tête des soviets, la Russie se dirigeait vers une crise autrement plus grave que ce que nous vivons aujourd’hui, mais non sans rapport non plus : désorganisation de l’économie et de la circulation des marchandises, chômage de masse (danger bien réel), hyperinflation (l’usage abusif de la planche à billet nous y conduit tout droit), approvisionnement défaillant, menace de famine (même dans les pays développés, beaucoup de gens sont menacés aujourd’hui de la faim, suite à la perte de leurs revenus et aux circonstances du confinement), effondrement de l’économie imminent. Tout le monde s’accordait sur la nature de la crise. Les mesures qui devaient être prises étaient évidentes, mais rien n’était fait…parce que ces mesures auraient lésé les intérêts de la grande bourgeoisie. Parallèle évident avec la situation d’aujourd’hui.

Ces mesures n’étaient évidemment pas l’austérité et le tout au marché, comme l’auraient préconisé les eurocrates, ce qui aurait fatalement aggravé la crise (conduisant à l’effondrement irréversible du pays dans le cas de la Russie de 1917). Ni des demi-mesures réformistes, comme le préconisaient les menchéviks et les socialistes-révolutionnaires, et comme le gouvernement provisoire les appliquait plus ou moins, mais qui restaient sans effet.

Ce que la situation exigeait était un contrôle effectif de l’Etat – d’un Etat démocratique et révolutionnaire, non de l’Etat bourgeois organiquement lié aux grands monopoles – sur l’économie, la nationalisation des banques et des grands monopoles capitalistes, la participation des travailleurs à la supervision de la production, une réorganisation rationnelle de la production et de la répartition. Ce qui constitue un pas en avant vers le socialisme.

Car, « ici, pas de milieu. Le cours objectif du développement est tel qu’on ne saurait avancer, à partir des monopoles (dont la guerre a décuplé le nombre, le rôle et l’importance), sans marcher au socialisme. »

« Ou bien l’on est réellement démocrate révolutionnaire. Et alors on ne saurait craindre de s’acheminer vers le socialisme. Ou bien l’on craint de s’acheminer vers le socialisme et l’on condamne tous les pas  faits dans cette direction […] dans ce cas l’on fatalement à la politique de Kerenski, Milioukov et Kornilov, c’est-à-dire à la répression bureaucratique réactionnaire des aspirations « démocratiques révolutionnaires » des masses ouvrières et paysannes ».

Rupture révolutionnaire et socialisme, ou nuit sans fin des forces destructrices du « libre-marché », de la crise, de la réaction et de l’écocide, tel est le choix qui se présente à nous aujourd’hui. Lire Lénine est plus important que jamais, pour les luttes qui nous attendent.