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03 mai 2022

« Recréer du consensus populaire » ou lutte pour changer la société ?


 

Pierre Yves-Maillard, conseiller national socialiste et président de l’USS, a donné une interview au journal Le Temps, parue le 22 avril et portant sur l’augmentation de l’imposition de certaines entreprises multinationales à 15% exigée par l’OCDE. Cette interview est intéressante, parce qu’elle montre bien la différence de nature, et non de degré, qu’il y a entre le PSS et nous. Fait important, ce ne sont pas les propos d’un quelconque représentant de l’aile droite du PS, mais ceux d’un homme qui a la réputation d’être « de gauche », et qui est à la tête de la plus grande organisation de la classe ouvrière de notre pays.

 

Pierre Yves-Maillard propose d’affecter les recettes fiscales que cette réforme apportera à réduire la charge de plus en plus insoutenable que représentent les primes d’assurance maladie sur le budget des ménages modestes. Fort bien, c’est un combat indispensable en effet. La question est : dans quel but ? Et c’est là que la différence d’approche devient irréversible.

 

C’est, dit-il, pour « recréer du consensus populaire sur les grandes orientations du pays », car « la majorité politique de ce pays a besoin de travailler sur l’acceptabilité de sa politique économique globale ». Pour être absolument clair, « dans les moments charnières de l’histoire, sur les questions économiques et sociales, le centre, le PLR et la gauche ont su trouver des compromis qui ont fait la force du pays, bâti sur ces grands équilibres ». Une incarnation pratique de ce principe est qu’une réforme fiscale ne peut être acceptable politiquement que si elle est assortie d’une « compensation sociale », soit, en termes clairs, un modeste lot de consolation, pour faire accepter aux classes populaires un paquet ficelé qu’elles auraient toutes les raisons de refuser sans cela.

 

Une telle démarche politique n’est pas seulement plus modérée, mais diamétralement opposée à la nôtre. Le PSS fut créé à l’origine comme parti de la classe ouvrière, ayant pour vocation de défendre ses intérêts, contre la bourgeoisie et ses partis, et dont le but final était la rupture avec le capitalisme, la construction d’une société socialiste. Le réformisme avait pour vocation d’utiliser les instruments légaux inscrits dans le système pour le changer. Il ne reste plus désormais à une certaine social-démocratie totalement intégrée au système comme pensée politique que de le rendre acceptable aux yeux de celles et ceux qu’il écrase en négociant des « compensations sociales ».

 

Le résultat décevant obtenu par le PS vaudois aux dernières élections cantonales n’est d’ailleurs pas sans rapport avec l’enthousiasme plus que modéré que ressent un électorat populaire envers la « méthode Maillard », qui consiste à mener une politique néolibérale en commun avec la droite, et de la faire passer avec quelques « compensations sociales ».

 

C’est à notre Parti qu’il revient d’incarner une gauche différente du PSS, dont la vocation est de changer de système, pas de le rendre acceptable.

07 février 2022

Pourquoi le débat sur les pénuries annoncées d’énergie ?

 



Depuis quelque temps, un débat agite l’espace médiatique suisse, soulevé souvent d’une façon anxiogène : la Suisse risque prochainement une pénurie d’électricité, jusqu’à plusieurs jours de black-out.

 

Jusque-là, c’est la droite qui s’est profilée sur ces enjeux. L’UDC, qui a violemment reproché à la stratégie actuelle du Conseil fédéral de n’être pas à la hauteur des besoins de sécurité énergétique du pays, s’est livré à une diatribe grotesque contre la « gauche rose-verte » qui « détruit la Suisse », et a exigé la relance du nucléaire, ainsi que l’extension de l’hydraulique. Le PLR s’est prononcé pour rouvrir le débat sur le nucléaire, et d’envisager positivement la construction de nouvelles centrales, de ne pas fermer la porte au développement de la fusion nucléaire ou de la filière du thorium – des technologies qui en sont à l’état théorique pour l’instant.

 

Pourquoi ce débat maintenant ? La Suisse ne risque pourtant pas de pénurie d’électricité à court terme. Et si l’on voulait remplacer toutes les énergies fossiles par de l’électrique, une hausse de la production d’électricité de quelques 20% suffirait. La relance du nucléaire ne saurait être une solution. Outre toutes les critiques que l’on peut adresser à cette technologie, la faisabilité politique de nouvelles centrales est égale à zéro, et cela prendrait au moins vingt ans. L’UDC et le PLR ne peuvent l’ignorer. Mais ces partis ont ainsi l’occasion de reprendre la main sur des thématiques où leurs idées étaient discréditées.

 

Mais le capitalisme bute aujourd’hui sur les limites naturelles de la planète. Pas seulement celles du climat, mais aussi sur celles des ressources naturelles, qu’il a exploitées sans songer à leur finitude. Énergies fossiles, terres arables, métaux, dont certains sont rares, et dont il faut une quantité délirante pour les nouvelles technologies, dont certaines estampillées « vertes ». En quelques décennies, il a été extrait plus de métaux que durant toute l’histoire de l’humanité. Personne de sensé ne pouvait douter qu’une telle gabegie indescriptible puisse continuer longtemps. De fait, les prix de l’énergie et des matières premières flambent, d’où l’inflation qu’on peut observer actuellement.

 

Ces problèmes, le capitalisme ne peut leur apporter de solution rationnelle et pour le bien de toutes et tous. Parce qu’il ne peut pas, par définition, se limiter, étant contraint par le seul impératif d’accumulation du capital. Parce qu’il est contraire à sa nature de répartir des biens rares de façon équitable, de ne pas les concentrer entre les mains de quelques-uns.

 

C’est un enjeu fondamental auquel il revient aux communistes que nous sommes d’apporter des solutions conformes au bien commun ; qui ne pourraient être complètement mises en place que sous le socialisme. Autrement, la droite détournera dans un sens nationaliste et technocratique une problématique qui devrait être traitée sous un angle social et écologique.

24 octobre 2017

On peut tuer un homme mais pas ses idées



30 ans après son assassinat, les peuples n’oublient pas Thomas Sankara et son héritage révolutionnaire

Il y a exactement trente ans de cela, le 15 octobre 1987, vers les 16h00, à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, dans ce complexe de bâtiments qu’est le Conseil de l’Entente, alors siège du pouvoir burkinabé, Thomas Sankara, président du Burkina Faso, était assassiné, ainsi que ses gardes du corps, dans une fusillade meurtrière ordonnée par ceux qui furent ses plus proches alliés. Le même jour, un pseudo « front populaire », dirigé par Blaise Compaoré, Jean-Baptiste Lingani et Henri Zongo annonce son coup d’Etat, dans le but soi-disant de « rectifier » le cours de la révolution burkinabé qui aurait été, paraît-il, trahi par Thomas Sankara. Peu de temps après, Blaise Compaoré faisait fusiller Lingani et Zongo, de même que des centaines d’anciens partisans du défunt président, torturés et massacrés sur son ordre. La Révolution Démocratique et Populaire, qui avait débuté quatre ans plus tôt, prenait ainsi fin, et sa « rectification » n’était rien d’autre que la restauration d’un régime néocolonial. Compaoré lui-même allait régner en autocrate corrompu, réélu plusieurs fois par des scrutins truqués, avant d’être enfin chassé du pouvoir par la seconde révolution burkinabé, en 2014, par un peuple qui n’a nullement oublié Thomas Sankara, devenu depuis une figure quasi-mythique, une symbole d’espérance révolutionnaire.

La révolution du 4 août 1983

Avant la Révolution Démocratique et Populaire, le Burkina Faso était connu sous le nom de Haute-Volta. Ancienne colonie française, la Haute-Volta bénéficia en 1960, comme la plus grande partie des possessions coloniales de la France en Afrique, d’une « indépendance » politique préparée par l’ex colonisateur conformément à ses propres objectifs. Elle resta de fait, malgré son indépendance formelle, totalement dépendante économiquement de la France, et sous son contrôle politique à peine discret. Une vingtaine d’années après son accession au statut d’Etat souverain, la Haute-Volta était un des pays les plus pauvres de la planète, un petit pays de quelques 8 millions d’habitants, sans accès à la mer, situé dans le Sahel et en butte à une désertification menaçante. Un pays dont la population survivait avec moins d’un dollar par jour et par personne en moyenne, dont l’espérance de vie ne dépassait pas les 43 ans, à 92% analphabète, décimée par d’innombrables maladies qui eussent été parfaitement curables si un système de santé un tant soit peu réel avait existé, et en permanence menacée par la disette. Un pays politiquement instable, qui connut plusieurs coups d’Etat, et autant de régimes militaires.

Le 4 août 1983, la Haute-Volta connut un coup d’Etat militaire de plus. Mais qui fut pourtant profondément différent des autres, le début d’une authentique révolution. La révolution du 4 août amena en effet un nouveau gouvernement au pouvoir, le Conseil National de la Révolution, ainsi qu’un nouveau Chef d’Etat, Thomas Sankara. Capitaine au sein de l’armée voltaïque, ayant eu une formation politique marxiste (qui est bien visible dans tous ses discours, tant par leur contenu que par d’innombrables allusions muettes aux écrits des classiques du marxisme), et ayant milité dans le cadre du Rassemblement des officiers communistes (ROC) au sein même de l’armée, Thomas Sankara était devenu immensément populaire en tant qu’éphémère secrétaire d’Etat à l’information (avant de démissionner pour protester contre la violation du droit de grève par le gouvernement), puis premier ministre du gouvernement suivant auquel il tenta de donner un cours progressistes, par ses discours anti-impérialistes, anti-corruption, démocratiques et révolutionnaires, tenus dans un langage simple et accessible au peuple. Il était désormais à la tête d’un nouveau gouvernement, authentiquement révolutionnaire.

Le programme politique du CNR est présenté le 2 octobre par Thomas Sankara. C’est le Discours d’orientation politique (DOP), qui restera le programme officiel de la révolution burkinabé tant qu’elle dura, et qui, à vrai, n’a rien perdu de son actualité de nos jours. Le DOP présente une analyse de la structure de classe particulière de la Haute-Volta d’alors : système néocolonial qui n’est que le colonialisme continué par d’autres moyens, pays essentiellement agraire, classe ouvrière très peu nombreuse, bourgeoisie nationale quasi inexistante, classe dirigeante composée d’une bourgeoisie bureaucratique, assurant l’exploitation du peuple voltaïque au bénéfice de l’ancienne puissance coloniale, classes dirigeantes féodales dans les campagnes, petite bourgeoisie politiquement versatile, mais pouvant être ralliée à la révolution, grande majorité paysanne particulièrement opprimée, mais attachée à un statut de petits propriétaires.

Dans ces conditions, une révolution socialiste n’était guère envisageable. Aussi, le socialisme ne fut jamais proclamé au Burkina Faso ni comme système économique officiel, ni comme objectif, même si son idée était parfois suggérée. L’objectif était de libérer le pays de chaînes du néocolonialisme et de réaliser un développement par ses propres forces, où le peuple retrouve la maîtrise de son propre destin, une révolution démocratique et populaire. Ainsi que l’avait dit à une autre occasion Thomas Sankara : « La démocratie est le peuple avec toutes ses potentialités et sa force. Le bulletin de vote et un appareil électoral ne signifient pas, par eux-mêmes, qu’il existe une démocratie. Ceux qui organisent des élections de temps à autre et ne se préoccupent du peuple qu’avant chaque acte électoral, n’ont pas un système réellement démocratique. Au contraire, là où le peuple peut dire chaque jour ce qu’il pense, il existe une véritable démocratie, car il faut alors que chaque jour l’on mérite sa confiance. On ne peut concevoir la démocratie sans que le pouvoir, sous toutes ses formes, soit remis entre les mains du peuple ; le pouvoir économique, militaire, politique, le pouvoir social et culturel. » Par ailleurs, la Haute-Volta fut bientôt rebaptisée Burkina Faso, le pays des hommes intègres.

Les réalisations de la révolution

La révolution burkinabé n’eut en tout et pour tout que quatre ans pour agir, avant d’être brutalement interrompue par le coup d’Etat de Blaise Compaoré. Si elle n’eut à combattre, en terme d’agression étrangère, qu’une brève incursion du régime réactionnaire en place au Mali, et n’eut jamais à subir un véritable blocus tel que celui qui étouffe toujours Cuba, la révolution au Burkina Faso du pourtant vivre à l’ombre d’un impérialisme hostile et de pénuries d’importations savamment organisées. Néanmoins, malgré la situation difficile dans laquelle elle devait œuvrer et le peu de temps dont elle disposa, ses réalisations furent remarquables. Le peuple fut invité à se réunir localement dans des assemblées pour exprimer ses besoins et aspirations. Une forme de pouvoir populaire direct fut mise en place sous la forme des Comités de défense de la révolution (CDR). Le pouvoir révolutionnaire chercha à améliorer les conditions de vie du peuple par un programme de construction massive de logements, par la mise en place de dispensaires de santé publics dans les campagnes, par une campagne de vaccination massive (avec le soutien de Cuba), qui fit nettement reculer la mortalité infantile. Le Burkina Faso connut aussi un début de révolution culturelle, avec la construction d’écoles, une campagne d’alphabétisation à large échelle, la promotion d’une culture nationale.

Au niveau économique, une réforme agraire fut réalisée, avec abolition de tous les privilèges des chefs traditionnels (qui formaient une véritable aristocratie féodale) et nationalisation de toutes les terres pour protéger les paysans contre la spéculation foncière. Le Burkina Faso s’engagea dans un programme massif de construction de barrages, de retenues d’eau et de systèmes d’irrigations pour vaincre la sécheresse, avec une mobilisation de la population rappelant ce que l’URSS avait connu lors du premier plan quinquennal. Des politiques furent également mises en place pour moderniser les techniques agricoles et développer une petite industrie agro-alimentaire pour transformer les produits agricoles sur place. La révolution était très loin d’avoir épuisé ses possibilités. Peu avant le coup d’Etat de Compaoré, un plan quinquennal était en cours d’élaboration, afin de développer l’économie nationale.

La révolution burkinabé s’illustra également par sa dimension écologique, par la lutte contre l’avancée du désert, par ses campagnes de reboisement massives. Thomas Sankara est resté à jamais célèbre par ses discours internationaux contre l’impérialisme, contre la dette illégitime, instrument de domination néocoloniale, contre laquelle les pays opprimés par l’impérialisme devaient s’unir et refuser de la rembourser. Un discours qui garde une brûlante actualité…

Des difficultés internes au coup d’Etat

Aussi spectaculaires qu’aient été ces réalisations, il n’en reste pas moins que la révolution burkinabé était dès le départ extrêmement fragile, de par sa base sociale réduite (une classe ouvrière très réduite, une partie de la petite bourgeoisie intellectuelle, mais qui demeurait très versatile, une partie de l’armée, une paysannerie nombreuse mais que la révolution n’eut pas le temps d’organiser politiquement en tant que classe en soi), de par l’absence d’un parti révolutionnaire unifié, de par les divisions enfin au sein des révolutionnaires eux-mêmes. Pour réaliser une accumulation primitive minimale nécessaire à la réalisation du programme économique et social de la révolution, Thomas Sankara était obligé d’imposer une frugalité assez drastique à toutes les classes un tant soi peu privilégiées : la fonction publique, la bureaucratie, y compris aux plus hauts niveaux de l’Etat. La nécessité absolue de cette politique ne pouvait pas empêcher de provoquer le mécontentement de ceux qui en faisaient l’objet. Dans ces conditions, un courant s’est structuré au sein même du pouvoir révolutionnaire, autour de Blaise Compaoré, composé d’opportunistes désireux de mettre un terme à la révolution pour pouvoir profiter enfin de leur pouvoir, de prendre la place de la bourgeoisie compradore qu’ils avaient renversé. Il semble que l’Etat français ait été impliqué dans l’assassinat de Thomas Sankara. Ses agents n’ont hélas eu aucune peine à trouver une oreille complaisante au sommet du Burkina Faso.


Ainsi, la Révolution Démocratique et Populaire fut tuée en même temps que son leader, Thomas Sankara. Mais tuer un homme ne suffit jamais pour tuer ses idées. Celles de Thomas Sankara sont aujourd’hui plus vivantes que jamais. Elles sont indispensables pour les luttes d’aujourd’hui.

26 juin 2017

Engager l’offensive dans les cantons : pour une caisse d’assurance maladie publique cantonale !




En lieu et place d’une couverture de santé authentiquement sociale et universelle, la Suisse ne dispose que d’un système pseudo-libéral, celui de la LAMAL : une myriade de caisses privées en pseudo-concurrence, car devant offrir, pour ce qui est de l’assurance de base, les mêmes prestations, auxquelles l’affiliation est obligatoire, mais qui fixent elles-mêmes le montant de leurs primes ; qui n’ont officiellement pas le droit de réaliser des profits dans le domaine de l’assurance de base, mais qui sont toutes liées à des groupes privés à but strictement lucratif...Avec ce système, les primes ont augmenté d’année en année, jusqu’à atteindre des montants intolérables : plus de 500,- par personne dans certains cantons ! Une augmentation vertigineuse qui n’est clairement en rapport avec rien : personne ne croit à la propagande officielle sur la hausse des coûts de la santé. Inutile de dire que les prestations sont très loin d’être à la hauteur de ces tarifs délirants. Bref, nous sommes confrontés à un système d’escroquerie organisée, au seul profit (et quels profits !) des assureurs des assureurs, mais devenant de plus en plus insoutenable pour les classes populaires. Il n’est que trop urgent de le remplacer.

Malheureusement, les initiatives fédérales pour une caisse unique et pour une caisse publique n’ont pas abouti, la propagande rouleau compresseur des assureurs (payée avec l’argent de nos primes !) ayant rempli son rôle. Mais il se fait que les électeurs genevois avaient accepté les deux initiatives susmentionnées. Le problème est également plus brûlant dans le canton de Genève, car les primes y sont particulièrement élevées, et la colère populaire contre les assureurs privés très forte. Aussi la section genevoise du Parti Suisse du Travail a lancé une initiative populaire intitulée  "Pour une caisse d’assurance maladie et accidents genevoise publique à but social". Le but de l’initiative est que le canton de Genève institue une caisse maladie publique, qui serait une parmi d’autres fonctionnant de le cadre de la LAMAL (la primauté du droit fédéral ne nous laissait pas le choix), mais que serait à but social (et donc obligée d’être au service de ses assurés, et ne pourrait rechercher de profit), n’aurait aucun des frais annexe des caisses privées (lobbying, publicité, etc.). Ses réserves pourraient être assurées par l’Etat auquel elle appartiendrait. De ce fait, elle serait en mesure d’offrir des prestations meilleures pour des primes plus basses que les caisses privées. Et celles et ceux qui ne sont pas en mesure de payer les primes délirantes imposées par les assureurs privés pourraient enfin voir leur droit aux soins garanti.


Il ne s’agirait certes pas d’un remède miracle (mais c’est le maximum faisable à l’échelle cantonale), mais qui constituerait déjà un progrès social appréciable. Surtout, il pourrait s’agir d’une victoire d’étape importante pour à terme se débarrasser du système pourri de la LAMAL, pour mettre à la place un système de santé authentiquement public et social. Actuellement, nous avons déjà récolté plus de 11'000 signatures. Il nous reste encore un mois pour la déposer, et comme sont requises quelques 10'000 signatures valides, nul doute que notre initiative sera validée et soumise au peuple. De fait, notre initiative et plus que bien accueillie par la très grande majorité de citoyens, et rencontre déjà un grand succès. Comme ce fut aussi le cas pour l’initiative pour le remboursement des soins dentaires. D’autres sections cantonales de notre Parti pourraient aussi songer à reprendre l’idée de notre initiative pour une caisse publique, pour que notre Parti soit plus que jamais à l’avant-garde de la lutte pour le progrès social.

11 novembre 2016

Il y a 99 ans, la Révolution d’octobre



2017 : l’année prochaine marquera les 100 ans de la Grande Révolution socialiste d’octobre, l’événement sans aucun doute le plus important du millénaire, le début d’une ère véritablement nouvelle. Pour la première fois dans l’histoire, la révolution prolétarienne triomphait dans un pays, le capitalisme y était renversé et cédait la place au socialisme. Lénine disait : « notre révolution […] grande et invincible, car pour la première fois, ce n’est pas une minorité, ce ne sont pas uniquement les riches, uniquement les couches instruites, c’est la masse véritable, l’immense majorité des travailleurs qui édifient eux-mêmes une vie nouvelle, tranchent, en se fondant sur leur propre expérience, les problèmes si ardus de l’organisation socialiste ». Rien n’allait plus jamais être comme avant. La haine seule qu’inspire aujourd’hui la Révolution d’octobre à la classe dirigeante – alors même que l’Etat socialiste auquel elle avait donné naissance n’est plus – ne montre que trop bien que la peur qu’elle lui a causé ne s’est point tarie, pas plus que l’espoir qu’elle représente plus que jamais pour les peuples, ni l’importance majeure qu’elle revêt pour nous, communistes. La première chose à faire est d’en retracer l’histoire.

Préludes de la révolution

1917 : la Première Guerre mondiale allait être fatale pour l’autocratie pluriséculaire des tsars. C’est que le vieil empire tsariste était rongé par des contradictions insolubles. Le capitalisme s’y était développé, dans les villes comme à la campagne. Avec l’essor de l’industrie dans les grandes villes était apparue une classe ouvrière, minoritaire par rapport à la population totale du pays, mais majoritairement concentrée dans de grandes unités de production, organisée et combative. Ni le despotisme brutal, ni une censure féroce n’ont pu empêcher la montée des luttes ouvrières, pas plus que la diffusion des idées révolutionnaires en Russie. Malgré une répression impitoyable, des partis politiques prônant le renversement de la monarchie absolue naquirent et se structurèrent à l’échelle du pays : le parti constitutionnel démocrate ou cadets (le parti de la bourgeoisie libérale), le parti socialiste-révolutionnaire ou S-R (parti se revendiquant de la tradition des « narodniks », les « populistes » russes), et enfin un parti véritablement marxiste, le Parti ouvrier social-démocrate russe (POSDR), bientôt scindé en mencheviks (minoritaires, réformistes) et bolcheviks (majoritaires, révolutionnaires).

Le 9 janvier 1905, à Saint-Pétersbourg, l’armée tire sur une grande manifestation de grévistes venus adresser leurs doléances à l’empereur Nicolas II. C’est le « dimanche sanglant ». La confiance qu’une partie du peuple russe vouait encore au tsar est anéantie à tout jamais. S’en suit la première révolution russe. Des grèves massives éclatent dans tout le pays. Moscou se couvre de barricades. Pour la première fois, se constituent des Soviets d’ouvriers et de paysans, forme de démocratie nouvelle, qui prennent la tête de la lutte. Cette révolution fut écrasée dans le sang, mais rien n’allait plus pouvoir être comme avant. La classe ouvrière avait fait un pas en avant décisif dans son organisation politique. Et le régime fut contraint à quelques concessions, et dut même instituer un semblant de parlement, la Douma d’Etat. Les premières élections donnèrent sans surprise une large majorité aux partis d’opposition. Après deux dissolutions et un bricolage de la loi électorale, Nicolas II obtint finalement une Douma moins remuante, mais la chute du régime n’était dès lors plus qu’une affaire de temps      

La Révolution de février                                                                                             
 
Comme bien d’autres Etats capitalistes, l’empire tsariste tenta de résoudre ses contradictions internes en se lançant dans la Première Guerre mondiale. Ce fut là la dernière erreur du régime. La propagande officielle avait promis au peuple une victoire éclatante et rapide, mais, au lieu de cela, la guerre s’éternisait, et, malgré quelques succès militaires, elle se révélait ruineuse, tant en vies humaines qu’économiquement, et globalement intenable pour le pays. La guerre devenait de plus en plus impopulaire, et les grèves et mobilisations politiques contre la poursuite des hostilités se multipliaient, de même que les révoltes et désertions au sein de l’armée. Ces luttes étaient grandement facilitées par le fait que les travailleurs russes disposaient d’un parti, le Parti bolchevik, qui n’avait pas cédé aux sirènes de l’union sacrée au commencement de la guerre, n’avait pas trahi ses principes, et pour cette raison était en position, contrairement à la plupart des partis de la désormais de facto défunte IIème Internationale, de diriger la lutte révolutionnaire. Elles eurent raison du régime.

Le 23 février 1917 éclatait une grande grève à Petrograd, devenue bientôt grève générale. Le tsar ordonna à l’armée de tirer sur la foule. Mais elle passa massivement du côté des insurgés. Le 27 février, le Soviet des députés ouvriers et des soldats de Petrograd entra en fonction au Palais de Tauride. Il aurait pu prendre alors le pouvoir s’il l’avait voulu. Mais il était contrôlé par les socialistes-révolutionnaires et les mencheviks, acquis au dogme selon lequel la révolution contre le tsarisme ne pouvait être que bourgeoise, et donc conduite par la bourgeoisie et débouchant sur une démocratie bourgeoise. Tous les groupes parlementaires présents à la Douma, mis à part l’extrême-droite monarchiste, mencheviks et S-R compris, s’entendirent dans la nuit du 27 au 28 février pour former un Comité provisoire de la Douma d’Etat, qui devait se substituer au pouvoir tsariste à la dérive. Le 2 mars, un gouvernement provisoire, sous la direction du prince Lvov, un cadet, était formé. Le 3 mars, le tsar Nicolas II, de plus en plus isolé, abdiquait pour lui et pour son fils au bénéfice de son frère, le grand-duc Michel, qui abdiquait à son tour quelques jours plus tard. Le trône était désormais vacant. La dynastie des Romanov, qui avait régné sur la Russie pendant trois siècles, était tombée. Le 27 mars 1917, Lénine quittait la Suisse, où il avait vécu comme réfugié politique, pour prendre la direction de la lutte révolutionnaire en Russie.

La Révolution d’octobre

La Russie était désormais une république démocratique bourgeoise, selon les mots de Lénine provisoirement le « pays le plus libre d’Europe » (dans la mesure où le gouvernement provisoire n’était pas en mesure de maintenir un état d’urgence strict comme dans les autres pays belligérants). Elle disposa même rapidement d’un gouvernement « de gauche », présidé par le S-R Alexandre Kerenski. Cet état de fait n’avait en rien résolu les problèmes du pays, ni en rien satisfait les aspirations de son peuple.  Malgré les promesses démagogiques des mencheviks et des S-R, le gouvernement provisoire n’avait l’intention d’en satisfaire aucune. On avait auparavant promis la paix, mais désormais le gouvernement annonça son intention de poursuivre la guerre « jusqu’à la victoire ». L’économie du pays était en ruines, la famine menaçait, les ouvriers étaient réduits à l’extrême misère. Et le gouvernement n’avait l’intention de rien faire qui pût y remédier. Il n’avait pas plus l’intention de procéder à une réforme agraire, pourtant principale revendication des paysans…et slogan phare des S-R avant la révolution.

Parallèlement, s’était créée dans le pays une situation de double pouvoir. Officiellement le gouvernement provisoire était à la tête du pays. Mais de fait son pouvoir était bancal, ne s’appuyant que sur un appareil d’Etat hérité du tsarisme et en pleine décomposition. Ce gouvernement provisoire ne pouvait tenir que tant que l’autre pouvoir présent au sein du pays l’acceptait : les Soviets des députés ouvriers, paysans et des soldats, qui avait une base sociale réelle dans le peuple comme dans la plus grande partie de l’armée. Toutefois, les Soviets étaient au début contrôlés majoritairement par les mencheviks et les S-R, qui s’obstinaient à faire entrer de force la révolution dans le carcan étroit de la légalité bourgeoise. Ils paralysèrent donc l’action des Soviets, et aidèrent le gouvernement provisoire à se maintenir. Les bolcheviks militaient alors pour le mot d’ordre « Tout le pouvoir aux Soviets ! », alors que les mencheviks et les S-R y étaient encore majoritaires, ce qui aurait permis un passage rapide e du pouvoir aux mains des ouvriers et des paysans, et une démocratie populaire reposant sur la coexistence entre plusieurs partis favorables au socialisme. Si, malgré des appels réitérés de Lénine en ce sens, ce scénario ne s’est pas concrétisé, c’est entièrement du fait de la politique des mencheviks et des S-R, qui avaient objectivement tourné le dos à leurs thèses révolutionnaires, et cherchaient la collaboration à tout prix avec la bourgeoisie.

Une telle situation ne pouvait pas durer. Le 3 juillet, le gouvernement provisoire fit tirer, avec l’appui des leaders mencheviks et S-R, les troupes qui lui étaient fidèles sur un meeting bolchevik contre la guerre, faisant près de 400 morts et blessés. Il essaya également de faire arrêter Lénine pour « haute trahison », en vain. La bourgeoisie toutefois ne voulait pas se satisfaire d’un gouvernement provisoire, dont le pouvoir était bancal, et plaçait tous ses espoirs dans une dictature militaire. Le coup d’Etat raté du général Lavr Kornilov, qui n’échoua que grâce aux efforts des bolcheviks pour mobiliser les ouvriers de Petrograd, n’annonçait que trop bien l’issue inévitable d’une poursuite du mandat de Kerenski. Une insurrection était  désormais urgente et nécessaire, pour le salut même de la révolution.


Le gouvernement provisoire tenta, mais ne put l’empêcher. Il fut renversé durant la nuit du 25 au 26 octobre. La capitale était désormais aux mains des troupes révolutionnaires, acquises aux bolcheviks. Le 26 octobre, s’ouvrait le IIème Congrès panrusse des Soviets, où les bolcheviks étaient cette fois majoritaires. Le Congrès adopta un Décret sur la paix, annonçant la résolution de signer la paix sans délai et à des conditions équitables pour tous les peuples, et un Décret sur la terre, transmettant toute la terre au peuple sans compensation. Il élit également un Conseil des commissaires des peuples, le premier gouvernement révolutionnaire de Russie, avec Lénine à sa tête. La révolution s’étendit rapidement à la plus grande partie du pays, souvent non sans combattre, parfois sans rencontrer de résistance (la guerre civile n'allait commencer qu'un peu plus tard). Au début du mois de juillet 1918, le Vème Congrès panrusse des Soviets adoptait la première constitution de la République Socialiste Fédérative Soviétique de Russie (RSFR), posant les bases du pouvoir ouvrier et paysan et du socialisme. Le premier Etat ouvrier et paysan de l’histoire était officiellement né.