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21 décembre 2021

Julian Assange, bouc émissaire des Etats-Unis

 

PROCÈS • Les défenseurs de la liberté, réunis autour de Joe Biden pour un Sommet pour la démocratie, poursuivent Julian Assange pour «crime» de journalisme.

 

Les USA de Joe Biden avaient réuni un « Sommet pour la démocratie » les 9 et 10 décembre. Celui-ci était sensé réunir les pays démocratiques de la planète, pour défendre les valeurs de la démocratie, partout menacées, contre leur principal ennemi, les régimes autoritaires. Plus que les discours creux d’un sommet qui a tourné à vide, c’est la liste des pays invités qui a suscité l’intérêt. Non seulement les USA se considèrent en droit de définir quel pays est démocratique et lequel ne l’est pas, mais cette définition recoupe en pratique…le fait d’être allié des USA. Certes, l’administration Biden n’a pas osé inviter des despotismes déclarés, comme les monarchies du Golfe, mais il n’a pas été question non plus de ces régimes, qui propagent pourtant une idéologie obscurantiste hostile à toute démocratie. Les grandes menaces désignées étaient la Chine et la Russie, qui se trouvent être des rivaux stratégiques des USA. Parmi les pays invités, par contre, se trouvaient les « démocraties » exemplaires que sont le Brésil de Jair Bolsonaro, les Philippines de Rodrigo Duterte, la Colombie d’Ivan Duque. La Bolivie n’est apparemment pas considérée comme une démocratie, mais, si la dictatrice fasciste Jeanine Añez avait conservé le pouvoir, ça aurait sans doute été différent… Et, provocation caractérisée, Taiwan figurait dans la liste, alors que cette île, que la Chine considère comme une province séparatiste, n’est officiellement reconnue, ni par l’ONU, ni par…les USA. Le ministère chinois des affaires étrangères n’a pas eu tort de dénoncer une démarche digne d’une nouvelle Guerre froide, et de qualifier la démocratie américaine d'"arme de destruction massive utilisée par les États-Unis pour s'ingérer dans les autres pays"

 

Mais, pendant que les chefs d’État « démocrates » rivalisaient de beaux discours, le 10 décembre, la Cour d’appel de la Haute Cour de justice d’Angleterre et du Pays de Galles a autorisé l’extradition de Julian Assange vers les USA. Journaliste, Julian Assange est surtout connu comme fondateur de WikiLeaks, organisation non-gouvernementale qui a publié des documents transmis par des lanceurs d’alerte, faisant état d’abus et de violation de droits humains de la part de différents États. Son seul « crime » est d’avoir rendu publics des documents classifiés émanant des USA, qui ont permis de documenter les crimes de guerres et les actes de torture de l’empire qui tyrannise aujourd’hui la planète. Aucun de ces criminels de guerre n’a été poursuivi, évidemment.

 

En représailles, les USA se sont livrés à un véritable acharnement judiciaire, l’accusant d’« espionnage » et exigeant son extradition, alors qu’on ne voit pas très bien en quoi ce citoyen australien devrait rendre des comptes à la justice étatsunienne. Est-ce que toute la planète serait devenu un territoire asservi de l’empire ? De 2012 à 2019, Julian Assange dut vivre refugié à l’ambassade de l’Équateur à Londres. Mais l’ancien président équatorien Lenin Moreno, qui porte si mal son prénom et qui trahit l’héritage de son prédécesseur, Rafael Correa, l’a livré à la « justice » britannique. Depuis, Julian Assange est détenu dans une prison de haute sécurité, à l’isolement total, dans des conditions proches de la torture psychologique, et qui ont gravement affecté sa santé. Les USA ont multiplié des recours malhonnêtes et des arguties abracadabrantesques pour obtenir son extradition. Le Royaume Uni vient de céder à la volonté de l’Empire, et d’accepter de lui livrer un homme dont le seul « crime » fut d’avoir été journaliste et d’avoir révélé la vérité.

 

La démocratie "ne connaît pas de frontière. Elle parle toutes les langues. Elle vit chez les militants anti-corruption, chez les défenseurs des droits humains, chez les journalistes", a pourtant dit Joe Biden à son sommet. Les journalistes qui travaillent pour les intérêts étatsuniens uniquement, était-il visiblement sous-entendu. Plus que les discours creux, ce sont les actes qui disent le mieux la contribution réelle des USA et du Royaume-Uni à la cause de la démocratie, de la liberté de la presse et des droits humains

15 novembre 2021

9 novembre 2021 : discours prononcé au nom du Parti du Travail



Commémorer le 9 novembre 1932, ce n’est pas seulement se rappeler du passé en tant que passé, mais en tant que leçon et avertissement pour le présent et l’avenir. En particulier, se rappeler de ce jour où l’armée tira sur la foule, faisant 13 morts, est important pour comprendre et combattre le danger du militarisme, arme entre les mains des puissances impérialistes pour opprimer les peuples à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières, et une menace pour l’existence même de l’humanité.

 

L’impérialisme n’a pas changé de nature, ni ne peut en changer. Il est par essence agressif, porté à l’usage de la force meurtrière pour imposer sa domination, déposséder les peuples de leurs ressources. Aujourd’hui, hélas, l’heure n’est pas à la détente, bien au contraire. La planète est ensanglantée par des guerres, souvent orchestrées à distance par les puissances impérialistes. La tendance est à la course aux armements – pour laquelle des ressources précieuses, que nous savons pourtant finies, sont gaspillées en quantités astronomiques – et à la militarisation.

 

Malgré la tragique débâcle de sa guerre en Afghanistan, l’OTAN demeure un bloc militaire agressif, qui s’arroge la prérogative, on ne sait trop de quelle droit, d’intervenir partout sur la planète. La puissance impérialiste sur le déclin que sont les USA est prête à tout pour maintenir son hégémonie. La stratégie agressive de l’impérialisme étatsunien de tension avec la République populaire de Chine et la Fédération de Russie, l’escalade verbale et les provocations, constitue une menace majeure pour la paix mondiale, et pourrait, dans le pire des scénarios, dégénérer en déflagration globale. Le blocus criminel des USA contre la République de Cuba, ses ingérences, ses guerres hybrides contre les peuples d’Amérique latine qui refusent de subir le joug de l’Empire doivent en particulier être dénoncés et combattus.

 

La situation ne s’est pas améliorée depuis que Joe Biden a remplacé Donald Trump. L’alliance militaire AUKUS entre les USA, le Royaume-Uni et l’Australie constitue un dangereux pas supplémentaire dans l’aggravation de la tension militaire dans le Pacifique. L’acquisition de sous-marins à propulsion nucléaire par l’Australie représente une escalade de plus dans la course aux armements, lourde de dangers.

 

Inutile de dire que l’impérialisme ne se préoccupe en réalité nullement de la démocratie et des droits humains. L’OTAN ne trouve rien à redire des crimes de guerre de l’un de ses membres, la Turquie d’Erdogan. Les USA n’ont aucun problème avec les régimes autoritaires « amis », sans parler de leurs propres – et innombrables – violations des droits humains. Ce n’est qu’une question d’intérêts des grands monopoles, de contrôle des ressources et de domination. Les puissances impérialistes n’ont également aucun respect, même minimal, des droits humains des personnes qui doivent fuir leur pays du fait de leurs guerre, et des ravages de leur domination. Des personnes avec qui nous devons également être solidaires. Dans l’immédiat, je vous appelle à signer le référendum contre le financement par la Suisse de Frontex, cette criminelle police européenne des étranges.

 

Nous devons exiger le respect du droit international, le respect des peuples pour le droit à disposer d’eux-mêmes, lutter pour un désarmement global. Aujourd’hui comme hier, la lutte pour la paix passe par la lutte contre l’impérialisme.

28 août 2021

Discours d’ouverture du débat public sur Cuba le 27 août 2021

 


Votre excellence l’ambassadeur, chères et chers camarades, compagnons de lutte, amis de la Révolution cubaine, et citoyens désireux simplement d’entendre un autre point de vue que la version distillée par les médias bourgeois, de connaître la vérité sur Cuba et sur ce qui s’y passe réellement, j’ai l’honneur, au nom du Parti du Travail, de souhaiter la bienvenue à ce débat public organisé par notre Parti.

 

C’était important pour nous d’organiser cet événement, en solidarité avec le peuple cubain et la Révolution cubaine. Car l’internationalisme fait partie des principes fondamentaux de notre Parti. La lutte des peuples partout sur la planète pour leur émancipation et pour le socialisme fait un ; nous ne séparons pas notre propre lutte en Suisse de celles menées partout au monde. Comme l’écrivait Karl Marx dans l’Adresse inaugurale de la Ière Internationale : « L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels, qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les inciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées ».

 

Lorsqu’en 1959 le peuple cubain, sous la direction de Fidel Castro, renversa la dictature de Batista, lorsqu’il se libéra de la tutelle de l’Empire, lorsqu’il s’engagea sur la voie de la construction du socialisme littéralement à la porte des USA, il réalisa une percée révolutionnaire digne d’admiration, exemple remarquable pour tous les peuples luttant pour leur émancipation. Exploit d’autant plus remarquable que Cuba parvint à préserver les acquis du socialisme dans les conditions les plus hostiles. Malgré toutes les difficultés, le socialisme permit à Cuba des réalisations remarquables : la justice sociale, des services publics accessibles et universels, une santé et une éducation gratuites et de qualité pour toutes et tous. Cuba est également à ce jour le seul pays à remplir les critères onusiens de développement durable, grâce à son agriculture biologique, son développement social, un usage somme toutes remarquable des ressources disponibles limitées. L’espérance de vie est plus élevée à Cuba qu’aux USA, et la mortalité infantile plus basse. La solidarité internationale y est également un principe fondamental et une réalité vivante, et l’engagement de Cuba à ce niveau est admirable. Cuba prouve chaque jour que le socialisme est une société nouvelle, différente et meilleure que le capitalisme, pour laquelle il vaut la peine de se battre. Pour toutes ces raisons, la solidarité internationaliste avec la Révolution cubaine est un devoir.

 

Ce devoir de solidarité internationaliste est d’autant plus impératif aujourd’hui que la Révolution cubaine vit des heures difficiles. Vous n’êtes pas sans savoir, puisque les médias bourgeois en ont fait une couverture massive et orientée – raison pour laquelle nous avons organisé le présent événement - que le 11 juillet dernier, des manifestations de protestation ont eu lieu dans certaines villes à Cuba, motivées par un mécontentement face aux pénuries de produits de base, aux restrictions d’électricité et au manque de vaccins et de médicaments. Certes, ces problèmes existent, mais il faut comprendre qu’elles en sont les causes. J’y reviendrai dans un instant. Des éléments contre-révolutionnaires ont essayé de prendre la tête de ces protestations pour leur donner un sens contre-révolutionnaire. La mafia contre-révolutionnaire de Miami a tenté de faire tout un tapage pour ouvrir un « corridor humanitaire » ; prétexte hypocrite pour une invasion impérialiste en vue d’un changement de régime. Joe Biden s’est totalement engagé dans cette entreprise criminelle, durcissant encore les sanctions contre Cuba. Lorsque Miguel Diaz Canel, président de la République de Cuba, a appelé les révolutionnaires à descendre à leur tour dans la rue pour défendre la Révolution – car une Révolution doit après tout pouvoir se défendre –, les propagandistes de l’Empire ont mensongèrement parlé de « répression », occultant l’appel au dialogue et à l’unité de la part du président cubain.

 

Or cette campagne médiatique est de bout en bout tendancieuse et malhonnête, tant par l’occultation totale des causes réelles des difficultés économiques que connaît Cuba, que par la présentation mensongère qu’elle fait des événements ayant eu lieu le 11 juillet. Il s’agit tout simplement d’une campagne de fake news éhontée, d’une guerre informationnelle contre Cuba de la part de l’Empire.

 

Ce que cette propagande tait honteusement, c’est que les réalisations du socialisme à Cuba sont d’autant plus remarquables que l’île vit depuis la Révolution dans les conditions d’une guerre non-déclarée de la part des USA : une guerre économique, informationnelle, sans parler des attentats terroristes cautionnés par les USA et des tentatives d’assassinat de dirigeants cubains. Depuis la Révolution, Cuba vit sous le joug d’un blocus ruineux et illégal – d’autant plus qu’il est extraterritorial, ce qui est grossièrement contraire au droit international – imposé par les USA, dans le seul but cynique d’étouffer tout potentiel économique, de rendre la vie du peuple cubain aussi difficile que possible afin de provoquer le mécontentement, dans le but de susciter une explosion sociale menant à un changement de régime, en clair, la restauration du capitalisme. Un blocus devenu d’autant plus étouffant depuis la fin du socialisme en URSS, depuis que Donald Trump l’a encore durci, et depuis que le Venezuela souffre également de la guerre économique que les USA mènent contre lui et a moins de possibilités de soutenir matériellement Cuba.

 

Le blocus rend pour Cuba toutes transactions difficiles, il complique beaucoup les exportations, et rend les importations plus compliquées et nettement plus chères. Une traque inouïe et scandaleuse de la part des USA de toutes les transactions impliquant Cuba limite beaucoup les transferts de devises vers l’île. D’où d’inévitables pénuries, des difficultés objectives considérables face auxquelles le gouvernement cubain fait ce qu’il peut. Qu’un mécontentement existe dans la population, c’est compréhensible, mais les options du gouvernement sont limitées. L’économie de Cuba se serait sans doute purement et simplement effondrée, et la catastrophe sociale serait effroyable, s’il ne s’agissait pas d’un pays socialiste.

 

Si l’approvisionnement alimentaire est insatisfaisant à Cuba, c’est notamment parce que le blocus rend très difficile l’achat de machines agricoles qui seraient nécessaires pour atteindre l’autosuffisance alimentaire. Si des médicaments peuvent manquer, c’est que Cuba n’est presque pas en mesure d’en importer, et doit en produire près de 80%. Sauf que toutes les matières premières nécessaires ne sont pas simples à se procurer à Cuba. Et la pandémie du Covid 19 est venue se conjuguer aux effets du blocus, en réduisant presque à néant le tourisme, et en faisant chuter d’autant les rentrées en devises sans lesquelles les importations sont impossibles. Quand Joe Biden prétend être du côté du peuple de Cuba, c’est d’une hypocrisie révoltante. Tout ce qu’il aurait à faire, c’est de lever le blocus, et il fait tout le contraire.

 

Le blocus ne serait pas aussi dévastateur si les autres pays capitalistes ne s’y soumettaient pas, malgré son caractère illégal, voire ne collaboraient pas volontairement à cette entreprise criminelle. En Suisse aussi, malgré la neutralité officielle, la plupart des entreprises s’y plient. Il est presque impossible d’effectuer des transactions avec Cuba, voire simplement des virements en Suisse même si le motif du virement fait référence à Cuba. Notre Parti combat cet alignement de fait sur le blocus, et la politique inacceptable du Conseil fédéral qui laisse faire, ce par tous les moyens dont nous disposons. Nous dénonçons particulièrement l’attitude d’Ignazio Cassis, qui agit plus en larbin des USA qu’en conseiller fédéral suisse.

 

Quant aux événements même du 11 juillet, la propagande médiatique anti-cubaine est purement et simplement mensongère.

 

Quelques milliers de manifestants tout au plus, dans un pays comptant 11 millions d’habitants, cela ne constitue en rien un « soulèvement massif ». Les complotistes qui manifestent en Suisse contre les mesures sanitaires du Conseil fédéral en font autant… En comparaison, à combien plus forte raison il aurait fallu, au plus fort du mouvement des gilets jaunes, mener une « intervention humanitaire » pour libérer la France de la « dictature macroniste ». Pour ce qui est de la « répression », je l’ai vu en France quand j’y ai vécu quelques mois : éborgnés pour l’exemple, tirs de LBD dans la tête, tirs de grenade dans la foule, police anti-émeute militarisée. On n’a rien vu de tel à Cuba. Et les quelques dizaines de procédures judiciaires, toutes conformes à la loi et pour des délits qui auraient également été poursuivis en Suisse, elle est sans commune mesure avec l’abus massif de garde à vue et les procédures accélérées et lourdes à large échelle en France. Pour faire croire que lesdites manifestations ont été plus massives qu’en réalité, la propagande impérialiste n’a pas hésité à diffuser de pures fake news ; comme par exemple de faire passer une photo d’une manifestation à Alexandrie, en Égypte, en basse résolution, qui eut lieu lors du Printemps arabe, pour une image prise le 11 juillet à la Havane. En agrandissant un peu on reconnaît sans peine des drapeaux égyptiens…

 

Quant à la prétendue « catastrophe sanitaire », rappelons que Cuba, malgré les difficultés d’approvisionnement dues au blocus, compte nettement moins de décès du Covid que la Suisse, pour une population un peu plus élevée (or, si la gestion de la pandémie aurait pu avoir été meilleure en Suisse, on ne dit pourtant pas qu’elle fût un désastre). La politique face au coronavirus à Cuba est même exemplaire.

 

Et la propagande impérialiste masque le fait que ces soulèvements n’ont pas été simplement spontanés. Elle tait tout le travail réalisé par la CIA et la mouvance contre-révolutionnaire de Miami sur les réseaux sociaux pour inciter des citoyens cubains à se soulever, à grands renforts de fake news et de propagande malveillante ; une véritable guerre informationnelle contre la Révolution cubaine. Trop occupée à inventer une prétendue « répression », elle fait semblant de ne pas voir les actes de violence commis par des éléments contre-révolutionnaires à Cuba, qui sont allés jusqu’à caillasser une clinique pédiatrique… Des procédés qu’on estime scandaleux lorsqu’ils sont utilisés par les supporters de Trump aux USA ou par Cambridge Analytica, deviennent tout à coup « normaux » lorsqu’ils sont utilisés contre Cuba.

 

Malheureusement, certains qui se disent de gauche, voire même révolutionnaires, ne font pas preuve de la solidarité qu’il faudrait avec Cuba en ces heures difficiles, et déchoient jusqu’à prendre fait et cause pour la soi-disant « révolte du peuple » contre la direction du Parti et de l’État. Certains vont même jusqu’à remettre en cause le caractère socialiste de Cuba. Passe encore pour des militants d’une gauche réformiste dont l’horizon politique ne va pas au-delà d’une amélioration limitée du capitalisme. Mais que dire de celles et ceux qui se prétendent marxistes et révolutionnaires – généralement issus de la mouvance trotskiste (pas tous les trotskistes, je précise) – qui vont pourtant jusqu’à reprendre à leur compte tout ou partie de la propagande impérialiste contre la Révolution cubaine ? Leur attitude est lamentable, et, bien que je ne souhaite pas perdre de temps en polémique, il faut pourtant en dire quelques mots. Il s’agit typiquement de l’attitude faussement révolutionnaire d’un certain trotskisme : toujours pour la révolution en théorie, toujours contre en pratique. Une barricade n’a que deux côtés. Celles et ceux qui refusent de soutenir la Révolution cubaine et le Parti communiste de Cuba, aussi « révolutionnaires » qu’ils puissent se prétendre en paroles, sont objectivement dans le camp de l’impérialisme, des partisans de la restauration du capitalisme, dans le même camp que la CIA.

 

Certes, Cuba connaît des difficultés et des contradictions réelles, et il n’est que trop facile de critique d’un point de vue de « gauche » les imperfections réelles du socialisme cubain, pour se donner un verni « ultra-révolutionnaire ». Il est tout aussi facile de critiquer le gouvernement cubain pour les pénuries, une critique purement verbale et démagogique, sans qu’il soit jamais clair ce que ces gens proposent que le gouvernement cubain devrait faire, et sans qu’ils n’en aient sans doute la moindre traître idée. Toute leur critique se réduit au fond à dire que le socialisme cubain n’est pas ce qu’il devrait être, si tant est que c’est du socialisme…pour la bonne et simple raison à ce qu’il ne correspond pas à leur définition purement abstraite de ce que le socialisme devrait être, une définition élaborée a priori, sans étudier la réalité cubaine et ses possibilités, ce qui ne les intéresse absolument pas. Il s’agit là d’une approche idéaliste, qui n’a rien de marxiste, quel que soit le nombre de citations des classiques du marxisme qu’ils peuvent aligner. La réalité apparaît certes toujours décevante quand on la mesure à l’idéal ; mais la perfection n’existe pas en ce bas monde. Le marxisme exige de partir des contradictions réelles du capitalisme pour tracer la voie vers le socialisme, des contradictions réelles du socialisme pour l’améliorer, et n’a que faire des élucubrations inventées par des révolutionnaires de salon.

 

Quant à l’ouverture au marché, il s’agit d’une question complexe. Je dirai simplement que la transition du capitalisme au communisme, en quoi consiste précisément le socialisme – car le socialisme est à la fois un mode de production en un sens autonome et une phase de transition –, représente une longue période historique, pendant laquelle des éléments hérités du passés et ceux annonçant l’avenir, des éléments issus du capitalisme et d’autres qui préfigurent le communisme, coexistent en se combattant. Ce serait une simplification coupée de la réalité que d’imaginer cette transition comme simple et linéaire, et dogmatisme sectaire que de prendre toute discontinuité pour un pour un renoncement à l’objectif final, tout pas en arrière temporaire pour une trahison. Il peut être prématuré de vouloir abolir d’emblée tout élément de marché, tout élément non socialiste. Un pays économiquement peu développé ne peut instaurer d’emblée un socialisme développé. Le faire pourrait même être contre-productif. Et un petit pays comme Cuba, qui n’est pas doté de toutes les ressources naturelles dont il aurait besoin, ne peut vivre en autarcie. Difficile de faire autrement que de s’ouvrir partiellement au marché sur une planète où il n’y a plus de système d’États socialistes. Certes, une ouverture au marché, le rétablissement de la propriété privée dans certains domaines, implique de faire revivre des éléments non-socialistes, qui pourraient devenir, dans certaines conditions, une base pour la restauration du capitalisme. Le rapport du camarade Raoul Castro au VIIIème Congrès du PCC montre que les communistes cubains sont bien conscients de cet état de fait. Mais justement, le PCC en est conscient, et sait où passe la ligne rouge. Il est vrai aussi que l’actualisation du modèle économique à Cuba nécessite des mesures pas toujours faciles, ce d’autant plus que ces réformes doivent se faire dans les conditions hostiles du blocus, et qui peuvent occasionner du mécontentement. Des erreurs peuvent à l’occasion être commises, comme le camarade Raoul Castro le dit lui-même. Le but de ces mesures toutefois, est d’accroître la productivité, l’efficacité de l’économie cubaine, pour au final réduire les pénuries et répondre mieux aux besoins de toutes et tous. Les mesures à prendre pour accroître la productivité sous le socialisme ne sont pas toujours simples, mais elles doivent être prises, car elles le sont pour le bien de toutes et tous, pour une plus grande justice sociale, et n’ont en tout cas rien à voir avec les « réformes » qui sont imposées aux peuples sous le capitalisme. Le Parti et le peuple à Cuba ne veulent en aucun cas renoncer au socialisme, ce qui implique la propriété du peuple entier sur les principaux moyens de production.

 

Cuba reste et restera un phare du socialisme pour le monde entier, qui a plus que jamais besoin du soutien, d’une solidarité sans failles de tous les anti-impérialistes et de tous les révolutionnaires authentiques, partout sur la planète. Le Parti du Travail ne renoncera jamais à son devoir de solidarité internationaliste.

07 juillet 2021

Les USA sous Joe Biden : un changement de cap ?

 



Si l’on en croit l’ex-président des USA, Donald Trump, son pays courrait droit à la catastrophe, car désormais « en mains socialistes ». Le Parti démocrate étatsunien serait devenu un parti de gauche, et on ne nous l’aurait pas dit ?

 

Sans atteindre à ce niveau d’élucubration, des personnalités, qui elles sont bien de gauche distribuent à Joe Biden des éloges immérités sur certaines de ses mesures politiques – comme son plan de relance ou sa campagne pour un taux minimal de taxation des multinationales au niveau mondial – attribuant aux dites mesures une portée qu’elles n’ont pas en réalité. Or, il importe d’être clair là-dessus : l’administration Biden est dans la continuité de la politique menée par les administrations précédentes, y compris de celle qu’elle a remplacé.

 

C’est devenu un lieu commun que de comparer Joe Biden avec Franklin Delano Roosevelt, démocrate et président des USA de 1933 et 1945, qui avait mis en place un vaste plan de relance d’inspiration keynésienne, le « New Deal », pour sortir de la Grande Dépression.

 

Cette comparaison est trop flatteuse. L’ampleur des politiques keynésiennes menées par Biden est loin d’atteindre celles du New Deal, sans parler des impôts qu’alors les plus riches ont dû consentir à payer. Toutefois Franklin Roosevelt n’était nullement un socialiste, et le keynésianisme n’a jamais eu vocation à être une pensée de gauche. Le but du New Deal était de sauver le capitalisme de sa propre crise, d’assurer la rentabilité du capital par l’intervention de l’État…dans l’intérêt du capital. Aujourd’hui que le capitalisme est de nouveau en crise, le retour au capitalisme monopoliste d’État répond aux mêmes nécessités et poursuit les mêmes objectifs. Il ne s’agit pas en soi d’une politique progressiste. Le mouvement avait d’ailleurs été déjà amorcé par Trump et son propre plan de relance…

 

Quant à la plus grande « inclusivité » de l’administration démocrate, rappelons que, à la frontière Sud des USA, les enfants sont toujours séparés de leurs parents et enfermés dans des cages…

 

Pour ce qui est de la politique étrangère des USA sous Joe Biden, non seulement elle est dans la continuité de son prédécesseur, mais bien plutôt dans son aggravation. Première puissance impérialiste mondiale, dont l’hégémonie est contestée, les USA sont de ce fait la première menace pour la paix mondiale et pour tous les peuples du monde en lutte pour leur libération. C’est toujours la même politique impériale, d’un empire sur le déclin et prêt à tout pour essayer de préserver ses positions, qui sera menée par l’actuelle administration.

 

Certains ont un peu vite qualifié l’infléchissement de la diplomatie étatsunienne sous Biden comme un retour au « multilatéralisme ». Quel multilatéralisme ? Certes, la politique étrangère du nouveau locataire de la Maison blanche est moins brouillonne, plus intelligente que celle de son prédécesseur. Mais elle poursuit exactement les mêmes objectifs…avec plus d’efficacité, ce qui la rend bien plus dangereuse.

 

Quant au parle de « multilatéralisme » à propos de la nouvelle administration étatsunienne, en pense généralement à l’« alliance des démocraties » prônée par l’actuel président des USA. C’est pourtant tout le contraire du multilatéralisme. Il s’agit en réalité tout simplement d’un remake du « monde libre », bloc agressif des puissances impérialistes occidentales sous hégémonies étatsunienne, engagée dans une nouvelle guerre froide contre la République populaire de Chine, qualifiée de « rival stratégique », et accessoirement contre la Fédération de Russie, et tous les États et peuples du monde qui, pour une raison ou une autre, ne veulent pas plier l’échine face à l’ordre impérial.

 

Une stratégie de guerre froide qui avait déjà été amorcée par Barack Obama, dont Biden fut le vice-président, et son « pivot vers l’Asie », et poursuivie avec acharnement par Donald Trump. Une stratégie qui n’a évidemment rien à voir avec les « valeurs », la « démocratie » ou les « droits humains ». Sinon, les USA ne fermeraient pas autant les yeux sur les crimes des régimes qui leur sont loyaux, et dont il serait trop long de faire la liste. Une stratégie qui constitue une menace directe pour tous les peuples du monde épris de liberté, et avec lesquels notre Parti est pleinement solidaire.

 

Rappelons qu’une lutte anti-impérialiste conséquente suppose de combattre avant tout son propre impérialisme. La Suisse n’a que trop prouvé qu’elle est objectivement à la botte des USA. Il faut savoir clairement choisir son camp. Le reste n’est qu’hypocrisie.

19 novembre 2020

La défaite de Donald Trump est une bonne nouvelle, mais…


 


Après plusieurs jours de suspense, Joe Biden est finalement élu président des USA. Il s’en est pourtant fallu de peu pour que Donald Trump ne soit réélu. Le président sortant a tout de même engrangé 47,5% des voix. Son rival gagne avec la marge étroite de 50,5%. Mais, selon le peu démocratique, peu logique et archaïque système électoral en vigueur aux USA, ce n’est pas la majorité du peuple qui décide réellement, et Joe Biden dispose d’une majorité au collège des Grands électeurs.

 

Tout n’est pas fini pour autant. Donald Trump crie à la fraude (sans la moindre preuve), refuse de reconnaître sa défaite et va contester les résultats devant les tribunaux. On se dirige vers une longue bataille judiciaire. Les supporters fanatisés, et parfois armés, de Trump se mobilisent en masse contre ce qu’ils pensent être un « vol » de « leur victoire ». On pourrait remarquer que ce qu’essaye de faire Trump – à savoir un coup d’Etat sur le principe, soit je gagne, soit les élections sont truquées, et alors j’exige leur invalidation – ressemble à s’y méprendre aux méthodes utilisées par les USA pour renverser les gouvernements qui leurs déplaisent, auxquelles les Démocrates ne trouvent rien à redire lorsqu’elles sont appliquées à l’étranger, mais qu’ils trouvent soudain tout à fait déplaisantes lorsqu’elles sont utilisées à leur détriment. Toutefois, il y a fort à parier que les gesticulations du président sortant ne donneront absolument rien. Presque tout le monde a d’ailleurs d’ores et déjà reconnu la victoire de Joe Biden.

 

Une défaite pour la réaction

 

Si le slogan « bonnet blanc, blanc bonnet » aurait été hors de propos pour ces élections, c’est que Trump ne représentait pas simplement la continuité de ses prédécesseurs en tant que fondés de pouvoir des grands monopoles, mais quelque chose de bien pire. Symptôme d’un système capitaliste pourrissant, et pour cette raison ultraréactionnaire, Trump en a grandement amplifié les tendances à la fascisation. Il a durci la politique migratoire xénophobe des USA à un point qui rendrait jaloux Christophe Blocher : mur à la frontière du Mexique, séparation des enfants d’avec leurs parents, enfermement dans des cages, limitation drastique des possibilité de migrer légalement aux USA…Il s’est attaqué aux droits des femmes et des LGBT. Il a flatté les suprémacistes blancs et encouragé la violence armée de groupuscules d’extrême-droite, couvant un embryon de chemises brunes. Il a fait du climatoscepticisme une idéologie d’Etat. Il a mené une politique au service exclusif de sa classe – démantèlement social et cadeaux fiscaux démentiels – n’oubliant pas d’utiliser abusivement sa fonction pour s’enrichir au passage. Par contre, son hypocrite sollicitude envers la classe ouvrière s’est révélée du vent, tout comme ses promesses d’ « assécher le marais » (de la corruption), phénomène qu’il a aggravé de façon éhontée.

 

Et, il importe d’insister là-dessus, Trump n’a nullement été un président « pacifique », encore moins un allié contre les élites (lesquelles exactement ?) ou le Nouvel ordre mondial (quoi que ce syntagme veuille dire). Il est désolant que les délires conspirationnistes du type Qanon aient un écho jusque chez des militants anti-impérialistes. Cette porosité n’illustre que trop bien hélas la confusion idéologique de notre époque, et nous rappelle qu’il ne saurait y avoir de compromis en matière d’idéologie. Trump, certes, n’a pas déclenché de nouvelle guerre, et a promis de retirer les troupes (de zones de conflit estimées non-prioritaires). Mais cela reflète plus l’affaiblissement d’un empire sur le déclin qu’une politique de paix. Par contre, il a soutenu le projet d’annexion, scandaleux et illégal, de la Cisjordanie par Israël, aggravé la guerre économique contre Cuba, contre le Venezuela, contribué au coup d’Etat en Bolivie…Sa politique unilatérale d’ « America First », sa rhétorique incendiaire contre l’Iran, sa stratégie de confrontation à outrance avec la Chine…tout cela ne rappelle que trop bien le Japon impérial qui claquait la porte de la SDN…

 

En outre, il convient de nuancer. La défaite de Donald Trump est toute relative. Certes, il n’est pas réélu, et cela change tout. Mais il a engrangé plus de suffrages qu’en 2016 (il n’avait alors pas non plus obtenu une majorité du peuple, seulement des Grands électeurs). Après quatre ans de mandat, non seulement le trumpisme ne s’est pas effondré, mais sa base sociale s’est même consolidée. S’il n’y avait eu sa gestion calamiteuse de l’épidémie du Covid-19, probablement aurait-il été réélu… Trump a semé abondamment des graines brunes, que sa non-réélection n’empêchera pas de germer.

 

Mais pas une victoire pour la gauche

 

Une opposition, pleinement justifiée, à Donald Trump et à ce qu’il représente, a conduit beaucoup de personnes aux convictions progressistes, aux USA et ailleurs, à souhaiter ardemment la victoire du candidat démocrate, et à se réjouir de sa victoire. Que Trump ne soit pas reconduit est une excellente chose, nous en convenons ; et soutenir Joe Biden face à lui se justifiait, nous n’en disconvenons pas. Parfois, le choix du moindre mal s’impose. Le fait en dit toutefois long sur le verrouillage anti-démocratique que constitue le système présidentiel allié au bipartisme…Toutefois, en choisissant le moindre mal, il importe de ne pas oublier qu’on choisit tout de même un mal.

 

Si une chose est sûre – nonobstant l’absurde propagande trumpiste visant à faire passer son adversaire pour un « socialiste » (mais, pour l’aile droite du Parti républicain, tout ce qui est un peu plus à gauche qu’elle est « socialiste ») – c’est que Joe Biden n’a jamais été un homme de gauche. Kamala Harris n’a jamais été une femme de gauche, d’ailleurs. Durant sa longue carrière politique, Joe Biden a voté pour les démantèlement social, a rédigé même le « Crime Bill » en 1994 – loi ultra-répressive responsable de l’incarcération massive de personnes issues de minorités –, soutenu le « Hyde Amendement » qui interdit l’utilisation de fonds fédéraux pour payer l’avortement…Bref, c’est un néolibéral, dont la conversion à l’antiracisme, au féminisme et à la défense des minorités est ambiguë et tardive. Kamala Harris, en tant que procureure de Californie, a mené une politique pénale très peu progressiste : toujours du côté de la police, prônant une application extrêmement dure de la loi envers la petite criminalité, envoyant massivement des Afro-américains en prison pour un oui ou pour un non, très peu zélée en revanche pour poursuivre la criminalité en col blanc. Elle a en outre des liens personnels plus que cordiaux avec les GAFAM. Elle a même reçu un téléphone de Jeff Bezos pour la féliciter de son élection…C’est dire quels intérêts elle défend réellement.

 

Certes, le candidat Biden a dû, pour avoir les suffrages de l’aile gauche du Parti démocrate, adapter son programme dans le sens de la justice sociale : salaire minimum fédéral de 15 $ de l’heure, congés maladie et familiaux payés, reprise du chantier d’une vraie assurance maladie obligatoire (avec une « option publique » comme alternative possible aux caisses privées), 1'300 $ d’investissements dans les infrastructures à titre de plan de relance, « Green new deal », hausse des impôts pour les plus riches et les grandes entreprises. Reste à voir ce qu’il restera de ces promesses, qui n’engagent que ceux qui les croient. Les Républicains pourraient d’ailleurs conserver une courte majorité au Sénat, et bloquer ainsi les projets de loi trop progressistes de la nouvelle administration. Si Joe Biden a réellement l’intention de tenir ses promesses électorales, et en aura le pouvoir, cela apportera un progrès social très tangible pour les classes populaires. C’est indéniable. Mais cela ne représenterait pas un changement radical non plus.

 

En outre, le progressisme éventuel de l’administration Biden-Harris s’arrêterait aux frontières des USA. La politique étrangère de l’Empire ne changera guère. Tout juste un impérialisme cynique et brutal sera-t-il remplacé par un impérialisme plus « poli » et plus « modéré » (dans la rhétorique). Les peuples qui en subissent l’oppression ne devraient guère sentir la différence. Biden avait d’ailleurs voté pour la guerre contre l’Irak de George W Bush, et activement soutenu toutes les guerres d’Obama. L’impérialisme démocrate est tout aussi belliciste et assassin que l’impérialisme républicain, fût-il récompensé par le prix Nobel de la paix.

 

Joe Biden déclarait dans une interview accordée au journal colombien El Tiempo :

 

« Les politiques de Trump n'ont pas réussi. Les dictateurs sont toujours au pouvoir à Cuba et au Venezuela. La répression des droits et la crise humanitaire ne font qu'empirer. Mon objectif sera de promouvoir et de réaliser la liberté des personnes vivant sous les régimes oppressifs dirigés par Maduro, Ortega et le régime cubain. Je défendrai les valeurs universelles de la démocratie et des droits de l'homme. Et, contrairement à Donald Trump, je protégerai les personnes qui fuient l'oppression de ces dictatures. » Nous pensons que tout autre commentaire est superflu.

 

L’espoir d’un vrai changement ?

 

L’espoir ne peut venir ni du progressisme libéral, encore moins de l’extrême-droite, mais d’une rupture avec cette fausse alternative. Une rupture qui ne peut se faire qu’à gauche. Or, 28 candidats du mouvement des Socialistes démocrates d’Amérique (sur 37) ont été élus au Congrès. Ils y seront sans doute en minorité, mais c’est tout de même une grande avancée.

 

L’idée du socialisme renaît aux USA, surtout dans la jeune génération. La chape de plomb maccarthyste est en train de disparaître. Ce lourd héritage idéologique, toutefois, ainsi que le verrouillage imposé par bipartisme, ont réduit les organisations politiques qui portent cette idéologie à la portion congrue. Des partis se réclamant du socialisme existent aux USA, dont le Parti communiste (CPUSA), mais n’arrivent à avoir des élus qu’à une échelle locale. Le renouveau de l’idée socialiste vient aujourd’hui d’un mouvement structuré à l’aile gauche du Parti démocrate. C’est sans doute un début, mais pour lutter efficacement et imposer une rupture avec le capitalisme, les travailleurs doivent s’organiser dans leur propre parti politique, indépendant de ceux de la bourgeoisie.

15 septembre 2019

Discours prononcé lors de la commémoration organisée par le Parti du Travail pour les 50 ans depuis la disparition physique de Hô Chi Minh



Votre excellence l’ambassadrice,

Chères et chers camarades,

J’ai l’honneur, en ma qualité de président de la section cantonale genevoise du Parti Suisse du Travail, d’ouvrir la présente commémoration en l’honneur d’un grand homme qui porta de nombreux noms au cours de sa vie, mais restera à jamais dans l’histoire sous un nom qui n’était pas son nom de naissance, mais le dernier pseudonyme qu’il s’était choisit, et sous lequel il était connu lorsqu’il quitta ce monde, il y 50 ans de cela, le 2 septembre 1959. Cet homme, c’était bien sûr Hô Chi Minh, qui fut successivement militant pour l’émancipation nationale de son pays, le Viet Nam, qui était alors une colonie opprimée par l’impérialisme français, militant socialiste, à la SFIO (Section française de l’internationale ouvrière), militant communiste au PCF, cadre du Komintern, militant et organisateur révolutionnaire, fondateur du Parti communiste Indochinois, qui allait devenir le Parti communiste du Vietnam, président de la République démocratique du Vietnam enfin. C’est en tant que détenteur de cette haute fonction qu’il quitta ce monde. Sous sa direction, le peuple vietnamien parvient à secouer le joug séculaire du colonialisme, vaincre deux puissants impérialismes, l’impérialisme français d’abord, l’impérialisme étatsunien ensuite (bien que la victoire finale et la réunification du Vietnam n’aient été accomplies que quelques années après le décès de Hô Chi Minh), et jeter les bases d’une société socialiste. L’exemple de la lutte héroïque du peuple vietnamien montrait clairement que l’impérialisme pouvait être vaincu, qu’il était possible pour tous les peuples de se libérer des chaînes de l’oppression coloniale et néocoloniale, de s’engager sur la voie du socialisme. Hô Chi Minh était alors une véritable légende vivante.

C’est ce qui a fait écrire à Ernesto « Che » Guevara la célèbre phrase de son Message à la Tricontinentale, en 1967 :

« Comme nous pourrions regarder l’avenir proche et lumineux, si deux, trois, plusieurs Vietnam fleurissaient sur la surface du globe, avec leur part de morts et d’immenses tragédies, avec leur héroïsme quotidien, avec leurs coups répétés assénés à l’impérialisme, avec pour celui-ci l’obligation de disperser ses forces, sous les assauts de la haine croissante des peuples du monde ! »

L’exemple de Hô Chi Minh et de la lutte de libération du peuple vietnamien était tout autant une source d’inspiration pour le Parti Suisse du Travail. Notre Parti avait joué un rôle majeur dans les mobilisations en Suisse contre l’invasion étatsunienne du Vietnam. Je profite de cette évocation du passé pour dire à quel point nous sommes honorés de la présence parmi nous à cette occasion de représentants de la République socialiste du Vietnam, et rappeler l’importance qu’ont à nos yeux nos relations de solidarité internationaliste avec le Parti communiste du Vietnam.

Pour ma part, je voudrais aujourd’hui insister sur un aspect de l’héritage théorique et révolutionnaire de Hô Chi Minh, qui en fait une figure tout aussi essentielle pour les communistes de Suisse que pour ceux du Vietnam. C’est d’autant plus essentiel, je pense, que la pensée de Hô Chi Minh reste souvent insuffisamment connue et étudiée en Occident. A ce titre, je vous recommande l’ouvrage Ho Chi Minh. Ecrits et combats, sélection d’œuvres de Hô Chi Minh, compilées et annotées par Alain Ruscio, et publiées cette année aux éditions Le temps des cerises.

Ce qui fait la cohérence, le fil rouge de l’engagement de Hô Chi Minh, de la SFIO, en passant par le PCF et le Komintern, jusqu’au Parti communiste indochinois et la présidence de la République démocratique du Vietnam, c’est l’importance accordée à l’internationalisme, dont il a pleinement compris le vrai sens et le rôle incontournable.

Hô Chi Minh a le mérite d’avoir pris au sérieux et donné la place centrale aux propos suivants de Karl Marx : « L’expérience a montré que le dédain de l’alliance qui doit exister entre les travailleurs des différents pays et les inciter à se soutenir fermement dans la lutte de libération, a pour châtiment la défaite générale de leurs forces dispersées. »

Une question qui n’avait, avant la Révolution d’Octobre, pas été réellement intégrée par le mouvement ouvrier et socialiste. La Ière et la IIème Internationales étaient en pratiques actives seulement dans les pays d’Europe et d’Amérique du Nord. La IIème Internationale, en particulier, était frappée d’un biais eurocentrique, qui de facto limitait la lutte pour le socialisme à la classe ouvrière des pays développés, allant de pair avec un désintérêt pour le sort des peuples soumis au joug colonial, qui se traduisait trop souvent par des revendications se limitant à quelques adoucissements du régime colonial (avec acceptation de fait du mythe de la « mission civilisatrice » de l’Occident), voire par une complaisance, quand ce n’est à un soutien ouvert à ce système (ce qui était le cas, par exemple, de Léon Blum et de Gustav Noske). L’internationalisme se traduisait trop souvent en cosmopolitisme et en universalisme abstrait, qui cachait mal un eurocentrisme de fait. Cette Internationale ne pouvait pas du fait de cette lacune être vraiment révolutionnaire, et tomba dans l’opportunisme, le social-impérialisme, et un nationalisme virulent lorsque fut déclenchée la Première Guerre mondiale.

Ce fut le grand mérite de l’aile gauche, révolutionnaire, de cette Internationale, comme Lénine, mais aussi Hô Chi Minh, d’avoir dénoncé à temps ces dérives, et, après la trahison irrémissible du vote des crédits de guerre, poussé à la rupture avec ce modèle failli, et œuvre à la constitution d’un mouvement communiste international fidèle à sa mission révolutionnaire.

Mais même la nouvelle IIIème Internationale gardait quelques reliquats des mauvaises habitudes de la IIème : un certain eurocentrisme, la croyance que la révolution devait venir de pays développés, voire un manque d’intérêt pour la question coloniale dans les partis communistes des métropoles.

Ce fut le grand mérite historique de Hô Chi Minh d’avoir défendu, systématisé et poussé plus loin encore la révision du marxisme conformément aux nouvelles réalités accomplie par Lénine, d’insister sur la nécessité de l’internationalisme et le potentiel révolutionnaire des peuples soumis au joug de l’impérialisme.

Il pouvait écrire dans un rapport adressé au Komintern, 1924 : « Marx a bâti sa doctrine sur une certaine philosophie de l’histoire. Mais quelle histoire ? Celle de l’Europe. Mais qu’est-ce que l’Europe ? Ce n’est pas toute l’humanité »

L’image célèbre utilisée par Hô Chi Minh est celle, tirée de la mythologie grecque, de l’hydre à plusieurs têtes. En couper l’une ne sert à rien, car une autre repoussera aussitôt. La seule façon de la tuer est de les couper toutes en même temps. Cette hydre est l’impérialisme, qui repose à la fois sur l’exploitation des classes ouvrières des métropoles et celle des peuples des colonies. S’il est mis en difficulté dans un de ces domaines, il peut se remettre sur ses pieds grâce à l’autre. La lutte de classe en Orient et en Occident, au Nord comme au Sud, n’en fait qu’un. Les peuples du monde doivent s’unir pour lutter et vaincre ensemble, ou bien être tous vaincus ensemble.

Hô Chi Minh reste une référence pour nous aussi. Bien que la Suisse n’ait jamais eu de colonies (si l’on fait abstraction du fait que certains territoires devenus des cantons depuis la chute de Napoléon furent des possessions assujetties à d’autres cantons), des capitaux suisses furent investis dans le commerce des esclaves, et dans la colonisation ensuite. La Suisse est aujourd’hui un important exportateur de capitaux, ce qui en fait, par définition, un pays impérialiste. Le Parti Suisse du Travail n’a jamais oublié le fait que, dans la chaîne de l’impérialisme, les multinationales suisses sont des prédateurs au sommet de la chaîne. Notre Parti s’est toujours efforcé d’être à la hauteur de son devoir internationalisme.

Comme l’avait dit un autre grand internationaliste, Fidel Castro, le 5 décembre 1988 : « En tant qu’internationalistes, nous remboursons notre propre dette envers l’humanité. Celui qui n’est pas capable de se battre pour les autres ne serait jamais en mesure de se battre pour lui-même »

Cette ligne fermement internationaliste et anti-impérialiste demeure aujourd’hui la nôtre, et c’est dans les mots suivants qu’elle est transcrite dans le programme électorale que le Parti Suisse du Travail a adopté pour les élections fédérales du 20 octobre prochain :

« Le capitalisme est toujours synonyme de guerre. Les multinationales ont soif de matières premières et de main-d'œuvre bon marché dans les pays en voie de développement et y mènent sans cesse des assauts. Avec des expressions comme "intervention humanitaire", ils passent sous silence leurs agressions militaires.

Les guerres d’agression et les interventions dans d'autres pays, ne servent que les intérêts économiques des dirigeants et dirigeantes du pays agresseur. La première victime de cette barbarie est toujours la population civile. Depuis sa fondation en 1944, le PST-POP s'est engagé pour la paix mondiale entre les peuples. Aujourd'hui encore, il est important de développer et de promouvoir une politique de paix globale. Nous nous opposons à la course aux armements, à l'ingérence dans d'autres pays et à la participation de l'armée suisse aux guerres impérialistes. Nous défendons donc le droit des peuples à l'autodétermination contre toute ingérence. Seuls les peuples eux-mêmes peuvent choisir leur voie de développement. »

Je finirai par la citation d’un grand révolutionnaire et révolutionnaire d’un autre continent, l’Afrique ; plus précisément de Thomas Sankara : « L’esprit de liberté, de dignité, de compter sur ses propres forces, d’indépendance et de lutte anti-impérialiste doit souffler du Nord au Sud, du Sud au Nord et franchir allégrement les frontières ».


Nous commémorons aujourd’hui le souvenir de Hô Chi Minh pour la mémoire du passé, mais aussi pour éclairer les luttes d’aujourd’hui.

22 février 2019

Il faut savoir choisir son camp



Il nous semble que la position exprimée par notre Parti dans son communiqué de presse reproduit à la page précédente constitue la seule position internationaliste conséquente au sujet de ce qui se passe au Venezuela. Mais il se fait que tout le monde ne partage pas cet avis. Nous ne parlerons pas ici de cette gauche réformiste qui, n’ayant pas  de pensée propre bien définie, se laisse influencer par la position pro-impérialiste diffusée majoritairement par les médias dominants, et adopte de fait une position social-impérialiste, superficiellement teintée d’un humanisme vide. Les héritiers spirituels de Friedrich Ebert et de Guy Mollet ne nous intéressent pas ici.

Ce dont nous voulons parler c’est de cette partie de la gauche, qui se veut radicale, qui partage plus ou moins, ou du moins déclare partager, les mêmes principes révolutionnaires et internationalistes que les nôtres, et qui, pourtant, a une position notablement différente de la nôtre au sujet de la menace impérialiste directe qui plane sur le Venezuela. Plutôt un éventail de positions qui va d’une condamnation du bout des lèvres du coup d’Etat de Guaido, avec un soutien ultra-critique, ou pas de pas du tout, au gouvernement de Nicolas Maduro ; en passant par une relativisation de la réalité même du coup d’Etat (pourtant flagrante), et de l’ « oubli » de la guerre économique que mènent les USA contre le Venezuela ; jusqu’au renvoi dos à dos de Maduro et de Guaido, au nom d’une position gauchiste et maximaliste, d’un appel à une « vraie révolution ». Ces différentes positions sont exprimées par certaines organisations en Suisse, ou par certains de leurs membres. Les intéressés se reconnaîtront, ou pourront aisément être reconnus.

Nous nous intéresserons en fait surtout à la dernière position, la plus cohérente dans sa radicalité (les positions intermédiaires étant souvent des compromis tactiques), et en particulier à un argument en sa faveur. Les maximalistes susmentionnés affirment en effet que notre position n’est en fait pas la position internationaliste conséquente, mais quelque chose d’autre. Il ont même inventé un mot pour qualifier les tenants de la position qui correspond à la nôtre : « campiste ». D’après eux, notre position ne serait pas une position de principe anti-impérialiste, mais simplement le choix, arbitraire, d’un camp face à un autre, sur la base de critères non-essentiels, nous rendant aveugles  aux défauts réels du camp que nous soutenons, et oublieux, pour soutenir à tout prix le camp que nous aurions choisi, des principes fondamentaux qui devraient primer sur le soutien à un camp particulier, et à ses choix contingents et contestables.

Or, cet argument est spécieux. Il semble pour lui avoir le mérite d’une position de principe sans compromis. Il ne permet en réalité que de garder les mains propres, d’éviter de se mouiller, ce qui ne peut convenir en aucun cas en politique. Certes, il est parfaitement exact qu’entre deux camps rivaux, il ne faut pas toujours choisir ou l’un ou l’autre. Lors d’une guerre impérialiste, on n’a pas à choisir pour un impérialisme plutôt que pour un autre, précisément parce que les deux camps sont qualitativement équivalents. Mais, précisément, pour le cas qui nous concerne, les deux camps ne se valent pas : comment peut-on renvoyer dos-à-dos le président légitime Nicolas Maduro, et la marionnette de Washington Juan Guaido, qui est là pour légitimer une intervention militaire sanglante contre son propre peuple, suivi d’un bradage à vil prix des biens nationaux aux multinationales impérialistes, et être encore capable de se regarder dans un miroir ? Oserait-on aujourd’hui justifier des slogans comme « ni Pinochet, ni Allende », ou « ni Hitler, ni le Front populaire » ?

Sans doute que le gouvernement vénézuélien actuel est critiquable. On ne peut néanmoins se permettre d’oublier trois données fondamentales : 1) le Venezuela actuel est un pays démocratique et Nicolas Maduro en est le président légitimement élu, alors que Guaido n’est qu’une marionette de Trump, 2) malgré tout, le gouvernement de Nicolas Maduro a poursuivi comme il a pu la Révolution bolivarienne, qui a permis un meilleur partage des richesses, et incarne toujours un formidable espoir pour tous les peuples du monde, 3) les difficultés économiques que traverse actuellement le Venezuela sont principalement issues d’une véritable guerre économique, orchestrée par les USA et leurs alliés. Aujourd’hui, Trump veut noyer la Révolution bolivarienne dans le sang.


Dans ces circonstances, il faut clairement choisir son camp, et sans aucune espèce d’hésitation. Les équations du type « tout ou rien » se résolvent en pratique toujours par « rien », et le refus de soutenir une révolution réellement existante avec ses limites au nom d’une « vraie » révolution équivaut en pratique à un soutien objectif à la réaction. Le maximalisme est objectivement le choix de la défaite. Etant donné le rapport de forces inégales entre un pays de taille moyenne et le plus puissant Empire que le monde ait connu, quiconque ne soutient pas clairement la Révolution bolivarienne et le président Maduro se range objectivement dans le camp de Trump. Les gauchistes qui se veulent ultra-révolutionnaires et maximalistes doivent en être conscient.