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16 juillet 2022

Le Sahara occidental, dernière colonie d’Afrique continentale

     Carte du Sahara occidental

 

Il est de notoriété publique que, après avoir été divisée en possessions coloniales par les puissances impérialistes européennes dans son intégralité – mis à part l’Éthiopie et le Libéria (quoi que l’indépendance de ce pays fût plutôt relative) –, après un siècle d’oppressions sans nombre, le continent africain fut entièrement décolonisé entre les années 1950 et 1980, même si le colonialisme direct fut trop souvent en pratique remplacé par une domination néocolonialiste moins ouverte, mais à peine moins oppressive, et négatrice dans tous les cas d’une réelle autodétermination des peuples d’Afrique. Une situation qui s’est considérablement aggravée avec la contre-révolution néolibérale et les plans d’ajustement structurels du FMI (le nouveau pouvoir colonial de fait).

 

C’est presque vrai. Car toute l’Afrique n’est toujours pas décolonisée. Il y a ainsi l’île de la Réunion, qui demeure une possession française. Car, objectivement, lesdits domaines ou territoires d’outre-mer sont les dernières colonies de la France. Si leurs habitants autochtones disposent de la citoyennenté française, des discriminations socio-économiques et mêmes politiques demeurent. Et quand la République ne veut pas lâcher un territoire, elle le conserve de gré ou de force, que ses habitants autochtones soient d’accord ou pas. C’est ce dont témoigne bien l’histoire récente, et tourmentée, de la Nouvelle-Calédonie, qui reste d’ailleurs toujours un territoire à décoloniser selon l’ONU.

 

Mais nous parlerons dans la suite de cet article d’un cas beaucoup plus flagrant de colonialisme direct, de la dernière colonie d’Afrique continentale : le Sahara occidental. Ce vaste territoire désertique de 266'000 km2 est habité par un peuple autochtone, qui possède une identité et une culture bien définie et distincte : les Sahraouis ; qui sont près de 600'000 personnes au Sahara occidental même, et près de 300'000 dans la diaspora (principalement en Algérie, en Espagne, au Maroc et en Mauritanie). Ancienne colonie espagnole jusqu’en 1976, le Sahara occidental a été depuis annexé par le Royaume du Maroc, qui le revendique comme étant son territoire souverain. Mais l’ONU n’est pas d’accord avec cette prétention, contraire au droit international, et considère le Sahara occidental comme un territoire « non-autonome », dont le peuple a le droit à l’autodétermination. Les Sahraouis sont encore moins d’accord, eux qui ont continué à résister par les armes à l’occupation marocaine comme ils avaient résisté à la colonisation espagnole, sous la direction du Front Polisario, le front de libération du Sahara occidental. Après des années de guerre, un cessez-le-feu fut conclu en 1991, aboutissant à une partition de fait entre 80% du territoire contrôlé par le Maroc, et où les droits des habitants autochtones sont violés d’une façon flagrante, et 20% de territoire libéré, sous contrôle du Polisario ; alors qu’une bonne partie de la population doit vivre dans des camps de réfugiés en Algérie, sans espoir de retour dans leur pays dans un avenir prévisible. Une mission de l’ONU, la MINURSO, était censée superviser un processus d’autodétermination du Sahara occidental. Mais elle se révéla un échec complet. Le Maroc ne renonça jamais à sa volonté d’une annexion simpliciter de tout le Sahara occidental. En 2016, il viola le cessez-le-feu, contraignant aujourd’hui le Front Polisario à reprendre les armes.

 

Ce conflit est peu connu en Occident, où le Sahara occidental passe presque pour un territoire marocain « normal », et où trop de personnes n’en ont jamais entendu parler. Parce que nous soutenons le principe intangible du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, parce qu’aucun peuple ne sera réellement libre tant qu’un seul subira le joug du colonialisme, parce que la lutte du peuple Sahraoui doit être connue, nous avons choisi le Front Polisario comme invité d’honneur pour notre 13ème Fête des peuples sans frontières. Et pour faire connaître cette histoire, commençons par son début.

 

Le Sahara occidental avant 1976

 

L’histoire du Sahara occidental remonte au fond des âges. Les ancêtres des Sahraouis y vivaient depuis la haute Antiquité. Ils sont progressivement islamisés à partir du VIIIème siècle. La région est successivement contrôlée par différents empires. En 1048, des Berbères sanhdjas (en actuelle Mauritanie) se coalisent sous la direction d’Abdellah ben Yassin, un prédicateur malékite, partisan d’un islam rigoriste, et fondent le mouvement Almoravide. Les Almoravides conquièrent un vaste empire, comprenant le Sahara occidental, le Maroc et l’Al-Andalus musulman. Mais, parvenu au pouvoir, le régime Almoravide perd de sa radicalité religieuse. Il est renversé à son tour par un mouvement plus rigoriste encore, les Almohades, en 1147. Le Sahara occidental échappe aux mains de la nouvelle dynastie, et perd son organisation politique.

 

Mais, en 1514, le Sahara occidental est annexé par la nouvelle dynastie marocaine des Saadiens. Cette dynastie conquiert un vaste empire, qui atteindra son point culminant à la fin du XVIème siècle, avant de se désagréger peu à peu. Mais le Sahara occidental restera en mains marocaines jusqu’en 1884, et ni Espagnols ni Portugais ne parvinrent à s'y implanter avant cette date. La monarchie marocaine tire argument de cette longue domination pour « prouver » la marocanité du Sahara occidental. Mais une possession dynastique passée ne peut en aucun cas justifier des revendications territoriales présentes, et n’a absolument aucune valeur eu égard au droit international. Elle ne fait surtout pas le poids face au droit d’autodétermination du peuple qui habite une terre donnée, et auquel le régime marocain refuse le droit de décider de son destin.

 

Le raisonnement de la monarchie marocaine ressemble d’ailleurs à s’y méprendre à celui d’un certain Vladimir Poutine, dont le fameux « Monde russe », dont le contrôle lui reviendrait de droit, a exactement la même légitimité – ou plutôt son absence – que celle de la « marocanité » du Sahara occidental. On reconnaît bien également l’approche d’un autre restaurateur d’empire autoproclamé, Recep Tayyip Erdogan. On voit aisément à quels redécoupages sanglants des cartes, au mépris total des peuples et de leurs droits, conduirait ce type de raisonnement néo-impérial. L’histoire de l’Europe n’en témoigne que trop.

 

En 1884, le Sahara occidental est annexé par l’Espagne, et devient une colonie espagnole. Le sultan marocain soutient la résistance, avant d’être lui-même soumis à un protectorat franco-espagnol. L’Espagne établit des comptoirs commerciaux et une présence militaire. Les Sahraouis n’ont jamais accepté cette domination coloniale. Mais toutes les tentatives de révoltes furent impitoyablement écrasées par l’occupant. C’est dans la répression sanglante des insurgés sahraouis que le général Franco et ses complices apprirent les méthodes criminelles qu’ils feront subir ensuite au peuple espagnol.

 



A partir de son indépendance en 1956, le Maroc soutint la lutte des Sahraouis contre l’occupation espagnole, non par sollicitude pour leurs droits, mais dans le but de reconstituer son empire passé, pensant qu’il serait facile d’annexer ce territoire, et que le peuple sahraoui ne s’opposerait pas à cette perspective (sans naturellement daigner lui demander son avis). La Mauritanie avait également des prétentions territoriales sur la Sahara occidental. Le Maroc fit inscrire – on peut rétrospectivement apprécier une certaine ironie historique – le Sahara occidental sur la liste des territoires non-autonomes de l’ONU, qui fit pression sur l’Espagne pour qu’elle mette fin à son occupation coloniale. Parallèlement, la résistance sahraouie grandit. Le Front Polisario (Front populaire de Libération de la Saguia el Hamra et du Rio de Oro) fut fondé en 1973, s’inscrivant dans l’héritage des mouvements de résistance antérieurs. L’Espagne s’accrocha toutefois à sa colonie jusqu’à la mort de Franco, en 1975.

 

Alors que le dictateur agonisait, l’Espagne, n’avait plus la volonté de mener une guerre coloniale. Et le peuple sahraoui n’entendait pas les choses de la même oreille que le roi du Maroc ou l’élite mauritanienne, et aspirait à l’indépendance, non à changer de maître. Une mission de l’ONU reconnut en 1975 un « consensus écrasant parmi les Sahraouis vivant sur le territoire en faveur de l'indépendance et en opposition à l'intégration avec tout pays voisin » ; ainsi que la légitimité du Front Polisario en tant que représentant du peuple Sahraoui (légitimité qui sera confirmée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1979). L’Espagne annonça un prochain référendum d’autodétermination. La même année, la Cour internationale de justice de la Haye statua que « Les éléments et renseignements portés à la connaissance de la Cour montrent l'existence, au moment de la colonisation espagnole, de liens juridiques d'allégeance entre le sultan du Maroc et certaines des tribus vivant sur le territoire du Sahara occidental. Ils montrent également l'existence de droits, y compris certains droits relatifs à la terre, qui constituaient des liens juridiques entre l'ensemble mauritanien, au sens où la Cour l'entend, et le territoire du Sahara occidental », ce qui n’empêche pas toutefois que « (...) En revanche, la Cour conclut que les éléments et renseignements portés à sa connaissance n'établissent I’existence d'aucun lien de souveraineté territoriale entre le territoire du Sahara occidental d'une part, le Royaume du Maroc ou l'ensemble mauritanien d'autre part. »

 

Mais le roi du Maroc, Hassan II, s’opposa catégoriquement à ce que le peuple sahraoui ait son mot à dire sur son avenir, et organisa la « marche verte », une manifestation sur le territoire encore contrôlé par l’Espagne avec des dizaines de milliers de civils marocains, véritable coup de force, pour forcer la main à l’Espagne. L’Espagne, le Maroc et la Mauritanie négocièrent donc en coulisses : le Maroc récupérait deux tiers du Sahara occidental, la Mauritanie un tiers, et l’Espagne conservait des concessions pour le phosphate et la pêche. Un arrangement scandaleux entre une ancienne puissance coloniale et deux nouvelles, négocié dans le dos du peuple sahraoui, qui n’eut pas son mot à dire, et violemment condamné par le Front Polisario ; un arrangement illégal en vertu du droit international, et désapprouvé par l’Assemblée générale des Nations-Unies, qui réitéra l’exigence d'un référendum d'autodétermination.

 

D’une nouvelle occupation coloniale au cessez-le feu

 

Le peuple sahraoui n’avait fait que changer de maître dans l’affaire, et le Front Polisario fut contraint de mener la lutte armée contre deux nouvelles puissances occupantes. En 1976, il proclama la fondation d’une République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), qui ne fut pas reconnue par l’ONU, pas plus que la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. La RASD, et son combat de libération nationale légitime, bénéficia en revanche du soutien des pays socialistes, et de pays du Tiers-monde s’inscrivant dans une perspective anti-impérialiste (certains d’entre eux l’ont retiré aujourd’hui dans le sillage de la grande régression néolibérale). Parmi les principaux soutiens de la RASD figurait l’Algérie, qui était alors un pays révolutionnaire et anti-impérialiste. Ce soutien a persisté malgré tous les tournants qu’a connu l’Algérie depuis : les camps de réfugiés sous contrôle du Polisario sont aujourd’hui encore en territoire algérien ; y sont situées également les institutions de la RASD, dans le camp de Tindouf.

 

Le Front Polisario dut donc s’engager dans une guerre de guérilla contre les armées du Maroc et de la Mauritanie, avec succès. La Mauritanie ne fait pas le poids, conclut un cessez-le-feu avec le Front Polisario en 1979, reconnaît la RASD et sa souveraineté sur le Sahara occidental. La zone d’occupation mauritanienne est toutefois rapidement annexée par le Maroc. Car la guerre se révèle plus difficile face à l’armée marocaine. Le Polisario remporte des succès militaires, mais la guerre se révèle impitoyable, et l’aviation marocaine bombarde des camps de réfugiés, forçant des milliers de Sahraouis à l’exil. Le Maroc finit par « sécuriser » quelques 80% du territoire du Sahara occidental qu’il occupe, en construisant un mur gigantesque qui l’entoure – tel le mur de Trump, ou celui édifié par Israël, et qui provoque nettement moins l’indignation des bien-pensants en Occident que feu le mur de Berlin – doublé d’un champ de mines, et derrière lequel le peuple Sahraoui sous occupation est emprisonné. Pour le Front Polisario, la guerre était dans une impasse, et un cessez-le-feu fut conclu, sous l’égide de l’ONU, en 1991.




 

Le Sahara occidental sous occupation marocaine

 

Le Sahara occidental fut de facto divisé en une zone d’occupation marocaine (80% du territoire), et une zone libre (20%), que le Maroc appelle « zone tampon » et qui est de fait contrôlée par le Polisario (mais la plupart des Sahraouis sous administration de la RASD vivent dans les camps de réfugiés en Algérie).

 

L’ONU désigna une mission spéciale, la MINURSO – Mission des Nations-Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental – dont la principale attribution, comme son nom l’indique, était l’organisation d’un référendum d’autodétermination. Mais, elle se révéla un échec total. Aucun référendum ne put être organisé, car le Maroc sabota systématiquement toute tentative de mise en place d’un vrai référendum, et que le Front Polisario ne pouvait accepter une simple autonomie de façade, laissant la domination marocaine intacte. La MINURSO ne fit rien non plus contre les massives et graves violations des droits humains dans la nouvelle colonie marocaine.

 

Car le joug marocain dans le Sahara occidental occupé ne se révéla pas mieux que le colonialisme européen. Faut-il le rappeler, le Royaume du Maroc n’est pas une démocratie, mais une monarchie quasiment absolue – avec un multipartisme de façade mais où aucune opposition réelle n’est tolérée – et reposant sur un appareil d’État extrêmement répressif. Comme dans toute monarchie à l’ancienne, la famille régnante, puissante et richissime, est au sommet de l’oligarchie locale, et n’hésite pas à utiliser la puissance publique au service de ses intérêts privés.

 

Le Sahara occidental occupé se vit imposer une domination coloniale extrêmement dure : répression brutale de toute contestation, absence de toute liberté d’expression, véritable chape de plomb coupant presque cette région du monde, violences policières et procès politiques omniprésents et arbitraires. Les ressources naturelles du Sahara occidental – phosphates et ressources halieutiques – sont soumises à un véritable pillage, sans aucun égard à la durabilité ni aux dégâts occasionnés à l’environnement. Les revenus reviennent à l’élite marocaine ; le peuple sahraoui n’en voit jamais la couleur.

 

La monarchie marocaine prétend justifier cette occupation coloniale par une prétendue « marocanité » du Sahara occidental, dont nous avions déjà parlé. Elle diffuse des fakes news, comme quoi la question sahraouie aurait été artificiellement créée de toutes pièces par l'Algérie, ce qui contredit les faits les plus élémentaires, comme d’ailleurs la position de l’ONU. Elle affirme enfin que la question ferait l’objet d’un consensus dans la société marocaine, si bien qu’il serait impossible de faire de quelconques concessions. Mais une majorité de la population russe soutiendrait – même si ce n’est pas certain – l’« opération militaire spéciale ». Qu’un nationalisme fasse l’objet d’un « consensus » – au sein du peuple d’un pays dominant – ne le rend pas légitime pour autant.

 

Succès diplomatiques de la monarchie marocaine

 

A défaut de se plier aux exigences les plus élémentaires du droit international, ou de négocier sérieusement avec ceux que l’ONU a reconnus comme représentants légitimes du peuple sahraoui, le régime marocain a trouvé une autre solution : légitimer son coup de force en le faisant avaliser par des puissances impérialistes.

 

Les soutiens du Maroc sont tout d’abord les pétromonarchies du Golfe (entre monarchies absolues on est solidaire…). Ce sont ensuite les USA de Trump, qui ont accepté la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en échange du rétablissement des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël : avaliser l’oppression des Sahraouis en échange de l’acceptation de celle des Palestiniens…Une position que l’administration Biden n'a pas remise en cause. C’est l’UE, qui a signé un accord de libre-échange avec le Maroc, incluant le Sahara occidental dans le territoire marocain ; un accord d’abord retoqué par la CJUE, mais ensuite validé par le Parlement européen en 2019. La si vertueuse UE, si intransigeante sur les principes de « l’État de droit », cautionne donc le pillage des ressources naturelles d’un territoire illégalement occupé. Après tout, business is business. C’est enfin le gouvernement « de gauche » espagnol, qui a accepté la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, pour que la police marocaine continue à tabasser avec zèle les migrants africains qui tentent de rejoindre les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla.

 

Quand on a autant de puissances impérialistes de son côté, pourquoi s’embarrasser d’un détail sans importance comme le droit international ? On peut en revanche apprécier la « sincérité » de l’indignation morale des dites démocraties occidentales devant les agissements de Vladimir Poutine – qui, pour inexcusables qu’ils soient, ne sont pas pires que ceux du roi du Maroc, de celui d’Arabie Saoudite, ou du président de Turquie – et ce que vaut leur attachement aux valeurs que sont le droit international et les droits humains.


         La RASD a des soutiens plus honorables. Ici Mohamed Abdelaziz, ancien président de la RASD, avec Raoul Castro, en 2014 


Fin du cessez-le-feu et reprise de la lutte armée

 

Cet état de paix précaire et de promesses non tenues prit fin en 2020. Afin de mieux pouvoir piller les ressources du Sahara occidental occupé, le Maroc décida de bâtir une route goudronnée en direction de la Mauritanie, destinée à l’exportation. Mais cela impliquait d’ouvrir une brèche illégale dans la zone de démarcation, à Guerguerat, et de faire passer ladite route en zone libre, en violation flagrante de l’accord de cessez-le-feu. Des militants non-armés du Polisario ont manifesté en 2020, en zone libre, pour bloquer cette route illégale. L’armée marocaine est alors intervenue pour réprimer brutalement cette manifestation pacifique, et « sécuriser » une zone illégalement occupée.

 

Le Front Polisario a estimé qu’il s’agissait de la part du Maroc d’une violation unilatérale du cessez-le-feu, que celui-ci avait donc vécu, et qu’il était de sa responsabilité de protéger les civils sahraouis, fût-ce en prenant les armes. Ce fut la reprise de la guerre. Depuis, les forces armées du Front Polisario attaquent régulièrement des positions de l’armée marocaine, pour accomplir par les armes une lutte de libération nationale que la négociation et l’ONU n’ont pu mener à bien. Du côté marocain, c’est l’escalade dans une répression brutale et arbitraire contre toute expression de mécontentement en territoire occupé. La guerre n’a fait que prendre en ampleur et continue à ce jour, sans qu’il soit possible d’en voir la fin, bien que le fait soit pratiquement inconnu par chez nous.

 

Parce que cette occupation coloniale est un scandale trop méconnu, parce que de cette guerre de libération nationale trop peu de gens sont au courant dans notre pays, nous avons invité le Front Polisario en tant qu’invité d’honneur à notre 13ème Fête des peuples sans frontières. Parce que la solidarité internationale est pour nous un principe inconditionnel, parce que le colonialisme sous quelque forme que ce soit est inacceptable et doit être éradiqué, parce que le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est un principe intangible. Pour toutes ces raisons, la lutte du peuple sahraoui doit être soutenue, de la même façon que l’est celle du peuple palestinien ou du peuple kurde, que l’est celle de tout peuple soumis à un joug colonial ou néocolonial. La revendication doit être claire et sans concession : un référendum d’autodétermination, avec la possibilité de former un État séparé, pour le peuple du Sahara occidental, sans aucune immixtion de la monarchie marocaine. Il n’est pas acceptable, au XXIème siècle, que des prétentions dynastiques, des nationalismes archaïques, ou des ambitions impérialistes puissent justifier l’oppression d’un peuple et le pillage de ses ressources naturelles. Nous luttons pour qu’enfin ces reliques putrides d’un passé révolu rejoignent les poubelles de l’histoire, pour un monde nouveau.

03 mai 2022

Intervention à la commémoration à l’occasion des 5o ans depuis le décès de Kwame Nkrumah, organisée par le Parti du Travail le 27.04.22

 


Je crains de n’être de loin pas aussi compétent pour ce qui concerne le sujet qui nous occupe ce soir que les historiens qui sont avec moi autour de la table. Je ferais de mon mieux néanmoins pour dire ce que le Parti du Travail a à dire de Kwame Nkrumah et de son héritage. Je commencerai par les raisons pourquoi nous avons organisé la commémoration de ce soir.

 

Car, qui fut Francis Nwia Koffi Kwame Nkrumah, né en septembre 1909 à Nkroful, dans la colonie britannique de la Gold Coast (actuel Ghana), et décédé le 27 avril 1972 dans un hôpital de Bucarest, en Roumanie ? Son nom est hélas peu connu, injustement peu connu, par chez nous. Il fut pourtant un personnage légendaire en son temps, et l’est encore en Afrique aujourd’hui. Pourquoi le Parti du Travail a estimé important de rappeler aujourd’hui sa mémoire, de s’intéresser à sa pensée et à son œuvre ? En un mot, pourquoi accordons-nous autant d’importance au passé, à l’histoire ?

 

La raison, c’est que nous pensons que l’histoire n’est pas seulement connaissance du passé mais aussi un enjeu politique. La façon dont on raconte l’histoire, le choix de ses aspects qu’on met en avant ou qu’on passe sous silence, permet de construire un récit, de justifier une certaine vision du monde, de légitimer l’ordre établi ou sa contestation. Nous connaissons fort bien cet aspect en Suisse, où l’histoire officielle a eu tant de poids pour cimenter un consensus populaire autour d’une vision idéalisée – mais pour le moins imparfaitement conforme à la réalité historique – de l’histoire nationale. Nous pensons que, pour lutter contre l’ordre existant et pour bâtir un autre avenir, les classes populaires ont vitalement besoin de connaître une histoire par en-bas, celle des luttes des classes subalternes dans le passé, des tentatives de construire une société différente, avec leurs succès et leurs échecs.

 

C’est également ce que Kwame Nkrumah écrivait :

 

« Ce lien entre la façon d’écrire l’histoire et l’idéologie est éternel. Un coup d’œil sur l’œuvre des grands historiens, Hérodote et Thucydide compris, permet de voir leur passion idéologique. Leurs irrésistibles commentaires moraux, politique et sociaux sont des cas précis qui témoignent d’une prise de position idéologique plus générale. Les grands historiens sont traditionnellement des accusateurs publics qui se sont nommés eux-mêmes : ils accusent au nom du passé et exhortent au nom de l’avenir. Ces accusations et ces avertissements ont été insérés dans un cadre rigide de présupposés, tant sur la nature de l’homme bon que sur celle de la société bonne, de telle façon que ces présupposés servent d’indices pour une idéologie implicite ».

 

Et Kwame Nkrumah est un personnage historique qui mérite d’être connu. Révolutionnaire, marxiste-léniniste sans dogmatisme, qui tenta de s’appuyer sur le marxisme pour penser les réalités africaines, théoricien du panafricanisme, il combattit contre le colonialisme qui étouffait le continent africain. Il conduisit son pays natal, le Ghana, l’ancienne colonie britannique de la Côte de l’or, à l’indépendance, en 1957, et en devint le premier président en 1960. C’est une lutte qu’il raconte, de son point de vue, dans son Autobiographie, parue lorsque l’indépendance du Ghana était déjà imminente, mais n’était pas encore effective – une certaine prudence de ton, mais aussi une utile leçon de diplomatie et de subtilité, s’en ressent dans sa prose. Durant son mandat, il s’efforça de faire du Ghana le phare de la révolution en Afrique, de rompre avec l’héritage du colonialisme et la misère, d’entamer la construction d’une nouvelle société socialiste. Malgré les difficultés et les contradictions réelles de l’expérience ghanéenne ses réalisations furent réelles et considérables, si on prend en comptes les conditions objectives dans lesquelles il fallut lutter alors.

 

Kwame Nkrumah est l’auteur de plusieurs écrits théoriques de grande valeur, qui valent la peine d’être lus de nos jours, qui méritent d’être connus, de même que son action politique, tant il est vrai que les potentialités non-réalisées du passé peuvent être des solutions aux impasses du présent, et des voies de l’avenir.

 

Notre Parti, qui est un Parti internationaliste, et qui ne sépare pas la lutte que nous menons en Suisse de la lutte de tous les peuples du monde pour leur émancipation, peut considérer à ce titre Kwame Nkrumah comme s’inscrivant dans la même tradition, dans le même héritage théorique et révolutionnaire, sur lequel nous fondons notre action.

 

Avant tout, parce que Kwame Nkrumah avait clairement fait le choix du socialisme, du socialisme scientifique (et non des usages nébuleux et souvent mystificateurs dont il était fait de ce terme dans les débats sur ledit « socialisme africain »), dans lequel il voyait l’avenir pour l’Afrique, la voie du développement et de la justice sociale :

 

« Si l’Afrique ne s’engage pas sur la voie du socialisme, elle reculera au lieu d’avancer. Avec tout autre système, nos progrès seront au mieux très lents. Notre peuple alors perdra patience. Car il veut voir le progrès se réaliser, et le socialisme est le seul moyen de le faire rapidement ».

 

Bien entendu, il n’est pas possible de penser le développement de nos jours comme on le concevait dans les années 6o. Cela n’enlève rien pourtant à la justesse de ce que disait Nkrumah. J’ajouterais même que le socialisme devient d’autant plus nécessaire pour assurer un développement associant le progrès social et la durabilité – dont l’Afrique n'a pas moins besoin aujourd’hui qu’alors – que le capitalisme fossile touche à sa fin, et qu’il est vitalement urgent pour l’humanité d’en sortir.

 

Pour penser le socialisme, Kwame Nkrumah se fondait sur ce qu’il y a à apprendre de l’édification d’une société nouvelle en URSS et dans d’autres pays du socialisme réel, sans en faire un modèle à copier – car pour construire le socialisme en Afrique, il faut d’abord partir des réalités africaines – ni en oublier les contradictions et insuffisances réelles ; une approche qui peut encore être la nôtre aujourd’hui :

 

« Malgré tous ces handicaps, l’hostilité ouverte et active, et les terribles pertes en matériel et en hommes résultant de la seconde guerre mondiale, l’Union Soviétique a construit en un peu plus de trente ans une machine industrielle assez forte et avancée pour lancer le spoutnik, puis envoyer le premier homme dans l’espace. Il faut dire quelque chose en faveur d’un système d’organisation continentale, joint à des objectifs socialistes clairement définis, qui a à son actif ces remarquables exploits, et j’en fais un exemple de ce qu’un programme unifié pourrait faire pour l’Afrique. Je n'ignore pas les profonds troubles sociaux que cela a entraînés, ni la brutalité de la répression du non-conformisme. En reconnaissant l’exploit, je ne puis que regretter les excès, bien que notre propre expérience me permette de comprendre quelques-unes de leurs causes ».

 

Pour apprécier les réalisations de la tentative d’édification du socialisme au Ghana, mais aussi ses limites, il faut prendre en compte l’héritage de sous-développement extrême, d’absence d’infrastructures les plus indispensables, de délabrement, de misère et d’analphabétisme, de dépendance économique totale, d’un modèle d’échange inégal – exportation de matières premières brutes à bas prix, et importation de produits manufacturés et de produits alimentaires à prix surévalués – qu’avait laissé un siècle de colonialisme. La classe ouvrière était alors très minoritaire au Ghana, dont l’industrie était réduite au minimum indispensable aux yeux des intérêts coloniaux. La bourgeoisie locale était embryonnaire, et principalement de nature compradore. Le Ghana n’était pas prêt à passer au socialisme, et avait surtout besoin d’un développement économique et social pour répondre rapidement à des besoins sociaux criants. Un développement pour lequel l’État ghanéen n’avait que très peu de capitaux à mobiliser, et ne pouvait se passer ni du peu de capitalisme local qui existait, ni des investissements étrangers. Durant les quelques années dont Kwame Nkrumah disposa, il parvint néanmoins à éviter les pièges du néocolonialisme et à atteindre des résultats somme toute spectaculaires en matière d’alphabétisation, de développement des services publics et d’infrastructures – routes, ports, chemins de fers, barrage sur la Volta et électrification du pays. Des bases d’une industrie nationale et étatisée furent jetées. Des industries de transformations furent établies pour ne plus exporter de matières premières brutes, mais des produits finis. Ainsi, aujourd’hui encore, le Ghana exporte son propre chocolat, au lieu de se contenter de vendre du cacao. Il faut aussi noter les efforts dans le sens d’une modernisation de l’agriculture, et d’une diversification économique pour sortir de la monoculture du cacao. Grâce à un soutien négocié auprès des pays socialistes, le gouvernement ghanéen parvint à trouver une solution pour s’en sortir des impasses héritées de l’époque coloniale. Le coup d’État réactionnaire brisa un élan, qui aurait pu amener des résultats autrement plus appréciables que ce qui avait été réalisé jusque-là. Kwame Nkrumah comprit et analysa les dangers du néocolonialisme, et proposa des solutions pour que l’Afrique puisse échapper à cette nouvelle oppression. Dans Néocolonialisme, dernier stade de l’impérialisme – dont le titre, mais aussi la démarche sont inspirées de Lénine – il montre que, malgré l’indépendance politique que la plupart des États africains avaient acquise, ou étaient en passe d’acquérir, loin s’en faut qu’ils aient gagné une indépendance réelle. Il procède à une analyse très complète des consortiums capitalistes internationaux qui dominaient l’Afrique dans la plupart des secteurs de son économie – une énumération peut-être un peu fastidieuse à lire, mais qu’il était absolument nécessaire d’établir et de dénoncer – ainsi que des mécanismes multiformes qui continuaient à maintenir le continent dans les chaînes de la dépendance et du sous-développement, comme si rien n’avait substantiellement changé depuis l’époque coloniale. Sans briser ces chaînes, l’Afrique ne pourrait jamais sortir d’un modèle d’échange inégal – exportation de matières premières brutes au seul profit des monopoles occidentaux, contre important de produits manufacturés achetés à des prix surévalués – ni prendre son destin en main. Le néocolonialisme se mettait seulement en place alors, mais ses mécanismes n’ont pas substantiellement changé depuis. L’analyse pionnière de Kwame Nkrumah reste aujourd’hui indépassable.

 

Son engagement panafricaniste – pour lequel il s’est rendu célèbre avant que d’animer la lutter pour l’indépendance de la Côte de l’Or – découle de son analyse du néocolonialisme et de sa perspective anti-impérialiste. Les anciennes puissances coloniales ont sciemment – selon la maxime « diviser pour mieux régner » – partagé l’Afrique en une multitude de petits États, dont la plupart ne sont pas viables seuls, sans l’ « aide » intéressée de l’ancienne métropole, pas même pour financer leur fonctionnement, et n’ont pas les moyens de mettre en œuvre les ressources nécessaires à un plan de développement endogène. En plus de cette division entre États, les puissances coloniales ont tout aussi sciemment attisé les esprits de clocher, les intérêts particuliers, les régionalismes, toutes les tendances centrifuges possibles et imaginables pour diviser les nouveaux États de l’intérieur et les affaiblir – une tactique que Kwame Nkrumah parvint à enrayer au Ghana, et à bâtir une nation unifiée, malgré tous les efforts perfides de l’occupant britannique. Pour pouvoir réellement sortir d’un rapport de dépendance à l’égard de l’ancienne puissance coloniale, pour mettre fin à une concurrence néfaste entre États africains qui ne profitent qu’aux monopoles occidentaux, pour mettre en œuvre un développement à large échelle, l’Afrique devrait s’unir politiquement, avec un gouvernement fédéral commun, un marché commun, une planification économique à l’échelle du continent, une diplomatie et une politique de la défense commune. Kwame Nkrumah expose ces idées dans l’Afrique doit s’unir, dont il a fait distribuer des exemplaires à tous les autres chefs d’État africains en fonction, dont, hélas, aucun ne l’a écouté. L’état peu réjouissant dans lequel se trouve l’Afrique aujourd’hui, qui souffre des mêmes maux que Kwame Nkrumah avait déjà dénoncés, n’en rend ses idées que plus actuelles, à défaut de forces politiques conséquentes pour les porter dans l’immédiat.

 

En ces temps de guerre, tragiques et lourds de menace, il est utile d’insister à part sur la politique étrangère prônée par Kwame Nkrumah. Avant Micheline Calmy Rey, il utilisa l’expression de « neutralité positive » pour la définir. Il prônait pour l’Afrique une politique de non-alignement et de paix, de nature à atténuer les tensions entre les deux blocs, et de prôner une dynamique de désarmement et de désescalade. Une Afrique unifiée, parlant d’une seule voix, de sa propre voix, aurait eu une force morale certaine en suivant une telle ligne. Le Ghana indépendant essaya par défaut de le faire en son nom, avec des résultats forcément beaucoup plus limités. 

 

« L’action sans la pensée est vide. La pensée sans l’action est aveugle ». C’est cette citation de Kwame Nkrumah que nous avions choisi comme titre pour la présente commémoration. Et, en effet, ce qui caractérise sa pensée, c’est l’importance qu’il accorde au combat des idées, à l’idéologie, et à son lien dialectique avec la pratique. La lecture de Kwame Nkrumah peut être un remède utile au culte étroit du « terre-à-terre » et du « concret », qui est une étroitesse malheureusement bien présente dans le mouvement ouvrier suisse. Il vaut la peine de citer un passage plus long, extrait de Consciencisme, livre où Kwame Nkrumah expose sa lecture originale, et adaptée aux réalités africaines, du marxisme-léninisme, et qui a suscité d’importants débats sur son interprétation :

 

« Mais l’interaction entre la modification des conditions sociales, d’une part, et le contenu de la conscience des peuples, d’autre part, ne se fait pas à sens unique : les conditions peuvent être modifiées par une révolution, et les révolutions sont le fait d’hommes, d’hommes qui pensent en hommes d’action et agissent en hommes de pensée. Il est vrai que l’histoire fait les révolutionnaires, mais loin d’être la balle emportée par le vent de l’histoire, ils ont une solide base idéologique.

 

La révolution a deux aspects. Elle s’oppose à un ordre ancien et elle lutte pour un ordre nouveau. Les marxistes ont raison d’insister sur le fait que les circonstances matérielles sont une force déterminante, mais j’aimerais donner également une grande importance au pouvoir déterminant de l’idéologie. Une idéologie révolutionnaire n’est pas purement négative ; ce n’est pas une simple réfutation conceptuelle d’un ordre social en train de mourir, mais la lumière qui guide l’ordre social naissant. ».

 

Je ne peux toutefois rester sur une simple apologie de Kwame Nkrumah, n’évoquer que les aspects glorieux de son œuvre, car, hélas, la révolution ghanéenne se termina par un échec. En 1966, le président Nkrumah fut renversé par un coup d’État réactionnaire, avec le soutien de l’ancienne puissance coloniale, alors qu’il était en visite officielle au Vietnam. La junte qui s’est emparée du pouvoir remit le Ghana sur les rails du néocolonialisme, bien que, jusqu’à aujourd’hui, tout ce que Nkrumah avait accompli ne put être démantelé. Quant au premier président du Ghana, il vécut le reste de sa vie en Guinée, l’un des quelques autres pays révolutionnaires – avec un certain nombre d’ambiguïtés – où le président Ahmed Sékou Touré l’accueillit et lui décerna un titre honorifique. Il s’y radicalisa d’ailleurs, et prôna la lutte armée menée par un parti révolutionnaire dans ses derniers écrits.

 

Cela fait de Kwame Nkrumah une figure tragique de l’histoire de l’Afrique, moins célèbre que d’autres, car il ne perdit pas la vie dans le coup d’État qui le renversa. Cela oblige aussi à analyser les faiblesses de la révolution ghanéenne et les causes de son échec, puisque, forcément, il y en a eu.

 

La première de ces causes, c’est que Kwame Nkrumah s’est bien souvent retrouvé seul ou presque à prêcher dans le désert, dans l’Afrique entière – qui ne comptait que quelques îlots révolutionnaires, pour une masse d’États formellement indépendants, mais en fait aux mains d’élites acquises au néocolonialisme – comme au Ghana, où la possession du titre suprême masquait mal son isolement réel.

 

Si Kwame Nkrumah parvint, tant qu’il fut au pouvoir, à faire du Ghana le phare de la révolution en Afrique, il faut malheureusement dire que son propre parti, le CPP (Parti de la Convention du Peuple), n’était pas à la hauteur, et c’est un euphémisme que de le dire. Parti de masse, populaire, militant, formé en 1949, et qui conduisit la lutte victorieuse pour l’indépendance, le CPP – parti pour l’indépendance, à la composition nécessairement plurielle, rassemblant des membres provenant des horizons les plus divers, et qu’unissait essentiellement leur engagement pour l’indépendance nationale, malgré des divergences considérables sur leurs orientations politiques par ailleurs – se dévitalisa une fois parvenu au pouvoir. Il ne parvint pas à devenir un parti d’avant-garde, un parti de la classe ouvrière, dont le Ghana nouveau avait besoin. Au lieu de cela, il devint un parti-État passablement amorphe, rempli d’éléments opportunistes et d’adversaires du socialisme, déchiré par des intrigues sourdes entre clans rivaux. Le président était en réalité passablement isolé au sommet avec ses idées socialistes, entouré par des éléments droitiers et d’anciens compagnons de lutte désireux surtout de s’enrichir par des moyens pas nécessairement légaux. Il faut bien entendu tenir compte de l’inévitable réalité : Nkrumah revint en Côte de l’Or en 1947, le CPP fut fondé en 1949, gagna les élections et accéda au gouvernement en 1951 déjà, pour conduire le pays à l’indépendance en 1957. Parti jeune, ayant grandi vite, il ne pouvait avoir acquis la cohésion et la solidité politique que seule peut avoir une organisation qui s’est forgée sur des années de lutte. Il faut dire que les cadres ayant une formation marxiste étaient fort rares au Ghana, la censure britannique ayant « préservé » ses colonies de la pénétration d’idées indésirables aux yeux de l’administration coloniale. Toujours est-il que les problèmes étaient connus, et que, loin d’être traités, ils allèrent en s’aggravant.

 

Paradoxalement, c’est l’importance extrême que Kwame Nkrumah accordait à la lutte idéologique – au détriment des rapports de force réels parfois – qui lui a peut-être joué un mauvais tour. Le CPP dispensait une excellente formation idéologique dans son institut de formation, et avait une aile gauche dynamique, mais celle-ci était cantonnée en pratique au travail de propagande. Aux postes de commande, on trouvait majoritairement des éléments droitiers qui eurent beau jeu de saboter autant qu’ils le purent, consciemment ou en se livrant à la corruption, l’édification du socialisme, de dévoyer l’organisation du Parti et d’empêcher l’organisation de la classe ouvrière.

 

C’est en revanche un mauvais procès qu’on fait à Kwame Nkrumah en l’accusant d’autoritarisme. Un procès calomnieux fait par des officines de propagande impérialiste, qui fermèrent complaisamment les yeux sur des violations beaucoup plus graves qui eurent lieu dans les pays qui s’étaient soumis au néocolonialisme. Kwame Nkrumah attacha même beaucoup d’importance à la liberté d’expression, et un débat d’idée, avec des critiques adressées au gouvernement, exista largement au Ghana jusqu’au coup d’État ; un débat d’idée inenvisageable par exemple dans la Côte d’Ivoire de Felix Houphouët-Boigny, régime à parti unique, mais qui choisit ouvertement le capitalisme. Le Ghana dut il est vrai adopter des mesures coercitives de plus en plus drastiques. Mais il y fut contraint par les menées de sabotage de l’opposition réactionnaire – qui se livrait à des campagnes d’obstruction, de calomnie et de violence (qui n’auraient pas été tolérées en Suisse), – les manœuvres de l’impérialisme, et les nombreuses tendances centrifuges et fragilités qui menaçaient jusqu’à l’existence du jeune État ghanéen. Le Ghana dut, il est vrai instaurer une politique de détention préventive, qui autorisait l’arbitraire dans la répression. En revanche, Kwame Nkrumah veilla à ce que la peine de mort ne soit pas appliquée (la junte qui le renversa, elle, n’hésita pas à exécuter ses opposants). Il finit par faire du CPP le parti unique du pays, après avoir hésité longtemps à le faire. Mais le problème n’est pas là. Un système à parti unique peut tout à fait se justifier, et n’est pas nécessairement incompatible avec la démocratie. Le véritable problème est que le CPP n’était à l’évidence pas apte à jouer ce rôle. Le reproche qu’on doit faire par contre à Kwame Nkrumah, c’est un manque d’analyse, en termes de classes, de forces hostiles au socialisme, et la cécité à leur présence massive au sein même du CPP, et du gouvernement ghanéen.

 

Ces faiblesses et ces erreurs, si elles doivent être analysées sans concessions et si des leçons doivent en être tirées, n’enlèvent toutefois rien à la grandeur de Kwame Nkrumah et à l’actualité de sa pensée. Si son tort fut d’avoir trop souvent eu raison trop seul et trop tôt, ça veut dire aussi qu’il est grand temps d’écouter ce qu’il avait à dire.

 

L’analyse que Kwame Nkrumah fit du néocolonialisme, alors qu’il se mettait seulement en place, demeure valable aujourd’hui. Certes, les consortiums internationaux qui pillent l’Afrique n’ont plus forcément les mêmes noms, et les schémas d’optimisation fiscale se sont perfectionnés depuis. Mais les mécanismes d’oppression – l’échange inégal, la dépendance économique, une dette odieuse, le rôle du FMI et de la Banque mondiale, etc. – demeurent les mêmes, et donc aussi les solutions pour s’en libérer.

 

Le choix fait du socialisme pour un développement socialement juste, et pour l’avenir de la société, le panafricanisme, la volonté d’un développement autocentré, le primat à la production locale et aux cultures vivrières pour sortir du schéma colonial d’exportation de matières premières, une politique de neutralité active et de paix…toutes ces idées n’ont pas pris une ride.

 

C’est à raison que Kwame Nkrumah reste un personnage légendaire en Afrique, car, comme je l’ai dit ce sont les potentialités non-réalisées du passé qui peuvent être des solutions aux impasses du présent, et des voies de l’avenir. Plus que jamais, nous devons penser et construire les luttes pour la rupture avec un système oppressif et qui a fait son temps, en Afrique, en Suisse, sur toute la planète, ainsi que la nécessaire solidarité entre les peuples qui luttent. Et il n’y a pas de meilleur guide pour cela que la pensée et l’action de nos prédécesseurs, que la tradition du mouvement ouvrier et révolutionnaire.

 

Je conclurai donc par une citation d’un auteur qui fut un compagnon de route du mouvement communiste, Aimé Césaire : « La voie la plus courte vers l’avenir est toujours celle qui passe par l’approfondissement du passé ».

 

Bibliographie : 

  1. Arzalier Francis (sous la direction de), Expériences socialistes en Afrique (1960-1990), éditions le Temps des Cerises, Paris, 2010
  2. Bénot Yves, Idéologies des indépendances africaines, éditions François Maspero, Paris, 1972 
  3. Bouamama Saïd, Figures de la révolution africaine, de Kenyatta à Sankara, éditions la Découverte, Paris, 2014 
  4. Boukari-Yabara Amzat, Africa Unite! Une histoire du panafricanisme, éditions la Découverte, Paris, 2014 
  5. Nkrumah Kwame, Autobiographie, éditions Présence Africaine, Paris, 1960 
  6. Nkrumah Kwame, L’Afrique doit s’unir, éditions Présence Africaine, Paris, 1994
  7. Nkrumah Kwame, Le néo-colonialisme, dernier stade de l’impérialisme, éditions Présence Africaine, Paris, 1973  
  8. Nkrumah Kwame, Le consciencisme, éditions Présence Africaine, Paris, 1976 
  9. Nkrumah Kwame, Recueil de textes introduits par Amzat Boukari-Yabara, CETIM, Genève, 2016

24 octobre 2017

Intervention à la commémoration pour les 30 ans de l’assassinat de Thomas Sankara, le 15.10.17



Nous avons choisi d’intituler la commémoration de ce soir : « on peut tuer un homme mais pas ses idées ». Ce titre n’a pas été choisi au hasard. Il fait référence à un des tout derniers discours publics de Thomas Sankara. Le 8 octobre 1987, moins d’une semaine avant son assassinat, le président du Burkina Faso prononçait une allocution pour l’ouverture d’une exposition consacré à Che Guevara, 20 ans après, jour pour jour, qu’il fut abattu par les sbires de la CIA.

Thomas Sankara avait dit notamment à cette occasion : « C’est vrai, on ne tue pas les idées. Les idées ne meurent pas. C’est pourquoi Che Guevara – qui était un concentré d’idées révolutionnaires et de don de soi – n’est pas mort parce qu’aujourd’hui vous êtes venus [de Cuba] et nous nous inspirons de vous. »

Ce discours fut prémonitoire. Tout ce que Sankara dit ce jour-là du Che devait devenir vrai de lui également.  Quelques jours plus tard, Thomas Sankara tombait sous les balles  des assassins tirant sur l’ordre de Blaise Compaoré, son plus proche allié, qui choisit de le trahir, de trahir la révolution, d’y mettre fin pour se rallier au carcan du néocolonialisme et s’enrichir aux dépens de son peuple. Mais si Compaoré parvint à tuer et l’homme que fut Thomas Sankara, et même la révolution qu’il avait conduit, il ne put tuer ses idées, ni son souvenir (et ce n’est pas faute d’avoir essayé). Car on ne tue pas les idées. Le peuple burkinabé n’a pas oublié Sankara, ni la Révolution Démocratique et Populaire. En 2014, Blaise Compaoré était enfin chassé du pouvoir par un soulèvement populaire. L’histoire ne se souviendra de lui que comme d’un criminel et d’un pion de l’impérialisme (l’Etat néocolonialiste français ne l’a pas oublié non plus, qui a envoyé un hélicoptère pour l’extrader, ni la classe dirigeante de Côté d’Ivoire, qui lui a accordé la nationalité ivoirienne pour avoir été le caniche obéissant de Felix Houphouët-Boigny).

On vit en revanche refleurir les portraits de Thomas Sankara, devenu, comme le Che, une figure quasiment légendaire pour les révolutionnaires, en Afrique, mais pas seulement. Le fait que vous soyez si nombreux ce soir pour rendre hommage à sa mémoire suffit à prouver l’intérêt très vif que suscite de nos jours la figure de Thomas Sankara parmi tous ceux qui aspirent à un autre monde.

Un intérêt qui est pleinement justifié. Ce n’est d’ailleurs pas seulement les portraits de Thomas Sankara qui refleurissent, mais aussi des éditions de ses discours. A juste titre, tant toutes les paroles de Thomas Sankara résonnent aujourd’hui plus que jamais d’une actualité brûlante, tant il est indispensable pour tout révolutionnaire de les étudier. La première chose à dire est que la pensée et l’action de Thomas Sankara s’inscrit dans la continuité de toutes les luttes révolutionnaires des peuples pour leur libération, pour un avenir meilleur.

Ainsi que Thomas Sankara l’avait déclaré, devant l’Assemblée générale de l’ONU, le 4 octobre 1984 : « Notre révolution au Burkina Faso est ouverte aux malheurs de tous les peuples. Elle s’inspire aussi de toutes les expériences des hommes depuis le premier souffle de l’humanité. Nous voulons être les héritiers de toutes les révolutions du monde, de toutes les luttes de libération des peuples du tiers monde ».

Profitons de l’occasion pour dire que le Parti du Travail s’inscrit également dans cet héritage révolutionnaire des luttes de tous les peuples pour leur émancipation, et tout particulièrement dans cette séquence ouverte par la Grande Révolution Socialiste d’Octobre, qu’il a toujours apporté un soutien, à la mesure de ses moyens, à tous les mouvements de lutte de par le monde pour la libération nationale, contre l’impérialisme et pour le socialisme. A ce titre, la Révolution Démocratique et Populaire de Thomas Sankara fait partie de notre héritage théorique et politique, et il est de la plus haute importance pour nous d’en préserver la mémoire.

Si l’action de Thomas Sankara prouve quelque chose, c’est que c’est possible. Même dans les conditions objectives apparemment les plus défavorables, même quand toute la planète semble être contre vous, une action révolutionnaire résolue et conséquente est possible. Si la volonté y est, un peuple quel qu’il soit, s’il est prêt à ne compter que sur ses propres forces et lutter jusqu’au bout, peut accomplir une révolution victorieuse, rompre les chaînes du néocolonialisme et du capitalisme, et bâtir une société nouvelle.

Avant la révolution, la Haute-Volta était un pays parmi les plus pauvres de la planète, essentiellement agricole, un petit pays de moins de 8 millions d’habitants, menacé par la désertification, touché par un analphabétisme de masse atteignant plus de 90% de la population, quasiment dépourvu d’industrie. Il semblait ne posséder aucun avantage objectif pour une révolution réussie, seulement des difficultés inouïes. Et pourtant, en seulement quatre ans de révolution, pratiquement sans aucun soutien matériel extérieur, les succès furent remarquables. Grâce à des travaux de construction de barrages et de retenues d’eau par la mobilisation de masse, grâce à la diffusion de techniques agricoles plus modernes, l’autosuffisance alimentaire fut atteinte et la disette vaincue. Une industrie légère commençait à se développer. Le progrès social fut remarquable également : campagnes de vaccination et d’alphabétisation, développement d’un système de santé public, construction de logements…Peu avant l’assassinat de Thomas Sankara, un plan quinquennal était à l’étude. Preuve que la révolution avait réussi à trouver les moyens nécessaires pour une accumulation primitive, malgré les ressources très limitées du pays, et donc la voie d’un développement endogène en faveur du peuple. En ne peut douter que des résultats extraordinaires auraient pu être atteints, si le coup d’Etat de Blaise Compaoré n’avait pas brutalement mis fin à la révolution.

Mais Thomas Sankara ne fut pas seulement un révolutionnaire particulièrement remarquable. La révolution qu’il dirigea fut la dernière d’avant le renversement du socialisme en URSS. Le monde dans lequel il eut à lutter, les défis auxquels la révolution au Burkina Faso fut confrontée, étaient déjà très largement les nôtres. A ce titre, il est, plus que d’autres grands révolutionnaires, notre contemporain. A ce titre, sa pensée a beaucoup à nous apprendre, pour nos luttes d’aujourd’hui.

Sankara devait lutter à une époque où le colonialisme avait laissé la place à une nouvelle forme de domination impérialiste – le néocolonialisme – ce dans la plupart des cas du moins. N’oublions pas que le colonialisme proprement dit existe toujours aujourd’hui, et que le peuple palestinien et le peuple sahraoui ont encore à lutter pour s’en libérer. Reste le fait que, plus que d’autres avant lui, Thomas Sankara comprit bien les rouages du néocolonialisme et les tâches requises pour rompre avec cette nouvelle forme d’oppression. Un des instruments clés du néocolonialisme est la dette extérieure, qui n’est qu’un moyen d’asservissement à perpétuité d’un peuple par l’endettement. Or Thomas Sankara est resté à jamais célèbre pour son discours prononcé le 29 juillet 1987 à Addis-Abeba, à la Conférence de l’Organisation de l’unité africaine. Il convient d’en citer un extrait, pratiquement in extenso :

« La dette, c’est encore le néocolonialisme ou les colonialistes qui se sont transformés en assistants techniques. En fait, nous devrions dire en assassins techniques. Et ce sont eux qui nous ont proposé des sources de financement, des bailleurs de fonds. Un terme que l’on emploie chaque jour comme s’il y avait des hommes dont le bâillement suffirait à créer le développement chez d’autres. Ces bâilleurs de fonds nous ont conseillés, recommandés. On nous a présenté des dossiers et des montages fiduciaires alléchants. Nous nous sommes endettés pour 50 ans, 60 ans et même plus. C’est-à-dire que l’on nous a amenés à compromettre nos peuples pendant 50 ans et plus. »

« La dette sous sa forme actuelle est une reconquête savamment organisée de l’Afrique, pour que sa croissance et son développement obéissent à des paliers, à des normes qui nous sont totalement étrangers, faisant en sorte que chacun de nous devienne l’esclave financier – c’est-à-dire l’esclave tout court – de ceux qui ont eu l’opportunité, la ruse, la fourberie de placer des fonds chez nous avec l’obligation de rembourser. On nous dit de rembourser la dette. Ce n’est pas une question morale. Ce n’est point une question de ce prétendu honneur que de rembourser ou de ne pas rembourser […] La dette ne peut pas être remboursée parce que d’abord, si nous ne payons pas, nos bâilleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir. Soyons-en sûrs également. »

Thomas Sankara avait également affirmé à cette occasion que les pays africains devaient s’unir pour refuser de rembourser la dette extérieure, faute de quoi il ne serait sans doute plus de ce monde au sommet suivant de l’OUA. C’est, hélas, ce qui est arrivé. Il n’empêche que son discours garde de nos jours une actualité brûlante, et pas seulement pour les pays du Tiers monde d’ailleurs. Du temps de Sankara, les peuples d’Europe pouvaient ne pas se sentir concernés par les formes d’oppression néocoloniales, puisqu’ils pouvaient croire qu’ils n’auraient jamais à les subir. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Des pays entiers, la Grèce, le Portugal, et d’autres…ont été traités comme des dominions coloniaux par les eurocrates et la classe dirigeante allemande au nom d’une dette frauduleuse auprès de banques et qu’il est impossible de rembourser. Les Européens gagneraient beaucoup de nos jours à lire Thomas Sankara.

Thomas Sankara eut également à faire face à un problème on ne peut plus actuel : le saccage de notre planète par le capitalisme au nom du profit immédiat et qui menace la survie même, à un terme moins lointain qu’on ne pourrait le penser, de notre espèce. Le problème le plus grave qui touche le Burkina Faso à cet égard est la désertification, l’avancée du désert suite à des déboisements irresponsables au nom d’un intérêt illusoire à court terme. La Révolution Démocratique et Populaire au Burkina Faso a aussi – en seulement quatre ans d’existence – atteint des résultats extraordinaires en matière de reboisement et de préservation des ressources naturelles du pays. Et, contrairement à une certaine écologie politiquement correcte et aseptisée en vogue aujourd’hui en Occident, Thomas Sankara ne séparait pas la question écologique du combat contre le capitalisme et l’impérialisme. Ainsi qu’il le disait en 1986, sur un plateau de la télévision française :

« Nous estimons que la responsabilité de ce fléau n’incombe pas seulement à ces hommes et à ces femmes qui vivent au Burkina Faso mais également à tous ceux qui, loin de chez nous, provoquent de façon directe ou indirecte des perturbations climatiques et écologiques. […] Oui, la lutte contre la désertification est un combat anti-impérialiste ».

A cet égard aussi il est important de lire, ou de relire, Thomas Sankara.

Il y aurait encore bien d’autres choses à dire sur Thomas Sankara et sa pensée, comme sa lutte contre l’impérialisme, pour la façon dont il osa dire brillamment la vérité face à face à François Mitterrand, ou encore son combat pour l’émancipation des femmes. Mais il vaudrait la peine d’en parler pendant des heures. Aussi, vais-je m’arrêter là, et passer  à la conclusion.

Thomas Sankara avait dit en 1985 quelque chose qui pourrait être considéré comme son testament politique : « Je souhaite simplement que mon action serve à convaincre les plus incrédules qu’il y a une force, qu’elle s’appelle le peuple, qu’il faut se battre pour et avec ce peuple… Peut-être dans une autre temps apparaîtrons nous comme des conquérants de l’inutile, mais peut-être aurons-nous ouvert une voie dans laquelle d’autres s’engouffreront allègrement, sans même réfléchir ; un peu comme lorsque l’on marche… Et notre consolation sera réelle, à mes camarades et à moi-même, si nous avons pu être utiles à quelque chose, si nous avons pu être des pionniers. A condition bien sûr que nous puissions recevoir cette consolation là où nous serons… Je souhaite qu’on garde de moi le souvenir d’un homme qui a mené une vie utile pour tous… »


Il est de la responsabilité de ceux qui vivent aujourd’hui que Thomas Sankara n’ait pas lutté en vain, que le souvenir en soit perpétué et inspire les combats et les révolutions futures dont nous avons tant besoin.