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15 mars 2023

De quoi l’affaire Simon Brandt est-elle le nom ?



Le PLR et le procureur général de la République et canton de Genève, Olivier Jornot, membre de ce parti, auraient sans doute préféré oublier cette affaire. Et pourtant, l’affaire resurgit, avec des révélations embarrassantes pour le ministère public. L’affaire dont il est question est celle de l’arrestation et de l’interrogatoire de Simon Brandt, ancien candidat au Conseil administratif de la Ville de Genève pour le PLR, et qui fut proche de Pierre Maudet. Cet interrogatoire fut ordonné par le procureur général dans le cadre d’un soupçon de violation du secret de fonction et d’une consultation à des fins non autorisées d’un fichier de la police où Simon Brandt travaillait alors comme assistant administratif. Dans le mandat d’amener, signé de la main d’Olivier Jornot, il est écrit que la police « est expressément habilitée à user de la force (...) ». Il y est notamment donné l’ordre de « procéder à sa fouille (...) de la surface du corps ainsi que des orifices et cavités qu’il est possible d’examiner sans l’aide d’un instrument ». Il y est précisé que l’interrogatoire doit se faire sans la présence d’un avocat. L’affaire initiale pour laquelle Simon Brandt avait été arrêté se serait déjà dégonflée au moment de l’interrogatoire, mais semble-t-il que le but était de l’intimider, et de l’interroger sur…Pierre Maudet. Tout le processus aurait été scandaleusement entaché d’irrégularités. Une enquête parlementaire est ouverte. La Commission de gestion du Grand Conseil a rendu un rapport accablant pour le parquet.

Et pourtant, Simon Brandt est membre du PLR. Il n’en a pas moins subi un traitement scandaleux, que personne ne devrait subir dans un État de droit, dans le cadre d’une affaire qui semble bien être politique. Il en a gardé des séquelles. Mais ce qu’il a vécu reste « léger » comparé à la répression systématique envers celles et ceux qui ont le « tort », plutôt que d’être membres du parti de la bourgeoisie, de contester le système en place. Acharnement judiciaire pour des faits mineurs, lourdeur des peines requises, fouilles à nu et humiliations, pratiques parfois franchement illégales de la part de la police…sont la norme. Une joyeuseté du système : les ordonnances pénales, des peines, parfois lourdes, ordonnées par un procureur, sans passer par un tribunal. Il est possible de faire recours, bien sûr, mais les frais de justice peuvent être ruineux…La répression brutale de l’occupation d’un immeuble laissé vide à la Rue Royaume n’est que le dernier exemple en date d’une trop longue série. Cette célérité dans la répression est à comparer avec la mansuétude de l'État envers un propriétaire apparemment véreux et dans l’illégalité. Une seule expression vient en tête : « justice de classe ».

On croit parfois vivre dans la démocratie la plus parfaite du monde et un État de droit quasiment irréprochable en Suisse. Or, ce n’est pas exact. Certes, cette démocratie est une réalité, les droits démocratiques étant une conquête précieuse du mouvement ouvrier qu’il faut absolument défendre. L’État de droit correspond aussi à une certaine réalité. Mais ce n’est qu’une partie de la réalité. Même en temps normal, l’État suisse possède nombre de caractéristiques très peu démocratiques, l’État de droit présente des lacunes et des zones grises, parfois terrifiantes. Et l’histoire a trop souvent montré qu’à la moindre crise la Suisse peut très vite tourner à la dictature pratiquement sans fards. Derrière les contrepouvoirs réels et précieux que la démocratie offre au peuple, l’État suisse est en dernière analyse, comme tout État capitaliste, une dictature de la bourgeoisie. Ses institutions policière et judiciaire n’ont pas pour principale fonction d’appliquer le droit, mais d’assurer le maintien de l’ordre établi, au besoin par une répression arbitraire et pas toujours dans les strictes limites de la légalité. Elles forment une véritable police politique au service de la classe dirigeant. La porosité entre la police et les milieux d’extrême-droite est du reste un fait bien connu.

Le ministère public a certainement fait l’erreur de traiter l’un des siens, dans le cadre de ce qui semble bien être un règlement de comptes interne au PLR, comme il le fait avec les opposants au système. Il s’agit d’un abus sur lequel il est plus difficile pour la bonne société de fermer les yeux. Espérons que cette triste affaire ait au moins le mérite de mettre en lumière les véritables pratiques de l’appareil de répression bourgeois, voire, qui sait, permettre des réformes pour en réduire le pouvoir arbitraire.

23 décembre 2022

Plan de lutte contre la « radicalisation » : attention danger !




Le réseau national de sécurité (RNS) a présenté lundi son plan d’action national contre la « radicalisation » pour les années 2023-2027. Cette fois, ce ne sont pas seulement le djihadisme qui est visé, mais également l’« extrémisme violent » de gauche, de droite et « monothématique » (le complotisme antivax par exemple).

 

La justification que donne le RNS de son plan est particulièrement préoccupante : « A l’avenir, les autorités feront face à des défis majeurs, globaux, comme le changement climatique, l’approvisionnement énergétique, la migration. Si ces défis conduisent à des mesures fortes de l’État, avec une possible limitation de certaines libertés individuelles, le terreau serait favorable aux narratifs conspirationnistes d’extrême droite, d'extrême gauche et monothématiques ».

 

Ainsi, les autorités sont bien conscientes que la situation va se dégrader, et annoncent entre les lignes qu’elles restreindront la démocratie pour maintenir le système en place.

 

Les mesures préconisées : prévention dans les écoles et échanges facilité d’informations entre cantons (retour officiel du fichage ?).

 

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, au nom d’une lutte contre la « radicalisation » les libertés démocratiques ont été drastiquement restreintes (pleins pouvoirs au Conseil fédéral), le Parti communiste et la Fédération socialiste suisse interdits. Après-guerre, les militants du Parti du Travail (parmi d’autres) se virent imposer des mesures arbitraires d’interdiction professionnelles, et furent systématiquement fichés par la police fédérale.

 

Est-ce ce type de mesures qu’il est prévu d’instaurer ? Est-il question d’introduire un délit d’opinion ? Le marxisme sera-t-il considéré comme un « narratif conspirationniste d’extrême-gauche » ? Affaire à suivre avec la plus grande préoccupation. L’histoire a assez prouvé que, malgré les apparences démocratiques officielles, la réalité de l'État suisse est assez différente, et qu’on ne peut pas lui faire confiance.

21 décembre 2021

Solidarité avec nos camarades du HDP, persécutés par le régime d’Erdogan

Le 2 décembre 2021, le PST-POP avait rencontré, à Berne, une délégation de parlementaires du HDP, composée de Feleknas Uca (Vice-présidente du HDP, Co-Porte-parole de la Commission des Relations Extérieures & Parlementaire de Batman) ; Tülay Hatimogullari (co-présidente adjointe du HDP & parlementaire de Hatay) ; Nejdet Ipekyüz (parlementaire HDP de Batman) ; et Devriş Çimen, représentant européen du HDP, venus en Suisse dénoncer la répression dont ils font l’objet et chercher des soutiens. Nous avons assuré nos camarades de Turquie de tout le soutien qu’il nous sera possible de leur témoigner.



La Turquie glisse toujours plus dans les ténèbres et le despotisme. Aujourd’hui, c’est le HDP (Parti démocratique des peuples) – parti formé d’une coalition de partis et d’organisations de gauche radicale et qui défend la cause kurde – qui est la cible d’une procédure d’interdiction de la part du parquet turc, victime d’une persécution grossièrement politique, en réalité pour le seul « crime » d’avoir rassemblé plus de 10% des voix, et de porter un programme qui déplaît au régime en place, celui du président Recep Tayyip Erdogan. Il est de notre devoir d’être solidaires de nos camarades du HDP, et pour commencer d’informer le public de la vraie nature dudit régime.

 

Un régime islamofasciste 

 

Le régime dirigé par le président Erdogan peut être proprement qualifié d’islamofasciste. Erdogan lui-même est un idéologue islamiste, qui inspire toute cette sinistre mouvance au Moyen Orient. Il n’hésite d’ailleurs pas à dire ouvertement qu’il a les mêmes idées que Talibans. Ce régime repose sur une coalition entre deux partis : l’AKP, « Parti de la justice et du développement » (qui dans les faits a apporté l’injustice et la gabegie économique), parti d’Erdogan, islamofasciste, et d’un partenaire minoritaire, le MHP (Parti d’action nationaliste), parti national-fasciste (très proche des partis fascistes tels que l’Europe n’en a que trop connu). La Turquie a connu son lot de fausses démocraties et de vraies dictatures, mais jamais n’a eu encore un gouvernement aussi infâme.

 

Pour être sans nuance, la qualification de « fasciste » n’est pas abusive pour le régime actuellement en place en Turquie. Non pas en sens vague et générique, pouvant qualifier n’importe quel mouvement d’extrême-droite, mais dans la mesure où la Turquie présente aujourd’hui des ressemblances inquiétantes avec les régimes fascistes du XXème siècle. Si elle n’est pas formellement une dictature, la Turquie n’est en tout cas plus une démocratie. Les libertés politiques n’existent plus guère, la liberté de manifester n’est pas respectée. Les syndicats n’arrivent à mobiliser qu’une fraction de leur potentiel militant, car les gens craignent trop la répression pour se mobiliser ouvertement. La liberté de la presse n’est qu’un lointain souvenir. Il n’y a plus de presse indépendante qui puisse paraître. Celle qui existe est ou ouvertement liée au régime, ou achetée, ou contrainte par une censure de fait. L’État de droit a depuis longtemps disparu. Plus de mille académiciens ont été licenciés pour délit d’opinion : ils avaient signé une pétition pour la paix au Kurdistan. Il n’y a plus de justice indépendante. Les tribunaux sont tous à la botte d’Erdogan. Aucun procureur n’ose ouvrir une procédure à l’encontre d’agents du régime. Aussi les crimes commis par les mafias liées au pouvoir, les meurtres d’opposants, les crimes pédophiles commis par des religieux…ne sont jamais poursuivis.

 

Une opposition légale existe certes toujours en Turquie, mais de plus en plus difficilement vus l’acharnement du régime à l’éradiquer, ainsi qu’une opposition révolutionnaire en réalité nombreuse, mais peu visible, car réprimée. Actuellement, ce sont nos camarades du HDP qui sont victimes de cette répression. Plus de 10'000 membres de ce parti – à tous niveaux, des militants de base jusqu’à la présidence – sont emprisonnés ; presque tous les maires élus sous l’étiquette HDP ont été arbitrairement destitués et remplacés par des administrateurs temporaires à la solde du régime ; et le HDP pourrait être prochainement interdit. Mais toutes ces persécutions ne pourront jamais réduire le HDP au silence.

 

Des persécutions arbitraires et illégales qui plus est. Dernièrement, le Tribunal constitutionnel de Turquie a intimé au gouvernement de libérer Selahattin Demirtas, Coprésident du HDP, et Osman Kavala, homme d’affaires, philanthrope et opposant au régime. Le gouvernement a décidé d’ignorer le verdict de la juridiction la plus haute de son pays. Les avocats des deux prisonniers d’opinion ont mené l’affaire jusqu’à la Cour européenne des droits de l’homme, qui a conclu que la détention était dans les deux cas arbitraire, sans verdict valablement prononcé, donc purement politique. Elle a exigé leur libération, sans que le régime obtempère. La Turquie risque l’exclusion du Conseil de l’Europe pour cela.

 

Principal parti d’opposition, le CHP (Parti républicain du peuple), parti du premier président Mustafa Kemal Atatürk et officiellement social-démocrate, est pour l’instant toléré, mais même lui commence à être victime de persécutions judiciaires de la part du pouvoir, ainsi que de menaces de mort venant des mafieux proches du régime.

 

Un régime semi mafieux

 

Ce régime a également une troisième composante non-officielle, mais essentielle : la mafia turque. Une amnistie spéciale a été ordonnée il y a une année, dans le seul but de libérer des leaders mafieux « utiles ». Le parrain de la mafia le plus important lié au régime est Alaattin Çakici, actif dans le commerce de drogue, le racket et la prostitution, ayant une armée loups gris (fascistes turcs) sous ses ordres. Il est également habitué des menaces de morts proférés contre des opposants au gouvernement – dont nombre de membres du HDP, mais également le président du CHP, ont fait les frais – et certainement d’un grand nombre de meurtres, jamais élucidés.

 

Un autre boss majeur de la mafia, un temps allié du gouvernement, mais rival du précédent, est Sedat Peker, lui aussi un fasciste (son signe de reconnaissance est celui des loups gris). Un personnage peu recommandable : lui aussi spécialiste des menaces de morts, il avait déclaré à l’intention des universitaires qui avaient signé une pétition pour la paix avec les Kurdes qu’il « allait faire couler leur sang et prendre une douche avec ». Mais le fait est qu’il s’est retrouvé en difficulté, et a dû fuir aux Émirats Arabes Unis. Un procureur lui avait téléphoné en personne pour l’avertir qu’il risquait d’être arrêté s’il ne quittait pas la Turquie. Depuis, il a rompu avec le gouvernement et, par vengeance, diffuse régulièrement sur YouTube des vidéos remplies d’accusations, sans preuves mais non dénuées de crédibilité, portant sur toutes sortes d’affaires criminelles dans lesquelles le régime est impliqué. Des accusations dévastatrices pour le régime d’Erdogan. Un journaliste de l’agence d’informations publique a été licencié pour avoir osé poser une question à un ministre à ce sujet. En revanche, aucune enquête n’a été ouverte à la suite de ces accusations contre ne serait-ce qu’un seul agent du régime…

 

Il accuse notamment l’État turc d’être impliqué dans le commerce de drogue. Il semble que de la cocaïne en provenance de Colombie est régulièrement déchargée à Izmir, où elle est livrée par bateau. Le gouvernement colombien n’a obtenu aucune réponse sérieuse, ni aucune ouverture de procédure pénale dans ce dossier. L’opposition accuse le régime de trafic de drogue à large échelle.

 

La Turquie a exigé l’extradition de Sedat Peker au gouvernement des Émirats, sans que cette demande ne soit satisfaite. Depuis, les deux pays sont en froid.  Il faut dire que la Turquie a accusé les USA, l’UE, l’Arabie saoudite et les Émirats d’être derrière le putsch raté de 2015…

 

Un régime corrompu et incompétent

 

La crise économique et sociale née du Covid aurait été dure en Turquie sous n’importe quel gouvernement, tant que le capitalisme y règne. Mais l’incompétence doublée à la corruption du régime d’Erdogan en a fait une calamité sans précédent.

 

Le système économique en place en Turquie est un capitalisme monopoliste d’État particulièrement dispendieux, inefficace, corrompu, laissant la place belle au népotisme et aux détournements de fonds, ainsi qu’à un capitalisme sauvage à base de chantiers à la légalité douteuse et de ravages profonds à l’urbanisme. Comme par hasard, depuis qu’Erdogan est au pouvoir, tous les grands chantiers – ponts, autoroutes, aéroports, infrastructures, etc. – sont attribués, sans appel d’offre, à cinq oligarques, fascistes et religieux, qui se trouvent par ailleurs être ses amis. Des chantiers facturés plus du double du prix normal. D’après une enquête du HDP, toutes ces sommes sont détournées en passant par le Qatar, et garantis par des tribunaux anglais. Si bien que non seulement ces cinq oligarques se soient enrichis considérablement, mais cette part mal acquise de la richesse nationale pourrait difficilement être recouvrée par un gouvernement démocratique qui remplacerait celui d’Erdogan (qui se serait lui-même bien rempli les poches dans toutes ces affaires…)

 

Erdogan a également pris le contrôle de la Banque centrale de Turquie, dont il a supprimé de fait l’indépendance et changé quatre présidents en un bref laps de temps. Non pas que l’indépendance de la banque centrale soit un principe intangible, mais encore faut-il que le gouvernement soit compétent pour la gérer, ce qui n’est pas le cas en l’occurrence. Erdogan a forcé la banque centrale à baisser les taux d’intérêt (sous peine de licenciement pour sa direction). Cette dévaluation n’a amené aucune reprise économique, mais a conduit à un effondrement de la Lire turque, qui a perdu 45% depuis le début de l’année 2021, dont 30% ces trois derniers mois. D’où a suivi une inflation catastrophique, pour un pays qui importe la majeure partie de ses biens de consommation, et où opèrent les mêmes chaînes de magasins qu’en Europe (et qui pratiquent les mêmes prix que dans l’UE).

 

Cette combinaison détonante de corruption et d’incompétence a conduit à une véritable catastrophe sociale. La pauvreté était en effet déjà massive en Turquie. Le salaire minimum y est ainsi scandaleusement bas : 187$ par mois (très bas) = 2225 lires. Ce qui est en dessous du seuil de pauvreté absolue, fixé à 8'000 lires par mois, soit 500$. En comparaison, le salaire minimum le plus bas dans l’UE est en Bulgarie : un peu plus de 300€ par mois. La crise actuelle a conduit à une véritable misère de masse. Beaucoup de gens souffrent de la faim, et sont obligés de faire les poubelles pour survivre.

 

Un régime impérialiste et va-t’en guerre

 

Pendant que le peuple souffre, Erdogan fantasme de restaurer la grandeur impériale passée, et a impliqué la Turquie dans des guerres tous azimuts au nom de son idéologie islamiste. Guerre contre les Kurdes, au nord de la Syrie (deux incursions meurtrières à ce jour), au nord de l’Irak, guerre contre les Yézidis. Implication dans la guerre civile libyenne, aux côtés du président, islamiste, en poste à Tripoli, contre le maréchal Haftar, au service du parlement, sis à Benghazi, et soutenu par une coalition rassemblant la Russie et les pays occidentaux. Pour cette implication en Lybie, la Turquie paye une armée privée et non officielle, SAADAT, créée par le premier conseiller d’Erdogan, ancien général d’armée ; avec l’armée officielle présente en renfort. Sans parler de l’épreuve de force avec la Grèce, ni de la 

 véritable guerre civile déchaînée par le régime au Kurdistan turc.

 

Outre cette implication militaire directe, le régime d’Erdogan soutient activement les islamistes au Moyen Orient. Tous les moyens de l’État, les services secrets notamment, sont mis à contribution pour cela. Environ 80'000 islamistes auraient combattu en Syrie, avec une solde payée par l’État turc (bien supérieure au salaire minimum turc), contre le régime de Bachar El Assad. C’est que El Assad est alévi (un courant libéral du chiisme, considéré comme hérétique par les islamistes), et que la révolte contre lui est d’inspiration islamiste sunnite. Sans parler des intérêts économiques et géopolitiques évidemment. En raison de cette politique, le Qatar est le seul allié de la Turquie dans la région. Pour cette même raison, l’UE l’a mise dans la liste grise des États qui soutiennent le terrorisme depuis un mois.

 

Cette politique impériale est toutefois au-dessus des moyens de la Turquie, proprement dispendieuse. Le peuple souffre de toutes ces guerres, dont il paye le prix, et qui l’enfoncent dans la misère. Selahattin Demirtas a dénoncé cette politique de guerre, criminelle et ruineuse, chiffres à l’appui. Ce n’est pas la moindre raison de la haine que lui voue le régime…

 

Un régime obscurantiste

 

L’incompétence sans limite manifesté par le régime AKP n’est pas surprenante dans la mesure où il s’appuie sur des islamistes profondément ignorants, dont les compétences s’arrêtent à leur vision obscurantiste de la religion. En commençant par le président Erdogan en personne. La loi turque exige en effet que, pour accéder à la présidence de la République, il faille présenter un diplôme universitaire. Erdogan a bien présenté une copie d’un diplôme d’économie censément obtenu à l’Université de Marmara…sauf qu’il s’agit d’un faux. Il n’existe aucune trace du passage d’un étudiant nommé Recep Tayyip Erdogan dans les archives de cette université, qui est obligée de se taire, vue qu’elle fait l’objet de pressions de la part du régime, et qu’un recteur islamiste lui a été imposé. En réalité, Erdogan a étudié dans un lycée religieux – type d’institution dans laquelle il ne faut pas voir l’équivalent des lycées catholiques français, qui dispensent souvent une très bonne formation, mais d’un lieu de formation obscurantiste, après lequel il n’est pas possible de s’inscrire à l’université.

 

Le président Erdogan n’est pas une exception. La politique des cadres du régime est de recruter, pour des postes à responsabilité de tout niveau, y compris les plus élevés, des religieux, militants de l’AKP (ou à la rigueur du MHP), à l’exclusion de tout autre critère, que ce soit d’études, de diplômes, de publications ou de compétences. Des islamistes complètement incultes se retrouvent ainsi à occuper les plus hautes questions. La gabegie était à prévoir…

 

À l’Université de Bogaziçi, c’est ainsi un islamiste totalement ignorant, sans diplôme, sans publications, ni aucun lien avec l’université, qui fut nommé recteur. Les étudiants sont en grève pour protester contre cette décision…

 

Un obscurantisme dangereux. Lorsque Erdogan transforma officiellement Sainte Sophie en mosquée, tous les islamistes s’y sont rendus à la prière du vendredi pour fêter cet événement. Le président des affaires religieuses (dignitaire d’un niveau ministériel) est monté parler en chaire ceint d’une épée, évocation explicite de la guerre sainte menée naguère pour, notamment, islamiser les Kurdes, par la force des armes. Ce qui évoque aujourd’hui encore des souvenirs douloureux pour les Kurdes, et est ressenti comme une menace non dissimulée.

 

Un régime rétrograde, qui liquide tout l’héritage progressiste, pourtant relatif, de la Turquie

 

Le projet de l’AKP est de revenir à un Moyen Age fantasmé, aux temps du Prophète tels qu’ils se l’imaginent, et qui n’ont jamais existé. Pour illusoire que soit ce projet de retour en arrière, il a pour conséquence pratique la liquidation de tous les acquis progressistes de la République Turque, pourtant limités, s’agissant d’un État colonialiste, peu progressiste, qui ne connut qu’une démocratie très relative et une succession régulière de dictatures militaires.

 

Il convient ici de revenir un peu en arrière, d’inscrire la situation actuelle de la Turquie dans son histoire. Durant la Première Guerre mondiale, l’Empire Ottoman tenta de jouer sa dernière carte en s’alliant à l’Allemagne et à l’Autriche-Hongrie. Comme pour ces deux empires, la défaite lui fut fatale. Les vainqueurs souhaitaient se partager les décombres d’une puissance qui naguère avait fait trembler l’Europe. Le traité de Sèvres, traité de capitulation signé en 1920 par le sultan Mehmed VI, prévoyait le démantèlement de l’empire, un Kurdistan autonome et une Arménie indépendante. Mais, après le génocide, il ne subsista de territoire arménien que la République soviétique d’Arménie. L’autonomie kurde ne fut jamais réalisée. Une partie de la Thrace revint à la Grèce. La France et l’Angleterre se partagèrent la Syrie, le Liban, la Palestine et la Mésopotamie. Des parties de l’Anatolie étaient occupées militairement par les vainqueurs de la guerre. Mais la décision finale sur le sort de la Turquie fut remise à plus tard.

 

Tous les Turcs n’étaient pas prêts à se résigner à ce démembrement et à cette occupation militaire de leur pays. Mustafa Kemal, auquel le parlement de la République turque accordera le patronyme d’Atatürk pour son œuvre, général et héros de guerre, mais aussi, secrètement, révolutionnaire et opposant au régime impérial (et qui, par ailleurs, avait lu près de 6'000 livres), refuse de l’accepter. Il organise donc un congrès pour refuser cette occupation, et conduit la lutte armée pour libérer la Turquie des occupants étrangers, et contre le sultan qui s’était soumis à leur volonté.

 

Une lutte soutenue par Lénine et le jeune pays des Soviets, au nom des principes anti-impérialistes, et pour desserrer quelque peu l’encerclement impérialiste du premier État prolétarien de l’histoire. Une partie de la Turquie occupée par l’armée tsariste, à la frontière géorgienne, lui fut rendue. L’URSS apporta un soutien important à la nouvelle République turque, et aida à son industrialisation. Un soutien pour lequel Atatürk était reconnaissant – et promettait une amitié éternelle – et qui dura jusqu’à sa mort, en 1938.

 

La nouvelle Turquie se voulait démocratique. Un parlement fut élu en 1920, dont Atatürk tenait son mandat. La République fut instaurée en 1923, dont il devint le premier président. Ce fut un régime plutôt autoritaire, mais qui entreprit des réformes progressistes majeures. Des réformes visant à la modernisation et à la sécularisation du pays. Le califat fut aboli, et la laïcité instaurée. Les sectes religieuses furent dissoutes (aujourd’hui, elles dirigent la Turquie dans l’ombre du régime d’Erdogan). L’habillement européen fut imposé. L’alphabet latin remplaça l’alphabet arabe. Et l’égalité hommes-femmes fut introduite, au moins sur le plan légal. Les femmes reçurent les droits politiques, en 1934. Aux premières élections auxquelles elles purent participer, en 1937, 18 femmes furent élues au parlement. Atatürk eut également le mérite d’avoir compris, et dénoncé, le danger que représentait Hitler pour le monde, et d’avoir tout fait pour tenir la Turquie éloignée de la nouvelle guerre.

 

Mais ses mérites ne doivent pas faire oublier sa part d’ombre. C’était un dirigeant nationaliste, qui réprima dans le sang les revendications nationales du peuple kurde. En 1925, la République turque écrasa un soulèvement kurde, dirigé par le Sheikh Sait. Cette répression fut justifiée par le prétexte qu’il s’agissait d’un mouvement réactionnaire, conduit par un leader religieux et féodal, qui plus est allié aux britanniques (qui avaient leurs propres raisons de vouloir affaiblir la nouvelle Turquie). Un gouvernement réellement révolutionnaire n’aurait pas agi ainsi. Le Kurdistan était une colonie, et les revendications portées par la révolte du Sheikh Sait étaient légitimes, bien qu’exprimées sous forme religieuse. En 1930, le soulèvement d’Agri, révolte kurde cette fois-ci explicitement nationale et non religieuse fut violemment réprimée. Et, en 1937-1938, la répression d’une révolte à Dersim fit plus de 40'000 morts, un véritable génocide. La République turque amena aussi l’achèvement de la colonisation turque au Kurdistan, dans la violence.

 

Malgré sa part d’ombre, les acquis de la République turque furent bel et bien réels. La Turquie fut également, en réalité, un pays très révolutionnaire, doté d’une mouvement révolutionnaire puissant et théoriquement solide. Un mouvement face auquel la bourgeoisie turque estima n’avoir d’autre choix que de recourir à une succession de juntes militaires. Ce sont ces acquis que le régime d’Erdogan s’emploie à démolir, tout en aggravant encore ce qu’il y avait de négatif.

 

Mais, aussi malfaisant fût-il, le régime d’Erdogan n’a pas à ce jour établi de dictature complètement consolidée. Complètement discrédité, il a peur – à juste titre – d’une débâcle aux prochaines élections. Ce régime peut et doit être vaincu. Il est de notre responsabilité internationaliste de soutenir, ici en Suisse, la juste lutte des travailleurs et de tous les progressistes en Turquie, nos camarades du HDP, ainsi que les revendications légitimes du peuple kurde, dans toutes les parties du Kurdistan ; la juste aspiration à un Kurdistan unifié, indépendant et démocratique.

 

Alexander Eniline (avec la participation de Burhan Aktas)

05 septembre 2016

NON à la loi sur le renseignement! Non à l’Etat Big Brother !

Le 25 septembre prochain, nous sommes appelés à nous prononcer sur la nouvelle loi fédérale sur le renseignement (LRens). La majorité de droite au pouvoir, mais aussi une partie de « gauche » gouvernementale, appelle à voter OUI, avec des arguments lénifiants, disant que cette loi serait parfaitement modérée et raisonnable, ne viserait qu’à garantir notre sécurité, et que personne à part les terroristes n’en serait lésé. Notre Parti a, au contraire, soutenu le référendum, et avec raison.

Selon cette loi, en effet, le service de renseignement de la Confédération (SRC) devrait pouvoir surveiller les communications de manière élargie (écoutes téléphoniques, lectures de courriels et de courriers) et observer des faits dans des lieux privés, notamment en posant des micros, y compris dans des logements privés. De plus, il devrait être possible de perquisitionner secrètement des systèmes informatiques et d’y installer des chevaux de Troie. En d’autres termes : si la loi passe, les services de renseignement pourraient à l’avenir pénétrer dans la sphère privée des citoyens, et ce, en l’absence de délit suspecté. Et s’il est vrai qu’un juge du Tribunal fédéral administratif devrait donner son approbation à de telles mesures, il ne disposera pour ce faire que de la version donnée par le SRC.

Nous n’avons aucun doute sur le fait que cette révision de la loi n’ait nullement pour but exclusif de combattre la « menace terroriste », mais vise avant tout toute contestation de l’ordre établi. Nous n’oublions pas en effet que le SRC vient d’un regroupement de la police fédérale avec le contre-espionnage. Or la police fédérale a toujours été la police politique de la grande bourgeoisie suisse, dont l’une des tâches principales était de ficher les militants du Parti du Travail, de défendre l’ordre établi contre quiconque le conteste. Nos adversaires prétendent que les leçons ont été tirées du scandale des fiches et jurent que jamais pareille chose ne se reproduirait. Vraiment ? C’est là se moquer du monde ! Oublie-t-on qu’on a récemment appris que le SRC continue de ficher près de 200'000 personnes pour leurs opinions politiques ? Révélation que a été faite dans l’indifférence générale. Oublie-t-on que l’« extrémisme de gauche » n’est pas loin d’être considérée comme la principale menace pour le pays dans le rapport annuel du DDPS ? Ce n’est du reste que très logique. Les services secrets d’un Etat bourgeois sont par définition une émanation dudit Etat, un Etat de classe dont la vocation première et de maintenir la domination de classe de la grande bourgeoisie. Les services secrets, par leurs pouvoirs étendus, par le secret qui les entoure justement, constituent l’aspect le plus dangereux de cet Etat, car pratiquement soustraits à tout contrôle populaire possible. Aux USA ils ont même évolué en un véritable Etat dans l’Etat.

Pour voir clairement la direction dans laquelle la classe dirigeante de notre pays veut nous mener, il suffit de regarder l’exemple de deux pays, lest USA et la France, qui ont mis en place des lois similaires à la LRens bien plus tôt. Les USA ont mis en place le Patriot Act sous la présidence de George W. Bush, et la France toute une série de lois sécuritaires sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, dans les deux cas au nom de la « sécurité ». Ces deux pays n’en sont pas devenus plus sûrs. Les dispositions extraordinaires offerts aux « forces de l’ordre » n’y ont guère permis d’empêcher d’attentats, et aux USA c’est la police qui tue presque quotidiennement des citoyens, la plupart du temps afro-américains, arbitrairement et impunément. En revanche, ce sont les droits fondamentaux des citoyens de ces pays qui sont remis en cause, de l’habeas corpus à la présomption d’innocence, au point de les faire glisser doucement vers la dictature. Le débat actuel en France, vivant sous le régime de l’état d’urgence, sur les « fiches S » est tout à fait révélateur. Pour être fiché S, un simple soupçon d’un seul policier suffit. Aujourd’hui, on débat sérieusement quant au fait s’il ne faudrait pas interner celles et ceux qui sont fichés S dans des camps, indéfiniment et sans procès.


Un des fondateurs du libéralisme classique, Benjamin Franklin, avait dit «  toute société qui renoncerait à un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mériterait ni l’un ni l’autre et finirait par perdre les deux ». Mais aujourd’hui que son régime est en crise et sa domination tendanciellement menacée, la bourgeoisie jette la bannière des droits individuels fondamentaux, exception faite du seul droit de propriété, par dessus bord, et compte sur des formes de plus en plus avouées de dictature pour se maintenir au pouvoir. Cette bannière de la liberté, c’est à nous qu’il revient de la porter aujourd’hui. Ainsi que l’a dit Edward Snowden, traqué par le bras armé de la bourgeoisie étatsunienne pour avoir confirmé au monde la réalité et l’étendue de son système de surveillance : « Prétendre que votre droit à une sphère privée n’est pas important parce que vous n’avez rien à cacher n’est rien d’autre que de dire que la liberté d’expression n’est pas essentielle car vous n’avez rien à dire ». Pour que la Suisse ne devienne pas une dictature policière, ce sera résolument NON à la LRens !

07 mai 2015

A Kiev, un autre Premier mai



Comme dans tout pays capitaliste, en Suisse le Premier mai est avant tout une journée de lutte, sans concessions, des travailleurs pour leurs droits et contre l’oppression patronale. Mais du moins avons nous la possibilité de mener cette lutte dans la légalité, ce qui nous permet de faire du Premier mai aussi une fête populaire. Dans l’Ukraine « démocratique », après le coup d’Etat « pro-européen » de Maïdan, c’est un Premier mai bien différent qui se profile pour nos camarades ukrainiens. Le gouvernement en place a purement et simplement interdit la célébration de la journée internationale des travailleuses et travailleurs. Les militants du Parti communiste d’Ukraine (KPU) qui ont d’ores et déjà annoncé leur intention de célébrer le Premier mai à Kiev envers et contre tout le font à leurs risques et périls, puisque la criminelle milice néo-nazie de Pravy Sektor (Secteur droit) a immédiatement déclaré que les communistes qui auraient l’audace de venir manifester ne pourraient pas même descendre du train, et pour tout dire n’ont aucune certitude d’en revenir en vie. Face à ce genre de déclaration, normalement poursuivie pénalement d’office, les autorités ukrainiennes n’ont pas même daigné réagir : tristement typique d’un pays où les milices néo-nazies agissent en tout impunité, rançonnent, pillent, tabassent, torturent et assassinent les communistes, et à vrai dire tous les véritables opposants au régime « démocratique » en place, ce avec la complaisance, quand ce n’est pas le soutien actif des forces de l’ordre. Mais ce n’est guère surprenant, tant il vrai que les néo-nazis, dont les scores électoraux sont pourtant faibles, sont bien représentés au niveau du parlement ukrainien, la Verkhovna Rada, du gouvernement et des ministères, et tant leurs idées sont en réalité reprises par les partis « modérés » au pouvoir, par le premier ministre et par le président. Il faut dire aussi que les vétérans ukrainiens de la Deuxième Guerre mondiale, les héros qui ont donné leur sang pour libérer le monde de la terreur nazie, qui ont annoncé leur intention de venir célébrer les 70 ans de la Grande Victoire de 1945 à Kiev, malgré l’interdiction du nouveau régime, le font en sachant pertinemment qu’ils risquent de se faire tabasser, peut-être mortellement, par des dégénérés à crâne rasé et tatoués de la svastika. Ils ne peuvent compter sur aucune protection de la police.

Ces deux exemples n’illustrent que trop bien la situation réelle de l’Ukraine d’aujourd’hui, qui se teinte de brun à vue d’œil. Le jeudi 9 avril 2015, le pays a fait un pas majeur dans la direction de sa nazification. Ce jour en effet, la Verkhovna Rada a voté une loi qui condamne "les régimes totalitaires communiste et nazi en Ukraine" et interdit "toute négation publique" de leur "caractère criminel" ainsi que toute "production", "diffusion" et "utilisation publique" de leur symboles sauf à des fins éducatives, scientifiques ou dans les cimetières. La liste des éléments désormais prohibés contient le drapeau et l’hymne soviétique et nazi ainsi que les monuments et plaques commémoratives en l’honneur de responsables communistes, et même les noms de localités, rues ou entreprises faisant référence aux dirigeants communistes, activités du PC ou encore à la révolution bolchévique de 1917. Les personnes coupables de violations de cette loi scélérate sont passibles de dix ans d’emprisonnement, et les organisations qui y contreviendraient seraient interdites. C’est là un premier pas évident vers l’interdiction du KPU, la seule véritable opposition au régime Porochenko, ce qui est d’ailleurs un but ouvertement proclamé par le pouvoir en place. Du reste, les procès inéquitables, sur des chefs d’accusations ouvertement mensongers, contre les membres du KPU, dont nombre ont été torturés par le SBU, la police politique, se multiplient depuis le coup d’Etat. Notre camarade Petro Simonenko, secrétaire général du KPU, doit d’ailleurs actuellement répondre au SBU d’accusations parfaitement fantaisistes et grotesques de soutien au séparatisme.

Cette loi est parfaitement scélérate, antidémocratique et acte une fois de plus la dérive fasciste de l’Ukraine, qui en l’état ne peut plus être considérée comme un pays démocratique. Rappelons tout de même le célèbre poème de Martin Niemöller : « Lorsque les nazis sont venus chercher les communistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste. Lorsqu’ils ont enfermé les sociaux-démocrates, je n’ai rien dit, je n’étais pas social-démocrate. Lorsqu’ils sont venus chercher les syndicalistes, je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste. Lorsqu’ils sont venus me chercher, il ne restait plus personne pour protester. » Mais c’est du reste très logique. La bourgeoisie aux abois se tourne toujours vers le fascisme lorsqu’elle n’arrive plus à se maintenir au pouvoir par des moyens « normaux », lorsque sa domination devient par trop illégitime et insoutenable pour le peuple, et dirige ses coups avant tout contre les communistes puisqu’ils représentent toujours et nécessairement l’opposition la plus conséquente et la plus résolue à son régime oppressif. En l’occurrence, le bilan du gouvernement « démocratique » post-Maidan est absolument calamiteux à tous points de vue, bien pire à tous égards que celui du décrié ex-président Ianoukovitch, et entièrement contraire aux intérêts des classes populaires comme aux intérêts les plus fondamentaux de la nation. L’économie ukrainienne est dans un état de dépression abyssale, la dette publique atteint des sommets et l’Etat est virtuellement en faillite, le gouvernement a imposé au peuple un plan d’austérité brutale comme condition pour un prêt, pourtant misérable, du FMI – baisse des déjà faméliques retraites et doublement du prix du gaz pour les ménages –, des millions d’Ukrainiens en sont réduits à la misère la plus noire pendant que les oligarques se battent par l’intermédiaire des bandes armées à leur solde pour le partage des biens du président déchu, la corruption dépasse tout ce qui a existé auparavant (un comble pour un gouvernement propulsé au pouvoir par un soulèvement populaire dénonçant la corruption d’Etat et la promesse d’y mettre fin)…Pas étonnant qu’un tel régime ait besoin de méthodes ouvertement fascistes pour se maintenir en place et déteste plus que tout le symbole que représente le Premier mai !


C’est une honte toute particulière de promulguer une telle loi cette année, l’année des 70 ans de la grande victoire de 1945, de renvoyer dos à dos cette année-ci communisme et nazisme, ce alors que l’URSS a joué le plus grand rôle dans la lutte contre le IIIème Reich, que plus de 20 millions de soviétiques ont donné leur vie pour libérer le monde de la barbarie hitlérienne. La condamnation en parallèle du nazisme ne doit pas faire illusion. Elle est parfaitement hypocrite et à l’évidence dénuée de sincérité. Les hommes au pouvoir aujourd’hui à Kiev ont collaboré sans le moindre état d’âme dès les premiers jours du soulèvement de Maidan avec des néo-nazis déclarés. Ces néo-nazis occupent désormais pour certains des postes de haut rang au sein de l’Etat. Des bataillons entiers de la Garde nationale utilisent des symboles de la SS à peine stylisés, quand ils ne se prennent pas en photo avec l’étendard du Reich ou le portrait d’Hitler. Des bandes armées néo-nazies, telles les chemises noires de Mussolini, sèment la terreur à travers le pays, ce avec la complaisance, quand ce n’est pas le soutien actif des autorités. Tous ces gens-là, contrairement aux militants communistes, n’ont jamais été inquiétés, bien au contraire même. Et surtout, les collabos avérés avec l’occupant nazi, qui ont apporté avec un zèle tout particulier leur sinistre contribution aux crimes contre l’humanité du IIIème Reich, ne sont en rien concernés par ces mesures, puisque, par un singulier révisionnisme historique, ils sont absous de toutes ces fautes et officiellement érigés en « héros de la nation ». Pour prendre une analogie particulièrement parlante, et à peu près exacte, c’est tout comme si le FN parvenait au pouvoir en France après un soulèvement populaire contre Hollande et Valls, édictait une loi pour interdire les symboles communistes et nazis, s’en servait pour interdire le PCF, sans que pour autant les groupuscules ouvertement néo-nazis soutenant le gouvernement ne soient inquiétés en rien, mais parallèlement faisait du maréchal Pétain un « héros de la nation », et de la francisque un symbole national. On voit à quel point entre cela et une réhabilitation ouverte du IIIème Reich la frontière est bien mince…

Par ailleurs on peut apprécier, plus que d’habitude encore, à quel point la rhétorique officielle sur la « neutralité » est creuse : la Confédération, qui a repris à son compte les sanctions euro-américaines contre la Fédération de Russie, pour le motif qu’elle soutient, de façon tout à fait intéressée certes, la rébellion antifasciste dans le Donbass, ne trouve rien à redire sur les crimes de guerre du régime Porochenko et sur la place qu’y tiennent des néonazis déclarés et leurs idées. Si la Suisse officielle croyait un tant soit peu aux principes démocratiques dont elle se réclame, elle romprait immédiatement les relations diplomatiques avec un pays qui foule aux pieds ces mêmes principes.

Nos camarades du KPU ont aussitôt déclaré qu’ils ne se laisseront pas impressionner par cette basse manœuvre et continueront plus que jamais la lutte pour la paix, contre le régime antipopulaire en place, contre la tyrannie des oligarques et le pillage du pays, et pour le socialisme qui seule peut satisfaire les légitimes aspirations du peuple ukrainien. Ils ont plus que jamais besoin de toute notre solidarité.