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03 novembre 2013

José Manuel Barroso et le cosmopolitisme européiste



" Sous le capitalisme, les Etats-Unis d'Europe sont soit impossibles soit réactionnaires" Lénine

J'ai eu l'occasion d'assister lundi dernier à une conférence de José Manuel Barroso, président actuel de la Commission européenne, organisée à l'occasion des 50 ans de l'institut européen de Genève. Ce fut un condensé de deux heures de propagande européiste. Le recteur de l'UNIGE, Jean-Dominique Vassalli, le président du Conseil d'Etat, Charles Beer, le directeur de l'institut Européen, Nicolas Levrat, l'ancien professeur et actuel conseiller de M. Barroso, Dusan Sidjanski, y sont allés chacun de leur couplet. Mais bien entendu le morceau de choix de la soirée était la conférence de M. Barroso lui-même.

Bien qu'il s'en soit défendu, José Manuel Barroso a brossé un tableau complètement idyllique, ou pas loin, de l'Union européenne. A écouter M. Barroso, on oublierait presque qu'il est un homme de droite profondément réactionnaire. Dans le monde idyllique de M. Barroso, l'UE est la réalisation terrestre de valeurs universelles de paix, de démocratie, de tolérance, d'ouverture à l'autre, de justice sociale. L'UE est sensée être une puissance bienveillante qui promeut la paix, entre ses Etats membres bien sûr, mais aussi dans le monde entier. L'UE est aussi une construction essentiellement démocratique, même s'il est vrai qu'elle ne s'est pas toujours construite par des procédés démocratiques, puisque la démocratie est la façon la plus efficace de gouverner une société avec souplesse, prise en compte des intérêts et opinions divergentes, et adaptations rapides à un monde changeant. Du reste, la poursuite de la construction européenne exige un élargissement de la démocratie interne et de la participation des citoyens européens. L'UE est aussi, à ce qu'il paraît, sensée être une entité sociale, fondée sur l'économie sociale de marché, et préconisant des droits sociaux pour ses propres citoyens et les promouvant, sans bien sûr rien imposer, dans le reste du monde. 

Outre ses multiples aspects positifs, l'UE est sensée être une évolution inéluctable de l'Europe du fait de la mondialisation. Car pour M. Barroso, la mondialisation est une fatalité, essayer d'y échapper en fermant les frontières est vain. Il faut au contraire donner des règles à la mondialisation, la réguler, pour qu'elle ne soit pas la loi de la jungle. Cette régulation passe nécessairement par un transfert de souveraineté à des institutions supranationales. M. Barroso se déclare sans hésitation cosmopolite. Le cadre national est pour lui à bien des égards dépassé, car les enjeu d'aujourd'hui doivent être traités à un niveau plus global. Néanmoins, puisque l'on est plus fort ensemble, ce transfert de souveraineté ne constitue pas une perte de souveraineté pour les Etats-nations mais un gain de souveraineté en réalité. Du reste, la preuve que ce transfert de souveraineté est inéluctable est le fait que la solution à tous les problèmes que rencontre l'UE et ses Etats membres passe toujours par plus d'intégration (comme le Mécanisme européen de stabilité, ou bien le contrôle préalable des budgets nationaux par la Commission européenne.). L'avenir est donc à l'Europe fédérale.

M. Barroso a un charisme indéniable et tout ce discours est sans doute bien beau et persuasif. Son grand point faible est...qu'il n'a que peu de choses à voir avec la réalité. L'UE réellement existante est à des années-lumière du portrait idyllique qu'en dresse M. Barroso. Un mythe européiste tenace est que le but de la construction européenne est d'assurer la paix entre ses Etats membres et dans le monde entier. Ce mythe est mensonger. L'UE, héritière de la Communuauté européenne pour le charbon et l'acier, s'est construite à la base comme alliance contre le camp socialiste. Aujourd'hui encore l'UE est une alliance impérialiste ayant pour but de concurrencer plus efficacement des impérialismes rivaux. D'ailleurs les pays membres de l'UE les plus puissants sont des puissances impérialistes qui participent aux guerres néocoloniales sanglantes de l'OTAN. L'UE n'est en aucun cas l'émanation de valeurs universelles, mais celle d'intérêts particuliers des grands monopoles européens, intérêts incompatibles avec ces des classes populaires des pays d'Europe. Même M. Barroso a été obligé de reconnaître que l'UE ne s'est pas toujours construite de façon très démocratique. Mais c'est là un euphémisme. Car l'UE n'est pas simplement a-démocratique ou n'ayant pas toujours été très démocratique. Elle est fondamentalement anti-démocratique. Construite à travers des traités imposés aux peuples sans presque jamais les consulter, bafouant les droits populaires lorsque les peuples votaient "mal", le tout avec un mépris sans bornes pour les peuples sensés être souverains, l'entité européenne est une structure technocratique, dirigée par une commission composée de hauts fonctionnaires nommés, qui ne sont élus par personne et qui n'ont aucun compte à rendre aux peuples. Les mesures que M. Barroso cite comme exemples de l'inéluctabilité de l'intégration européenne, le Mécanisme européen de stabilité et surtout le contrôle préalable des budgets nationaux par la Commission européenne, loin de constituer des instance de l'absurde concept de "transfert de souveraineté avec gain de souveraineté" sont des cas flagrants de déni de souveraineté, de suppression des prérogatives démocratiques les plus fondamentales, de transfert de pouvoir à des fonctionnaires non-élus qui n'ont pas de compte à rendre aux peuples et qui peuvent imposer des politiques violemment anti-populaires. Et il ne faut pas avoir froid aux yeux pour affirmer que l'UE est fondée sur la dite "économie sociale de marché" et reconnaît le droit à la sécurité sociale. Car l'UE est une machine de guerre ultra-libérale contre toutes les conquêtes sociales des peuples d'Europe. On ne le voit que trop bien avec les politiques d'austérité brutales imposées aux peuples de Grèce, du Portugal, d'Italie...par l'UE avec la complicité du FMI, de la BM et des bourgeoisie locales: liquidation de tous les droits des travailleurs, des services publics les plus essentielles et destruction de la protection sociale. Du reste, José Manuel Barroso est passé comme chat sur braise sur le sujet. A propos, la Grèce a introduit dans son code pénal ce 24 octobre une disposition punissant de 6 mois à 2 ans de prison la protestation contre l'UE et ses décisions. L'UE, une construction démocratique?

L'UE est une structure fondamentalement néolibérale, antidémocratique et verrouillée, elle est irréformable. C'est ce que le peuple suisse a fort bien compris en refusant catégoriquement toute adhésion à celle-ci. Heureusement, la démocratie semi-directe existe en Suisse, et les partis gouvernementaux, qui étaient pour, n'ont pas pu imposer au peuple suisse une adhésion à l'UE. La bourgeoisie suisse a toutefois trouvé une parade à cet obstacle: les accords bilatéraux et la reprise "dynamique" par la Suisse du droit européen, néolibéral et réactionnaire. On voudrait maintenant donner des prérogatives, en Suisse, à la Cour européenne de justice, gardien du temple du néolibéralisme européiste. Face à cette offensive du grand capital et de ses commis politiques, le seul mot d'ordre possible pour les communistes est la lutte contre l'UE du capital, contre toute reprise de son droit antipopulaire ou toute compétence en Suisse à sa néolibérale Cour de justice. Ce mot d'ordre doit être absolument clair, il ne peut admettre aucune nuance, aucune réserve, aucune "porte ouverte". Pourquoi laisser une porte ouverte à une structure fondamentalement réactionnaire et irréformable? L'internationalisme bien compris doit conduire aujourd'hui à défendre la souveraineté nationale, à défendre la nation contre les structures supranationales anti-démocratiques. Comme le disait Jean Jaurès "un peu d'internationalisme éloigne de la patrie, beaucoup d'internationalisme y ramène". Les européistes prétendent que l'échelon national est dépassé. Force est de constater que ce "dépassement" de l'Etat-nation est prôné par tous ceux qui veulent substituer des structures technocratiques et non-démocratiques au seul espace démocratique qui existe, qu'on le veuille ou non. Certes, la fermeture des frontières et l'isolationisme national ne sont plus possible aujourd'hui et tous les enjeux ne peuvent être traités au niveau national. Mais si l'on veut que ces enjeux soient résolus dans l'intérêt du peuple et non dans celui des monopoles, il convient de créer des structures progressistes, démocratiques et respectueuses de la souveraineté des Etats, comme par exemple l'ALBA, et non se résigner face à l'UE centraliste et technocratique.

P.S. : En soi, l'organisation de deux heures de propagande européiste forcenée est un exercice assez navrant pour l'UNIGE, qui oublie qu'elle dépend d'un pays dont le peuple a refusé, et à juste titre, de rejoindre la nouvelle prison des peuples européiste. Les intervenants ont incarnés jusqu'à la caricature le concept gramscien d'intellectuel organique, apologétique de l'ordre établi, sans aucune distance critique envers leur objet d'étude.

07 septembre 2011

Depuis quatre mois, des grèves massives secouent l’héritage de Pinochet au Chili

Camila Vallejo, jeune communiste
à la tête des étudiants en lutte

Les 24 et 25 août derniers, une grève générale rassemblant plus de 600'000 personnes a secoué le Chili, ce qui est considérable pour ce petit pays qui compte un peu moins de 17 millions d’habitants. Cette grève générale de 48 heures, convoquée par la Centrale unitaire des travailleurs (CUT) et 600 organisations syndicales de base, avait été interdite par le gouvernement de droite du président Sebastiàn Piñera, ainsi que toute manifestation par la même occasion. Malgré cette interdiction, la grève eut tout de même lieu. Le gouvernement réactionnaire choisit alors de déchaîner une répression féroce contre le peuple en lutte : 1'394 arrestations et même des tirs à balles réelles. Un jeune lycée de 16 ans, Manuel Gutiérrez Reinoso, fut ainsi abattu d’une balle en pleine poitrine par un policier, ce alors qu’il ne faisait que suivre la manifestation à deux pas de son domicile. Ces méthodes répressives ressemblent à s’y méprendre à celle d’une dictature, comme le dit très bien Gonzalo Taborga, président de la Commission chilienne des droits de l'Homme: « On vit aujourd'hui au Chili sous un État policier qui ne reconnaît pas le droit à manifester ».

La grève générale de la semaine dernière, convoquée par les syndicats des travailleurs, ne fut pourtant que le point culminant d’un mouvement de lutte qui débuta le mois de mai dernier, un mouvement étudiant. Pour comprendre les origines de ce mouvement, il est nécessaire de remonter quelque peu en arrière dans le temps. L’histoire, tout le monde la connaît dans les grandes lignes : 1970 élection de Salvador Allende à la présidence et tentative de construire par la voie démocratique une société socialiste ; 1973 coup d’Etat de Pinochet et établissement d’une dictature fasciste ; 1990 chute de la dictature et instauration d’une démocratie bourgeoise ; pendant 20 ans gouvernement de coalition entre le Parti socialiste, héritier formel du parti de feu Allende, et du Parti démocrate-chrétien, la Concertation ; 2010 élection de Sébastiàn Piñera à la présidence et retour de la droite au pouvoir. Mais il y a comme une omission dans cette histoire officielle : Pinochet et sa dictature ne sont plus, mais le pinochetisme lui est bel et bien toujours là, et les socialistes chiliens, héritiers de Salvador Allende par le nom de leur parti, sont de par leur politique les dignes héritiers de…Pinochet ! Outre le fait bien connu que Pinochet lui-même n’a jamais été personnellement inquiété, malgré ses crimes, il demeure un fait moins connu : la Constitution en vigueur est toujours celle rédigée en 1980, en pleine dictature. Le régime néolibéral des plus brutal qui soit, imposé alors, est toujours resté intact, et les socialistes au pouvoir n’ont pas même fait semblant de vouloir y toucher.

Un des traits caractéristiques du système chilien est que l’Etat s’est presque totalement désengagé de l’éducation, qui est largement privatisé. Les rares écoles publiques qui subsistent sont aux frais des communes, qui n’ont pas les moyens de les financer décemment, mis à part les communes riches, ce qui crée des inégalités criantes. Les universités sont absolument inaccessibles aux classes populaires. Les frais de scolarité peuvent atteindre des sommes astronomiques allant jusqu’à 1'800 $ par mois (la norme étant entre 250 et 860 $ par mois), et ce même dans les universités publiques ! De tels tarifs sont absolument hors de portée des classes populaires, ils dépassent le revenu mensuel total de beaucoup de familles. Pour les classes moyennes, envoyer leurs enfants à l’université représente des sacrifices insupportables. L’Etat «offre» aux étudiants des prêts bancaires avec des taux d’intérêts de 4%. La plupart des étudiants chiliens commencent leur vie active avec des dettes de l’ordre de 30'000 $. En cas de non-paiement, des peines de prison et/ou des saisies immobilières peuvent être prononcées. Ensuite, les ex-étudiants endettés se retrouvent sur une liste appelée Dicom que les patrons utilisent pour ne pas embaucher ceux qui ont le malheur de s’y retrouver, les condamnant ainsi à une mort professionnelle et sociale. Tout ceci fait du système éducatif chilien l’un des plus chers et des moins efficaces au monde. Preuve, si besoin était, de l’absurdité de l’idée de confier à des privés ce qui est une tâche de service public, et donc de l’Etat, ainsi que voudraient faire certains à droite chez nous.

Au mois de mai, en déclarant vouloir accentuer encore la privatisation de l’éducation, le président Piñera a mis le feu aux poudres. Le premier juin, une grève de 20'000 étudiants éclate à Santiago, la capitale. Des fonctionnaires, des professeurs, des recteurs la soutiennent. Puis suivent des occupations de lycées : plus de 600 ! Le gouvernement réactionnaire tente d’abord de dénigrer le mouvement, avec exactement la même démagogie que la droite en Europe, accusant les étudiants d’irresponsabilité, puis de le réprimer à coup d’arrestations et de tabassages en masse. Mais ni les discours méprisants, ni les matraques, n’ont pu faire plier la détermination des étudiants. Le mouvement n’a fait que prendre de l’ampleur, vite soutenu par les fonctionnaires, les travailleurs, les syndicats, et les parents sous le slogan «je me bats pour mes enfants ». Le 21 août, c’est plus d’un million de personnes qui sont descendues dans la rue pour soutenir les étudiants en lutte.


Aujourd’hui, l’objectif du mouvement est clairement politique et suppose une rupture totale avec le modèle néolibéral mis en place par Pinochet : éducation publique et gratuite de qualité grâce à la réforme de la fiscalité et à la nationalisation du cuivre (le Chili possède 20% des réserves mondiales, nationalisées intégralement par Allende, puis privatisées par Pinochet). La secrétaire de la Fédération étudiante de l’Université du Chili (FECH) et militante des Jeunesses communistes Camila Vallejo affirme : « ce modèle néolibéral ne nous convient pas. Son seul but est le profit et les intérêts d'une minorité. Nous estimons qu'il est nécessaire d'avancer vers un système plus égalitaire. Nous voulons un pays libre, un pays juste, plus démocratique et plus égalitaire. Et c'est pour cela que nous avons besoin d'une éducation de qualité pour tous. »

Le gouvernement réactionnaire ne peut proposer que des demi-mesures cosmétiques, mais le temps est compté pour son régime. Soutenu à l’origine par 37% des Chiliens, le mouvement étudiant l’est aujourd’hui par 81%. Camila Vallejo récolte 68% d’avis positifs. La cote du président Piñera quant à elle se monte à seulement 26%. Le mouvement de lutte né au mois de mai dernier ouvre la voie à un profond changement de société au Chili. Si aujourd’hui le Parti communiste chilien s’en sort à peine mieux que le Parti Suisse du Travail, avec 3 sièges sur les 120 que compte le parlement chilien, il peut et doit jouer un rôle majeur dans la période de bouleversements majeurs ouverts par les étudiants en lutte, une période caractérisée par l’exigence d’une rupture totale avec l’héritage néolibéral putride de la dictature de Pinochet, le retour à l’espoir ouvert et refermé trop tôt avec Salvador Allende, celui d’une société socialiste.

11 mai 2011

Face à la restructuration néolibérale et à l’arrogance du rectorat, la mobilisation des bibliothécaires continue



Notre journal avait déjà parlé du mouvement de résistance des bibliothécaires de l’Université de Genève (UNIGE) face à une restructuration inspirée du new public management menée à marche forcée par le rectorat, muré dans son arrogance et refusant toute forme de dialogue social avec son personnel. A ce jour, rien n’a changé. Malgré l’opposition de l’ensemble du personnel des bibliothèques, de tous les corps académique, de l’assemblée universitaire, de la CUAE (Conférence universitaire des associations d’étudiants, le syndicat des étudiants de l’UNIGE) et même de l’avertissement du pourtant très néolibéral Grand Conseil, le rectorat se mure dans son autisme et s’obstine à imposer ses vues de force et dans l’opacité la plus totale.

Rappelons les faits : fin 2010, le rectorat entreprend une vaste restructuration des quelques 47 bibliothèques universitaires dans le but de leur centralisation au sein d’une structure unique, pour pallier les problèmes évidents liés à l’éclatement des bibliothèques aujourd’hui et améliorer leur fonctionnement pour mieux répondre aux besoins des usagers, était-il dit officiellement. Les bibliothécaires avaient au départ salué ce projet…pour vite déchanter. Le rectorat a effet choisi dès le prime abord la voie de l’opacité et du non-dialogue avec le personnel, ne lui accordant que des réunions d’information et une plateforme question-réponses à peu près aussi informatives qu’un communiqué militaire…et engagé un consultant externe, ne connaissant rien du fonctionnement des bibliothèques car spécialiste en électricité auprès d’EDF, et payé 2000,- par jour ! Les économies c’est important paraît-il, mais visiblement pas pour tout le monde…

Ledit consultant donc, ignorant totalement son sujet et entiché de vocabulaire managérial en usage dans le privé et tout à fait inapproprié pour une institution de service public (comme «client» au lieu d’«usager», ou «stock» au lieu de «fond») s’est fendu d’un rapport vaguement bricolé aux propositions ubuesques, tellement mauvais que le rectorat a essayé de le classé secret d’Etat, avant de devoir accepter sous pressions de toutes parts de le rendre consultable, et ce dans certaines bibliothèques seulement. Depuis, le rectorat s’obstine de mettre ce projet en route, ne communiquant que dans le flou et au compte-goutte. Les bibliothécaires ont été obligées de repostuler pour les postes qu’elles occupaient déjà, avec CV et lettre de motivation à l’appui, ce quelque soit le nombre d’années déjà passées au service de l’UNIGE, et sans que le rectorat ne veuille en expliquer les raisons, ce qui n’a pas manqué de semer le trouble chez les employés, mis ainsi en concurrence entre eux.

Et ce n’est pas tout, loin de là. La réorganisation suppose une centralisation avec à la clé une pyramide hiérarchique rigide, à l’organigramme incompréhensible et qui transfère une partie du personnel vers les échelons intermédiaires…ce qui accroît d’autant la charge de travail pour les bibliothécaires qui restent en place. Cette politique a déjà poussé une vingtaine de personnes à démissionner ou à prendre une retraite anticipée. L’ensemble des documents détenus par les 47 bibliothèques seraient centralisés dans une macro-classification unique, ce qu’aucune université au monde n’a fait à ce jour, avec une méthode de classement incohérente, mais dont le but est très clair : privilégier les seuls pôles d’excellence, soit les filières rentables pour le marché, et ghettoïser les autres ! Selon un scénario envisagé par le rectorat, les 2/3 des collections seraient transférées au dépôt, ce qui diminuerait drastiquement les facilités d’accès pour les étudiants. Le nombre de guichets d’accueil serait fortement réduit et se limiteraient à un service de références généraliste, avec un seul bibliothécaire spécialisé par discipline. La médiathèque serait liquidée, ses documents disséminés à travers les bibliothèques existantes…ou simplement retirées de la circulation. Malgré toutes les dénégations du rectorat, le démantèlement du service public est patent !

Malgré que la commission des pétitions du Grand conseil ait soutenu la pétition des bibliothécaires demandant au rectorat d’ouvrir un vrai dialogue avec le personnel avant de restructurer quoi que ce soit, malgré que l’assemblée de l’université, tous les corps académiques e et la CUAE demandent au rectorat de revoir sa copie, celui-ci s’obstine, admettant à la rigueur des «erreurs de communication»…sans changer sa politique d’un iota ! Des flyers sont aujourd’hui distribués dans les bibliothèques pour informer les étudiants de la menace que représente cette restructuration, les bibliothécaires ont ouvert un blog (http://bibliothecairesunige.blogspot.com/) pour coordonner et mener leur lutte, et la résistance continue face à un rectorat qui n’est pas à son coup d’essai pour essayer de démanteler l’institution de service public qu’est l’UNIGE pour en faire, à l’image de ce qui est aujourd’hui souvent le cas en Union européenne, une entreprise quasi-privatisée au service exclusif des entreprises et des besoins du marché.

03 mai 2010

"Il faut reconstruire un mouvement de lutte étudiant plus large"


Interview parue dans le Gauchebdo du 1er mai 2010



Quelles sont les revendications des étudiants?

Tout d’abord il faut rappeler que le mouvement étudiant «Education is NOT for $A£€ » s’inscrit dans le cadre d’un vaste mouvement européen d’occupation d’universités lancés par les étudiants de Vienne et qui touché au total une centaine d’universités de par le monde, dont quatre en Suisse. La raison d’être de ce mouvement, ce qui en a fait l’unité par delà les frontières et les spécificités locales, c’est l’opposition aux réformes de l’enseignement impulsée par la déclaration de Bologne, dont le but est d’harmoniser l’enseignement supérieur. Ces réformes mettent les universités au service des entreprises, avec à la clé le démantèlement des filières non-rentables et la transformation des autres en véritables fabriques à brevets, sacrifiant l’indépendance de la recherche sur l’autel du profit. Le but final étant d’arriver à un système à l’américaine avec quelques « pôles d’excellence » excessivement chers au point de n’être accessibles qu’à l’élite, et des universités de deuxième et troisième zone, avec des diplômes de deuxième et troisième zone, voire des simples écoles supérieures ayant perdu leur statut d’université. Les revendications du mouvement étaient donc la garantie de la non-privatisation de l’université, l’indépendance de la recherche, la gratuité des études, la non-suppression des filières, le rétablissement d’une authentique démocratie universitaire incarnée dans des organes paritaires, un meilleur encadrement, une plus grande facilité d’accéder aux bourses et plus de logement étudiant.
Pourquoi le mouvement «Education is NOT for $A£€» s’est-il essoufflé?
Un mouvement étudiant est inévitablement éphémère car les étudiants ne peuvent se permettre de poursuivre une lutte - et à fortiori une occupation - pendant trop longtemps sans mettre en danger leurs études. Ceci dit, il faut reconnaître que le mouvement « Education is NOT for $A£€ » n’a pas eu le succès escompté et malgré des débuts prometteurs s’est vite, bien plus vite que d’autres mouvements analogues dans d’autres universités, essoufflé après une très brève occupation qui fut globalement un échec. Parmi les raisons d’un tel échec le fait que l’occupation de la plus grande salle d’Unimail avec un mouvement très minoritaire était probablement un choix peut-être prématuré. Il y eu aussi la division du mouvement qui comptait une forte minorité plutôt réservée face à l’idée même d’un mouvement de lutte et qui a rapidement fait sécession. Mais la cause essentielle était sans doute le choix de faire un mouvement totalement autogéré et horizontal, sans structure et avec des objectifs purement généraux. Cette forme d’organisation a conduit dans la pratique à une absence de stratégie définie ainsi que de buts précis acceptés par tous. d’où des débats sans fins pendant l’occupation sur les raisons de celle-ci voire sur notre légitimité à occuper. D’où un enlisement progressif, qui a mené à l’essoufflement du mouvement après que le rectorat ait mis fin à l’occupation manu militari.

Allez-vous tenter de relancer un mouvement à brève échéance?

A un mois avant les examens, il serait irréaliste de vouloir relancer un mouvement. Mais la lutte des étudiants va inévitablement reprendre étant donné que les réformes dans l’esprit de la déclaration de Bologne vont se poursuivre. Le mouvement étudiant européen de 2009 n’a sans doute pas à proprement parler conduit à une victoire, mais son existence même était en soi un grand succès. Pour pouvoir vaincre un jour les forces du capital, il est nécessaire de reconstruire un large front de lutte populaire, et le mouvement « Education is NOT for $A£€ » est une étape indispensable pour apprendre à travers ces échecs et reconstruire un mouvement de lutte étudiant beaucoup plus large et sur des fondations beaucoup plus solides.

27 décembre 2009

Face à la contre-réforme de Bologne, la lutte des étudiants



Il y a de cela 20 ans, le 19 juin 1999, 30 ministres européens de l’éducation, dont un conseiller fédéral suisse, signaient la Déclaration de Bologne, préparée par la Commission européenne et ayant pour but officiel « l’harmonisation de l’enseignement supérieur en Europe » afin de « permettre la mobilité des étudiants ». Rien de bien dangereux à première vue. Sauf qu’aujourd’hui que les réformes visant à appliquer concrètement la dite déclaration commencent à devenir réalité un peu partout, un mouvement étudiant d’ampleur européenne d’occupation d’universités, parti de Vienne, touche une centaine d’universités dont les étudiants sont unis par une lutte commune : la lutte contre les réformes de Bologne. C’est une première historique depuis 40 ans, la salle MR080 (le plus grand amphithéâtre de l’Université de Genève) est occupé le jeudi 26 octobre par le mouvement étudiant «Education is not for $A£€ ! », avatar genevois du grand mouvement européen, avant d’être évacué manu-militari avec prise de photos des étudiants concernés (sans doute pour fichage) sur ordre du rectorat de façon scandaleusement anti-démocratique. Malgré cette répression policière le mouvement étudiant n’a pas cessé sa lutte après l’évacuation et a continué ses réunions et ses activités visant à la prise de conscience des étudiants. Un effort est même fait en vue de diversifier les activités du mouvement. La prochaine Assemblée générale est fixée au 23 février. Les universités de Lausanne, de Zürich, de Bâle et de Berne ont également connu des occupations. A Genève et ailleurs en Suisse les étudiants membres du Parti Suisse du Travail ont joué un rôle actif dans ce mouvement.


Le Parti du Travail avait fait un communiqué de presse pour dénoncer la répression policière et apporter un soutient inconditionnel aux revendications du mouvement étudiant, qui sont, pour ne citer que les principales : la gratuité totale des études, l’augmentation des bourses et plus de facilité à accéder à celles-ci (actuellement elles sont réservées aux étudiants ni trop riches NI trop pauvres, soit aux seules classes moyennes), le rétablissement de la démocratie universitaire en lieu et place de la toute-puissance du rectorat mise en place par le Grand Conseil, la non-privatisation de l’université, plus de logement étudiant, un meilleur encadrement, l’indépendance de la recherche et la non-fermeture de filières. Dans un discours en langue de bois qu’il fit pour essayer de convaincre les étudiants de cesser l’occupation, le recteur Jean-Dominique Vassali a prétendu qu’il partage l’essentiel des revendications, sauf qu’il ne peut soi-disant disant rien faire pour les satisfaire mais qu’il s’engage quand même à faire tout son possible pour qu’elles soient satisfaites…mais que de toute façon les revendications de l’indépendance de la recherche et de la non-privatisation de l’Université n’ont pas lieu d’être car elles seraient déjà réalisées.


Sauf qu’il utilise contre les étudiants des méthodes qui ressemblent à celles que le pouvoir bourgeois a utilisé contre les militants du Parti du Travail au temps de la Guerre Froide ; preuve que son beau discours ne correspond en rien à la réalité et qu’en fait, loin de partager les revendications du mouvement étudiant, le pouvoir d’Etat bourgeois qu’il représente ne peut tolérer non seulement les exigences mais même l’existence d’un tel mouvement de lutte. Car il existe une chose qui réduit à néant les belles promesses de M. le recteur, et ce quelque chose est la déclaration de Bologne. En effet l’harmonisation de l’enseignement supérieur au niveau européen a pour but non pas l’harmonisation pour l’harmonisation, mais de rendre comparable l’enseignement dispensé par les différentes universités avec des critères quantitatifs afin de les mettre en concurrence. La mobilité facilitée des étudiants vise à rendre cette concurrence réelle. Et la concurrence est prévue en vue de la privatisation des universités. En effet, la déclaration de Bologne prévoit de donner aux universités « l’autonomie », soit la possibilité pour le rectorat de récolter des fonds privés un peu comme il le veut et de gérer son université à sa guise, comme une société anonyme servant les intérêts de ses « généreux donateur » (la présence de représentants de multinationales dans les conseils d’administration est une réalité dans beaucoup d’universités européennes). Le rectorat aurait aussi la possibilité d’augmenter les taxes universitaires à sa guise. Le but final étant d’arriver à un système à l’américaine, avec quelques universités de top niveau accessibles uniquement à l’élite, des universités de deuxième et troisième zone, avec des diplômes de deuxième et troisième zone, pour les autres étudiants…et un quasi-analphabétisme pour les enfants des travailleurs (ce qui n’est pas loin de la réalité aux USA). Un tel système vise à renforcer les privilèges de l’élite, il est fondamentalement réactionnaire et opposé aux intérêts d’une large majorité de la population ; le Parti du Travail luttera contre le système de Bologne pour un enseignement égalitaire et démocratique, au service de l’ensemble de la société et non d’une petite élite, un système qui ne peut être pleinement réalisé que dans une société socialiste.

02 décembre 2009

Communiqué de presse relatif à l’occupation de la salle MR080 par le mouvement étudiant «Education is not for $A£€ »



Communiqué de presse rédigé par mes soins.



Le lundi 30 novembre à 6h30 du matin (soit avant le délai de 8h00 fixé par le rectorat lui-même), le rectorat a fait évacuer manu-militari l’amphithéâtre MR080 à Unimail, occupé jusque là par les étudiants participant au mouvement Education is not for $A£€, afin de soi-disant rendre l’amphithéâtre susmentionné aux cours, refusant de donner les locaux pour lesquels le mouvement était prêt à quitter l’auditoire sans réponse argumentée et le forçant à se replier sur une salle de séminaire bien trop petite et allant jusqu’à faire prendre de nombreuses photos des étudiants présents, tout en refusant de s’engager à détruire ces photos. Le Parti du Travail dénonce ce procédé policier et répressif contre le mouvement étudiant, unique en Suisse (ni Lausanne, ni Berne, ni Bâle, ni Zurich n’ont procédé à aucune opération de ce genre), allant à l’encontre de la promesse explicite du rectorat de ne pas faire usage de la force contre les étudiants. Visiblement, le recteur Jean-Dominique Vassali a fait le choix, dangereux et inacceptable dans un pays qui se prétend démocratique et garantissant la liberté d’expression, de faire usage de la répression contre un mouvement qui dérange ; tout cela sous le prétexte fallacieux d’assurer des cours, fallacieux car cela n’aurait posé aucun problème technique de déplacer les cours dans des salles inoccupées, ce que le rectorat a amplement prouvé en faisant aisément déplacer tous les cours durant l’occupation. Le Parti du Travail dénonce également le fichage des étudiants, pratique qui rappelle les sombres années du maccarthysme et le fichage systématique des militants de gauche, traités en ennemis de la nation, durant la Guerre froide, et exige la destruction des photos que le rectorat a ordonné de prendre.

Mais pourquoi, si déplacer les cours n’aurait posé aucun problème, cette occupation dérange-t-elle au point que les autorités aient jugé utile de faire appel à une répression aussi scandaleuse qu’inédite ? C’est tout simplement que le rectorat, institution servant l’Etat bourgeois, ne peut admettre l’existence, et à fortiori le renforcement du mouvement qu’il y a derrière l’occupation ni la propagation des revendications qu’il porte. Le Parti du Travail souhaite exprimer son entière solidarité au mouvement Education is not for $A£€, ainsi qu’un total soutient envers ses revendications qui correspondent à une vision de l’éducation que le PdT partage ; les étudiants membres du Parti participent d’ailleurs activement au mouvement d’occupation, à Genève de même que dans les autres universités de Suisse. Pourquoi ce mouvement dérange-t-il tellement nos autorités, ainsi que la presse bourgeoise qui n’hésite pas à le calomnier, toujours, avec la démagogie habituelle, jouant de l’amalgame mensonger protestation égale déprédation. Il faut commencer par rappeler que l’occupation genevoise s’inscrit dans le cadre d’un vaste mouvement européen d’occupation d’universités, ayant débuté à Vienne, dans une optique de lutte contre les réformes de Bologne et la marchandisation des études. Ce cadre européen donne tout son sens à un mouvement, qui a aussi des revendications plus concrètes et spécifiquement genevoises ; pour ne citer que les principales : la gratuité des études (notamment la suppression des taxes universitaires, alors que le Grand conseil, qui planche actuellement sur la loi sur l’université, aurait apparemment la velléité d’augmenter celles-ci), l’augmentation des bourses et plus de facilité à y accéder (actuellement il faut être ni trop riche ni trop pauvre pour y accéder, si bien qu’elles sont de fait réservées aux classes moyennes), la non-privatisation de l’université, l’indépendance de la recherche, plus de logements étudiants, un meilleur encadrement (le nombre de professeurs et d’assistants est insuffisant dans beaucoup de facultés), le rétablissement de la démocratie universitaire et des organes paritaires, ainsi que la non-fermeture des filières (le bachelor en histoire économique est actuellement menacé).

M. Vassali, invité à répondre à ces revendications en sa qualité de recteur, s’est fendu d’un discours en langue de bois, souvent contradictoire et donnant parfois l’impression qu’il ne connaît guère l’institution qu’il dirige ; disant tout de même qu’il soutient la plupart des revendications, tout en se déresponsabilisant d’office sur toutes, car il ne pourrait rien faire mais qu’il essaierait de faire des pressions, et répondant avec des réserves peu claires et touchant au sophisme sur les revendications qu’il est en son pouvoir de réaliser, et enfin promettant que l’université resterait publique et que la liberté de recherche resterait garantie. Mais alors, si le recteur est d’accord pour l’essentiel avec les revendications des étudiants, pourquoi le dérangent-ils au point de les faire évacuer manu-militari ? C’est tout simplement que M. le recteur sait très bien que les étudiants auraient été bien mal inspirés que de croire ses belles promesses sur parole. En effet, il existe quelque chose qui les réduit à n’être que des vaines paroles sans objet et ce quelque chose est la déclaration de Bologne, ratifiée par 29 ministres européens de l’éducation (dont un conseiller fédéral suisse), préalablement élaboré par la commission européenne sur la base d’exigences exprimées par l’ERT (Table Ronde des Industriels Européens, principale association patronale qui fait la pluie et le beau temps dans l’Union Européenne).

Pourquoi donc autant d’opposition face à une directive dont le but tel que décrit par les médias serait apparemment d’harmoniser l’enseignement supérieur au niveau européen afin de permettre aux étudiants d’effectuer une partie de leur cursus dans un autre pays afin de découvrir une autre culture et de créer une identité et une culture européenne ? Mais c’est que précisément là n’est pas le but réel de la réforme de Bologne. Effectivement, il est question d’harmoniser l’enseignement supérieur au niveau européen par le système bien connu de bachelor, master et le système ECTS, soit l’évaluation en termes de crédits, sensés être convertibles et utilisables partout en Europe. Toutefois, le but de cette harmonisation (déjà contestable en soi car poussant les étudiant à chercher l’accumulation des crédits plutôt que de s’intéresser sérieusement au contenu de leurs études) ne se limite pas à ce qui est dit publiquement. Le but, affirmé sans vergogne dans maintes et maintes déclarations et documents de l’ERT et de la commission européenne, est de mettre, à travers la mobilité des étudiants et des professeurs, les universités européennes en concurrence afin de parvenir à un système à l’américaine ; soit quelques «pôles d’excellence» réservés aux meilleurs étudiants et aux meilleurs chercheurs, et des universités de deuxième et troisième zone, avec des diplômes de deuxième et troisième zone, voire de simples écoles supérieures ayant perdu leur «label» universitaire pour la grande majorité. Aussi, les crédits, censés être utilisables partout, ne le seraient pas du tout. Et il ne faut surtout pas s’imaginer qu’il suffira d’être un étudiant studieux pour accéder à une bonne université : en effet, ce modèle de concurrence est incompatible avec l’université service public, trop « rigide » selon les soi-disant experts eurocrates, qui eux exigent ce qu’ils appellent «l’autonomie» de l’institution académique (c’est le sens de la loi sur l’université que le peuple genevois a hélas approuvée), c’est-à-dire que l’université est gérée par un rectorat n’ayant pas ou peu de comptes à rendre à la collectivité et autonome quant à ses choix académiques, administratifs, mais aussi quant à la recherche et à la gestion de ses fonds, publics et privés, gérant son établissement comme une véritable entreprise ; de fait une semi-privatisation, voire une privatisation pure et simple. Aussi, avec ce modèle néolibéral, l’université non seulement ne sera pas gratuite, mais sera même fort chère, et de plus en plus chère selon le prestige de l’établissement, les fameux «pôles d’excellence» devant être réservés quasiment aux seuls enfants de millionnaires ; ainsi que c’est le cas aux Etats-Unis. Le but de tout cela est, on le voit, de rendre l’enseignement universitaire infiniment plus élitaire qu’il ne l’est déjà, pour renforcer encore les privilèges héréditaire d’une toute petite élite, sous des formes qui n’ont rien à envier à l’Ancien Régime. Enfin, l’ouverture des fonds de l’université au privé, sous le prétexte fallacieux d’économiser l’argent du contribuable qu’on ne se gène pourtant pas de claquer dans des avions de combat dont on ne voit pas trop à quoi ils pourraient bien servir, vise en fait à mettre l’université «plus en contact avec les besoins de l’économie» selon le jargon bruxellois, soit de leur donner pour but de se mettre au service exclusif des exigences de profit des entreprises. Cela implique de ne pas ou plus former des citoyens libres, armés d’une culture générales et d’un esprit critique et mettant leur connaissances au service de la société, mais de former (outre une petite élite de maîtres aussi arrogante que bornée) de la force de travail pour les entreprises : c’est-à-dire démantèlement des facultés non rentables que sont les lettres, les sciences sociales,… et dans celles qui sont utiles à l’économies focalisation sur les seules compétences professionnelles et élimination de toute théorie alternative et de tout esprit critique (n’envisagez même pas de vous poser la question s’il existe d’autres visions que le néolibéralisme en économie). Autre danger de l’ouverture des fonds au privés : le financement de recherches, voire de chaires entières, par des multinationales oriente fortement, et c’est un euphémisme, le travail de celles-ci, les transformant en véritables fabriques à brevet au service exclusif de la rentabilité immédiate et repoussant le reste aux calendes grecques (des sommes minimes sont consacrées aux maladies tropicales alors qu’elles touchent 56% de la population mondiale…sauf qu’il s’agit d’une population non solvable).

Au vu de ce qui a été dit, pas étonnant que les autorités cherchent à étouffer toute résistance au processus de Bologne, à la réprimer et criminaliser au besoin. Nous profiterons de l’occasion pour rappeler la position du Parti du Travail sur l’Union Européenne : en effet, la réforme de Bologne ne montre que trop le rôle profondément réactionnaire, violemment néolibéral, antidémocratique et opposé aux intérêts des peuples de cette structure et nous ne pouvons que soutenir une lutte européenne contre la politique de cette poignée de fonctionnaires arrogants, élus par personne et n’ayant aucun compte à rendre aux peuples qu’ils sont de toute façon payés pour opprimer ; le but à terme du mouvement étudiant s’il veut stopper le processus de Bologne devrait être de faire tomber la commission européenne et la dissolution de l’UE. En tout cas, la déclaration de Bologne comme les agissements de M. Vassali rappellent de façon éclatante une vérité énoncée par Lénine : « Les formes d'Etats bourgeois sont extrêmement variées, mais leur essence est une : en dernière analyse, tous ces Etats sont, d'une manière ou d'une autre, mais nécessairement, une dictature de la bourgeoisie. » C’est pourquoi, si le Parti du Travail soutient sans réserve les revendications des étudiants, il tient à rappeler qu’elles ne sont pas pour une grande partie d’entre elles réalisables sous le capitalisme, mais exigent un changement de société, le socialisme. En effet, une véritable gratuité des études implique non seulement l’abolition des taxes universitaire, ce qui n’est que le strict minimum, mais également un véritable salaire d’étudiant, versé à tous les étudiants, qui permettrait à ceux-ci de ne plus devoir travailler à coté de leurs études et de se consacrer totalement à celles-ci. Un tel salaire implique que le travail produit par la société soit consacré au bien de tous ses membres et non au profit d’une toute petite élite. C’est quelque chose que tous les pays socialistes existants ou ayant existé accordent ou ont accordé à leurs peuples, quelque chose qu’on n’ose pas même revendiquer dans notre pays, pourtant bien plus riche. De même qu’une véritable indépendance de la recherche, ou plutôt que celles-ci soient consacrées à l’intérêt réel de la société, à l’intérêt de tous ses membres, implique que le pouvoir étatique, auquel l’université est soumise, n’appartienne plus aux laquais des multinationales mais au peuple travailleur. Le Parti du Travail apporte son entier et total soutient à la lutte des étudiants contre les réformes de Bologne et pour une université de qualité, gratuite, démocratique et tournée vers l’intérêt commun.