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15 novembre 2021

Pas d’ouverture prolongée des magasins sur le dos du personnel : NON à la LHOM !

 


C’est bien certes d’avoir de la suite dans les idées et de ne pas baisser les bras trop vite, mais parfois cela confine à l’acharnement. Le terme d’acharnement, pour ne pas dire de déni de démocratie, est juste dans le cas de la droite genevoise, qui revient une nouvelle fois à la charge – alors que le peuple a dit NON à réitérées reprises ! – avec un projet de modification de la Loi sur les horaires d’ouverture des magasins, la LHOM, dans le sens d’une extension des horaires d’ouverture. Avec la nouvelle loi, les magasins ouvriraient leurs portes jusqu’à 19h00 les jours de semaine (19h30 le vendredi), ainsi que le samedi (au lieu de 18h00 aujourd’hui). Cerise sur le gâteau, les magasins pourraient ouvrir trois dimanches par an, sans devoir conclure de convention collective de travail (CCT), contrairement à ce que prévoit la loi actuelle. Les syndicats ont déposé un référendum contre cette modification de la loi. Un référendum que le Parti du Travail soutient. C’est pourquoi, nous vous appelons résolument à voter NON.

 

Depuis des années, le secteur du commerce de détail a évolué, selon la volonté du patronat, dans le sens d’une exploitation accrue du personnel. Il est bien connu que les salaires dans la vente sont généralement scandaleusement bas. Ce alors qu’ils sont payés pour un travail non seulement épuisant, mais dont la dureté a augmenté au cours des années. En 2010, ce secteur employait à Genève 20'249 per-sonnes. Ce chiffre est passé à seulement 14'331 personnes en 2019. Pendant ce temps, non seulement la quantité de travail n’a pas diminué, mais s’est accrue, de même que le nombre de tâche exigée pour chaque employé-e (parmi lesquels une majorité de femmes). Le personnel est aujourd’hui soumis non seulement à des pressions accrues, mais à des horaires irréguliers, sans jours de congés fixes ; des horaires communiqués souvent moins de 15 jours à l’avance. La fameuse « flexibilité », dans l’affreux jargon managérial. Autant dire que les salaires n’ont pas suivi. Grâce à cette exploitation record, le patronat fait des profits également records dans ce secteur, même pendant la période du Covid. Ce alors que le personnel de la vente, en première ligne pendant la pandémie, a souvent été au chômage partiel, ne touchant que 80% de salaires déjà trop bas, et n’a reçu que des applaudissements en guise remerciement.

 

Mais le patronat n’en a jamais assez, et veut faire travailler le personnel encore plus, en rallongeant la journée de travail le sa-medi. Ils affirment que ce n’est en réalité pas une hausse de la charge de travail, vu que la nocturne du jeudi soir serait supprimée. Mais cette pseudo compensation n’en est pas une, vue que la nocturne n’est pas rentable, car presque aucun client n’y vient. Le samedi, cependant, est le jour le plus chargé de la semaine. Étendre les horaires d’ouverture le samedi reviendrait non seulement à rendre ce travail encore plus fatigant, mais à compliquer davantage la vie de famille et la vie sociale, pour des personnes qui rentreraient trop tard le soir, et complètement épuisées. Rappelons d’ailleurs que les horaires ont d’ores et déjà augmenté ces dernières années. On en parle moins, mais les magasins ouvrent en moyenne plus tôt le matin qu’auparavant, sans engagement de personnel supplémentaire, mais en flexibilisant et en pressurant encore plus le personnel existant. Une tendance qui ne ferait que s’aggraver avec cette modification de la LHOM.

 

Le secteur du commerce de détail n’est absolument pas en difficulté, bien au contraire même. Pourtant le patronat prétend que cette extension des horaires d’ouverture serait indispensable pour pouvoir lutter contre la con-currence du tourisme d’achat et du commerce en ligne. Mais les horaires d’ouverture n’y sont pour rien (honnêtement, qui va faire ses courses en France le samedi entre 18h00 et 19h00 ?). La cause principale des achats en France voisine ou en ligne est la différence de prix. Si le pouvoir d’achat de la population n’augmente pas, elle ne renoncera pas (ni ne pourra guère se le permettre) à cette marge d’économies. Le secteur auquel le grand patronat de la vente pourra en revanche faire concurrence avec cette modification de la LHOM serait…le petit commerce, qui peut ouvrir sur des horaires plus étendus. Qu’en disent les prétendus défenseurs des PME de la droite ? Combien d’emplois perdus ?

 

Et, parlons-en du commerce en ligne. Les profits indécents d’Amazon sont dus, comme il est universellement connu, à une exploitation de son personnel digne du XIXème siècle. Ce qui a permis à Jeff Bezos d’amasser une fortune proprement vertigineuse, pour pouvoir ensuite s’envoyer dans l’espace, pour se permettre encore à son retour de nous donner des leçons de pré-servation de la planète, alors que peu d’entreprises sont aussi écocides que la sienne. Le patronat voudrait imposer ce « modèle Amazon », ce retour au capitalisme sauvage d’avant toutes les conquêtes de la classe ouvrière, à toutes les travailleuses et à tous les travailleurs. Parce que nous n’en voulons pas, il faut refuser cette modification de la LHOM.

11 novembre 2016

Pour que le dimanche reste un jour férié, aussi pour les travailleurs de la vente, OUI à l’initiative et NON au contre-projet !



L’initiative 155, intitulée « touche pas à mes dimanches », lancée par les syndicats genevois en 2013 et soutenue dès le départ par le Parti du Travail, stipule que « Sous réserve de l’article 18 et à moins que la présente loi n’en dispose autrement, tous les magasins doivent être fermés le dimanche et les jours fériés légaux sauf ceux qui sont au bénéfice d’une disposition dérogatoire de l’ordonnance 2 relative à la loi sur le travail du 10 mais 2000 (OLT2) autre que l’article 25 OLT2 ». Le but de l’initiative est clair : maintenir le dimanche comme jour férié pour les travailleurs de la vente ; avec maintien de l’exception pour les magasins situés à la gare de Cornavin et l’aéroport, les stations-service et les petits commerces indépendants qui bénéficient déjà d’une dérogation.

L’allusion à l’article 25 de l’OLT2 explique pourquoi l’initiative a été lancée. C’est que, ayant échoué à plusieurs reprises en votation populaire d’imposer une extension de l’horaire d’ouverture des magasin – parce que, contrairement à ce que nous martèle une certaine propagande, le peuple n’est nullement demandeur d’une telle ouverture ! – la droite de ce pays, ne s’avouant pas vaincue, a trouvé une astuce pour quand même arriver à ses fins : passer par voie d’ordonnance, et ainsi contourner le droit de référendum ! Le conseiller aux Etats démocrate-chrétien tessinois, Fabio Abate, a ainsi persuadé ses collègues de modifier l’ordonnance 2 relative à la loi sur le travail, afin de permettre aux commerces situés à moins de 15 Km à vol d’oiseau de la frontière helvétique de faire travailler leurs employés le dimanche et les jours fériés si toutefois ils répondent aux besoin du tourisme international et sont situés dans une zone reconnue comme touristique. Il n’existe actuellement aucune zone reconnue touristique dans le canton de Genève. Mais il serait à tout moment possible de définir une telle zone, par voie d’ordonnance, et l’ensemble du territoire cantonal serait potentiellement concerné. La droite ayant trouvé une parade pour contourner le droit de référendum, les syndicats genevois à leur tour ont trouvé la parade à ce contournement en bloquant par avance l’application de l’astuce inventée par M. Abate par voie d’initiative populaire. Et même si la menace n’est à ce jour que potentielle, l’initiative est pourtant loin d’être sans objet ou inutile.

Face à cette initiative, la majorité du Grand Conseil a décidé d’opposer un contre-projet ouvrant la possibilité d’ouvrir les commerces trois dimanches par an, en plus du 31 décembre…à condition que ceux-ci soient protégés par une convention collective de travail étendue, obligatoire pour toute la branche. En cas d’infraction à la dite convention, notamment en ce qui concerne le repos compensatoire, l’Etat peut ordonner la fermeture du commerce, ainsi qu’une amende administrative qui peut aller de 300 à 60'000 francs. En pratique, la possibilité de l’ouverture des commerces trois dimanches par an est surtout théorique, dans la mesure où la conclusion d’une CCT étendue obligatoire de branche requiert le quorum de 50% plus un employeur. Or, étant donné le très grand nombre d’employeurs concernés, dont beaucoup de petits commerces, un tel quorum est pratiquement impossible à atteindre. C’est malgré tout une petite porte ouverte en direction de l’extension de l’horaire d’ouverture des magasins…


Le Parti du Travail soutient fermement l’initiative. En effet, une extension de l’horaire d’ouverture des magasins se ferait avant tout au détriment des travailleurs de la branche – dont une majorité de travailleuses – qui en pratique se verraient contraints d’accepter, s’ils veulent garder leur travail, de travailler plus longtemps, pour assurer une ouverture supplémentaire dont le peuple n’est pas demandeur et qui n’est en rien nécessaire. Nous estimons que les possibilités qui existent de faire quelques achats le dimanche sont tout à fait suffisantes. Par ailleurs, le dimanche est le seul jour de congés dont la plupart des gens bénéficient. Nous tenons à ce que ce jour reste consacré au repos, pas à la consommation, ni a fortiori au travail pour la rendre possible. Vouloir des commerces ouverts 7/7 et 24/24 n’est pas un projet de société raisonnable, mais une pure lubie néolibérale – ou un calcul des grands commerces qui pourraient ainsi éliminer la concurrence des petits qui font une bonne partie de leur chiffre d’affaire le dimanche et ne survivraient pas forcément si tous les magasins étaient ouverts 7/7. Nous rejetons par contre le contre-projet, car, bien qu’il pourrait contribuer à la signature d’une CCT, ce qui serait un progrès appréciable pour les travailleurs de la vente qui à ce jour n’en bénéficient pas, il ne s’agit là que d’une possibilité théorique. En revanche il constituerait une petite porte ouverte en faveur d’une ouverture étendue des magasins, et, selon la bonne vielle tactique du saucissonnage dont la droite a la maîtrise, un ballon d’essai pour aller plus loin dans cette direction.

05 septembre 2016

Oui à AVS+, un premier pas vers de véritables retraites populaires !

Un véritable vol des rentes ! Il n’y a pas d’autres mots pour qualifier ce que prépare la majorité de droite aux chambres fédérales. La Commission de la sécurité sociale a en effet décidé de rendre encore pire le projet pourtant déjà scandaleux intitulé « Prévoyance vieillesse 2020 », plus connu sous le nom de « Paquet Berset », du nom du conseiller fédéral « socialiste » (paraît-il) qui le porte : baisse du taux de conversion des rentes du deuxième pilier à 6% (ce qui représente une perte nette de 12%) sans aucune compensation, suppression de la rente de veuve, augmentation échelonnée de l’âge de la retraite à 67 ans pour toutes et tous (ce dans un pays où il est pour ainsi dire impossible de trouver du travail passé 50 ans)…Tel est le projet politique des fondés de pouvoir du grand capital : toujours moins d’impôts pour les plus riches et les grandes entreprises, toujours plus d’austérité pour les autres.

Face à ce projet de démantèlement en règle, que les chambres fédérales traiteront cette session d’automne, l’initiative syndicale AVS+ apparaît pour les classes populaires comme un indispensable moyen de contre-attaque. Le but de l’initiative est simple : augmenter les rentes AVS de 10% (en moyenne CHF. 200.- par mois pour les personnes seules et CHF. 350.- pour la plupart des couples). Le financement de cette augmentation sera garanti par une petite augmentation des cotisations, 0,4% de part salariale et 0,4% de part patronale. Cela coûtera environ 16 francs par mois pour un salaire de Fr. 4’000.-. Avec ces rentrées supplémentaires, il ne sera pas seulement possible d’augmenter les rentes, mais même de couvrir l’augmentation des coûts liée au vieillissement de la population.
Comme il fallait s’y attendre, la droite est montée au créneau comme un seul homme pour combattre cette initiative, pourtant tout ce qu’il y a de plus réaliste et modéré, avec des arguments délirants mais très habituels, car réutilisés ad nauseam à chaque fois qu’il s’agit de s’opposer à la moindre avancée sociale. L’initiative AVS+ ne serait apparemment pas la bonne solution, pour tout un certain nombre de raisons…Et quelle solution proposent les auteurs de ce genre de critiques ? On l’a vu, c’est le vol des rentes, et rien d’autre ! L’initiative AVS+ coûterait trop cher, serait ruineuse pour l’économie, à en croire certaines affiches. C’est ce qu’ils disent à chaque combat pour la moindre avancée sociale depuis plus d’un siècle. On en vient à s’en demander comment l’économie suisse ne s’est pas effondrée depuis. L’hypocrisie des fondés de pouvoir du grand capital ne connaît décidemment aucune limite.

Bien au contraire, il faut le réaffirmer avec force, revaloriser les rentes AVS est une revendication à la fois juste et nécessaire. Faut-il rappeler que l’article 112, alinéa b., de la Constitution fédérale, portant sur l’Assurance-vieillesse, survivants et invalidité, dit clairement que « les rentes doivent couvrir les besoins vitaux de manière appropriée » ? La majorité de droite au pouvoir dans ce pays s’est estimée dispensée de devoir appliquer cet article de la constitution, et a encore l’outrecuidance de s’opposer à une revalorisation modeste d’à peine 10% des rentes AVS, ce qui est pourtant loin d’être suffisant pour remplir le mandat constitutionnel.

Renforcer l’AVS est à la fois un droit de tous les retraités de toucher une retraite digne, ce qui est loin d’être le cas actuellement, et un pas, certes modestes, vers de véritables retraites populaires, pour lesquels notre Parti se bat depuis sa fondation. L’AVS, système de retraites par répartition est le système de protection sociale non seulement le plus avancé et le plus juste qui existe dans notre pays, mais aussi le plus sûr et le plus efficace, contrairement au deuxième pilier, basé sur la capitalisation, et entièrement dépendant des placements boursiers, qui n’est intéressant que pour le capital financier, à la disposition duquel il met l’épargne forcée des travailleurs. Celles et ceux qui cotisent au deuxième pilier, par contre, n’ont aucune garantie de toucher un jour leur retraite, ou plutôt ont de grandes chances de ne jamais rien toucher.

Il n’est que grand temps de remplacer ce système hybride par de véritables retraites populaires, selon un système par répartition intégrale, qui assure à toutes et tous une retraite digne. L’initiative AVS + est un premier pas dans cette direction. Face à une droite qui a pour projet une société qui n’est hospitalière que pour une toute petite minorité de possédants, laissant les autres à leur sort, notre Parti continuera à se battre avec détermination pour un avenir où le libre développement de chacun est la condition du libre développement de tous, et notamment pour des retraites dignes et sûres.

10 novembre 2015

Communiqué de presse : soutien à la lutte des travailleurs de la construction et de la fonction publique



Le Parti du Travail exprime un soutien total aux luttes nécessaires et entièrement justifiées des travailleurs de la construction comme de ceux de la fonction publique, et salue la convergence de ces luttes. Ses militants seront présents aux manifestations du 10 et du 11 novembre. Il s’agit en effet de deux manifestations d’une même lutte de classe, d’une même lutte des travailleurs pour leurs droits, contre l’accaparement par une infime minorité des richesses qu’ils produisent, que ce soit directement dans le cas des travailleurs de la construction, ou contre le démantèlement de ce minimum de redistribution des richesses à travers les prestations sociales et les services publics, démantèlement dans le but exclusif d’accorder de nouveaux cadeaux fiscaux aux plus riches et aux grandes entreprises, qui n’en n’ont absolument pas besoin.

Malgré ses profits mirobolants, le patronat de la construction refuse d’entrer en matière sur toute augmentation des salaires, même minime, sur toute négociation concernant le financement de la préretraite à partir de 60 ans (qui est dans une profession difficile comme l’est la construction un droit indispensable), comme sur toute discussion pour ce qui du renouvellement de la convention collective, qui arrive bientôt à échéance. L’arrogance du patronat pourrait déboucher sur un vide conventionnel dès 2016. Et c’est ce même patronat, représenté par la Société suisse des entrepreneurs (SSE), qui se prétend champion du partenariat social ?! Partenariat social à sens unique, servant uniquement à réduire les travailleurs au silence, à les faire taire à coups de menaces et de chantages, voire à envisager des démarches judicaires contre ceux qui résistent. Nous saluons le courage et la détermination des travailleurs, qui ont décidé de ne pas céder à la démagogie sur la soi-disant « paix du travail », qui n’est qu’un euphémisme pour « collaboration de classe », et de lutter pour leurs droits. Car on n’obtient rien autrement que par la lutte. Ainsi que l’avait dit Henri Krasucki, ancien secrétaire général de la CGT : « Rien ne fait plus de mal aux travailleurs que la collaboration de classe. Elle les désarme dans la défense de leurs intérêts et provoque la division. La lutte de classe, au contraire, est la base de l’unité, son motif le plus puissant. C’est pour la mener avec succès en rassemblant l’ensemble des travailleurs que fut fondée la CGT. Or la lutte des classes n’est pas une invention, c’est un fait. Il ne suffit pas de la nier pour qu’elle cesse : renoncer à la mener équivaut pour la classe ouvrière à se livrer pieds et poings liés à l’exploitation et à l’écrasement ».

Cette lutte est d’autant plus juste et nécessaire que le secteur de la construction est touché par un dumping salarial massif, toutes sortes de montages opaques afin de contourner les contrôles et de recourir de facto au travail au noir, de cadences de plus en plus tendues, à une exploitation brutale, et des accidents, parfois mortel, en nombre élevé, dus uniquement à la volonté des patrons de ne pas appliquer les normes de sécurité qui s’imposeraient au nom de leurs profits. Il ne s’agit pas là des agissements de quelques « patrons voyous », comme le veut une propagande officielle désireuse de brosser le tableau mensonger d’un capitalisme globalement « moral », mais d’une réalité structurelle et largement généralisée. Ce n’est du reste que très logique pour le capitalisme, système fondé sur la seule recherche du profit maximum à tout prix, quel qu’en soit le prix. Ainsi que Marx l’avait dit : « Le capital abhorre l’absence de profit ou un profit minime, comme la nature a horreur du vide. Que le profit soit convenable, et le capital devient courageux : 10% d’assurés, et on peut l’employer partout ; 20%, il s’échauffe ; 50%, il est d’une témérité folle, à 100%, il foule aux pieds toutes les lois humaines ; à 300%, et il n’est pas de crime qu’il n’ose commettre, même au risque de la potence. Quand le désordre et la discorde portent profit, il les encourage tous deux ». Si nous comprenons le choix fait par le syndicat Unia de signer une convention collective qui interdit le recours à la grève en échange de quelques avantages non-négligeables, nous estimons qu’un tel marché ne devrait pas avoir cours dans un pays démocratique. La limitation du droit de grève que la Constitution fédérale pose, et que la Constitution genevoise reprend, est une clause scélérate pour le seul avantage du patronat. Nous exigeons que le droit de grève soit garanti et inaliénable, ainsi que le droit international du reste le veut.

La lutte des travailleurs de la fonction publique contre un budget qui est objectivement un budget d’austérité, quoiqu’en disent la droite et le Conseil d’Etat, est une lutte tout aussi juste et nécessaire. Non pas un combat corporatiste de fonctionnaires désireux de préserver quelques avantages, comme le prétendent des sophistes à la solde de la bourgeoisie, trop heureux de diviser les travailleurs, mais d’une lutte de classe qui concerne les classes populaires du canton dans leur ensemble. Ce qui est en jeu en effet, ce sont les services publics, les prestations sociales, toute la redistribution des richesses qui existe à travers l’action publique pour laquelle nous nous sommes battus pendant des dizaines d’années, dont chaque parcelle fut durement gagnée. C’est à ce peu de redistribution de richesses que la majorité de droite s’attaque au travers d’un budget d’austérité brutal, et des budgets d’austérité encore plus brutaux prévus pour les années à venir. Le Conseil d’Etat et la droite s’époumonent pour prétendre qu’il ne s’agit en rien d’un budget d’austérité, qu’il s’agit simplement d’une « maîtrise » des coûts liés à la fonction publique pour faire face à une dette devenue menaçante. C’est un mensonge éhonté. L’objectif de compression des coûts de 5% sur 3 ans, qu’est-ce sinon de l’austérité ? Les coupes linéaires et les mesures d’économie prévues cette année déjà sur le dos du personnel et des usagers, qu’est d’autre que de l’austérité ? Une réduction du nombre de travailleurs de la fonction publique alors que la population augmente, qu’est-ce sinon de l’austérité ? Du reste, chacun peut se rendre compte des effets de cette politique depuis des années déjà sur des services publics aussi vitaux que l’hôpital cantonal et l’école, qui en sont arrivés à l’extrême limite de ce qui est simplement tolérable du fait des mesures d’économie successives, voire l’ont dépassée. Où en sera la situation si les mesures d’austérité prévues sont adoptées ?

Quant à la dette, parlons en. Est-ce les travailleurs de la fonction publique qui en sont responsables ? Est-ce une gauche depuis toujours minoritaire, sauf deux brèves semi-exceptions, et qui n’a jamais disposé de la double majorité Grand Conseil – Conseil d’Etat ? Non, c’est l’Entente, aux commandes depuis toujours, qui en est la seule et unique responsable. Ce sont ses cadeaux fiscaux aux plus riches à répétition qui ont creusé le déficit de l’Etat : un milliard de francs par année au bas mot ! Et ce sont ces partis qui nous donnent maintenant des leçons de bonne gestion des finances publiques ? Une telle arrogance frise l’indécence ! Aujourd’hui, cette même droite prépare de nouvelles coupes sombres dans les dépenses publiques afin de préparer la RIE III, même si le Conseil d’Etat prétend hypocritement qu’il n’y a aucun rapport : de nouveaux cadeaux fiscaux pour des entreprises qui n’en demandent pas tant. Et cela alors que la RIE III n’a même pas passé le cap du parlement, que le peuple ne s’est pas encore prononcé. Veut-on décider d’avance à sa place que la RIE III sera mise en place quoi qu’il arrive ? Il s’agit d’un véritable déni de démocratie qu’il faut résolument combattre.
Le Parti du Travail soutient la juste lutte des travailleurs de la construction comme de ceux de la fonction publique et sera à leurs côtés.

Pour le Parti du Travail

Alexander Eniline

Président

04 mars 2014

Oui au salaire minimum à 4000 francs!

Le 18 mai prochain, le peuple suisse votera sur l’initiative populaire de l’Union syndicale suisse pour un salaire minimum interprofessionnel de 22 francs à l’heure, soit 4000 francs par mois pour un plein temps, montant qui devra être indexé selon l’inflation.

Le patronat, la droite et le conseil fédéral ont déjà commencé leur campagne contre cette initiative indispensable avec leurs arguments démagogiques habituels qu’ils utilisent contre la moindre exigence d’un peu plus de justice sociale dans ce pays. A les en croire, l’initiative de l’USS ferait planer une terrible menace sur l’économie suisse, provoquerait une véritable explosion du chômage, casserait le si précieux et efficace partenariat social et en plus impliquerait une intervention de l’Etat au sein de la sphère économique, ce qui est bien sûr très mal et liberticide, pour ne pas dire totalitaire. Ces arguments sont bien sûr ridicules, au point qu’il est difficile d’en faire part avec sérieux.

Puisque les milieux patronaux ont déjà lancé leur campagne contre le salaire minimum, le Parti du Travail, qui a soutenu cette initiative de l’USS dès le début, lance la sienne. Car cette initiative est aujourd’hui absolument indispensable. En effet, en 2010, 329'000 travailleurs en Suisse gagnaient moins de 22 francs de l’heure, formant ainsi des légions de « working poor », ceux qui ne peuvent pas vivre dignement de leur travail. De ces 329'000 travailleurs, 70% sont des travailleuses, dont la situation est souvent aggravée par le fait qu’elles sont bien des fois contraintes de travailler à temps partiel, ce qui réduit d’autant leur revenu.

Or, pouvoir gagner sa vie dignement de son travail doit être considéré comme une nécessité vitale, un droit fondamental. Même Adam Smith, fondateur de l’économie politique libérale, reconnaissait que « Un être humain doit pouvoir vivre de son travail et son salaire doit lui permettre de subvenir à ses besoins. Oui, en règle générale le salaire devrait être plus élevé, faute de quoi il serait impossible de nourrir une famille ». La droite hélvétique ne semble pas d’accord.

Et un salaire de 4000 par mois pour un plein temps est bien le minimum pour vivre dignement de son travail. Et prétendre le contrôle, comme le fait le conseiller fédéral Schneider Ammann, qui dit que 3'500 par mois suffisent largement et que de toute manière il suffit de demander l’aide sociale est tout simplement révoltant.

Cette initiative n’est pas moins mais d’autant plus indispensable du fait du vote du 9 février sur l’initiative de l’UDC sur l’ « immigration de masse ». En effet, avec la réintroduction des contingents, il n’y aura pas moins, mais plus de sous-enchère salariale, ainsi que le Parti du Travail l’avait expliqué avant la votation. Et un salaire minimum est sans doute le meilleur moyen d’au moins limiter les effets de la sous-enchère salariale.

La droite prétend que l’initiative de l’USS va faire baisser tous les salaires et que le salaire minimum deviendra le salaire généralisé. C’est faux. En effet, le montant du salaire dépend du rapport de force entre les travailleurs et le patronat. Il n’y a pas de raison que ce rapport de force se détériore au profit des patrons si un salaire minimum est mis en place.

La droite prétend également que le salaire minimum tuerait le partenariat social. Mais que vaut aujourd’hui ce prétendu partenariat social alors que seulement 45% des salariés du pays sont couverts par une CCT prévoyant un salaire minimum ? Il ne peut y avoir aucun « partenariat » entre deux classes dont les intérêts sont antagoniques, mais seulement lutte, et l’instauration d’un salaire minimum légal est un moyen de lutte parfaitement légitime et tactiquement approprié.

En outre, contrairement à ce que prétend le patronat, le salaire minimum serait bénéfique pour l’économie, puisqu’il augmenterait le pouvoir d’achat des salarié les moins bien payés et donc leur consommation. Il serait tout autant bénéfique pour les finances publiques des cantons et des communes, puisque l’aide sociale ne devrait plus prendre en charge des travailleurs qui enfin pourront vivre dignement de leur travail.


02 mai 2013

Discours du 1er mai 2013, à la Place de Neuve


Chères et chers camarades,

Ambroise Croisat, ministre communiste à l’origine de la sécurité sociale en France, disait « ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais ». Nous pouvons pleinement mesurer aujourd’hui à quel point il avait raison. Nous sommes aujourd’hui ici pour défendre le renforcement des droits et du respect des salarié-e-s. C’est ce que dit notre ruban rouge. Ce combat est plus nécessaire et urgent que jamais car aujourd’hui nous devons faire face à une offensive d’une ampleur et d’une brutalité inédite du patronat et des partis politiques à sa solde contre les droits et les intérêts les plus fondamentaux des travailleurs. Le respect pour celles et ceux qui produisent toute richesse est moins que jamais à l’ordre du jour pour une  bourgeoisie arrogante et revancharde.

Voilà cinq ans déjà que le capitalisme est entré dans une crise systémique qui n’a fait que s’approfondir depuis. Les Etats bourgeois, qui ont renfloué les banques en difficulté avec des milliards d’argent public – des sommes bien plus importantes que les mêmes gouvernements n’ont jamais eu la volonté politique de rassembler pour mettre fin aux famines dans le monde – veulent faire maintenant payer leur crise aux peuples. Nous devons faire face aujourd’hui à une  offensive brutale des maîtres du capital et de leurs Etats contre les travailleurs afin de sauvegarder et accroître encore leurs profits indécents : baisses des salaires, démantèlement des droits des travailleurs et des acquis sociaux obtenus de haute lutte par le mouvement ouvrier au cours du XXème siècle, politiques d’austérité et destruction des services publics et des industries nationales… Ces politiques antipopulaires sont menées indifféremment par les partis au pouvoir, qu’ils soient ouvertement de droite, ou bien membres de l’Internationale socialiste.

Le Peuple grec est pratiquement réduit à la famine par des politiques d’austérité imposées par la structure profondément antidémocratique et réactionnaire qu’est l’Union européenne, et avec la collaboration active de tous les partis bourgeois grecs. Les peuples portugais, espagnol, italien…subissent les mêmes politiques d’austérité voulues par l’Union européenne. En France, c’est un gouvernement officiellement socialiste qui mène une politique de coupes budgétaires et démantèle le code du travail, pour le plus grand plaisir du MEDEF. Les droits les plus élémentaires des travailleurs sont violés chaque jour. A titre d’exemple, nous devons rappeler et dénoncer le scandaleux licenciement de 22 grévistes à l’Hôpital de la Providence à Neuchâtel ; licenciés pour simplement avoir exercé leur droit à faire grève pour défendre leur convention collective de travail, droit que pourtant la Constitution fédérale garantit.
 
Face à ces violations et à ces politiques, nous pouvons et nous devons lutter pour le renforcement de droits et le respect des travailleurs. Le 1er juin, nous descendrons de nouveau toutes et tous dans la rue pour dénoncer les abus patronaux et exiger plus de protection et plus de droits pour les salarié-e-s. Nous lutterons pour faire passer l’initiative 1:12 de la Jeunesse socialiste et l’initiative de l’USS pour un salaire minimum à 4'000 francs ; car aujourd’hui plus de 400'000 travailleurs (qui sont surtout des travailleuses) gagnent moins que ce modeste montant et qu’il est tout bonnement inacceptable qu’en Suisse au XXIème siècle un travailleur ne puisse pas vivre dignement de son travail ; et pour l’initiative de la CGAS sur le renforcement du contrôle des entreprises, mesure nécessaire pour limiter un peu le dumping salarial, quoi que raconte l’Entente sur un mythique et inexistant partenariat social. Nous devrons nous battre aussi pour faire échouer le 9 juin prochain les dites mesures urgentes sur l’asile, qui ne présentent aucune urgence, ne répondent à aucun véritable problème, mais seulement à la démagogie fascisante d’une certaine droite qui fait de la xénophobie son fond de commerce, et menace gravement la substance même du droit d’asile, les droits humains les plus élémentaires des réfugiés, et par-dessus le marché remet en cause les principes les plus fondamentaux de l’Etat de droit. Je vous signale également l’initiative du Parti du Travail contre les expulsions d’appartement sans relogement, que je vous invite toutes et tous à signer.
Toutes ces luttes sont importantes et nécessaires et nous devons les mener. Toutefois, notre combat ne peut se réduire à exiger des réformes ou des augmentations des salaires dans le cadre du régime actuel. On ne peut non plus y réduire la portée du 1er mai. Car la crise actuelle est née des contradictions fondamentales du système capitaliste, dont elle signale infailliblement qu’il a atteint ses limites historiques. Elle ne peut être résolue en restant dans un paradigme capitaliste qu’au prix de guerres, de dictatures fascistes et de souffrances pour les peuples. La seule sortie progressiste, favorable aux travailleurs, de la crise passe par un nécessaire changement de régime, par la construction d’une société nouvelle, socialiste.

 Il y a cent ans de cela, Rosa Luxemburg écrivait à l’occasion du 1er mai 1913 : « L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants. »

« La proposition excellente du français Lavigne au Congrès de Paris de l'Internationale ajoutait à cette manifestation parlementaire, indirecte de la volonté du prolétariat, une manifestation internationale directe de masse : la grève comme une manifestation et un moyen de lutte pour la journée de 8 heures, la paix mondiale et le socialisme. »

Cent ans après, ces lignes sont actuelles comme jamais, et il importait de les citer afin de rappeler ce qu’est le 1er mai, pas la fête du travail, ni celle du muguet, ni une simple tradition, mais une journée de rassemblement et de lutte de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs pour leurs droits et leurs aspirations légitimes, contre l’oppression capitaliste, et pour une société nouvelle, socialiste.

Dans quelques instants, nous chanterons l’Internationale. Pour que cela ait un sens, et ne soit pas qu’un rituel creux, nous devons nous souvenir de la portée révolutionnaire du 1er mai. Je finirai donc en citant les paroles qu’avait prononcée au nom du Parti du Travail Liliane Johner il y a dix ans, le 1er mai 2003 : « Malheureusement nombreux sont encore ceux qui pensent que des accommodements avec le capitalisme sont possibles sans bouleverser le système, en imposant simplement un certain nombre de réformes progressistes. Mais nous devons nous diriger vers une véritable transformation de cette société grâce à une réelle opposition, autonome dans son action, indispensable pour non seulement promouvoir la résistance au néolibéralisme mais aussi pour conduire une transformation sociale radicale. »

 

Alexander Eniline

03 décembre 2012

Discours prononcé pendant le rassemblement pour la validation de l’initiative 151 « Pour le renforcement du contrôle des entreprises, contre la sous-enchère », le vendredi 30 novembre 2012

Chères et chers camarades,

Friedrich Von Hayek, auteur de référence des idéologues du PLR, écrivait : « Je préfère une dictature libérale à un gouvernement démocratique où le libéralisme serait absent ». Le Conseil d’Etat et la droite du Grand Conseil semblent bien prendre cette direction en s’apprêtant une nouvelle fois à invalider une initiative populaire dont le contenu leur  déplaît pour des raisons politiques afin d’empêcher le peuple de pouvoir se prononcer là-dessus, d’empêcher que de quelconques mesures dignes de ce nom soient prises pour lutter contre la sous-enchère salariale ; cela en avançant de piètres arguties juridiques tirées par les cheveux, et auxquelles personne ne croit, tant est devenu systématique pour la droite de ce canton le déni des droits populaires et de la démocratie, l’habitude d’invalider systématiquement des initiatives populaires parfaitement valides, et qui sont pratiquement à chaque fois reconnues telles par le Tribunal fédéral. Et la droite qui s’ingénie à trouver les prétextes juridiques les plus fallacieux pour invalider les initiatives populaires progressistes est la même droite que celle qui aux chambres fédérales a laissé passer toutes les initiatives de l’extrême-droite, de l’interdiction des minarets à l’expulsion des étrangers criminels, pourtant clairement inapplicables et contraires au droit international.

 

Mais il est bien clair que les arguties juridiques ne sont rien d’autre que des arguties, et il n’est même pas la peine de leur répondre. Les véritables raisons de la droite de vouloir invalider l’initiative sont clairement politiques, et les véritables arguments le sont aussi. Le Conseil d’Etat prétend que l’initiative serait disproportionnée et que Genève serait déjà, à ce qu’il paraît, pionnière dans le domaine de la lutte contre la sous-enchère salariale. Pionnière ? Il existe à ce jour un commissaire de l’OCIRT pour 18'750 emplois. Les normes de l’OIT pour les pays développés voudraient un inspecteur pour 10'000 emplois. Les effectifs de l’OCIRT correspondent aussi aux normes de l’OIT…pour les pays en voie de développement. Genève serait-elle désormais un pays du Tiers monde ? Serait-il vraiment disproportionné d’adapter les effectifs de l’OCIRT comme le prévoit l’initiative 151 ? Il faut également tenir compte du fait que l’OCIRT n’a rendu que 8 décisions en 2011, et 2 en 2012 !, que 80% des commissions paritaires n’effectuent aucun contrôle, que pour 62% des entreprises, représentant 52% de l’ensemble des travailleurs, pratiquement aucun contrôle n’est jamais exercé. Dire, dans ces conditions, que l’initiative 151 est disproportionnée et que Genève est déjà pionnière, tient au mieux de la mauvaise blague. Il est parfaitement limpide que le seul but du patronat, et des partis qui le servent, est de laisser la sous-enchère salariale se poursuivre sans encombre. A titre de comparaison, il existe un agent de la Fondation des parkings pour 326 places de parc. On voit bien quelles sont les priorités politiques des bourgeois !

Le Conseil d’Etat prétend que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, que le système fonctionne bien et que somme toute le problème de la sous-enchère salariale n’en est pas un. Une telle affirmation tient du mensonge le plus éhonté ! Le Conseil d’Etat omet de dire que depuis 2008 le salaire brut médian a reculé, que depuis plusieurs années les bas salaires se généralisent et les écarts salariaux se creusent (la part des salariés du canton touchant un bas salaire est passée de 15,1% à 18,5% entre 2000 et 2010), que les commissions paritaires ont révélé des taux d’infraction de 24% en 2011, ce alors que l’OCIRT ne fait rien, et que 52% des salariés ne bénéficient d’aucun contrôle ! Cette situation catastrophique pour les travailleurs est bien entendue liée aux accords bilatéraux avec l’Union Européenne, à la dite « libre-circulation » des personnes, en fait la libre-exploitation des travailleurs à l’échelle du continent, la libéralisation et la dérégulation du marché du travail, une aubaine pour le patronat européen et helvétique pour une baisse généralisée des salaires. Le Parti du Travail avait le premier lutté contre ces accords bilatéraux, pour avoir justement prévu qu’ils constitueraient une large porte ouverte à la sous-enchère salariale et que les prétendues mesures d’accompagnement resteraient lettre morte. Nos saluons le fait que les syndicats prennent désormais cette réalité en compte et luttent contre les effets de cette libéralisation continentale du marché du travail.

 

Enfin, argument décisif, le Conseil d’Etat estime qu’une inspection syndicale serait inacceptable car partiale, et contraire à la liberté économique, car trop intrusive. Cela est évidemment faux, car cette inspection syndicale n’aurait aucun pouvoir décisionnel, qui resterait entièrement entre les mains de l’OCIRT. Mais, cela mis à part, de quelle impartialité veut-on parler ? L’OCIRT, qui se contente trop souvent d’un coup de fil au patron en guise d’inspection, qui écoute systématiquement le patronat et très peu les syndicats, serait-il impartial ? La droite pro-patronale, financée par la FER, qui siège sur les bancs de l’Entente et de l’UDC, serait-elle impartiale ? Le Conseil d’Etat, à majorité issue de l’Entente, qui s’empresse de trouver tous les prétextes juridiques possibles et imaginables pour invalider les initiatives populaires de gauche, serait-il impartial ? Le patronat, qui fait tout son possible pour empêcher les commissions paritaires de procéder à des contrôles et s’oppose de toutes ses forces à l’engagement d’inspecteurs de travail pour contrôler l’application des CCT, serait-il impartial ? Il n’existe pas de telle impartialité ! Le patronat, ses partis politiques, et l’Etat bourgeois à son service, ne défendent qu’un intérêt de classe étroit, l’intérêt du patronat d’utiliser la sous-enchère salariale sans entraves afin d’augmenter ses marges de profits ; ne défendent que la liberté de classe qu’est la liberté économique, qui à vrai dire n’est que le privilège de quelques uns, et étant liberté d’exploiter sans entraves la force de travail, nie la liberté des travailleurs. Pour défendre ces intérêts de classe étroits, pour faire passer leurs privilèges indus pour l’intérêt général, ils s’ingénient à inventer les arguments les plus tordus, mais aucun n’est crédible. Et nous, nous sommes là pour défendre d’autres intérêts, incompatibles avec les privilèges du patronat, les intérêts légitimes des travailleurs.

Comme à chaque fois que le patronat et la droite pro-patronale cherchent à trouver un prétexte pour refuser les revendications légitimes des travailleurs, on nous chante aujourd’hui les vertus du partenariat social. Mais ce couplet sonne faux et pour cause. Car le dit partenariat social n’est rien d’autre qu’une construction idéologique bourgeoise, une fiction qui masque mal la domination écrasante du patronat sur la classe des travailleurs. Car de quel partenariat social peut-il s’agir au juste ? Pour qu’il y ait partenariat, il doit y avoir des intérêts communs. Et quels intérêts communs peut-il y avoir entre deux classes que tout oppose. Karl Marx avait, il plus d’un siècle déjà, justement tourné en dérision les précurseurs de la théorie du partenariat social : «L'intérêt du travailleur est donc le même que celui du capitaliste, prétendent les bourgeois et leurs économistes. Grande vérité ! Le travailleur périt, si le capital ne l'emploie pas ; et le capital est perdu, s'il n'exploite pas le travailleur. [...] Aussi longtemps que le travailleur salarié reste un travailleur salarié, son sort dépend du capital. La voilà cette fameuse communauté d'intérêts du travailleur et du capitaliste.» Vrai à l’époque, l’enseignement de Marx l’est tout autant aujourd’hui. Les travailleurs n’ont jamais rien obtenu que par la lutte, en aucun cas par le partenariat, qui n’est que l’autre nom de la collaboration de classe. Et c’est par la lutte que nous viendrons à bout de la sous-enchère salariale.

 

La droite pro-patronale de ce canton, aux ordres de la FER, n’a aucune légitimité ni politique ni morale d’invalider une initiative syndicale parfaitement valide, raisonnable, et conforme à l’intérêt des travailleurs. Il est inacceptable que les droits démocratiques les plus fondamentaux soient bafoués de façon éhontée pour permettre au patronat de continuer à profiter de la sous-enchère salariale. Nous considérons que la démocratie elle-même est remise en cause par les agissements scandaleux de la droite. C’est au peuple à se prononcer sur une initiative populaire, pas aux fondés de service de la FER, et nous exigeons que l’initiative soit validée à cet effet.

Alexander Eniline

Le 29.11.12

À 23h13