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30 décembre 2023

Discours du Parti du Travail, 9 novembre 2023

 


Le 9 novembre 1932, l’armée suisse tirait sur une manifestation pacifique, ouvrière, socialiste et communiste, pour protéger un meeting fasciste, organisé par un homme qui à la Libération sera condamné à mort par contumace par la République française, pour complicité avec les crimes du IIIème Reich.

 

Loin d’être exceptionnel, ce scandaleux massacre n’était qu’un de plus dans une longue série. C’était en effet une pratique usuelle, depuis que le capitalisme existe, pour la bourgeoisie de réprimer les mouvements de protestations de la classe ouvrière, les grèves même les plus incontestablement légitimes, à balles réelles en faisant appel à son armée ; d’interdire les syndicats et les organisations politiques qui luttent pour une alternative au capitalisme ; de collaborer avec l’extrême-droite à l’occasion aussi. La droite « libérale » n’y a jamais rien vu à redire. Ce n’est que grâce à nos luttes que ces pratiques ont cessé d’être la norme.

 

Certes, aujourd’hui l’armée n’est plus mobilisée – pour l’instant du moins – en Suisse pour tirer à balles réelles sur des mouvements de protestation qui ont le malheur de déplaire au pouvoir en place. Mais la police s’est militarisée depuis, et peut très bien remplir ce rôle. Il suffit de regarder la France, qui ne peut plus en aucun cas passer pour un État de droit ni guère pour une démocratie, et dont le gouvernement, qui légifère à coup de 49.3, utilise sa police – massivement infiltrée par l’extrême-droite et de facto au-dessus des lois – comme une armée contre son propre peuple. Nous n’en sommes heureusement pas encore là en Suisse, mais les ressemblances avec la France commencent à devenir inquiétante à bien des égards.

 

Le véritable acharnement policier et judiciaire contre les mouvements sociaux – souvent pour des faits de désobéissance civile extrêmement bénins – des procédures judiciaires dont le but est à l’évidence de terroriser celles et ceux qui essayent de s’opposer à l’ordre établi, ne rappelle que trop que l’essence de l’appareil policier et judiciaire en régime bourgeois est celui d’un appareil de répression au service de la classe dominante, dont l’objectif est maintien de l’ordre existant, même par des moyens arbitraires, disproportionnés, non-conformes à la légalité bourgeoise elle-même s’il le faut. Il suffit de comparer l’acharnement répressif contre celles et ceux qui s’opposent face à la destruction accélérée de notre planète pour le profit d’une minorité, et l’extrême mansuétude de la justice bourgeoise envers les criminels en col blanc, dont les pires méfaits sont souvent même légaux : jouer au tennis dans un hall d’entrée d’une succursale de Crédit Suisse ou maculer de gouache rouge une devanture de cet bientôt défunte banque est pénalement réprimé, les agissements sciemment illégaux des managers qui l’ont coulée ne seront jamais poursuivis. Comble de l’absurdité sémantique, les militantes et militants qui s’engagent pour que la planète reste, tout simplement, vivable sont qualifiés d’« éco-terroristes », alors que les agissements des multinationales, écocidaires et souvent assassins, sont non seulement légaux, mais protégés par les pouvoirs publics. Et, il convient de remarquer que, contrairement à l’acharnement policier et judiciaire contre les mouvements sociaux, la police fait pour le moins peu de zèle à enquêter sur les crimes de l’extrême-droite.

 

Nous ne devons pas seulement nous souvenir des tragiques événements du 9 novembre 1932, mais en tirer toutes les leçons. Non seulement dire « plus jamais ça ! », mais aussi lutter sans concessions contre les héritiers politiques de ceux qui ont donné l’ordre de tirer alors, et qui n’hésiteront pas à le refaire, – plutôt que de rechercher un illusoire compromis avec eux – ainsi que contre leur régime, qui n’a pas changé ni ne peut changer, car telle est son essence. Pour le Parti du Travail, il n’y a aucun doute là-dessus.

17 novembre 2022

90 ans du 9 novembre 1932 : ne pas oublier le passé pour mieux lutter aujourd’hui


 

Il y a 80 ans, le 9 novembre 1932, 13 personnes – manifestants ou simples passants – tombaient sous les balles de l’armée suisse, appelée en renfort par un Conseil d’État de droite (formé de représentants des partis qui sont les ancêtres directs du PLR et du Centre), pour protéger un meeting fasciste.

 

L’Union nationale de Géo Oltramare, un parti fasciste d’alors, avait en effet intenté un pseudo procès public – sous le modèle de ceux organisés par le NSDAP au même moment – contre Léon Nicole et Jacques Dicker, les dirigeants du Parti socialiste genevois. Aux dirigeants du PS, les fascistes reprochaient d’être de gauche, bien entendu, mais aussi de ne pas être genevois. Le journal de l’Union nationale, le Pilori écrivait : « Notre ville connaît l’odieux régime de l’occupation étrangère. Un juif russe [Jacques Dicker] et un Vaudois bolchevisant [Léon Nicole] commandent une armée de Confédérés que le marxisme a dénationalisés. » Il faut savoir en effet la violence des propos antisémites qui avaient cours dans la presse bourgeoise respectable de ces années-là, alors dans un journal fasciste…

 

Indignée par ce simulacre de procès, la gauche genevoise décida d’organiser une contre-manifestation. Mais le Conseil d’État décida de prendre fait et cause pour les fascistes de l’Union nationale et d’interdire la contre-manifestation. C’est qu’on était en pleine grande dépression, de chômage de masse lié à une forte combativité de la classe ouvrière. La droite suisse de ce temps n’était guère antifasciste, pour ne pas dire qu’elle avait une sympathie enthousiaste pour l’« Ordre nouveau » qui régnait dans l’Italie de Mussolini. Et le Conseil d’État genevois voyait là l’occasion de casser un Parti socialiste genevois dont la ligne de lutte de classe lui déplaisait.

 

Le Conseil fédéral accepta d’envoyer l’armée en renfort. Des troupes furent amenées depuis le canton de Vaud, encadrées par un commandant aux idées d’extrême-droite. Les cartouches à blanc furent remplacées par des balles réelles. Le premier à tomber sous les tirs de l’armée fut Henri Fürst, président du Parti communiste. Cerise sur le gâteau, les dirigeants socialistes furent poursuivis pour cette répression dont ils étaient les victimes, et emprisonnés.

 

Toutefois, la droite genevoise n’avait pas atteint ses objectifs. La répression mobilisa au contraire la classe ouvrière, et quelques mois plus tard, Léon Nicole sortait de prison pour prendre la tête du premier Conseil d’État à majorité de gauche de l’histoire genevoise, dépourvu toutefois de majorité parlementaire, et dont l’action fut entravée par la bourgeoisie de toutes les manières possibles. Mais, lorsque la Deuxième Guerre mondiale éclata, l’élite suisse prit fait et cause pour le Troisième Reich, derrière le paravent de la neutralité officielle qui trompait peu de monde. Interdits, le Parti communiste et le Parti socialiste genevois se rapprochèrent dans la clandestinité. De leur union devait naître le Parti du Travail. Le Parti socialiste genevois actuel descend d’une scission de l’aile droite de l’ancien PS, emmenée par Charles Rosselet.

 

Mais si nous commémorons le 9 novembre 1932 chaque année, ce n’est pas seulement en souvenir du passé. Si nous disons : « plus jamais ça ! », ce n’est pas à titre incantatoire.

 

La bourgeoisie, le bras armé de son État et le fascisme qui travaillent main dans la main contre la classe ouvrière et ses organisations, ce n’est pas seulement un problème du passé. Car le fascisme n’est pas le contraire de la démocratie bourgeoise, mais son évolution par temps de crise, et la classe possédante n’hésite jamais à y faire recours lorsqu’elle se sent menacée.

 

Nous ne sommes certes pas (encore) dans la situation des années 30. Mais, face aux crises profondes qui ébranlent son système, la bourgeoisie est tentée par des solutions autoritaires. Partout de par le monde, des partis d’extrême-droite sont au pouvoir ou en sont à l’antichambre. Contrairement aux propos peu sincères des uns et des autres, entre la droite libérale et le fascisme, il n’y a pas opposition irréductible, mais dangereuse porosité. Aujourd’hui comme hier, nous devons combattre le fascisme.

15 novembre 2021

9 novembre 2021 : discours prononcé au nom du Parti du Travail



Commémorer le 9 novembre 1932, ce n’est pas seulement se rappeler du passé en tant que passé, mais en tant que leçon et avertissement pour le présent et l’avenir. En particulier, se rappeler de ce jour où l’armée tira sur la foule, faisant 13 morts, est important pour comprendre et combattre le danger du militarisme, arme entre les mains des puissances impérialistes pour opprimer les peuples à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, et une menace pour l’existence même de l’humanité.

 

L’impérialisme n’a pas changé de nature, ni ne peut en changer. Il est par essence agressif, porté à l’usage de la force meurtrière pour imposer sa domination, déposséder les peuples de leurs ressources. Aujourd’hui, hélas, l’heure n’est pas à la détente, bien au contraire. La planète est ensanglantée par des guerres, souvent orchestrées à distance par les puissances impérialistes. La tendance est à la course aux armements – pour laquelle des ressources précieuses, que nous savons pourtant finies, sont gaspillées en quantités astronomiques – et à la militarisation.

 

Malgré la tragique débâcle de sa guerre en Afghanistan, l’OTAN demeure un bloc militaire agressif, qui s’arroge la prérogative, on ne sait trop de quelle droit, d’intervenir partout sur la planète. La puissance impérialiste sur le déclin que sont les USA est prête à tout pour maintenir son hégémonie. La stratégie agressive de l’impérialisme étatsunien de tension avec la République populaire de Chine et la Fédération de Russie, l’escalade verbale et les provocations, constitue une menace majeure pour la paix mondiale, et pourrait, dans le pire des scénarios, dégénérer en déflagration globale. Le blocus criminel des USA contre la République de Cuba, ses ingérences, ses guerres hybrides contre les peuples d’Amérique latine qui refusent de subir le joug de l’Empire doivent en particulier être dénoncés et combattus.

 

La situation ne s’est pas améliorée depuis que Joe Biden a remplacé Donald Trump. L’alliance militaire AUKUS entre les USA, le Royaume-Uni et l’Australie constitue un dangereux pas supplémentaire dans l’aggravation de la tension militaire dans le Pacifique. L’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire par l’Australie représente une escalade de plus dans la course aux armements, lourde de dangers.

 

Inutile de dire que l’impérialisme ne se préoccupe en réalité nullement de la démocratie et des droits humains. L’OTAN ne trouve rien à redire des crimes de guerre de l’un de ses membres, la Turquie d’Erdogan. Les USA n’ont aucun problème avec les régimes autoritaires « amis », sans parler de leurs propres – et innombrables – violations des droits humains. Ce n’est qu’une question d’intérêts des grands monopoles, de contrôle des ressources et de domination. Les puissances impérialistes n’ont également aucun respect, même minimal, des droits humains des personnes qui doivent fuir leur pays du fait de leurs guerre, et des ravages de leur domination. Des personnes avec qui nous devons également être solidaires. Dans l’immédiat, je vous appelle à signer le référendum contre le financement par la Suisse de Frontex, cette criminelle police européenne des étranges.

 

Nous devons exiger le respect du droit international, le respect des peuples pour le droit à disposer d’eux-mêmes, lutter pour un désarmement global. Aujourd’hui comme hier, la lutte pour la paix passe par la lutte contre l’impérialisme.

10 novembre 2019

Discours pour le 9 novembre 2019



Le 9 novembre 1932, c’est treize personnes qui restèrent étendues sur le sol en ces lieux, abattus par des troupes mobilisées pour défendre un meeting fasciste face à celles et ceux, communistes, socialistes, syndicalistes, ou simplement démocrates, que la bête immonde indignait. Nous commémorons aujourd’hui cette date en mémoire du passé, mais aussi parce que ce passé fait hélas beaucoup trop écho à notre présent.

Qu’est en effet que le fascisme ? Comme l’a dit Lénine : « Le fascisme c’est le capitalisme en décomposition ». Il serait difficile de qualifier le capitalisme d’aujourd’hui autrement que de système « en décomposition », ni de ne pas voire le même type de sombres phénomènes politiques qu’au siècle passé. Hier comme aujourd’hui, pour combattre vraiment le fascisme, il faut s’attaquer à ses causes, au capitalisme qui l’engendre, et dont il est l’évolution par temps de crise, à l’idéologie bourgeoise qui lui sert de terreau.

Pas plus que le libéralisme classique autrefois, le néolibéralisme ne saurait être aujourd’hui une alternative, encore moins un rempart contre le fascisme. Bien au contraire, il l’engendre fatalement en temps de crise. C’est même sous une dictature fasciste, celle d’Augusto Pinochet, que les recettes empoisonnées du néolibéralisme furent imposées pour la première fois à un peuple.

En 1932, c’était un Conseil d’Etat composé de représentants des actuels partis de l’Entente qui fit tirer sur les manifestants afin de défendre une parodie de procès organisée par l’Union nationale du fasciste, antisémite notoire, et futur collabo nazi Géo Oltramare.  Quelques années après, ce fut un Conseil fédéral composé de représentants des mêmes partis de droite « démocratique » qui orchestra l’alignement de la Suisse sur le IIIème Reich et la réduction drastique des droits démocratiques dans notre pays. On pourrait en dire autant sur les partis de droite « républicaine », « libérale » de bien d’autres pays.

Aujourd’hui, alors que le capitalisme traverse une nouvelle crise systémique dont les décideurs bourgeois ne peuvent trouver la porte de sortie, on voit les mêmes sinistres manifestations politiques d’un capitalisme en décomposition. C’est jusqu’au néonazisme affiché qui relève la tête, et se retrouve représenté à la présidence du Brésil. Mais la droite libérale est-elle mieux en pratique que les partis « illibéraux » ? Que dire d’Emmanuel Macron alors, dont le gouvernement réprime brutalement un peuple qui se révolte contre sa politique néolibérale, liquidant chaque jour un peu plus l’Etat de droit, et qui va donner une interview au journal d’extrême-droite, spécialisé dans la propagation de la haine et la diffusion de fake news, Valeurs actuelles, pour y tenir un discours digne du Rassemblement national. Il s’y vante en particulier de mener une politique d’asile beaucoup plus restrictive que ses prédécesseurs, d’expulser plus et plus systématiquement, et qualifie ceux qui s’y opposent de « droits-de-l’hommistes ». Rempart contre le fascisme, ou son marchepied ?

Pour parler de la Suisse, le nouveau rapport de l’Observatoire romand du droit d’asile et des étrangers montre éloquemment à quel point les droits humains les plus élémentaires sont trop souvent bafoués au nom de l’obsession de la chasse aux abus. Une réalité qui est inacceptable, et qui n’aurait pu exister si les partis de droite « démocratiques » n’avaient pas accepté de transposer dans la loi les lubies xénophobes de l’UDC qui empoisonnent depuis trop longtemps le climat politique dans notre pays.

Et puisqu’on parle des attaques contre les droits démocratiques, il est impossible de ne pas mentionner le sort de Julian Assange, que la « justice » britannique est en train de tuer à petit feu en prison, pour le crime d’avoir rendu publics les crimes de l’impérialisme.

Aujourd’hui comme hier, le fascisme ne peut être vaincu que par une lutte résolue des travailleurs et des peuples, une lutte non seulement contre le fascisme stricto sensu, mais contre le capitalisme qui l’engendre. Et puisque au Chili les mobilisations populaires ont mis en échec le gouvernement néolibéral actuel, digne successeur de celui de Pinochet, je finirai par citer des mots prononcés par Salvador Allende lors de son dernier discours : « Elles s’ouvriront à nouveau, un jour, les longues avenues, devant les hommes libres qui construiront un monde nouveau ».

Alexander Eniline


Président du Parti du Travail

11 novembre 2017

Discours à l'occasion du 9 novembre 2017



Chères et chers camarades,

Le 9 novembre 1932, c’était il y a 85 ans déjà. Le Conseil d’Etat de la République et canton de Genève, de droite, faisait alors intervenir l’armée, encadrée par des officiers d’extrême-droite, pour défendre contre une manifestation antifasciste un meeting, ou plutôt une « mise en accusation publique des sieurs Léon et Nicole », dirigeants du Parti socialiste, organisée par le parti ouvertement nazi Union nationale, avec à sa tête l’antisémite notoire Géo Oltramare, avec lequel la droite genevoise de l’époque n’avait aucun scrupule de faire alliance pour disposer d’une majorité au Grand Conseil, pas seulement par opportunisme, mais parce qu’elle n’était pas loin de partager ses idées. L’armée allait recevoir l’ordre criminel de tirer, faisant ainsi treize morts.

La droite genevoise d’aujourd’hui prétend qu’il s’agit de faits appartenant à un passé lointain, que le monde aurait bien changé, et qu’ils n’auraient plus guère de rapport avec les enjeux de nos jours. Il est vrai que cette droite a tout intérêt à oublier, et surtout, à faire oublier, son passé. Car il n’a rien de très glorieux.
Qu’était ce parti, l’Union nationale, pour protéger lequel le Conseil d’Etat a donné l’autorisation de tirer à balles réelles ? On trouve par exemple dans « le Pilori », journal de l’Union nationale, ceci :
« Vous n’avez plus le droit d’être aveugles. Vous ne pouvez plus refuser les vérités que nous vous apportons. Il faut vous réveiller, montrer que vous avez du sang dans les veines. La Suisse nous regarde, c’est de Genève que partira la contre-révolution. Suivez-nous dès à présent. Vous serez forcés tôt ou tard de nous suivre pour défendre vos biens et vos territoires. Si vous ne votez pas pour nous aujourd’hui, avec des bulletins de vote, demain, fatalement, vous serez à nos côtés à coup de fusil contre la crapule »
Voilà les gens que le Conseil d’Etat entend protéger ! Rappelons que pour ce parti ouvertement fasciste, Jacques Dicker et Léon Nicole n’avaient pas seulement le tort d’être socialiste, mais aussi le fait d’être juif d’origine ukrainienne dans le cas du premier, et vaudois, donc « étranger » à Genève d’après la mentalité de l’extrême-droite d’alors, dans le cas du second.
La droite « respectable », radicale et libérale, ainsi que la presse bourgeoise « traditionnelle » et « républicaine », n’avaient-elles rien à voir avec cet hitlérisme local ? Loin s’en faut. A titre d’exemple, citons les propos suivants parus dans le Journal de Genève du 24 avril 1936:
«Dicker, c'est un être unique. Un spécimen exclusif. Une classe d'hommes à lui tout seul. A son endroit, une regrettable erreur de manœuvre fut commise. On s'est contenté de le naturaliser. C'est l'empailler qu'il eût fallu.»
«Son ombre plane sur toutes les entreprises de la Sociale et son nez se dessine eu filigrane dans le papier où s'imprime Le Travail ....
« Son activité est prodigieuse. C'est lui qui a imposé le yiddish comme langue officielle au Grand Conseil.»
«Dicker n'est pas heureux. Une ambition secrète le dévore. Il rêve d'un grand gouvernement de front commun. Son ami Nicole en aurait été la tête, comme l’autre Léon, Léon Blum et lui Dicker, toujours dans la coulisse, détiendrait le pouvoir effectif comme fait M. Jules Moch, secrétaire général de la présidence. Consolons Maître Jacques. Son rêve est au cinquante pour cent réalisé. Léon Nicole n'est pas Léon Blum, sans doute. Mais Dicker est Moch, incontestablement.»
On trouve des propos similaires, dignes du Völkischer Beobachter, dans d’autres titres de la presse bourgeoise de ces années, qui présentait une certaine uniformité, tirant sur le brun. C’est quelque chose qu’on a des fois tendance à oublier. Alors qu’il ne faudrait surtout jamais faire cette erreur.  Comme l’avait dit Karl Marx « Celui qui ne connaît pas l’histoire est condamné à la revivre ».
Géo Oltramare, lui, travaillera pour l’occupant nazi en France, éditant un journal et des émissions à la radio, pour diffuser une propagande antisémite d’une violence inouïe. Il sera condamné en 1947 à trois ans de prison par la justice fédérale pour haute-trahison envers la Suisse, en sa qualité d’agent du régime hitlérien. Il sera aussi condamné à la peine de mort, par contumace, en 1950, par la justice française. Il s’échappera vers l’Espagne de Franco, pour poursuivre son œuvre infâme. Tel est l’homme pour lequel la droite genevoise eut une complaisance sans failles.

Mais la droite aurait-elle véritablement changé depuis cette époque, devenant authentiquement « moderne » et « démocratique », n’ayant plus rien en commun avec ses tentations brunâtres passées ? La première chose à dire c’est que la « modernité » telle que la conçoit la droite ressemble avant tout…au passé. Cette semaine, l’USAM a proposé de « flexibiliser » et de « moderniser » le droit du travail suisse, déjà particulièrement libéral, pour porter la semaine de travail…à 50 heures ! Leur « modernité » ressemble à s’y méprendre au XIXème siècle. Leur droit du travail « moderne » et « flexible », c’est celui de l’Angleterre décrite dans le Capital de Marx, ou du Second Empire, telle qu’on le lite dans les romans d’Emile Zola.

Quant à l’extrême-droite, elle est plus que jamais là. On a beaucoup parlé, à juste titre, de l’Amérique de Trump, où les suprématistes blancs relèvent comme jamais avec insolence la tête, ne voyant plus même le besoin de dissimuler leur visage sous une cagoule, convaincus qu’ils sont d’avoir le soutien au somment de l’Etat, si bien que même un homme comme Georges W. Bush a pu apparaître presque sympathique, se sentant obligé de se dissocier de l’actuel locataire de la Maison blanche. On a beaucoup parlé aussi des récentes élections autrichiennes, du FN au deuxième tour…mais il ne faudrait pas oublier que le modèle de bien des partis d’extrême-droite en Europe n’est rien d’autre que le premier parti suisse, qui non seulement siège au Conseil fédéral, mais a réussi à imposer au PLR et au PDC ses idées rétrogrades et xénophobes, et à les faire largement passer dans la loi fédérale. Malgré sa démagogie spéculant hypocritement sur la « démocratie » et le « peuple » cette même alliance droite et extrême-droite a mise en place des lois de plus en plus liberticides, menaçant gravement les libertés démocratiques les plus fondamentales. Le droit de manifester notamment est de plus drastiquement restreint. Si la loi sur les manifestations genevoise, portée par l’actuel procureur général Olivier Jornot avait été transposée, par exemple, par le Venezuela, la presse de chez nous n’hésiterait pas à dire que cela prouve qu’il s’agit d’une « dictature ». Le climat politique en Occident n’est certes pas encore aux années trente, mais en sommes nous si loin ?


Aussi, ce 9 novembre 2017, nous n’avons pas seulement un devoir de mémoire pour les événements d’il y a 85 ans, mais surtout celui d’en tirer les leçons. Seul un front populaire uni peut, alors comme maintenant, arrêter la menace fasciste. On ne peut le faire qu’en combattant sans concessions non seulement l’extrême-droite, mais aussi la droite « républicaine », qui n’a jamais hésité à « choisir Hitler plutôt que le front populaire ». Comme l’avait dit Che Guevara « le présent est fait de luttes, l’avenir nous appartient ».