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28 février 2015

La jeunesse contre Torracinta et la droite : retour sur la lutte de l’AJE



Le 29 janvier eut lieu à Genève une importante manifestation unitaire, organisée avec le soutien du Parti du Travail, contre les politiques d’austérité imposées par la majorité de droite du Grand Conseil et pour la défense du service public. Dans le cadre du cortège, une place importante et remarquée était tenue par près de mille étudiant-e-s du postobligatoire, mobilisés contre la réforme du collège mise en place de façon particulièrement peu démocratique par la conseillère d’Etat Anne-Emery Torracinta, pourtant encartée au PS, et contre les coupes budgétaires dans le DIP voulues par la droite. Cette importante mobilisation de la jeunesse de notre canton était organisée par l’Association des Jeunes Engagés (AJE). Le Parti du Travail a décidé de donner la parole dans les colonnes de son journal au président de l’AJE, Gabriel Millan, actuellement collégien à Rousseau, en plus de plusieurs autres engagements associatifs et citoyens.

La première chose à dire c’est que l’AJE n’a pas été créée de toutes pièces pour contrer la réforme Torracinta ni n’est active sur ce seul objet, puisqu’elle a été fondée en décembre 2013 déjà, pour s’opposer à d’importantes coupes budgétaires prévues alors par la Ville de Genève qui auraient tout particulièrement touché les jeunes, mais aussi avec l’objectif d’en faire un mouvement plus global, un syndicat défendant tous les jeunes, pas seulement les étudiants du postobligatoire, mais aussi les jeunes travailleurs, ainsi que les jeunes sans activité professionnelle, et qui les défende sur leur lieu de travail ou d’étude, et qui lutte pour qu’existent des lieux culturels et de vie pour les jeunes. Un premier rassemblement organisé devant le Collège Rousseau avait réuni une dizaine de collégiens. L’AJE avait par la suite fonctionné avec des hauts et des bas, peu de membres actifs permanents et des coupures parfois longues entre activités.

Durant les vacances d’été 2014, les responsables de l’AJE avaient élaboré tout un planning pour réorganiser l’association dès la rentrée…qu’ils ont dû drastiquement remanier à la rentrée une fois qu’ils eurent appris le contenu de la réforme, profondément scandaleuse, du postobligatoire voulu par la conseillère d’Etat Torracinta. Rappelons en effet qu’elle prévoit de durcir encore le Collège, déjà assez difficile en l’état, sous le prétexte hypocrite d’éviter les mauvais choix en matière d’orientation à la sortie du Cycle d’Orientation, mais en réalité avec le seul et unique but de faire des économies sur le dos des élèves et essayant d’en réorienter le plus possible vers les ECG et les écoles de commerce, ce qui coûterait moins cher à l’Etat. Or il se fait que les classes de ces écoles sont actuellement surchargées bien au delà des normes légales et ne pourraient dans la plupart des cas accueillir des nouveaux élèves en cours d’année…

Face à cette réforme, l’AJE a lancé une pétition, qui a recueilli de l’ordre  de 2'300 signatures, organisé un rassemblement auquel se sont rendues près de 100 personnes, et enfin une manifestation en octobre partant de l’île Rousseau et arrivant au DIP pour remettre les signatures de la pétition, toutes démarches que le Parti du Travail avait soutenues. Toutes ces mobilisations ont beaucoup fait grandir l’AJE. Une rencontre avec Anne-Emery Torracinta eut lieu après la manifestation, mais elle refusa de négocier sur quoi que ce soit. Du reste, l’AJE a dû faire face à une arrogance sans borne de la part du DIP et de sa conseillère d’Etat de tutelle, inacceptable dans une démocratie et particulièrement indigne d’une élue « socialiste » : refus de toute négociation sur quoi que ce soit, réponses arrivant de plus en plus tard et avec à chaque fois le même argumentaire à côté de la plaque et qui pourtant avait déjà été démonté plusieurs fois.

Avec les coupes budgétaires massives, notamment dans le DIP, votées par la majorité de droite du Grand Conseil en décembre 2014, la mobilisation prit une nouvelle dimension. C’était la concrétisation de ce que l’AJE avait prévu : la réforme Torracinta n’était qu’une première coupe budgétaire cachée, suivie désormais par d’autres, cette fois déclarées. La décision fut prise d’organiser une grève étudiante en même temps que la grève de la fonction publique pour lutter contre ces coupes budgétaires. Des assemblées étudiantes furent organisées dans une dizaine d’établissements, avec à l’ordre du jour le choix de participer à la grève ou rien. Au final, la grève du 29 janvier réunit un millier d’étudiants provenant de plus de dix établissements. A propos, un préavis de grève fut envoyé au DIP dix jours à l’avance avec l’espoir d’ouvrir ainsi les négociations. La réponse de la conseillère d’Etat Torracinta fut digne du pire des patrons : aucune ouverture, aucune volonté de négocier, seulement des menaces de sanction (absences non-justifiées en cas de participation à la grève, note de 1 en cas d’épreuve manquée). Une magistrate « socialiste » aurait difficilement pu tomber plus bas…

Grâce à la grève du 29 janvier, l’AJE a gagné encore plus de membres, au point que les Assemblées générales, régulières, qui rassemblent à chaque fois beaucoup de monde et donnent lieu à de longs et intéressants débats, sont devenues compliquées à gérer du fait du nombre important de participants. Au point que l’AJE en songe à modifier ses statuts afin de se doter de sections par établissement et de fonctionner en Assemblées de délégués. Pour ce qui est de la suite, une nouvelle demande de négociation a été envoyée au DIP suite à la grève, pour l’instant restée sans réponse. Une Assemblée générale décidera des mesures à prendre selon quelle aura été la réponse et s’il y en aura eu une.

L’AJE se veut totalement indépendante des partis politiques et surtout des institutions étatiques. Elle tient à cette indépendance politique afin de pouvoir défendre tous les jeunes quelles que puissent être leurs convictions politiques par ailleurs. Cela n’empêche pas que plusieurs membres du comité militent dans des organisations de gauche. C’est du reste très logique. On imagine en effet mal des jeunes de droite animer un mouvement de lutte, à moins d’un scénario de science-fiction. Mais la différence est très bien faite entre travail syndical et politique. Ses seuls revenus proviennent des cotisations des membres, en plus de quelques dons ponctuels. C’est peu, les cotisations étant fixées en fonction du peu que les jeunes peuvent mettre de leur poche, mais c’est le prix à payer pour l’indépendance, pour continuer à rester un syndicat de lutte, de ne pas tomber au niveau de syndicat « officiel », succursale de l’administration d’Etat. L’exemple de la soupô, officiellement syndicat des collégiens depuis un certain nombre d’années, est particulièrement parlant. Devenue totalement dépendante du DIP pour son financement et ses locaux, la soupô n’était en réalité guère plus qu’un comité d’organisation du cortège de l’Escalade (c’est du moins le souvenir qu’avait gardé de ses relativement récentes années de Collège l’auteur de ces lignes). Or elle s’était réveillée l’année passée…pour militer contre la grève ! Certains de ses responsables ont même soutenu ouvertement l’idée que le collège doit être élitiste : drôle d’attitude pour des « syndicalistes »…

Mais l’essentiel n’est pas là. Pour Gabriel Millan, le plus grand succès de l’AJE est d’avoir permis un investissement militant très fort de nombreux jeunes. Des jeunes encore plus nombreux savent désormais que s’ils constatent une injustice à leur égard, ils peuvent s’adresser à leur syndicat, alors qu’ils n’avaient pas la conscience de pouvoir lutter pour leurs droits auparavant. Ainsi qu’il le dit : « Même si au final la lutte contre la réforme Torracinta échoue, cette conscientisation est déjà une victoire. Il se passe vraiment un truc chez les jeunes. Ce n’est pas l’AJE qui a créé la colère chez les jeunes. Il existait déjà en quelque sorte à la fois un briquet et une matière inflammable. Il y avait déjà une volonté de se battre que l’AJE a concrétisée. Ce n’est pas un mouvement qui sort de nulle part. il y avait déjà une volonté revendicatrice, une base politique. Il manquait juste quelques leaders pour organiser tout ça ».


Le Parti du Travail doit continuer à soutenir la lutte de l’AJE avec encore plus de détermination. Cette nouvelle volonté de la jeunesse de ce canton à lutter pour ses droits, cette capacité nouvelle à s’organiser pour cela, est un événement d’une importance qui ne doit pas être sous-estimée. Elle montre de façon éclatante que les années de plomb du consensus néolibéral, de la résignation, de l’individualisme et de la réaction sur toute la ligne touchent à leur fin. Les peuples commencent aujourd’hui à se soulever de plus en plus contre un ordre capitaliste oppressif qui ne peut plus durer. Il revient à la jeunesse une place majeure dans ce combat. Ainsi que le disait Salvador Allende : « Etre jeune et ne pas être révolutionnaire est une contradiction presque biologique ». Quant au rôle de la conseillère d’Etat Torracinta, il ne fait qu’illustrer de façon particulièrement flagrante la faillite totale de la social-démocratie, qui apparaît sous un jour encore plus brutal aujourd’hui que le gouvernement « socialiste » français utilise une astuce particulièrement antidémocratique, l’article 49-3, pour faire passer la loi Macron, ce retour au non-droit du travail qui fut en vigueur durant le capitalisme le plus sauvage du XIXème siècle, et que le Pasok grec se trouve justement laminé du fait d’avoir trop trahi. Si elle vivait en Grèce, Anne-Emery Torracinta aurait eu toute sa place à la direction du Pasok. De cette social-démocratie faillie, il n’y a jamais rien eu à attendre. Il y en a encore moins à attendre aujourd’hui. C’est à nous qu’il revient plus que jamais de donner aux luttes d’aujourd’hui la perspective politique d’une autre société qui seule peut réellement satisfaire leurs revendications.

07 septembre 2011

Depuis quatre mois, des grèves massives secouent l’héritage de Pinochet au Chili

Camila Vallejo, jeune communiste
à la tête des étudiants en lutte

Les 24 et 25 août derniers, une grève générale rassemblant plus de 600'000 personnes a secoué le Chili, ce qui est considérable pour ce petit pays qui compte un peu moins de 17 millions d’habitants. Cette grève générale de 48 heures, convoquée par la Centrale unitaire des travailleurs (CUT) et 600 organisations syndicales de base, avait été interdite par le gouvernement de droite du président Sebastiàn Piñera, ainsi que toute manifestation par la même occasion. Malgré cette interdiction, la grève eut tout de même lieu. Le gouvernement réactionnaire choisit alors de déchaîner une répression féroce contre le peuple en lutte : 1'394 arrestations et même des tirs à balles réelles. Un jeune lycée de 16 ans, Manuel Gutiérrez Reinoso, fut ainsi abattu d’une balle en pleine poitrine par un policier, ce alors qu’il ne faisait que suivre la manifestation à deux pas de son domicile. Ces méthodes répressives ressemblent à s’y méprendre à celle d’une dictature, comme le dit très bien Gonzalo Taborga, président de la Commission chilienne des droits de l'Homme: « On vit aujourd'hui au Chili sous un État policier qui ne reconnaît pas le droit à manifester ».

La grève générale de la semaine dernière, convoquée par les syndicats des travailleurs, ne fut pourtant que le point culminant d’un mouvement de lutte qui débuta le mois de mai dernier, un mouvement étudiant. Pour comprendre les origines de ce mouvement, il est nécessaire de remonter quelque peu en arrière dans le temps. L’histoire, tout le monde la connaît dans les grandes lignes : 1970 élection de Salvador Allende à la présidence et tentative de construire par la voie démocratique une société socialiste ; 1973 coup d’Etat de Pinochet et établissement d’une dictature fasciste ; 1990 chute de la dictature et instauration d’une démocratie bourgeoise ; pendant 20 ans gouvernement de coalition entre le Parti socialiste, héritier formel du parti de feu Allende, et du Parti démocrate-chrétien, la Concertation ; 2010 élection de Sébastiàn Piñera à la présidence et retour de la droite au pouvoir. Mais il y a comme une omission dans cette histoire officielle : Pinochet et sa dictature ne sont plus, mais le pinochetisme lui est bel et bien toujours là, et les socialistes chiliens, héritiers de Salvador Allende par le nom de leur parti, sont de par leur politique les dignes héritiers de…Pinochet ! Outre le fait bien connu que Pinochet lui-même n’a jamais été personnellement inquiété, malgré ses crimes, il demeure un fait moins connu : la Constitution en vigueur est toujours celle rédigée en 1980, en pleine dictature. Le régime néolibéral des plus brutal qui soit, imposé alors, est toujours resté intact, et les socialistes au pouvoir n’ont pas même fait semblant de vouloir y toucher.

Un des traits caractéristiques du système chilien est que l’Etat s’est presque totalement désengagé de l’éducation, qui est largement privatisé. Les rares écoles publiques qui subsistent sont aux frais des communes, qui n’ont pas les moyens de les financer décemment, mis à part les communes riches, ce qui crée des inégalités criantes. Les universités sont absolument inaccessibles aux classes populaires. Les frais de scolarité peuvent atteindre des sommes astronomiques allant jusqu’à 1'800 $ par mois (la norme étant entre 250 et 860 $ par mois), et ce même dans les universités publiques ! De tels tarifs sont absolument hors de portée des classes populaires, ils dépassent le revenu mensuel total de beaucoup de familles. Pour les classes moyennes, envoyer leurs enfants à l’université représente des sacrifices insupportables. L’Etat «offre» aux étudiants des prêts bancaires avec des taux d’intérêts de 4%. La plupart des étudiants chiliens commencent leur vie active avec des dettes de l’ordre de 30'000 $. En cas de non-paiement, des peines de prison et/ou des saisies immobilières peuvent être prononcées. Ensuite, les ex-étudiants endettés se retrouvent sur une liste appelée Dicom que les patrons utilisent pour ne pas embaucher ceux qui ont le malheur de s’y retrouver, les condamnant ainsi à une mort professionnelle et sociale. Tout ceci fait du système éducatif chilien l’un des plus chers et des moins efficaces au monde. Preuve, si besoin était, de l’absurdité de l’idée de confier à des privés ce qui est une tâche de service public, et donc de l’Etat, ainsi que voudraient faire certains à droite chez nous.

Au mois de mai, en déclarant vouloir accentuer encore la privatisation de l’éducation, le président Piñera a mis le feu aux poudres. Le premier juin, une grève de 20'000 étudiants éclate à Santiago, la capitale. Des fonctionnaires, des professeurs, des recteurs la soutiennent. Puis suivent des occupations de lycées : plus de 600 ! Le gouvernement réactionnaire tente d’abord de dénigrer le mouvement, avec exactement la même démagogie que la droite en Europe, accusant les étudiants d’irresponsabilité, puis de le réprimer à coup d’arrestations et de tabassages en masse. Mais ni les discours méprisants, ni les matraques, n’ont pu faire plier la détermination des étudiants. Le mouvement n’a fait que prendre de l’ampleur, vite soutenu par les fonctionnaires, les travailleurs, les syndicats, et les parents sous le slogan «je me bats pour mes enfants ». Le 21 août, c’est plus d’un million de personnes qui sont descendues dans la rue pour soutenir les étudiants en lutte.


Aujourd’hui, l’objectif du mouvement est clairement politique et suppose une rupture totale avec le modèle néolibéral mis en place par Pinochet : éducation publique et gratuite de qualité grâce à la réforme de la fiscalité et à la nationalisation du cuivre (le Chili possède 20% des réserves mondiales, nationalisées intégralement par Allende, puis privatisées par Pinochet). La secrétaire de la Fédération étudiante de l’Université du Chili (FECH) et militante des Jeunesses communistes Camila Vallejo affirme : « ce modèle néolibéral ne nous convient pas. Son seul but est le profit et les intérêts d'une minorité. Nous estimons qu'il est nécessaire d'avancer vers un système plus égalitaire. Nous voulons un pays libre, un pays juste, plus démocratique et plus égalitaire. Et c'est pour cela que nous avons besoin d'une éducation de qualité pour tous. »

Le gouvernement réactionnaire ne peut proposer que des demi-mesures cosmétiques, mais le temps est compté pour son régime. Soutenu à l’origine par 37% des Chiliens, le mouvement étudiant l’est aujourd’hui par 81%. Camila Vallejo récolte 68% d’avis positifs. La cote du président Piñera quant à elle se monte à seulement 26%. Le mouvement de lutte né au mois de mai dernier ouvre la voie à un profond changement de société au Chili. Si aujourd’hui le Parti communiste chilien s’en sort à peine mieux que le Parti Suisse du Travail, avec 3 sièges sur les 120 que compte le parlement chilien, il peut et doit jouer un rôle majeur dans la période de bouleversements majeurs ouverts par les étudiants en lutte, une période caractérisée par l’exigence d’une rupture totale avec l’héritage néolibéral putride de la dictature de Pinochet, le retour à l’espoir ouvert et refermé trop tôt avec Salvador Allende, celui d’une société socialiste.

27 août 2010

NON au démantèlement de l'assurance-chômage!





Tract du PdT pour les votations nationales du 26.09.10, rédigé par mes soins
Le 26 septembre, non au démantèlement de la LACI !Le 16 mars 2010, l’Assemblée fédérale votait la 4ème révision de la LACI (loi sur l’assurance chômage et insolvabilité), un texte d’inspiration violemment patronale et antisociale. Cette révision constitue une baisse des prestations aussi énorme que scandaleuse, avec quasiment aucune contrepartie. Cette révision est surtout une attaque frontale contre les jeunes travailleurs, dont elle réduit les droits d’une façon aussi injuste qu’arbitraire. Aussi un front de résistance s’est-il rapidement constitué contre cette régression sociale, rassemblant les partis politiques de gauche, les syndicats et les associations progressistes. Le Parti Suisse du Travail s’est beaucoup impliqué dans cette lutte, tant dans le Comité national contre le démantèlement de la LACI que dans la rue. Sachant que les opposants à cette régression n’auront aucune peine à récolter les 50'000 signatures nécessaires pour le référendum, le Conseil fédéral a avant même le dépôt des signatures fixé la date de la votation à ce 26 septembre 2010 pour réduire la durée de la campagne pour les opposants, qui effectivement on récolté plus de 150'000 signatures, et pour que les étudiants, qui sont parmi les principales victimes de la révisions, votent tout de suite dès le début des cours, sans que les syndicats étudiants aient pu faire campagne. Le 26 septembre, un NON s’impose face à cette inacceptable régression sociale !

Le démantèlement en chiffres

 Pour continuer de toucher 400 jours d’indemnités, il faudra avoir cotisé 18 mois, contre 12 aujourd’hui. 12 mois de cotisations ne donneront plus le droit qu’à 260 jours d’indemnités.

 Ceux qui n’auront pas pu cotiser suffisamment (interruption de carrière, maladie, sortie de formation,…) n’auront plus le droit qu’à 90 jours d’indemnités.

 Les jeunes de moins de 25 ans n’auront plus le droit qu’à 200 jours d’indemnités contre 400 aujourd’hui, tout à fait arbitrairement, pour le seul tort d’avoir moins de 25 ans. Les étudiants en fin de formation n’auront plus le droit qu’à 90 jours d’indemnisations, contre 260 aujourd’hui.

 Les jeunes de moins de 30 ans seront contraints d’accepter un travail sans aucun rapport avec leur formation, de fait n’importe quel travail et à n’importe quel salaire.

 Les assurés de plus de 55 ans devront avoir cotisé 24 mois au lieu de 18 aujourd’hui pour continuer à pouvoir toucher 520 indemnités (ou 640 dès 61 an)

 Le délai d’attente sans indemnisation passera de 5 jours aujourd’hui à 10, 15 ou 20 selon le revenu.

 Les cantons connaissant un fort taux de chômage ne pourront plus demander 120 jours d’indemnités supplémentaires (comme c’est le cas à Genève aujourd’hui).

 Les revenus de programmes d’emplois publics ne seront plus considérés comme périodes de cotisation.

 Les cotisations seront augmentées de 2% aujourd’hui à 2,2%, ou à 2,5% si la révision est refusée par le peuple.

 1% de solidarité sera prélevé temporairement sur les hauts salaires entre 126'000,- et 315'000,-. Actuellement, pour le calcul des cotisations, les salaires sont plafonnés à 126'000,- ce qui signifie que ceux qui gagnent plus que cette somme ne payent la cotisation de 2% que sur cette part de 126'000,-, le reste du salaire n’étant simplement pas compté, et ceux aussi riches soient-ils. Avec la révision, les hauts-revenus paieraient en plus 1% dit de solidarité sur la tranche de leur salaire entre 126'000,- et 315'000,-, soit toujours une part ridiculement faible de leur démesuré revenu.
Cette révision est inacceptable, les arguments de la droite ne sont que démagogie !
Après le camouflet reçu lorsque les trois quarts des électeurs suisses ont dit NON au vol des rentes du deuxième pilier, les organisations patronales et leurs représentants politiques que sont les partis de droite mettent toutes leurs forces dans la campagne pour essayer de faire passer le démantèlement de la LACI. Les politiciens bourgeois prétendent se soucier de la dette de l’assurance chômage, mais ils parlent beaucoup moins de l’origine de cette dette, dont ils sont entièrement responsables. En effet, en 2004 la majorité bourgeoise de l’Assemblée fédérale décidait de baisser les cotisations pour la LACI de 3% à 2%, soit disant parce que les dettes des années 90 avaient été épongées et que le taux de chômage n’augmenterait plus jamais. Aujourd’hui que le capitalisme entre dans une crise systémique, que le chômage augmente et ne va faire qu’augmenter et que donc l’assurance chômage devient plus indispensable que jamais pour les travailleurs laissés sans emploi, et en particulier pour les jeunes qui sont particulièrement touchés par le chômage. Mais la droite se refuse à augmenter les cotisations, arguant que le pouvoir d’achat de la population baisserait. Au lieu de cela elle préfère continuer son offensive de démantèlement social, qui est une véritable entreprise de guerre contre les travailleurs, contre la majorité de la population de ce pays ; elle démantèle une assurance indispensable pour tous, et s’attaque de façon tout à fait arbitraire et injuste de ce pays. L’argumentation de la droite qui en gros se résume à : « il est indispensable de réduire les prestations pour continuer à toucher des bonnes prestations (sic !), et de toute façon les chômeurs, et en particulier les jeunes, ne sont que des profiteurs qui n’ont qu’à chercher du travail au lieu de demander le chômage », n’est que démagogie sans nom. Le discours méritocratique comme quoi les jeunes qui sont motivés n’ont pas de peine à trouver un emploi est tout simplement contraire à la vérité, le chômage existe objectivement, et il est difficile de trouver un emploi, en particulier pour les jeunes sans grande expérience professionnelle, ainsi qu’après la cinquantaine.

Non seulement cette révision n’est pas nécessaire, mais elle n’est tout simplement pas justifiable. La Confédération n’a eu aucun problème pour offrir un cadeau de 60 milliards à l’UBS, elle n’a pas hésité une seconde pour sauver les profits des spéculateurs, les vrais et richissimes profiteurs de la finance, avec l’argent public. Ces calculs d’épiciers pour économiser sur le dos des chômeurs, de ceux qui sont mis à la rue, victimes de licenciements économiques, pour que les spéculateurs aidés sans contrepartie avec l’argent public s’enrichissent toujours plus est tout simplement révoltant. Or l’argent pour financer l’assurance chômage existe, il suffirait pour cela de déplafonner les salaires et de faire payer les riches sur la totalité de leur salaire et pas sur la seule tranche de 126'000, qui correspond à un salaire de représentant de la classe moyenne. La droite s’y refuse en prétendant que la cotisation pour la LACI deviendrait alors un impôt déguisé. Mais en quoi cela serait-il injuste ? Car la véritable injustice, proprement scandaleuse, n’est-elle pas dans le privilège quasi-féodal accordé aux multimillionnaires de ne payer qu’une infime part de leur immense salaire, proportionnellement bien moindre que ceux qui gagnent beaucoup moins qu’eux, ce qui au fond constitue un impôt dégressif ? Ce serait tout de même le minimum, que tout le monde cotise, si ce n’est à taux progressif, du moins au même taux !

Enfin, si les politiciens de droite peuvent tenter de faire croire que ce qui les préoccupe est la dette de l’assurance-chômage, il est clair que les associations patronales ne sont pas du tout intéressées par le bien commun, leur seule préoccupation étant le profit de leurs membres. Si elles s’engagent tant dans la campagne pour la 4ème révision de la LACI, c’est parce que le démantèlement de cette assurance sociale sert leurs intérêts, aux détriments des intérêts des travailleurs : il permettra d’accroître la concurrence entre travailleurs, pour finalement baisser les salaires pour tous. En effet, bénéficier d’une assurance-chômage de qualité rend l’armée de réserve du capital que sont les chômeurs moins démunis et vulnérables face au patronat, moins contraints d’accepter n’importe quel emploi avec n’importe quel salaire pour survivre. Ainsi, l’assurance-chômage permet aux travailleurs de s’organiser plus facilement afin de lutter pour leurs droits et ainsi améliorer leurs conditions de vie. La droite à la solde du patronat veut justement démanteler cette précieuse assurance afin de rendre les travailleurs plus vulnérables face au capital, dans le but de baisser les salaires et détériorer les conditions de travail pour augmenter encore les profits d’une toute petite élite. L’obligation, tout à fait arbitraire, pour les jeunes de moins de trente ans d’accepter n’importe quel emploi à n’importe quel salaire vise à les mettre en concurrence avec les travailleurs plus âgés, afin de baisser les salaires pour tous.

Pour toutes ces raisons, le Parti du Travail vous appelle à voter NON à la 4ème révision de la LACI !

03 mai 2010

"Il faut reconstruire un mouvement de lutte étudiant plus large"


Interview parue dans le Gauchebdo du 1er mai 2010



Quelles sont les revendications des étudiants?

Tout d’abord il faut rappeler que le mouvement étudiant «Education is NOT for $A£€ » s’inscrit dans le cadre d’un vaste mouvement européen d’occupation d’universités lancés par les étudiants de Vienne et qui touché au total une centaine d’universités de par le monde, dont quatre en Suisse. La raison d’être de ce mouvement, ce qui en a fait l’unité par delà les frontières et les spécificités locales, c’est l’opposition aux réformes de l’enseignement impulsée par la déclaration de Bologne, dont le but est d’harmoniser l’enseignement supérieur. Ces réformes mettent les universités au service des entreprises, avec à la clé le démantèlement des filières non-rentables et la transformation des autres en véritables fabriques à brevets, sacrifiant l’indépendance de la recherche sur l’autel du profit. Le but final étant d’arriver à un système à l’américaine avec quelques « pôles d’excellence » excessivement chers au point de n’être accessibles qu’à l’élite, et des universités de deuxième et troisième zone, avec des diplômes de deuxième et troisième zone, voire des simples écoles supérieures ayant perdu leur statut d’université. Les revendications du mouvement étaient donc la garantie de la non-privatisation de l’université, l’indépendance de la recherche, la gratuité des études, la non-suppression des filières, le rétablissement d’une authentique démocratie universitaire incarnée dans des organes paritaires, un meilleur encadrement, une plus grande facilité d’accéder aux bourses et plus de logement étudiant.
Pourquoi le mouvement «Education is NOT for $A£€» s’est-il essoufflé?
Un mouvement étudiant est inévitablement éphémère car les étudiants ne peuvent se permettre de poursuivre une lutte - et à fortiori une occupation - pendant trop longtemps sans mettre en danger leurs études. Ceci dit, il faut reconnaître que le mouvement « Education is NOT for $A£€ » n’a pas eu le succès escompté et malgré des débuts prometteurs s’est vite, bien plus vite que d’autres mouvements analogues dans d’autres universités, essoufflé après une très brève occupation qui fut globalement un échec. Parmi les raisons d’un tel échec le fait que l’occupation de la plus grande salle d’Unimail avec un mouvement très minoritaire était probablement un choix peut-être prématuré. Il y eu aussi la division du mouvement qui comptait une forte minorité plutôt réservée face à l’idée même d’un mouvement de lutte et qui a rapidement fait sécession. Mais la cause essentielle était sans doute le choix de faire un mouvement totalement autogéré et horizontal, sans structure et avec des objectifs purement généraux. Cette forme d’organisation a conduit dans la pratique à une absence de stratégie définie ainsi que de buts précis acceptés par tous. d’où des débats sans fins pendant l’occupation sur les raisons de celle-ci voire sur notre légitimité à occuper. D’où un enlisement progressif, qui a mené à l’essoufflement du mouvement après que le rectorat ait mis fin à l’occupation manu militari.

Allez-vous tenter de relancer un mouvement à brève échéance?

A un mois avant les examens, il serait irréaliste de vouloir relancer un mouvement. Mais la lutte des étudiants va inévitablement reprendre étant donné que les réformes dans l’esprit de la déclaration de Bologne vont se poursuivre. Le mouvement étudiant européen de 2009 n’a sans doute pas à proprement parler conduit à une victoire, mais son existence même était en soi un grand succès. Pour pouvoir vaincre un jour les forces du capital, il est nécessaire de reconstruire un large front de lutte populaire, et le mouvement « Education is NOT for $A£€ » est une étape indispensable pour apprendre à travers ces échecs et reconstruire un mouvement de lutte étudiant beaucoup plus large et sur des fondations beaucoup plus solides.

02 décembre 2009

Communiqué de presse relatif à l’occupation de la salle MR080 par le mouvement étudiant «Education is not for $A£€ »



Communiqué de presse rédigé par mes soins.



Le lundi 30 novembre à 6h30 du matin (soit avant le délai de 8h00 fixé par le rectorat lui-même), le rectorat a fait évacuer manu-militari l’amphithéâtre MR080 à Unimail, occupé jusque là par les étudiants participant au mouvement Education is not for $A£€, afin de soi-disant rendre l’amphithéâtre susmentionné aux cours, refusant de donner les locaux pour lesquels le mouvement était prêt à quitter l’auditoire sans réponse argumentée et le forçant à se replier sur une salle de séminaire bien trop petite et allant jusqu’à faire prendre de nombreuses photos des étudiants présents, tout en refusant de s’engager à détruire ces photos. Le Parti du Travail dénonce ce procédé policier et répressif contre le mouvement étudiant, unique en Suisse (ni Lausanne, ni Berne, ni Bâle, ni Zurich n’ont procédé à aucune opération de ce genre), allant à l’encontre de la promesse explicite du rectorat de ne pas faire usage de la force contre les étudiants. Visiblement, le recteur Jean-Dominique Vassali a fait le choix, dangereux et inacceptable dans un pays qui se prétend démocratique et garantissant la liberté d’expression, de faire usage de la répression contre un mouvement qui dérange ; tout cela sous le prétexte fallacieux d’assurer des cours, fallacieux car cela n’aurait posé aucun problème technique de déplacer les cours dans des salles inoccupées, ce que le rectorat a amplement prouvé en faisant aisément déplacer tous les cours durant l’occupation. Le Parti du Travail dénonce également le fichage des étudiants, pratique qui rappelle les sombres années du maccarthysme et le fichage systématique des militants de gauche, traités en ennemis de la nation, durant la Guerre froide, et exige la destruction des photos que le rectorat a ordonné de prendre.

Mais pourquoi, si déplacer les cours n’aurait posé aucun problème, cette occupation dérange-t-elle au point que les autorités aient jugé utile de faire appel à une répression aussi scandaleuse qu’inédite ? C’est tout simplement que le rectorat, institution servant l’Etat bourgeois, ne peut admettre l’existence, et à fortiori le renforcement du mouvement qu’il y a derrière l’occupation ni la propagation des revendications qu’il porte. Le Parti du Travail souhaite exprimer son entière solidarité au mouvement Education is not for $A£€, ainsi qu’un total soutient envers ses revendications qui correspondent à une vision de l’éducation que le PdT partage ; les étudiants membres du Parti participent d’ailleurs activement au mouvement d’occupation, à Genève de même que dans les autres universités de Suisse. Pourquoi ce mouvement dérange-t-il tellement nos autorités, ainsi que la presse bourgeoise qui n’hésite pas à le calomnier, toujours, avec la démagogie habituelle, jouant de l’amalgame mensonger protestation égale déprédation. Il faut commencer par rappeler que l’occupation genevoise s’inscrit dans le cadre d’un vaste mouvement européen d’occupation d’universités, ayant débuté à Vienne, dans une optique de lutte contre les réformes de Bologne et la marchandisation des études. Ce cadre européen donne tout son sens à un mouvement, qui a aussi des revendications plus concrètes et spécifiquement genevoises ; pour ne citer que les principales : la gratuité des études (notamment la suppression des taxes universitaires, alors que le Grand conseil, qui planche actuellement sur la loi sur l’université, aurait apparemment la velléité d’augmenter celles-ci), l’augmentation des bourses et plus de facilité à y accéder (actuellement il faut être ni trop riche ni trop pauvre pour y accéder, si bien qu’elles sont de fait réservées aux classes moyennes), la non-privatisation de l’université, l’indépendance de la recherche, plus de logements étudiants, un meilleur encadrement (le nombre de professeurs et d’assistants est insuffisant dans beaucoup de facultés), le rétablissement de la démocratie universitaire et des organes paritaires, ainsi que la non-fermeture des filières (le bachelor en histoire économique est actuellement menacé).

M. Vassali, invité à répondre à ces revendications en sa qualité de recteur, s’est fendu d’un discours en langue de bois, souvent contradictoire et donnant parfois l’impression qu’il ne connaît guère l’institution qu’il dirige ; disant tout de même qu’il soutient la plupart des revendications, tout en se déresponsabilisant d’office sur toutes, car il ne pourrait rien faire mais qu’il essaierait de faire des pressions, et répondant avec des réserves peu claires et touchant au sophisme sur les revendications qu’il est en son pouvoir de réaliser, et enfin promettant que l’université resterait publique et que la liberté de recherche resterait garantie. Mais alors, si le recteur est d’accord pour l’essentiel avec les revendications des étudiants, pourquoi le dérangent-ils au point de les faire évacuer manu-militari ? C’est tout simplement que M. le recteur sait très bien que les étudiants auraient été bien mal inspirés que de croire ses belles promesses sur parole. En effet, il existe quelque chose qui les réduit à n’être que des vaines paroles sans objet et ce quelque chose est la déclaration de Bologne, ratifiée par 29 ministres européens de l’éducation (dont un conseiller fédéral suisse), préalablement élaboré par la commission européenne sur la base d’exigences exprimées par l’ERT (Table Ronde des Industriels Européens, principale association patronale qui fait la pluie et le beau temps dans l’Union Européenne).

Pourquoi donc autant d’opposition face à une directive dont le but tel que décrit par les médias serait apparemment d’harmoniser l’enseignement supérieur au niveau européen afin de permettre aux étudiants d’effectuer une partie de leur cursus dans un autre pays afin de découvrir une autre culture et de créer une identité et une culture européenne ? Mais c’est que précisément là n’est pas le but réel de la réforme de Bologne. Effectivement, il est question d’harmoniser l’enseignement supérieur au niveau européen par le système bien connu de bachelor, master et le système ECTS, soit l’évaluation en termes de crédits, sensés être convertibles et utilisables partout en Europe. Toutefois, le but de cette harmonisation (déjà contestable en soi car poussant les étudiant à chercher l’accumulation des crédits plutôt que de s’intéresser sérieusement au contenu de leurs études) ne se limite pas à ce qui est dit publiquement. Le but, affirmé sans vergogne dans maintes et maintes déclarations et documents de l’ERT et de la commission européenne, est de mettre, à travers la mobilité des étudiants et des professeurs, les universités européennes en concurrence afin de parvenir à un système à l’américaine ; soit quelques «pôles d’excellence» réservés aux meilleurs étudiants et aux meilleurs chercheurs, et des universités de deuxième et troisième zone, avec des diplômes de deuxième et troisième zone, voire de simples écoles supérieures ayant perdu leur «label» universitaire pour la grande majorité. Aussi, les crédits, censés être utilisables partout, ne le seraient pas du tout. Et il ne faut surtout pas s’imaginer qu’il suffira d’être un étudiant studieux pour accéder à une bonne université : en effet, ce modèle de concurrence est incompatible avec l’université service public, trop « rigide » selon les soi-disant experts eurocrates, qui eux exigent ce qu’ils appellent «l’autonomie» de l’institution académique (c’est le sens de la loi sur l’université que le peuple genevois a hélas approuvée), c’est-à-dire que l’université est gérée par un rectorat n’ayant pas ou peu de comptes à rendre à la collectivité et autonome quant à ses choix académiques, administratifs, mais aussi quant à la recherche et à la gestion de ses fonds, publics et privés, gérant son établissement comme une véritable entreprise ; de fait une semi-privatisation, voire une privatisation pure et simple. Aussi, avec ce modèle néolibéral, l’université non seulement ne sera pas gratuite, mais sera même fort chère, et de plus en plus chère selon le prestige de l’établissement, les fameux «pôles d’excellence» devant être réservés quasiment aux seuls enfants de millionnaires ; ainsi que c’est le cas aux Etats-Unis. Le but de tout cela est, on le voit, de rendre l’enseignement universitaire infiniment plus élitaire qu’il ne l’est déjà, pour renforcer encore les privilèges héréditaire d’une toute petite élite, sous des formes qui n’ont rien à envier à l’Ancien Régime. Enfin, l’ouverture des fonds de l’université au privé, sous le prétexte fallacieux d’économiser l’argent du contribuable qu’on ne se gène pourtant pas de claquer dans des avions de combat dont on ne voit pas trop à quoi ils pourraient bien servir, vise en fait à mettre l’université «plus en contact avec les besoins de l’économie» selon le jargon bruxellois, soit de leur donner pour but de se mettre au service exclusif des exigences de profit des entreprises. Cela implique de ne pas ou plus former des citoyens libres, armés d’une culture générales et d’un esprit critique et mettant leur connaissances au service de la société, mais de former (outre une petite élite de maîtres aussi arrogante que bornée) de la force de travail pour les entreprises : c’est-à-dire démantèlement des facultés non rentables que sont les lettres, les sciences sociales,… et dans celles qui sont utiles à l’économies focalisation sur les seules compétences professionnelles et élimination de toute théorie alternative et de tout esprit critique (n’envisagez même pas de vous poser la question s’il existe d’autres visions que le néolibéralisme en économie). Autre danger de l’ouverture des fonds au privés : le financement de recherches, voire de chaires entières, par des multinationales oriente fortement, et c’est un euphémisme, le travail de celles-ci, les transformant en véritables fabriques à brevet au service exclusif de la rentabilité immédiate et repoussant le reste aux calendes grecques (des sommes minimes sont consacrées aux maladies tropicales alors qu’elles touchent 56% de la population mondiale…sauf qu’il s’agit d’une population non solvable).

Au vu de ce qui a été dit, pas étonnant que les autorités cherchent à étouffer toute résistance au processus de Bologne, à la réprimer et criminaliser au besoin. Nous profiterons de l’occasion pour rappeler la position du Parti du Travail sur l’Union Européenne : en effet, la réforme de Bologne ne montre que trop le rôle profondément réactionnaire, violemment néolibéral, antidémocratique et opposé aux intérêts des peuples de cette structure et nous ne pouvons que soutenir une lutte européenne contre la politique de cette poignée de fonctionnaires arrogants, élus par personne et n’ayant aucun compte à rendre aux peuples qu’ils sont de toute façon payés pour opprimer ; le but à terme du mouvement étudiant s’il veut stopper le processus de Bologne devrait être de faire tomber la commission européenne et la dissolution de l’UE. En tout cas, la déclaration de Bologne comme les agissements de M. Vassali rappellent de façon éclatante une vérité énoncée par Lénine : « Les formes d'Etats bourgeois sont extrêmement variées, mais leur essence est une : en dernière analyse, tous ces Etats sont, d'une manière ou d'une autre, mais nécessairement, une dictature de la bourgeoisie. » C’est pourquoi, si le Parti du Travail soutient sans réserve les revendications des étudiants, il tient à rappeler qu’elles ne sont pas pour une grande partie d’entre elles réalisables sous le capitalisme, mais exigent un changement de société, le socialisme. En effet, une véritable gratuité des études implique non seulement l’abolition des taxes universitaire, ce qui n’est que le strict minimum, mais également un véritable salaire d’étudiant, versé à tous les étudiants, qui permettrait à ceux-ci de ne plus devoir travailler à coté de leurs études et de se consacrer totalement à celles-ci. Un tel salaire implique que le travail produit par la société soit consacré au bien de tous ses membres et non au profit d’une toute petite élite. C’est quelque chose que tous les pays socialistes existants ou ayant existé accordent ou ont accordé à leurs peuples, quelque chose qu’on n’ose pas même revendiquer dans notre pays, pourtant bien plus riche. De même qu’une véritable indépendance de la recherche, ou plutôt que celles-ci soient consacrées à l’intérêt réel de la société, à l’intérêt de tous ses membres, implique que le pouvoir étatique, auquel l’université est soumise, n’appartienne plus aux laquais des multinationales mais au peuple travailleur. Le Parti du Travail apporte son entier et total soutient à la lutte des étudiants contre les réformes de Bologne et pour une université de qualité, gratuite, démocratique et tournée vers l’intérêt commun.