Affichage des articles dont le libellé est élections. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est élections. Afficher tous les articles

15 mars 2023

Sens des réalités ?




Le PLR fera campagne pour les élections cantonales du 2 avril 2023 au nom du « sens des réalités ». Admettons. Mais de quelles « réalités » parle le PLR. Il s’agit d’une réalité plus que partielle, abordée au travers d’un prisme déformant.

 

Le PLR dit ainsi que sa priorité est de défendre les « classes moyennes ». C’est un grand classique, un peu éculé tout de même. Tous les partis bourgeois prétendent défendre les classes moyennes lors des élections, parce que la bourgeoisie représente trop peu d’électeurs, et parce qu’ils ne peuvent décemment prétendre être du côté de la classe ouvrière. Prétendre se préoccuper des PME alors qu’on veut éviter aux seules multinationales de voir leurs privilèges un tout petit peu réduits, c’est classique aussi. Les propositions du PLR pour les classes moyennes : des baisses d’impôts, et plus de PPE pour moins de logements sociaux, afin de favoriser l’accès à la propriété. Ce même sens des réalités amène le PLR à défendre avec véhémence la place de la voiture en ville, et de s’opposer à toute mesure qui gênerait un tant soit peu les entreprises ou perturberait l’économie capitaliste. Un sens des réalités profondément conservateur, dont le seul réalisme est de toucher le moins possible à l’ordre établi.

 

Ce prétendu « sens des réalités » est en revanche totalement aveugle, volontairement aveugle aux conséquences du réalisme préconisé sur les classes populaires, et même les classes moyennes qu’on prétend défendre lors des campagnes électorales. Car ce prétendu réalisme est réaliste pour les seuls qui sont réellement censés en profiter : la bourgeoisie ; c’est à cette classe que bénéficieront les baisses d’impôts et un plus grand pourcentage de PPE. A la limite, ce serait faire un mauvais procès au PLR que de le lui reprocher. En menant une lutte de classe du côté de la bourgeoisie, il est dans son rôle. Celui de la gauche devrait être de mener une lutte de classe avec la même fermeté contre lui, du côté de la classe ouvrière, plutôt que de chercher le « compromis ». 

 

Le problème c’est qu’il serait plus exact de qualifier de sens du déni ce prétendu réalisme. Un déni aux conséquences désastreuses si on n’y met pas fin. Car, la défense des seuls intérêts de la bourgeoisie conduit à rendre la planète inhabitable dans un avenir proche. Le business as usual est pur aveuglement, une forme de climatoscepticisme plus dangereux car plus pernicieux que la négation ouverte des acquis scientifiques. Seul un changement radical de cette société est aujourd’hui réalisme. 

 

Le Parti du Travail est également mu par un sens des réalités, mais fondamentalement différent de celui du PLR. Nous partons de la réalité matérielle, de celle que vivent les travailleuses et travailleurs, les classes populaires, une réalité dont les partis de la bourgeoisie n’en savent rien ni n’en veulent rien savoir. La raison d’être de notre Parti est de mener une lutte de classe sans concessions, du côté de la classe ouvrière et contre la bourgeoisie, pour changer cette société, pour remplacer le capitalisme par une nouvelle société socialiste, qui assurera la justice sociale et environnementale. L’urgence climatique ne rend que plus indispensable ce changement de société pour lequel nous luttons.

 

C’est au nom de ce sens des réalités que nous nous présentons pour les élections cantonales, sur une liste commune Ensemble à Gauche, avec nos partenaires de solidaritéS et le DAL. Notre alliance n'est pas purement de circonstance, mais se base sur une réelle convergence politique et sur des bases saines. Nos trois organisations proviennent du reste des diverses recompositions du mouvement ouvrier à partir de la Ière Internationale, elles appartiennent à des traditions politiques apparentées. Notre alliance comprend toutes les organisations significatives de la gauche radicale genevoise. Que quelques individus aux méthodes néfastes, et qui ne représentent qu’eux-mêmes, n’y soient pas, n’est pas une rupture de l’unité, bien au contraire.

 

Notre slogan de campagne – « On n’a plus le temps, créons le changement ! » – reflète le véritable réalisme qui porte notre lutte. Si nous voulons avoir des élus au parlement, et éventuellement au Conseil d’État, ce n’est pas pour gérer cette société dans le compromis sans en toucher les bases, mais pour utiliser la marge de manœuvre que ces institutions permettent pour la transformer radicalement. Cet objectif mérite qu’on se batte pour lui.

17 novembre 2022

« Si l’on veut apporter des changements concrets y compris au sein de l’appareil d’État, on se doit également de mener ce combat dans les exécutifs »

 



Alexander Eniline a été désigné par l’Assemblée générale du Parti du Travail genevois du 10.10.22 candidat au Conseil d’État sur la liste Ensemble à Gauche. Il répond à nos questions.

 

Les personnes qui tiennent cet Encre Rouge entre les mains savent certainement déjà qui tu es. Mais peux-tu quand même te présenter en quelques mots ? Que peux-tu dire de ton parcours au Parti du Travail notamment ?

 

Alexander Eniline : Je suis adhérent du Parti depuis l’âge de mes 16 ans, il y a… 16 ans. J’ai été successivement secrétaire cantonal, président de la section genevoise et depuis peu co-président du Parti Suisse du Travail. Dans la vie, je termine une thèse de doctorat en philosophie médiévale. Aujourd’hui, je suis candidat au Conseil d’État suite à une demande de plusieurs camarades, que j’ai accepté.

 

Durant ces 16 ans, le Parti a traversé beaucoup de péripéties. Quand je suis arrivé, il était dans une situation meilleure que ce qu’il a pu être entre deux. Il y avait encore quelques sections locales, qui étaient un peu au bout, le Parti était affaibli, mais avait néanmoins un dynamisme, un potentiel bien réel. La politique des alliances n’a pas toujours été un exercice facile, ni toujours bien maîtrisé, d’où des conséquences négatives sur le Parti. Un début de reconstruction avait démarré, qui fut malheureusement saboté par quelques individus ayant pu s’introduire au Parti et faire des dégâts considérables. En 2010, quand j’ai été élu secrétaire cantonal, le Parti sortait de cette crise dévasté. Durant une dizaine d’années, on s’est employé à le rebâtir, à étoffer ses rangs, à en renforcer l’unité idéologique, le potentiel politique et organisationnel, pour arriver au point où on en est aujourd’hui. Le résultat n’est pas totalement à la hauteur des objectifs que nous nous étions fixés, mais les progrès accomplis sont indéniables.

 

Tu viens de faire le rappel d’une situation encore compliquée pour l’organisation, malgré des progrès notables. Sur le plan externe, nous vivons aussi une situation sociale qui mêle stagnation des salaires, explosion des dividendes, inflation, pénuries, le tout sur une planète qui subit les affres du changement climatique… Que portes-tu dans ta candidature par rapport à tout cela ?

 

Pour notre Parti la situation est, loin d’être idéale sans doute, mais bien plus favorable que les années précédentes. Notre renforcement fait que les rapports de force avec nos alliés sont devenus plus équilibré. Et plus globalement, la situation politique a changé de façon notable. Lorsque j’avais adhéré, la crise financière de 2008 n’avait pas encore eu lieu, la vague du néolibéralisme n’était pas encore retombée, et la gauche radicale apparaissait à beaucoup de gens comme un vestige du siècle passée. Aujourd’hui, après que les crises ses soient succédés, peu de gens considèrent encore que le système soit bienfaisant, et une aspiration à en changer grandit. L’urgence climatique ne fait que le rendre plus perceptible. La vague verte est venue de ce besoin, mais les Vert-e-s ne sont pas en mesure d’honorer leurs promesses de changement. Si j’avais adhéré au Parti du Travail, c’est parce que nos idées, notre héritage politique et organisationnel, représentent, à mon avis, la seule perspective pour un vrai changement de société. Nos réponses peuvent avoir d’autant plus d’impact aujourd’hui.

 

Du fait de l’urgence climatique, notre combat pour une rupture avec le capitalisme devient une exigence d’un avenir immédiat, il ne peut plus être remis à plusieurs décennies à l’avenir. Si l’on veut réaliser effectivement cette transformation sociale à laquelle nous aspirons, nous devons apporter des changements concrets y compris au sein de l’appareil d’État, donc on se doit également de mener ce combat dans les exécutifs. C’est le sens de la présentation d’une candidature du Parti du Travail au Conseil d’État : pour y mener une politique de lutte de classe. Car les représentants de la bourgeoisie, eux, mènent ce combat de classe, de leur côté naturellement, et avec virulence. Leur position est que les riches paient encore trop d’impôts et qu’il faudrait les baisser si on veut qu’ils restent. Le PS et les Vert-e-s, pour l’essentiel, n’ont pas une position de classe claire, et préfèrent rechercher un compromis avec la bourgeoisie, ce qui conduit au mieux à un aménagement du système à la marge, au pire à l’accompagnement des contre-réformes. Nous ne voulons pas de ce type de compromis, qui ne sont en tout cas pas à la hauteur des réponses que les multiples crises du capitalisme exigent. Même si le PS et les Verts sont des alliés, il est aisé de constater nos différences politiques d’avec eux. Ainsi, nous estimons qu’il faut imposer une redistribution des richesses, sans rechercher de compromis avec la bourgeoisie, sans s’arrêter à des hésitations que les réformistes éprouvent trop souvent. Nous sommes clairement pour des transports publics gratuits. Les Vert-e-s ne sont pas pour, le PS l’est à moitié. D’autres exemples montrent la Différence entre notre ligne et celle de la gauche réformiste.

 

Le Conseil d’État dans sa composition actuelle est souvent dépeint comme étant «de gauche», avec quatre représentants du PS et des Vert-e-s. Es-tu d’accord avec ça et quel bilan pourrais-tu tirer de cette législature?

 

Il y a certes une majorité de gauche au gouvernement depuis deux ans, depuis que Fabienne Fischer a remplacé Pierre Maudet, mais le « changement de cap » dont parlent le PS et les Vert-e-s, on ne l’a pas trop ressenti. Certes, la majorité au Grand Conseil est de droite, mais, malgré tout, dans l’application des lois et dans la gestion des départements, la marge de manœuvre des magistrats aurait pu être davantage utilisée. Je ne dis pas que tout est mauvais dans ce qui a été fait, je pense par exemple à l’indexation des prestations sociales au renchérissement du coût de la vie, ou des objectifs plus ambitieux qu’ailleurs en matière de rénovation des bâtiments, assortis de mesures contraignantes. Mais la droite est extrêmement agressive, organisée et rétrograde. Le PLR est à fond pour baisser encore les impôts des plus riches, couper dans les dépenses, défendre la voiture un peu partout, au mépris de la nécessité de sortir des énergies fossiles… Et ce Conseil d’État n’est pas assez offensif, alors qu’il pourrait l’être davantage.

 

Sur les droits démocratiques, la pratique de Mauro Poggia va même contre le droit international. Elle vise à dissuader les mouvements sociaux par un pur excès de zèle au-delà de ce que la loi exige, et le fait, par exemple, de demander des émoluments pour organiser des manifestations est arbitraire. Les quatre conseiller d’État de gauche pourraient bloquer cette pratique, mais rien n’est fait.

 

Sur leurs bilans respectifs : Anne Emery-Torracinta s’est principalement limitée à la gestion de son département, d’ailleurs plutôt mal si l’on en croit les scandales et graves problèmes devenus de notoriété publique. Thierry Apothéloz n’en a en tout cas pas fait assez pour un conseiller d’État de gauche pour répondre à l’urgence sociale. Il a fini par lancer un projet de réforme de l’Hospice général qui va dans le bon sens, mais ça lui aura pris du temps. Antonio Hodgers, au vu des projets d’aménagement réalisés ou qui vont sortir de terre, est objectivement du côté des promoteurs. D’ailleurs le bétonnage à l’extrême et l’abattage d’arbres à large échelle, ce n’est pas vraiment ce qu’on attendrait d’un magistrat vert. Difficile aussi de voir ce qu’a fait Fabienne Fischer, à part donner des conseils aux entreprises pour se verdir, même s’il faut reconnaître que deux ans ce n’est pas beaucoup pour juger d’un bilan. Sur le dossier Uber, elle a cherché le compromis avec l’entreprise et a avalé un arrangement désavoué par les syndicats et le dossier est loin d’être fini. De l’extérieur, on n’a en tout cas pas l’impression qu’ils font bloc pour utiliser la marge de manœuvre à leur disposition. Si le bloc de gauche était plus ferme sur les principes, le changement de cap se verrait un peu plus.

 

Sur l’avenir du Grand Conseil, il y a beaucoup d’inconnues, d’autant plus que le dépôt des listes n’est pas encore ouvert. Le PS pourra probablement se maintenir et les Vert-e-s pourront peut-être encore profiter de leur vague. On parle beaucoup des multiplications de listes à gauche, mais il y a aussi à droite une multitude de listes en concurrence, plus ou moins sérieuses, dont toutes n’atteindront pas le quorum. Selon le nombre de listes éliminées, la composition du Grand Conseil pourrait être très différente, et potentiellement éloignée du résultat réel du vote populaire (ce qui montre une fois de plus le caractère antidémocratique de ce quorum à 7%).

 

La coalition Ensemble à Gauche lance également deux autres candidats : Françoise Nyffeler et Téo Frei. Aux côtés de ton profil de co-président du PST, on retrouve donc des personnes connues notamment pour leurs activismes dans la Grève Féministe et dans la Grève pour le Climat. Cette variété des lignes est-elle une force?

 

C’est effectivement une bonne chose que d’avoir des représentants de ces mouvements sociaux du côté de solidaritéS, et nos trois candidatures sont complémentaires. Il est par ailleurs naturel que nos composantes portent des lignes différentes. Le Parti du Travail, solidaritéS et le DAL sont bien trois réalités différentes. Sinon, il n’y aurait pas de raisons que nous ne soyons pas un seul parti.

 

Plusieurs obstacles pourraient poser problème à EàG pour atteindre le quorum. Nous pouvons notamment penser à la présence probable de Résistons dans la course électorale. Qu’en penses-tu?

 

C’est certes un problème, d’ailleurs issu d’une crise interne douloureuse que solidaritéS avait traversée. Au point où on en est, je vois difficilement un accord avec ces gens. Mais au fond, on leur accorde beaucoup d’importance car nombre d’entre eux sont des élus, alors qu’il n’y a rien derrière. Le PdT, solidaritéS et le DAL existeraient sans participation parlementaire. Résistons, c’est un petit état-major sans base. Ils ont de l’argent, mais plus personne ne consentirait à remarquer leur existence s’ils n’étaient plus élus. Nous avons les moyens de passer le quorum sans eux, même si ça ne sera pas simple.

 

Il ne faut du reste pas surestimer les dégâts qu’ils sont encore en mesure de causer. Il y a quatre ans et demi, nous étions confrontés à trois listes rivales, avec déjà une décomposition d’EàG. La Liste pour Genève était composée de gens, qui jouaient un rôle extrêmement nuisible au sein de la coalition ; heureusement qu’ils l’ont quitté du reste. On les a oubliés depuis.

 

Propos recueillis par Balmain Badel

03 mai 2022

Le président des riches réélu en France : quelle alternative politique ?


 

Le seul débouché politique de tous les mouvements sociaux du quinquennat Macron aura donc été, une nouvelle fois, un second tour opposant le président sortant à Marine le Pen, remporté par ce premier. Le président des riches, qui a mené une politique néolibérale et antipopulaire, qui se sera entouré d’une clique aussi éloignée des réalités populaires que possible, qui aura mené une politique d autoritaire et menant à une érosion inquiétante de l’État de droit, parvient à rempiler sans trop d’efforts. Que voter pour un tel homme ait eu été la seule option pour empêcher l’arrivée du fascisme à la présidence de la République en dit long sur le désastre politique que vit la France.

 

Il s’en est fallu de peu pourtant pour que ce soit Jean-Luc Mélenchon qui accède au second tour en lieu et place de Marine Le Pen. C’est à désespérer…même si le plus probable est que Macron aurait été vainqueur dans ce cas également.

 

Avant de désespérer, toutefois, il faut réfléchir. Les responsables de la France Insoumise ont beau jeu de rendre responsables de la situation les candidats de gauche qui ne se sont pas retirés en faveur du leur : Fabien Roussel (PCF), Yannick Jadot (EELV) et Anne Hidalgo (PS). Philippe Poutou (NPA) et Nathalie Arthaud (LO) sont curieusement épargnés par ces critiques.

 

Le mal est pourtant visiblement plus profond, et les imprécations ne sauraient remplacer une vraie analyse. Et, Mélenchon ayant déjà fait le plein du « vote utile » à gauche, rien ne dit que les électeurs qui ont choisi un autre bulletin auraient voté pour lui en l’absence du candidat de leur choix.

 

Or, ce que l’on peut constater c’est la débâcle des partis historiques qui ont structuré la politique française, de tous les vrais partis en fait. Les trois candidatures qui arrivent en tête représentent des mouvements plus ou moins gazeux, sans encrage territorial ni organisation solide, structurés autour d’une figure de proue. C’est un peu moins vrai pour le RN, mais il manque incontestablement de cadres comme de substance politique. Charles De Gaulle, rappelons-le, détestait les partis, et avait sciemment imposé le régime présidentiel de la Vème République pour les neutraliser. Le caractère dépolitisant et dévastateur de ce système se révèle dramatiquement aujourd’hui.

 

Les partis qui ont dominé la France pendant longtemps, le PS et LR, sont complètement laminés, et font moins de 10% ensemble. Une recomposition politique est à prévoir. LREM, le mouvement présidentiel, finira d’en siphonner une bonne partie, et l’aile droite de LR pourrait rejoindre le RN.

 

Le danger fasciste est loin d’être écarté. Le RN n’a jamais été aussi haut. La candidature d’Éric Zemmour a permis une dangereuse banalisation du RN, Marine Le Pen apparaissant « modérée » en comparaison, alors que ses idées n’ont pas changé. Et Macron, par sa politique antipopulaire, loin d’être un rempart durable à l’extrême-droite, lui sert surtout de marchepied.

 

Y a-t-il une alternative politique à ce sombre tableau ? Jean-Luc Mélenchon pense l’avoir trouvée : moi premier ministre, le reste de la gauche doit se ranger derrière ma bannière, en un mot, disparaître. Plus brièvement : « moi je ! »

 

Et c’est là que l’alternative qu’il semble représenter se révèle illusoire. La probabilité d’une majorité de gauche à l’Assemblée nationale aux prochaines législatives est extrêmement faible. Elle peut difficilement constituer un objectif sérieux. Mais elle sert de paravent en réalité pour un objectif plus pragmatique : l’hégémonie à gauche, par désintégration des partis existants.

 

Mélenchon est d’ailleurs en grande partie responsable de la désunion présente de la gauche, par ses velléités hégémonistes, et l’ambition non dissimulée de faire disparaître le PCF, dans un conglomérat uni autour de sa personne. Or, une telle stratégie personnaliste et électoraliste, la politisation ambiguë et démagogique prônée par le populisme de gauche, peut certes permettre dans certaines conditions d’atteindre des bons résultats électoraux – qui ne sont pas même répétables aux législatives et aux élections locales, par manque d’encrage sur le terrain de la FI – mais ne saurait servir de creuser à la construction d’un réel mouvement de lutte populaire, jusqu’à un changement de système. Mélenchon, l’homme de la VIème République, reproduit jusqu’à la caricature les défauts de la Vème.

 

La forme d’organisation qui seule peut permettre de mener cette lutte jusqu’au bout, c’est le parti politique de la classe ouvrière, pas le mouvement gazeux autour d’une personne. Un tel parti existe en France, et il n’y en a qu’un seul : c’est le PCF. Le PCF, justement, dont le candidat et secrétaire national Fabien Roussel a mené une bonne campagne, combative, dynamique et populaire, malgré le résultat décevant en termes de voix. Certes, certaines déclarations et actions du candidat Roussel pouvaient être contestables. Mais la lutte de classe doit se penser sur le long terme. En ce sens, l’essentiel, ce sont les dizaines de milliers de membres du PCF qui conduisent une lutte exemplaire, son organisation bien réelle et implantée sur le terrain, la reconstruction du Parti, sa sortie de l’auto-effacement durant la période de la « mutation » – même si beaucoup reste encore à faire. Les petites phrases et les polémiques sur twitter appartiennent au bruit de fond.

 

Le PCF est à ce titre incontournable, et le PST-POP est fier de le considérer comme son parti-frère.

19 octobre 2021

Halte à la fraude électorale et aux répressions politiques en Russie !

 


« Plus un empire est proche de sa chute, plus ses lois sont absurdes », Marcus Tullius Cicéron.

 

Non pas que nous souhaitions rendre particulièrement hommage à cet homme qui politiquement fut le porte-parole de l’oligarchie réactionnaire de la République romaine finissante, même s’il fut aussi un grand philosophe, et que nous lui soyons redevables de la transmission d’une partie de la culture antique, qui sans lui aurait été perdue.

 

Mais le fait est que cette citation est utilisée comme slogan par le Parti communiste de la Fédération de Russie (KPRF), et qu’elle décrit plutôt bien la réalité russe d’aujourd’hui.

 

A première vue, il semble difficile de soutenir que le régime de Vladimir Poutine – qui peut être défini comme un capitalisme monopoliste d’État semi-mafieux, dominé par une oligarchie tirant ses revenus de l’exportation des hydrocarbures, avec une supers-tructure quasi-dictatoriale, malgré l’existence d’une démocratie formelle, de moins en moins respectée – soit proche de la chute.

 

Et pourtant, il flotte en Russie un parfum, peut-être pas de fin de règne, mais du moins de déclin du régime en place ; et les signes de nervosité de la part du pouvoir sont si nombreux et croissants, qu’on est amené à penser qu’il n’y a pas de fumée sans feu.

 

C’est que l’appui populaire relatif – pas une adhésion enthou-siaste, mais au moins une obéissance passive – au régime poutinien s’effrite. Les vieilles recettes de la propagande, à base d’une télé-poubelle manipulatrice, d’un patriotisme surjoué et factice, et d’un conservatisme en toc, tendent à perdre leur efficacité. L’absence de succès réels remportés, que ce soit en politique intérieure comme extérieur, devient par trop difficile à cacher. Les conditions de vie de la population se dégradent, les revenus réels baissent, les contre-réformes néolibérales provoquent un mécontentement justifié. La corruption de la clique au pouvoir est connue de tous, et devient réellement odieuse. La gestion de la crise sanitaire de la part des autorités a été déplorable ; celle des catastrophiques incendies de forêt cet été calamiteuse. Une colère sourde grandit dans le pays, et le pouvoir craint de ne pas pouvoir assurer encore longtemps la soumission du peuple. N’étant pas en mesure de proposer politiquement quoi que ce soit de valable, il recourt de plus en plus à la fraude, et à la répression, au mépris de toutes les règles de l’État de droit, qui ne sont plus qu’une vaine façade, dont à peine on se souvient.

 

Le 26 septembre dernier, la Russie a voté pour réélire la Douma, le parlement national. Des élections locales ont eu lieu le même jour. Depuis le début de l’ère Poutine, toutes les élections sont falsifiées. Elles n’étaient guère plus honnêtes sous Eltsine. Mais, cette fois-ci, il y a un saut de niveau, un degré de plus dans la fraude éhontée.

 

C’est que le soutient populaire à Russie Unie, le parti présidentiel, est tombé tellement bas – moins de 30% – que pour garantir une majorité des deux tiers des sièges à la Douma, le régime a dû organiser rien de moins que les élections les plus sales de l’histoire de Russie. Ce en amont, pendant, et en aval.

 

En amont : des méthodes arbitraires qui confinent à l’aberration. La presse bourgeoise en Occident a suffisamment relaté la répression, effectivement scandaleuse et illégale, qui s’est abattue sur les partisans d’Alexeï Navalny, qui n’ont pas pu participer aux élections. Nous rappellerons cependant que l’opposition libérale n’a en réalité qu’une audience très limitée (principalement à Moscou et à Saint-Pétersbourg), et qu’elle n’est pas la seule à avoir été l’objet des méthodes arbitraires du pouvoir. Le principal parti d’opposition, et deuxième parti du pays, le KPRF, s’est également vu refuser l’inscription de ses candidats les plus charismatiques, et probablement les plus craints par le pouvoir, sous des prétextes manifestement fallacieux. Parmi ces candidats refu-sés figure Pavel Groudinin, directeur du Sovkhoze du nom de Lénine, et qui est victime d’un véritable acharnement judiciaire depuis qu’il s’est présenté à la dernière présidentielle contre Poutine, et y a fait une bonne campagne. On lui a refusé d’être candidat aux élections pour soi-disant possession d’actions d’une entreprise étrangère…qui n’existe plus. Summum de l’absurde, c’était déjà une pratique usuelle du pouvoir que de créer des partis fictifs pour voler des voix au KPRF. Une « particularité » de la loi électorale russe étant en effet que les suffrages des partis qui n’atteignent pas le quorum de 5% sont attribués au parti arrivé en tête, soit Russie Unie grâce à la fraude. Mais cette fois un pas supplémentaire a été franchi dans l’aberration : face à des candidats que le pouvoir craignait se présentaient d’autres, qui changeaient légalement de nom à la dernière minute, pour prendre celui de leur adversaire. Des candidats bidons qui ne faisaient pas campagne, et étaient là juste pour tromper les électeurs.

 

Pendant, c’était un trucage massif et éhonté pour le vote dans l’urne, et un trucage à 100% du vote électronique (rappelons à cette occasion que le Parti du Travail est totalement opposé à l’introduction du suffrage électronique, tant il rend possible la fraude, risque qui existe aussi en Suisse). Un exemple : à Moscou, le KPRF arrivait largement en tête au décompte du vote dans l’urne. Mais les suffrages du vote électronique sont tous allés à Russie Unie (ce qui est impossible mathématiquement).

 

Grâce à ces falsifications, Russie Unie a pu conserver ses deux tiers des sièges à la Douma. Mal-gré la fraude massive, le KPRF a fait un bon score, à 19% des voix, en nette progression par rapport aux élections passées. Un score déjà très appréciable, ce d’autant plus quand on sait qu’il est scandaleusement en deçà de la réalité (peut-être même le KPRF a-t-il gagné en réalité les élections). Le KPRF a également remporté un nombre significatif d’élections locales.

 

Le KPRF, toutefois, a refusé de reconnaître cette victoire volée par le pouvoir, et a entrepris de contester le résultat de l’élection, au travers de recours devant les tribunaux (sans qu’il faille at-tendre grand-chose de la justice poutinienne), et d’actions de protestions dans la rue. Le pouvoir prit peur, et entra alors dans la troisième phase du vol des élections : celle en aval, à travers l’intimidation et la répression.

 

La police fit obstruction systématiquement aux diverses manifestations, rassemblements et rencontre des électeurs avec des députés, pourtant des modes de protestation parfaitement légaux. Les demandes d’autorisation pour les manifestations furent systématiquement refusées, sous des prétextes manifestement abusifs. Le siège de la section moscovite du KPRF fut assiégé pendant trois jours par la police. On ne compte plus les cadres et élus du KPRF convoqués par la justice, ou arbitrairement arrêtés par la police, sous d’arbitraires accusations d’organisation d’actions de protestations illégales (ce qui est faux). Nombre d’entre eux ont été condamnés à des amendes plutôt salées ou à des peines de 10 à 15 jours de détention. Des peines qui sont certes plutôt « légères » par rapport au sort réservé à d’autres victimes de l’arbitraire poutinien. Mais il est évident que la répression contre les communistes durcit. Ce d’autant que la police et la « justice » agissent souvent de façon parfaitement illégale. L’immunité parlementaire des députés n’est ainsi pas respectée. Même le bureau d’Ivan Melnik, vice-président de la Douma, fut bloqué par la police, ce qui est parfaitement illégal. A l’évidence, certains des abus policiers avaient pour objectif de rendre impossible le travail des juristes chargés de préparer les recours contre le résultat des élections. Certes, on peut toujours faire classer ces recours par des juges aux ordres, mais ne même pas avoir à les examiner, c’est quand même mieux…

 

Cette sombre histoire de fraude électorale eut au moins le mérite de contraindre même la presse bourgeoise occidentale à accorder un peu d’attention au KPRF, un parti qu’elle se contentait de ne pas remarquer.

 

Or le KPRF, fondé en 1993 par d’anciens militants du PCUS qui refusaient de se résigner à la liquidation du socialisme en Russie, au coup d’État criminel de Boris Eltsine, qui a fait massacrer le Soviet suprême à coup de chars d’assaut pour imposer son pouvoir personnel et sa thérapie de choc néolibérale, qui refusaient de se résigner au pillage de leur pays par des gangsters et d’anciens cadres corrompus reconvertis en oligarques.

 

Aujourd’hui, le KPRF est la principale force d’opposition en Russie, un parti représentatif des classes populaires, comptant quelques 162'000 membres, puissamment organisé, et qui lutte contre les ravages causés par la restauration du capitalisme en Russie, contre le pillage du pays par une clique semi-mafieuse, contre les « réformes » néolibérales qui détruisent les derniers acquis sociaux hérités du socialisme, pour la justice sociale, et in fine pour mettre fin au cours funeste suivi depuis Gorbatchev et Eltsine, pour le retour de la Russie sur la voie du socialisme, qu’elle n’aurait jamais dû abandonner.

 

Récemment, le KPRF a pu compter sur un renforcement de son organisation, et sur un rajeunissement de ses rangs, de la base jusqu’aux instances dirigeantes et aux groupes parlementaires. Une jeune génération a rejoint le parti, plus combative, plus radicale, plus déterminée que celle des membres fondateurs. Un vent nouveau dont le pouvoir poutinien corrompu et réactionnaire a peur, et qu’il essaye de réprimer, mais qui représente l’avenir. Parce qu’il n’est que grand temps que tout l’héritage pourri des années nonante, du néolibéralisme à l’ouest à la restauration du capitalisme à l’est, prenne enfin sa juste place, dans les poubelles de l’histoire.

 

Ici en Suisse nous avons le devoir de condamner les fraudes et les répressions arbitraires du régime de Poutine, et de soutenir la lutte des communistes de Russie.

19 novembre 2020

La défaite de Donald Trump est une bonne nouvelle, mais…


 


Après plusieurs jours de suspense, Joe Biden est finalement élu président des USA. Il s’en est pourtant fallu de peu pour que Donald Trump ne soit réélu. Le président sortant a tout de même engrangé 47,5% des voix. Son rival gagne avec la marge étroite de 50,5%. Mais, selon le peu démocratique, peu logique et archaïque système électoral en vigueur aux USA, ce n’est pas la majorité du peuple qui décide réellement, et Joe Biden dispose d’une majorité au collège des Grands électeurs.

 

Tout n’est pas fini pour autant. Donald Trump crie à la fraude (sans la moindre preuve), refuse de reconnaître sa défaite et va contester les résultats devant les tribunaux. On se dirige vers une longue bataille judiciaire. Les supporters fanatisés, et parfois armés, de Trump se mobilisent en masse contre ce qu’ils pensent être un « vol » de « leur victoire ». On pourrait remarquer que ce qu’essaye de faire Trump – à savoir un coup d’Etat sur le principe, soit je gagne, soit les élections sont truquées, et alors j’exige leur invalidation – ressemble à s’y méprendre aux méthodes utilisées par les USA pour renverser les gouvernements qui leurs déplaisent, auxquelles les Démocrates ne trouvent rien à redire lorsqu’elles sont appliquées à l’étranger, mais qu’ils trouvent soudain tout à fait déplaisantes lorsqu’elles sont utilisées à leur détriment. Toutefois, il y a fort à parier que les gesticulations du président sortant ne donneront absolument rien. Presque tout le monde a d’ailleurs d’ores et déjà reconnu la victoire de Joe Biden.

 

Une défaite pour la réaction

 

Si le slogan « bonnet blanc, blanc bonnet » aurait été hors de propos pour ces élections, c’est que Trump ne représentait pas simplement la continuité de ses prédécesseurs en tant que fondés de pouvoir des grands monopoles, mais quelque chose de bien pire. Symptôme d’un système capitaliste pourrissant, et pour cette raison ultraréactionnaire, Trump en a grandement amplifié les tendances à la fascisation. Il a durci la politique migratoire xénophobe des USA à un point qui rendrait jaloux Christophe Blocher : mur à la frontière du Mexique, séparation des enfants d’avec leurs parents, enfermement dans des cages, limitation drastique des possibilité de migrer légalement aux USA…Il s’est attaqué aux droits des femmes et des LGBT. Il a flatté les suprémacistes blancs et encouragé la violence armée de groupuscules d’extrême-droite, couvant un embryon de chemises brunes. Il a fait du climatoscepticisme une idéologie d’Etat. Il a mené une politique au service exclusif de sa classe – démantèlement social et cadeaux fiscaux démentiels – n’oubliant pas d’utiliser abusivement sa fonction pour s’enrichir au passage. Par contre, son hypocrite sollicitude envers la classe ouvrière s’est révélée du vent, tout comme ses promesses d’ « assécher le marais » (de la corruption), phénomène qu’il a aggravé de façon éhontée.

 

Et, il importe d’insister là-dessus, Trump n’a nullement été un président « pacifique », encore moins un allié contre les élites (lesquelles exactement ?) ou le Nouvel ordre mondial (quoi que ce syntagme veuille dire). Il est désolant que les délires conspirationnistes du type Qanon aient un écho jusque chez des militants anti-impérialistes. Cette porosité n’illustre que trop bien hélas la confusion idéologique de notre époque, et nous rappelle qu’il ne saurait y avoir de compromis en matière d’idéologie. Trump, certes, n’a pas déclenché de nouvelle guerre, et a promis de retirer les troupes (de zones de conflit estimées non-prioritaires). Mais cela reflète plus l’affaiblissement d’un empire sur le déclin qu’une politique de paix. Par contre, il a soutenu le projet d’annexion, scandaleux et illégal, de la Cisjordanie par Israël, aggravé la guerre économique contre Cuba, contre le Venezuela, contribué au coup d’Etat en Bolivie…Sa politique unilatérale d’ « America First », sa rhétorique incendiaire contre l’Iran, sa stratégie de confrontation à outrance avec la Chine…tout cela ne rappelle que trop bien le Japon impérial qui claquait la porte de la SDN…

 

En outre, il convient de nuancer. La défaite de Donald Trump est toute relative. Certes, il n’est pas réélu, et cela change tout. Mais il a engrangé plus de suffrages qu’en 2016 (il n’avait alors pas non plus obtenu une majorité du peuple, seulement des Grands électeurs). Après quatre ans de mandat, non seulement le trumpisme ne s’est pas effondré, mais sa base sociale s’est même consolidée. S’il n’y avait eu sa gestion calamiteuse de l’épidémie du Covid-19, probablement aurait-il été réélu… Trump a semé abondamment des graines brunes, que sa non-réélection n’empêchera pas de germer.

 

Mais pas une victoire pour la gauche

 

Une opposition, pleinement justifiée, à Donald Trump et à ce qu’il représente, a conduit beaucoup de personnes aux convictions progressistes, aux USA et ailleurs, à souhaiter ardemment la victoire du candidat démocrate, et à se réjouir de sa victoire. Que Trump ne soit pas reconduit est une excellente chose, nous en convenons ; et soutenir Joe Biden face à lui se justifiait, nous n’en disconvenons pas. Parfois, le choix du moindre mal s’impose. Le fait en dit toutefois long sur le verrouillage anti-démocratique que constitue le système présidentiel allié au bipartisme…Toutefois, en choisissant le moindre mal, il importe de ne pas oublier qu’on choisit tout de même un mal.

 

Si une chose est sûre – nonobstant l’absurde propagande trumpiste visant à faire passer son adversaire pour un « socialiste » (mais, pour l’aile droite du Parti républicain, tout ce qui est un peu plus à gauche qu’elle est « socialiste ») – c’est que Joe Biden n’a jamais été un homme de gauche. Kamala Harris n’a jamais été une femme de gauche, d’ailleurs. Durant sa longue carrière politique, Joe Biden a voté pour les démantèlement social, a rédigé même le « Crime Bill » en 1994 – loi ultra-répressive responsable de l’incarcération massive de personnes issues de minorités –, soutenu le « Hyde Amendement » qui interdit l’utilisation de fonds fédéraux pour payer l’avortement…Bref, c’est un néolibéral, dont la conversion à l’antiracisme, au féminisme et à la défense des minorités est ambiguë et tardive. Kamala Harris, en tant que procureure de Californie, a mené une politique pénale très peu progressiste : toujours du côté de la police, prônant une application extrêmement dure de la loi envers la petite criminalité, envoyant massivement des Afro-américains en prison pour un oui ou pour un non, très peu zélée en revanche pour poursuivre la criminalité en col blanc. Elle a en outre des liens personnels plus que cordiaux avec les GAFAM. Elle a même reçu un téléphone de Jeff Bezos pour la féliciter de son élection…C’est dire quels intérêts elle défend réellement.

 

Certes, le candidat Biden a dû, pour avoir les suffrages de l’aile gauche du Parti démocrate, adapter son programme dans le sens de la justice sociale : salaire minimum fédéral de 15 $ de l’heure, congés maladie et familiaux payés, reprise du chantier d’une vraie assurance maladie obligatoire (avec une « option publique » comme alternative possible aux caisses privées), 1'300 $ d’investissements dans les infrastructures à titre de plan de relance, « Green new deal », hausse des impôts pour les plus riches et les grandes entreprises. Reste à voir ce qu’il restera de ces promesses, qui n’engagent que ceux qui les croient. Les Républicains pourraient d’ailleurs conserver une courte majorité au Sénat, et bloquer ainsi les projets de loi trop progressistes de la nouvelle administration. Si Joe Biden a réellement l’intention de tenir ses promesses électorales, et en aura le pouvoir, cela apportera un progrès social très tangible pour les classes populaires. C’est indéniable. Mais cela ne représenterait pas un changement radical non plus.

 

En outre, le progressisme éventuel de l’administration Biden-Harris s’arrêterait aux frontières des USA. La politique étrangère de l’Empire ne changera guère. Tout juste un impérialisme cynique et brutal sera-t-il remplacé par un impérialisme plus « poli » et plus « modéré » (dans la rhétorique). Les peuples qui en subissent l’oppression ne devraient guère sentir la différence. Biden avait d’ailleurs voté pour la guerre contre l’Irak de George W Bush, et activement soutenu toutes les guerres d’Obama. L’impérialisme démocrate est tout aussi belliciste et assassin que l’impérialisme républicain, fût-il récompensé par le prix Nobel de la paix.

 

Joe Biden déclarait dans une interview accordée au journal colombien El Tiempo :

 

« Les politiques de Trump n'ont pas réussi. Les dictateurs sont toujours au pouvoir à Cuba et au Venezuela. La répression des droits et la crise humanitaire ne font qu'empirer. Mon objectif sera de promouvoir et de réaliser la liberté des personnes vivant sous les régimes oppressifs dirigés par Maduro, Ortega et le régime cubain. Je défendrai les valeurs universelles de la démocratie et des droits de l'homme. Et, contrairement à Donald Trump, je protégerai les personnes qui fuient l'oppression de ces dictatures. » Nous pensons que tout autre commentaire est superflu.

 

L’espoir d’un vrai changement ?

 

L’espoir ne peut venir ni du progressisme libéral, encore moins de l’extrême-droite, mais d’une rupture avec cette fausse alternative. Une rupture qui ne peut se faire qu’à gauche. Or, 28 candidats du mouvement des Socialistes démocrates d’Amérique (sur 37) ont été élus au Congrès. Ils y seront sans doute en minorité, mais c’est tout de même une grande avancée.

 

L’idée du socialisme renaît aux USA, surtout dans la jeune génération. La chape de plomb maccarthyste est en train de disparaître. Ce lourd héritage idéologique, toutefois, ainsi que le verrouillage imposé par bipartisme, ont réduit les organisations politiques qui portent cette idéologie à la portion congrue. Des partis se réclamant du socialisme existent aux USA, dont le Parti communiste (CPUSA), mais n’arrivent à avoir des élus qu’à une échelle locale. Le renouveau de l’idée socialiste vient aujourd’hui d’un mouvement structuré à l’aile gauche du Parti démocrate. C’est sans doute un début, mais pour lutter efficacement et imposer une rupture avec le capitalisme, les travailleurs doivent s’organiser dans leur propre parti politique, indépendant de ceux de la bourgeoisie.

27 janvier 2020

Le 15 mars, exigeons le respect



Le 15 mars 2020 auront lieu dans le canton de Genève des élections municipales, ainsi que le premier tour des élections pour les conseils administratifs. Le Parti du Travail présente des listes en Ville de Genève, à Vernier et à Carouge, ainsi que des candidatures individuelles sur des listes communes à Confignon et à Russin.

Pour la première fois depuis longtemps, le Parti du Travail partira seul, suite à la rupture  imposée par le jusqu’au-boutisme de solidaritéS – dans des circonstances qui ne sont pour le moins pas à leur honneur –, qui ont préféré casser l’alliance, dont ils tentent abusivement d’usurper le nom. Bien que nous n’ayons pas voulu cette rupture, elle constitue peut-être un bien pour un mal. Le Parti du Travail va en effet pouvoir de nouveau se présenter sous ses propres couleurs, libre de lutter ouvertement et sans compromis pour ses idées.

Le Parti du Travail a décidé de mener cette campagne électorale sous le signe de l’exigence du respect, du respect pour les classes populaires. Genève est en effet considérée comme l’une des villes les plus riches du monde. Mais la richesse y est fort mal répartie. La politique de la droite au pouvoir est d’attirer à coup de privilèges fiscaux des sociétés de négoces et des multinationales, et pour cela d’aménager un centre urbain sur mesure pour traders et managers, qui devient hors de prix pour les gens ordinaires. Pendant ce temps, les besoins des classes populaires sont négligés. Une certaine gauche modérée accompagne trop souvent cette évolution.

Mais les communes, échelon démocratique le plus proche des citoyens, peuvent aussi être des bastions de résistance, et se donner d’autres priorités, au service des classes populaires : une politique sociale ambitieuse, un plan d’investissement pour répondre à l’urgence climatique, construction et rénovation de logements accessibles, culture pour toutes et tous…

Les communes genevoises devront également, durant la législature qui s’annonce, faire face aux pertes de revenus induits par la RFFA. Il n’est pour le moins pas indifférent de savoir quelle majorité sera chargée de faire les choix budgétaires qui s’imposeront dans ces circonstances.


Pour des communes populaires, féministes et écologistes, votez pour les candidatures présentées par le Parti du Travail !

Socialisme ou barbarie, une alternative plus brûlante que jamais



Un cinquième du XXIème siècle est déjà écoulé, et une nouvelle année commence. Quels enjeux nous promet-elle ? A l’échelle de la planète, deux mots viennent à l’esprit : insurrection et urgence. Insurrection d’abord. L’année écoulée, celle qui commence, sont marquées par des soulèvements populaires considérables tant par leur ampleur que par leur radicalité, et ce partout de par le monde : du mouvement des gilets jaunes et des grèves actuellement en cours en France contre la réforme des retraites imposée par le président des riches, à la plus grande grève de tous les temps qui secoue l’Inde (250 millions de personnes), en passant par les mobilisations populaires de grande ampleur, qui tiennent bon malgré la répression, au Chili, en Irak, en Equateur, à Haïti…la liste est très loin d’être exhaustive. Mais, si les luttes sont légion, les victoires se font rares. Or, elles n’ont jamais été aussi urgentes. Le capitalisme, au nom de l’impératif de l’accumulation du capital et de la soif de profit de la petite oligarchie qui règne sur ce monde, nous conduit à toute vitesse vers une extinction programmée. Pourtant, les derniers chiffres du GIEC sont formels : nous devons impérativement réduire drastiquement nos émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030, en commençant immédiatement, chaque année de perdu augmentant désormais considérablement le mal. Or, malgré l’urgence, les émissions de gaz à effet de serre continuent régulièrement d’augmenter. Au rythme actuel, c’est une hausse de 7° C qui nous attend pour la fin du siècle : un changement catastrophique qui signifierait probablement l’extinction de l’humanité. Or, que font les décideurs bourgeois ? Trump nie purement et simplement le problème. D’autres disent agir, parfois prennent quelques demi-mesures. Mais c’est un changement de système qui est requis. La voie de la révolution plutôt que de la réforme lente de l’ordre existant n’est plus aujourd’hui un enjeu de discussion doctrinale, mais une urgence vitale.

A une échéance plus brève, et à une échelle plus locale, les citoyen-ne-s de notre canton seront appelés à réélire le Conseil municipal de leur commune, ainsi que de voter pour le premier tour de l’élection au Conseil administratif, le 15 mars prochain. Selon quel critère choisir leurs représentant-e-s ? Le Comité central de la Garde nationale donnait le conseil suivant pour les élections à la Commune de Paris, sur une affiche placardée le 25 mars 1871 (N.B. malgré les avancées révolutionnaires que la Commune apporta, le suffrage féminin n’en faisait pas partie) :

« Citoyens,

Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi  vous ; vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus, les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujours par se considérer comme indispensables.

Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action ; ils sacrifieront tout à un discours, à un effet oratoire ou à un mot spirituel. Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune n’est disposé à regarder le travailleur comme un frère. »

Les candidates et candidats présentés par le Parti du Travail correspondent à ces critères. Des gens issus du peuple, qui lui appartiennent corps et âmes, qui se battent, sans concessions, pour ses intérêts et aspirations, qui sont aussi les leurs. Car ils ont fait le choix de rejoindre un parti qui n’a jamais accepté le capitalisme comme la fin de l’histoire, qui n’a jamais renoncé à la perspective de la révolution et d’une nouvelle société socialiste, ils méritent votre soutien. Quant au Parti du Travail, il n’a jamais été aussi indispensable.