02 mai 2013

Discours du 1er mai 2013, à la Place de Neuve


Chères et chers camarades,

Ambroise Croisat, ministre communiste à l’origine de la sécurité sociale en France, disait « ne parlez pas d’acquis sociaux mais de conquis sociaux, parce que le patronat ne désarme jamais ». Nous pouvons pleinement mesurer aujourd’hui à quel point il avait raison. Nous sommes aujourd’hui ici pour défendre le renforcement des droits et du respect des salarié-e-s. C’est ce que dit notre ruban rouge. Ce combat est plus nécessaire et urgent que jamais car aujourd’hui nous devons faire face à une offensive d’une ampleur et d’une brutalité inédite du patronat et des partis politiques à sa solde contre les droits et les intérêts les plus fondamentaux des travailleurs. Le respect pour celles et ceux qui produisent toute richesse est moins que jamais à l’ordre du jour pour une  bourgeoisie arrogante et revancharde.

Voilà cinq ans déjà que le capitalisme est entré dans une crise systémique qui n’a fait que s’approfondir depuis. Les Etats bourgeois, qui ont renfloué les banques en difficulté avec des milliards d’argent public – des sommes bien plus importantes que les mêmes gouvernements n’ont jamais eu la volonté politique de rassembler pour mettre fin aux famines dans le monde – veulent faire maintenant payer leur crise aux peuples. Nous devons faire face aujourd’hui à une  offensive brutale des maîtres du capital et de leurs Etats contre les travailleurs afin de sauvegarder et accroître encore leurs profits indécents : baisses des salaires, démantèlement des droits des travailleurs et des acquis sociaux obtenus de haute lutte par le mouvement ouvrier au cours du XXème siècle, politiques d’austérité et destruction des services publics et des industries nationales… Ces politiques antipopulaires sont menées indifféremment par les partis au pouvoir, qu’ils soient ouvertement de droite, ou bien membres de l’Internationale socialiste.

Le Peuple grec est pratiquement réduit à la famine par des politiques d’austérité imposées par la structure profondément antidémocratique et réactionnaire qu’est l’Union européenne, et avec la collaboration active de tous les partis bourgeois grecs. Les peuples portugais, espagnol, italien…subissent les mêmes politiques d’austérité voulues par l’Union européenne. En France, c’est un gouvernement officiellement socialiste qui mène une politique de coupes budgétaires et démantèle le code du travail, pour le plus grand plaisir du MEDEF. Les droits les plus élémentaires des travailleurs sont violés chaque jour. A titre d’exemple, nous devons rappeler et dénoncer le scandaleux licenciement de 22 grévistes à l’Hôpital de la Providence à Neuchâtel ; licenciés pour simplement avoir exercé leur droit à faire grève pour défendre leur convention collective de travail, droit que pourtant la Constitution fédérale garantit.
 
Face à ces violations et à ces politiques, nous pouvons et nous devons lutter pour le renforcement de droits et le respect des travailleurs. Le 1er juin, nous descendrons de nouveau toutes et tous dans la rue pour dénoncer les abus patronaux et exiger plus de protection et plus de droits pour les salarié-e-s. Nous lutterons pour faire passer l’initiative 1:12 de la Jeunesse socialiste et l’initiative de l’USS pour un salaire minimum à 4'000 francs ; car aujourd’hui plus de 400'000 travailleurs (qui sont surtout des travailleuses) gagnent moins que ce modeste montant et qu’il est tout bonnement inacceptable qu’en Suisse au XXIème siècle un travailleur ne puisse pas vivre dignement de son travail ; et pour l’initiative de la CGAS sur le renforcement du contrôle des entreprises, mesure nécessaire pour limiter un peu le dumping salarial, quoi que raconte l’Entente sur un mythique et inexistant partenariat social. Nous devrons nous battre aussi pour faire échouer le 9 juin prochain les dites mesures urgentes sur l’asile, qui ne présentent aucune urgence, ne répondent à aucun véritable problème, mais seulement à la démagogie fascisante d’une certaine droite qui fait de la xénophobie son fond de commerce, et menace gravement la substance même du droit d’asile, les droits humains les plus élémentaires des réfugiés, et par-dessus le marché remet en cause les principes les plus fondamentaux de l’Etat de droit. Je vous signale également l’initiative du Parti du Travail contre les expulsions d’appartement sans relogement, que je vous invite toutes et tous à signer.
Toutes ces luttes sont importantes et nécessaires et nous devons les mener. Toutefois, notre combat ne peut se réduire à exiger des réformes ou des augmentations des salaires dans le cadre du régime actuel. On ne peut non plus y réduire la portée du 1er mai. Car la crise actuelle est née des contradictions fondamentales du système capitaliste, dont elle signale infailliblement qu’il a atteint ses limites historiques. Elle ne peut être résolue en restant dans un paradigme capitaliste qu’au prix de guerres, de dictatures fascistes et de souffrances pour les peuples. La seule sortie progressiste, favorable aux travailleurs, de la crise passe par un nécessaire changement de régime, par la construction d’une société nouvelle, socialiste.

 Il y a cent ans de cela, Rosa Luxemburg écrivait à l’occasion du 1er mai 1913 : « L'idée brillante, à la base du Premier mai, est celle d'un mouvement autonome, immédiat des masses prolétariennes, une action politique de masse de millions de travailleurs qui autrement auraient été atomisées par les barrières des affaires parlementaires quotidiennes, qui n'auraient pour l'essentiel pu exprimer leur volonté que par le bulletin de vote, l'élection de leurs représentants. »

« La proposition excellente du français Lavigne au Congrès de Paris de l'Internationale ajoutait à cette manifestation parlementaire, indirecte de la volonté du prolétariat, une manifestation internationale directe de masse : la grève comme une manifestation et un moyen de lutte pour la journée de 8 heures, la paix mondiale et le socialisme. »

Cent ans après, ces lignes sont actuelles comme jamais, et il importait de les citer afin de rappeler ce qu’est le 1er mai, pas la fête du travail, ni celle du muguet, ni une simple tradition, mais une journée de rassemblement et de lutte de toutes les travailleuses et de tous les travailleurs pour leurs droits et leurs aspirations légitimes, contre l’oppression capitaliste, et pour une société nouvelle, socialiste.

Dans quelques instants, nous chanterons l’Internationale. Pour que cela ait un sens, et ne soit pas qu’un rituel creux, nous devons nous souvenir de la portée révolutionnaire du 1er mai. Je finirai donc en citant les paroles qu’avait prononcée au nom du Parti du Travail Liliane Johner il y a dix ans, le 1er mai 2003 : « Malheureusement nombreux sont encore ceux qui pensent que des accommodements avec le capitalisme sont possibles sans bouleverser le système, en imposant simplement un certain nombre de réformes progressistes. Mais nous devons nous diriger vers une véritable transformation de cette société grâce à une réelle opposition, autonome dans son action, indispensable pour non seulement promouvoir la résistance au néolibéralisme mais aussi pour conduire une transformation sociale radicale. »

 

Alexander Eniline

19 mars 2013

60 ans après, l’héritage de Staline en ex-URSS


60 ans exactement avant Hugo Chavez, décédait une autre figure majeure du mouvement révolutionnaire, Joseph Staline. Quel souvenir faut-il garder de celui que l’historiographie bourgeoise, social-démocrate, trotskiste et même une certaine tendance du mouvement communiste s’accorde à considérer comme le mal incarné, si ce n’est l’alter ego d’Hitler ? Il n’est peut-être pas inutile de prendre en compte ce qu’en pensent les habitants des pays qui composaient autrefois l’URSS, où les retraités d’aujourd’hui avaient commencé leur vie quand Staline était au pouvoir. Et la réponse est sans appel. Selon un sondage commandé par le quotidien russe Vedomosti au centre Levada (deux structures bourgeoises), près de la moitié des Russes aujourd’hui estiment que Staline a joué un rôle positif dans l’histoire. Seulement un tiers pensent le contraire. Lors de la commémoration organisée le 5 mars par le Parti Communiste de la Fédération de Russie (KPRF), des milliers de personnes sont venues se recueillir sur la tombe de Staline (on nous accordera que fort peu d’hommes politiques du passé se voient gratifiés d’un semblable honneur).  « Notre parti a aujourd’hui rassemblé autour de lui un large bloc de forces patriotiques et populaires, et nous sommes tous venus aujourd’hui rendre hommage à la mémoire de J.V. Staline, au glorieux souvenir de l’époque soviétique, à nos grandes victoires. Nous sommes venus rendre hommage à ce temps, sur les fondations duquel repose encore la Fédération de Russie. Nous sommes venus déclarer que sans un socialisme rénové il n’est pas possible de sortir de la crise profonde qui a englouti toute la planète » a déclaré à cette occasion le président du Comité central du KPRF Guennadi Ziouganov.

            A la table ronde organisée par la Pravda, quotidien du KPRF, Kazbek Taïsaev, secrétaire du Comité central et député à la Douma a résumé ainsi la vision qu’ont les communistes russes de Joseph Staline : « Staline était et reste pour nous un emblème et un exemple de service désintéressé à la patrie. L’héritage laissé par le grand guide et maître continue encore aujourd’hui de nourrir non seulement la Russie mais aussi d’autres pays. Son héritage historique et théorique attend encore d’être jugé. Et je suis convaincu que nos descendants jugeront Staline comme un remarquable homme d’Etat, un père plein de sagesse et un mentor du peuple soviétique et des peuples frères de l’URSS. » La Pravda a consacré d’intéressants articles de fond à l’œuvre politique et théorique de Staline. Nombre de sections du KPRF ont organisé des événements en l’honneur de l’homme qui pour leurs membres reste avant tout celui qui a permis à l’URSS, ruinée par la Première Guerre mondiale et la Guerre civile, de devenir une grande puissance, a dirigé la construction du socialisme et mené son pays à la victoire en 1945. La section de KPRF de Volgograd (anciennement Stalingrad, le nom officiel de la section est d’ailleurs section régionale de Stalingrad) ont décidé d’élever un monument à Staline. Le secrétaire de la section, Nikolaï Parchin, a expliqué ainsi cette décision : « Les mérites de Staline reçoivent des évaluations différentes dans la société. Si on parle autant d’un homme, c’est qu’il est vraiment un personnage important. Et la tâche des communistes est de préserver ce grand nom. Nous devons élever un monument à Staline dans notre ville. 

 

            Le KPRF, dont les membres portent souvent des portraits de Staline dans les manifestations, est aujourd’hui un parti de masse, bien implanté dans la société russe, et qui a fait près de 20% en 2012 aux élections à la Douma. Ce résultat, que peu de partis communistes aujourd’hui atteignent, ce d’autant qu’il est grandement sous-évalué par les fraudes massives organisées par le parti au pouvoir, Russie unie, ne serait pas possible si beaucoup de Russes ne partageaient pas l’avis du KPRF sur Staline et la période soviétique de leur histoire. L’exemple du KPRF mérite d’inspirer largement tous les communistes à se réapproprier leur histoire et à analyser objectivement, sans préjugés, en marxistes, l’expérience du premier pays socialiste de la planète, sans omettre ses contradictions, mais en rompant radicalement avec la mythologie créée par la propagande bourgeoise et la diabolisation irrationnelle et antihistorique de l’homme qui fut à la tête de l’URSS dans les années les plus difficiles et les plus tragiques de son histoire. Ou comme le dit Domenico Losurdo – auteur du remarquable Staline, histoire et critique d’une légende noire – dans Fuir l’histoire ? la révolution russe et la révolution chinoise aujourd’hui : « Aujourd’hui nous assistons à une sorte de colonisation de la conscience historique des communistes. Il s’agit de quelque chose de plus qu’une simple métaphore. Historiquement, le mouvement communiste est arrivé au pouvoir dans des pays coloniaux ou, en tout cas, en marge de l’Occident. D’autre part, avec le triomphe de la mondialisation et de la pax americana, du point de vue multimédiatique, le reste du monde est devenu une province et une colonie, du moins potentielle, par rapport au centre de l’Empire qui, depuis Washington, peut atteindre et atteint quotidiennement chaque point du globe avec une puissance de feu multimédiatique concentrée. Il est difficile de résister à tout cela, mais sans cette résistance, on n’est pas communiste. »

14 février 2013

RESOLUTION SUR LA GUERRE AU MALI

Résolution rédigée par mes soins
 
Le Parti du Travail condamne résolument la terreur obscurantiste que les bandes armées salafistes font régner au Nord du Mali mais n’en exprime pas moins une ferme condamnation de l’opération militaire française. Car la France n’intervient pas militairement dans son ancienne colonie pour protéger les populations du Mali contre la terreur salafiste – c’est là une construction de la propagande de guerre, habile mais mensongère – mais pour défendre et renforcer sa propre emprise néocoloniale, pour le contrôle des mines d’or et d’uranium, pour la défense des profits de la multinationale minière française Areva.
 
Il n’est en effet peut-être pas inutile de faire remarquer que la rhétorique du gouvernement français n’est rien de plus qu’un mauvais réchauffé du discours sur la « guerre contre le terrorisme » de Georges W. Bush ; une soigneuse sélection d’images pour montrer des populations gémissant sous la terreur islamiste puis accueillant dans des scènes de liesse (spontanées, cela va sans dire) les soldats français en libérateurs n’étant qu’un médiocre remake des guerres d’Afghanistan (pour la terreur islamiste) et d’Irak (pour les foules en liesse) ; ce alors qu’a prévalu un black out total sur les scènes de combats (aucune image des bombardements de civils par l’armée française bien entendu). On aurait pu espérer que cette rhétorique serait usée jusqu’à la corde après la sinistre présidence de Bush, mais il semble que le peu d’esprit critique qui subsiste face aux guerres impérialistes des USA disparaisse dès qu’il s’agit de celles menées par des pays européens. Toutefois, cette mise en scène de la propagande de guerre ne résiste pas face à l’épreuve des faits, et ces faits, il nous semble important de les rappeler pour comprendre les véritables enjeux des événements au Mali. En effet, l’intérêt de la France pour le respect des droits humains au Mali est pour le moins nouveau. Car il faut rappeler ce qu’était le Mali avant l’opération Serval. Ancienne colonie française, le Mali n’a pu jouir d’une véritable indépendance ni sous la dictature de Moussa Traoré (la France ne trouvait alors rien à redire quant aux violations des droits humains…) ni sous la démocratie de façade d’Amadou Toumani Touré (ATT). Un des pays les plus pauvres du monde (classé par le PNUD en 175ème position sur 187 pays en termes de développement humain), le Mali possède pourtant de riches réserves d’or et d’uranium. Toutefois, seule une toute petite élite malienne corrompue en a profité. Le peuple malien lui a été soumis à un joug néocolonial implacable. Il faut en effet savoir que « l’indépendance énergétique » tant vantée de la France grâce au nucléaire repose sur les gisements d’uranium du Mali et du Niger, exploités par la multinationale française Areva à des conditions léonines. La France en retire de l’uranium à des prix bien inférieurs à ceux du marché…mais c’est les populations du Nord du Mali qui en payent la facture : destruction des rares terres arables pour les mines à ciel ouvert, terres expropriés sans compensations versées aux villageois, pollution durable du sol et de la nappe phréatique, exploitation brutales pour la main d’œuvre locale, salaires de misère, conditions de sécurité proprement scandaleuses, maladies professionnelles graves et généralisées (mais pour lesquelles Areva décline toute responsabilité). Il est dès l’ores plus que compréhensible pourquoi les populations du Nord du Mali, abandonnées aux griffes d’Areva par le pouvoir fantoche de Bamako à la solde de Paris, se révoltent et réclament leur indépendance.
 
Responsable de la révolte du peuple du Nord du Mali, la France l’est tout autant de la prolifération des bandes armées djihadistes dans la région et sa prétention à lutter contre la terreur salafiste n’est absolument pas crédible. En effet, qui pourrait croire à la sincérité des convictions humanistes et anti-salafistes d’un pays qui s’allie sans le moindre état d’âme avec les dictatures obscurantistes et propagatrices du salafisme que sont le Qatar et l’Arabie saoudite, qui soutenait en Lybie et soutient en Syrie exactement le même type de bandes armées qu’il prétend combattre au Mali ? Rappelons tout de même que si aujourd’hui des bandes armées et des armes en quantité circulent librement à travers le Sahara et le Sahel, c’est suite à la guerre impérialiste contre la Lybie, menée notamment par la France. Aujourd’hui, ce pays qui possédait il n’y a pas longtemps le niveau de vie le plus élevé d’Afrique n’est plus qu’un champ de ruines, et la manne pétrolière, naguère en partie au moins redistribuée à la population, va directement dans les poches des multinationales européennes. Les bandes djihadistes étaient alors les alliés de l’impérialisme français contre la Lybie ; désormais qu’elles prolifèrent dans le pré carré de la Françafrique, elles sont soudain devenues des ennemis. Qui pourrait croire qu’il y ait quoi que ce soit d’autre que l’intérêt mercantile derrière ce revirement ?
 
On affirme généralement que le gouvernement malien a été contraint de demander l’aide de la France car il n’arrivait matériellement pas à en découdre avec les bandes djihadistes lourdement armées prêtes à foncer sur Bamako. Nous affirmons que cette version des faits n’est absolument pas crédible. Selon toutes les estimations, les bandes armées salafistes ne compteraient que quelques milliers d’hommes. Comment croire que quelques milliers de combattants, qui ont été repoussé sans effort des villes du Nord du Mali par l’armée française, auraient pu prendre et tenir Bamako, une ville de plus de deux millions d’habitants ? Pourquoi l’armée malienne avait-elle tant de peine face à un adversaire si faible numériquement et si vite vaincu par l’armée française ? Il semble que Paris ait fait pression sur l’ex président ATT pour qu’il ne combatte pas vraiment les rebelles. Il est clair également que les sanctions prises par la CEDAO contre le gouvernement putschiste du MALI, suite à la condamnation française du coup d’Etat qui a déposé ATT, ont mis le pays à genoux en le laissant à court de liquidités et contraint de demander l’aide militaire française. Actuellement, même les médias bourgeois ne peuvent cacher les représailles contre les Touaregs et les Algériens, et l’intervention impérialiste française menace de conduire à l’embrasement de toute la région.
 
A l’heure où la crise systémique du capitalisme s’approfondit, où les grands monopoles transnationaux s’affrontent dans une concurrence de plus en plus exacerbée, où il devient plus dur d’exporter des capitaux, les tensions inter-impérialistes se font jour et les grandes puissances impérialistes sont poussées à utiliser le dernier recours qu’il leur reste pour préserver les profits de leurs propres entreprises monopolistes : la guerre. Les guerres et interventions impérialistes se multiplient : Irak, Afghanistan, Lybie, Côte d’Ivoire, Mali….Malheureusement, la riposte à ces guerres n’est pour le moins pas à la hauteur. Jadis, les communistes savaient efficacement dénoncer les guerres impérialistes menées par leurs propres pays et le mouvement anti-impérialiste et pour la paix était fort. Aujourd’hui toutefois ce n’est plus le cas. La guerre contre l’Irak avait été justement dénoncée, mais pour ce qui est des guerres d’Afghanistan, de Lybie et de la récente intervention au Mali, cela n’a guère été le cas. On a hélas pu observer des attitudes ambivalentes de la part de partis communistes et de la presse communiste, quand ce n’est pas une adhésion du bout des lèvres à l’idéologie des « guerres humanitaires ». Cette complaisance envers l’impérialisme est d’autant plus condamnable que l’intensification des guerres néocoloniales pour un repartage du monde est lourde de dangers. Rappelons tout de même que les tensions pour le partage des colonies avait débouché sur la Première guerre mondiale. Rappelons aussi que c’est au nom de la « mission civilisatrice de l’Occident » que la colonisation a été entreprise, et que c’est pour des prétextes « humanitaires » que les colonisateurs européens (pas les salafistes !) coupaient les mains, et les têtes, par milliers. La rhétorique des « guerres humanitaires » poursuit des objectifs clairement néocoloniaux et doit être implacablement combattue. Les peuples n’ont pas besoins de « l’aide » intéressée, hypocrite et sanguinaire de l’impérialisme. Le Parti du Travail lutte et luttera résolument pour le respect du droit des peuples à la libre détermination de leur propre destin.

03 décembre 2012

Discours prononcé pendant le rassemblement pour la validation de l’initiative 151 « Pour le renforcement du contrôle des entreprises, contre la sous-enchère », le vendredi 30 novembre 2012

Chères et chers camarades,

Friedrich Von Hayek, auteur de référence des idéologues du PLR, écrivait : « Je préfère une dictature libérale à un gouvernement démocratique où le libéralisme serait absent ». Le Conseil d’Etat et la droite du Grand Conseil semblent bien prendre cette direction en s’apprêtant une nouvelle fois à invalider une initiative populaire dont le contenu leur  déplaît pour des raisons politiques afin d’empêcher le peuple de pouvoir se prononcer là-dessus, d’empêcher que de quelconques mesures dignes de ce nom soient prises pour lutter contre la sous-enchère salariale ; cela en avançant de piètres arguties juridiques tirées par les cheveux, et auxquelles personne ne croit, tant est devenu systématique pour la droite de ce canton le déni des droits populaires et de la démocratie, l’habitude d’invalider systématiquement des initiatives populaires parfaitement valides, et qui sont pratiquement à chaque fois reconnues telles par le Tribunal fédéral. Et la droite qui s’ingénie à trouver les prétextes juridiques les plus fallacieux pour invalider les initiatives populaires progressistes est la même droite que celle qui aux chambres fédérales a laissé passer toutes les initiatives de l’extrême-droite, de l’interdiction des minarets à l’expulsion des étrangers criminels, pourtant clairement inapplicables et contraires au droit international.

 

Mais il est bien clair que les arguties juridiques ne sont rien d’autre que des arguties, et il n’est même pas la peine de leur répondre. Les véritables raisons de la droite de vouloir invalider l’initiative sont clairement politiques, et les véritables arguments le sont aussi. Le Conseil d’Etat prétend que l’initiative serait disproportionnée et que Genève serait déjà, à ce qu’il paraît, pionnière dans le domaine de la lutte contre la sous-enchère salariale. Pionnière ? Il existe à ce jour un commissaire de l’OCIRT pour 18'750 emplois. Les normes de l’OIT pour les pays développés voudraient un inspecteur pour 10'000 emplois. Les effectifs de l’OCIRT correspondent aussi aux normes de l’OIT…pour les pays en voie de développement. Genève serait-elle désormais un pays du Tiers monde ? Serait-il vraiment disproportionné d’adapter les effectifs de l’OCIRT comme le prévoit l’initiative 151 ? Il faut également tenir compte du fait que l’OCIRT n’a rendu que 8 décisions en 2011, et 2 en 2012 !, que 80% des commissions paritaires n’effectuent aucun contrôle, que pour 62% des entreprises, représentant 52% de l’ensemble des travailleurs, pratiquement aucun contrôle n’est jamais exercé. Dire, dans ces conditions, que l’initiative 151 est disproportionnée et que Genève est déjà pionnière, tient au mieux de la mauvaise blague. Il est parfaitement limpide que le seul but du patronat, et des partis qui le servent, est de laisser la sous-enchère salariale se poursuivre sans encombre. A titre de comparaison, il existe un agent de la Fondation des parkings pour 326 places de parc. On voit bien quelles sont les priorités politiques des bourgeois !

Le Conseil d’Etat prétend que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, que le système fonctionne bien et que somme toute le problème de la sous-enchère salariale n’en est pas un. Une telle affirmation tient du mensonge le plus éhonté ! Le Conseil d’Etat omet de dire que depuis 2008 le salaire brut médian a reculé, que depuis plusieurs années les bas salaires se généralisent et les écarts salariaux se creusent (la part des salariés du canton touchant un bas salaire est passée de 15,1% à 18,5% entre 2000 et 2010), que les commissions paritaires ont révélé des taux d’infraction de 24% en 2011, ce alors que l’OCIRT ne fait rien, et que 52% des salariés ne bénéficient d’aucun contrôle ! Cette situation catastrophique pour les travailleurs est bien entendue liée aux accords bilatéraux avec l’Union Européenne, à la dite « libre-circulation » des personnes, en fait la libre-exploitation des travailleurs à l’échelle du continent, la libéralisation et la dérégulation du marché du travail, une aubaine pour le patronat européen et helvétique pour une baisse généralisée des salaires. Le Parti du Travail avait le premier lutté contre ces accords bilatéraux, pour avoir justement prévu qu’ils constitueraient une large porte ouverte à la sous-enchère salariale et que les prétendues mesures d’accompagnement resteraient lettre morte. Nos saluons le fait que les syndicats prennent désormais cette réalité en compte et luttent contre les effets de cette libéralisation continentale du marché du travail.

 

Enfin, argument décisif, le Conseil d’Etat estime qu’une inspection syndicale serait inacceptable car partiale, et contraire à la liberté économique, car trop intrusive. Cela est évidemment faux, car cette inspection syndicale n’aurait aucun pouvoir décisionnel, qui resterait entièrement entre les mains de l’OCIRT. Mais, cela mis à part, de quelle impartialité veut-on parler ? L’OCIRT, qui se contente trop souvent d’un coup de fil au patron en guise d’inspection, qui écoute systématiquement le patronat et très peu les syndicats, serait-il impartial ? La droite pro-patronale, financée par la FER, qui siège sur les bancs de l’Entente et de l’UDC, serait-elle impartiale ? Le Conseil d’Etat, à majorité issue de l’Entente, qui s’empresse de trouver tous les prétextes juridiques possibles et imaginables pour invalider les initiatives populaires de gauche, serait-il impartial ? Le patronat, qui fait tout son possible pour empêcher les commissions paritaires de procéder à des contrôles et s’oppose de toutes ses forces à l’engagement d’inspecteurs de travail pour contrôler l’application des CCT, serait-il impartial ? Il n’existe pas de telle impartialité ! Le patronat, ses partis politiques, et l’Etat bourgeois à son service, ne défendent qu’un intérêt de classe étroit, l’intérêt du patronat d’utiliser la sous-enchère salariale sans entraves afin d’augmenter ses marges de profits ; ne défendent que la liberté de classe qu’est la liberté économique, qui à vrai dire n’est que le privilège de quelques uns, et étant liberté d’exploiter sans entraves la force de travail, nie la liberté des travailleurs. Pour défendre ces intérêts de classe étroits, pour faire passer leurs privilèges indus pour l’intérêt général, ils s’ingénient à inventer les arguments les plus tordus, mais aucun n’est crédible. Et nous, nous sommes là pour défendre d’autres intérêts, incompatibles avec les privilèges du patronat, les intérêts légitimes des travailleurs.

Comme à chaque fois que le patronat et la droite pro-patronale cherchent à trouver un prétexte pour refuser les revendications légitimes des travailleurs, on nous chante aujourd’hui les vertus du partenariat social. Mais ce couplet sonne faux et pour cause. Car le dit partenariat social n’est rien d’autre qu’une construction idéologique bourgeoise, une fiction qui masque mal la domination écrasante du patronat sur la classe des travailleurs. Car de quel partenariat social peut-il s’agir au juste ? Pour qu’il y ait partenariat, il doit y avoir des intérêts communs. Et quels intérêts communs peut-il y avoir entre deux classes que tout oppose. Karl Marx avait, il plus d’un siècle déjà, justement tourné en dérision les précurseurs de la théorie du partenariat social : «L'intérêt du travailleur est donc le même que celui du capitaliste, prétendent les bourgeois et leurs économistes. Grande vérité ! Le travailleur périt, si le capital ne l'emploie pas ; et le capital est perdu, s'il n'exploite pas le travailleur. [...] Aussi longtemps que le travailleur salarié reste un travailleur salarié, son sort dépend du capital. La voilà cette fameuse communauté d'intérêts du travailleur et du capitaliste.» Vrai à l’époque, l’enseignement de Marx l’est tout autant aujourd’hui. Les travailleurs n’ont jamais rien obtenu que par la lutte, en aucun cas par le partenariat, qui n’est que l’autre nom de la collaboration de classe. Et c’est par la lutte que nous viendrons à bout de la sous-enchère salariale.

 

La droite pro-patronale de ce canton, aux ordres de la FER, n’a aucune légitimité ni politique ni morale d’invalider une initiative syndicale parfaitement valide, raisonnable, et conforme à l’intérêt des travailleurs. Il est inacceptable que les droits démocratiques les plus fondamentaux soient bafoués de façon éhontée pour permettre au patronat de continuer à profiter de la sous-enchère salariale. Nous considérons que la démocratie elle-même est remise en cause par les agissements scandaleux de la droite. C’est au peuple à se prononcer sur une initiative populaire, pas aux fondés de service de la FER, et nous exigeons que l’initiative soit validée à cet effet.

Alexander Eniline

Le 29.11.12

À 23h13

21 octobre 2012

Discours prononcé, au nom du Parti Suisse du Travail, à la Rencontre communiste européenne, organisée par le Parti communiste de Grèce (KKE), les 1 et 2 octobre 2012

« Position des partis communistes sur la crise du capitalisme : soumission ou rupture ? Illusions sur une possible gestion du capitalisme pour le bien du peuple et lutte des communistes pour les intérêts des travailleurs, des peuples, pour le renversement du pouvoir capitaliste, pour le socialisme. »

 

Chères et chers camarades,

 

Tout d’abord je souhaiterais remercier, au nom du Parti Suisse du Travail, le Parti communiste de Grèce, pour l’organisation de la Rencontre communiste européenne.

 

La plupart des pays européens vivent une crise économique sévère dont on ne voit pas la porte de sortie. Afin de défendre les profits de leurs propres monopoles, de trouver une sortie de la crise dans l’intérêt du capital, les gouvernements bourgeois et les institutions de l’UE adoptent des mesures antipopulaires d’une ampleur inégalée, dans le but de baisser le prix de la force de travail coûte que coûte. Ces mesures, pourtant, ne font qu’aggraver la crise. Mais elles provoquent également la juste protestation des masses populaires, qui ne veulent pas subir plus longtemps perspective de leur paupérisation absolue et relative, du chômage de masse. Les partis bourgeois, de droite ou sociaux-démocrates, les institutions de l’UE, l’idéologie bourgeoise…sont de plus en plus largement discréditées. Le mouvement de protestation grandit, prenant souvent un caractère de masse. On observe une radicalisation des mots d’ordre, un durcissement des confrontations avec l’Etat bourgeois et le capital ; quand bien même la résistance populaire soit souvent inorganisée, et son succès – limité. Dans aucun pays européen il n’y a pour le moment de situation révolutionnaire, mais dans beaucoup de pays la situation est des plus explosives, et la transformation révolutionnaire de l’ordre social tout entier vient à l’ordre du jour.

 

L’état de choses présent montre une évidente incapacité des monopoles et des partis bourgeois de résoudre ne serait-ce que les problèmes les plus élémentaires de notre temps et de trouver la sortie de la crise, ce qui amène à une prise de conscience de plus en plus large de la nécessité de changer de cap et confère une responsabilité toute particulière aux communistes : la responsabilité de trouver la voie de la révolution socialiste, qui est le seul changement de cap possible, en tenant compte des conditions spécifiques de chaque pays.

 

En Suisse, la situation actuelle est très loin d’être révolutionnaire, et se caractérise plutôt par l’apparence d’une extrême stabilité économique et politique. En général, la Suisse n’est pas encore fortement touchée par la crise, même si on en voit les premiers symptômes, et a conservé un niveau de vie relativement plus élevé que les pays voisins membres de l’UE. Néanmoins, en premier lieu, on observe en Suisse ces dernières années un phénomène d’appauvrissement relatif et absolu de couches de plus en plus larges de la population, et un brutal croisement des inégalités sociales – problème qui est encore aggravé par la liquidation systématiques des acquis sociaux déjà fort limités par les partis bourgeois, – et deuxièmement  parce que l’économie suisse ne pourra éviter longtemps la crise, et une brutale aggravation de la situation économique est inévitable dans un avenir plus ou moins proche. Du reste, même des économistes bourgeois commencent à en parler. Le secteur bancaire vit déjà maintenant une situation difficile, subissant des défaites successives dans sa guerre économiques contres les banques des USA et de l’UE, et prenant des mesures de plus en plus désespérées pour tenter de subsister. Il faut aussi avoir à l’esprit que l’économie suisse dépend énormément des relations commerciales avec les pays membres de l’UE et ne saurait éviter une forte récession liée à l’inévitable approfondissement de la crise en Europe.

 

Pour l’instant subsistent également toutes les apparences de la stabilité politique. Pour l’instant domine encore globalement l’idéologie bourgeoise conservatrice de la concordance, de la collaboration de classe, le mythe que la Suisse est le pays le plus parfait et le plus juste au monde. L’apparition de cette idéologie de la concordance a été possible grâce à l’absence de bouleversements majeurs et de guerres en Suisse depuis la seconde moitié du XIXème siècle, de salaires comparativement plus élevés pour les citoyens suisses après la Deuxième Guerre mondiale grâce à un potentiel industriel intact, mais aussi à l’emploi d’une main-d’œuvre étrangère nombreuse, sous-payée et sans droits. Mais cette concordance bourgeoise n’aurait jamais pu se mettre en place sans la politique opportuniste du Parti socialiste suisse qui, épaté en 1959 par une présence permanente au gouvernement ensemble avec les grands partis de droite, a renoncé pour cela à l’idée de révolution et à la lutte de classe, au profit de la collaboration de classe et du social-libéralisme, et des syndicats sociaux-démocrates, ayant signé en 1939 les accords dits de la « paix du travail », instituant le renoncement à la lutte de classe au profit de la collaboration de classe, et limitant le droit des travailleurs à la grève.

 

Pourtant, cette stabilité politique apparente s’effrite également avec la montée des contradictions entre classes. L’idéologie de la concordance est détruite par l’action des partis d’extrême-droite, qui obtiennent des bons résultats aux élections, en spéculant sur la méfiance grandissante du peuple envers le système politique existant, car les masses populaires commencent à comprendre que l’idéologie de la concordance n’est que le masque du pouvoir sans partage des monopoles. On observe également une intensification de la lutte de classe, une montée des grèves, qui jusqu’à il n’y a pas longtemps étaient très rares en Suisse, contre les licenciements, les baisses de salaires et les ruptures de conventions collectives de travail ; une montée des manifestations protestataires, de la lutte syndicale ; tout cela, néanmoins, dans des proportions trop limitées.

 

Dans cette situation, les tâches principales du Parti Suisse du Travail consistent dans la lutte contre la liquidation des acquis sociaux et des droits démocratiques existants, et pour leur extension ; la lutte contre les idées d’extrême-droite et des politiques xénophobes ; la lutte à l’intérieur des syndicats pour la rupture de la paix du travail et le retour sur une ligne de lutte de classe. Même si la Suisse ne fait pas partie de l’UE, la lutte de notre parti est également dirigée contre l’UE. Le Parti Suisse du Travail a adopté en 2008 une résolution contre toute adhésion de la Suisse à l’Union européenne, ce que veulent toujours les sociaux-démocrates et les trotskistes. Nous luttons également contre les accords bilatéraux avec l’UE, qui mènent à une reprise unilatérale par la Suisse du droit européen antipopulaire, antidémocratique et néolibéral. Mais notre action ne se limite pas à ces tâches immédiates, et implique également la préparation de la lutte populaire dans les conditions de la crise imminente, pour la destruction de l’idéologie bourgeoise de la concordance, la lutte idéologique contre l’anticommunisme et pour la diffusion des idées du marxisme, un travail d’explication auprès de la population pour faire comprendre que la voie de développement capitaliste est une impasse et que l’édification du socialisme est une nécessité. La réalisation de ces objectifs implique une rupture avec la social-démocratie et sa politique de collaboration avec la bourgeoisie.

 

Le succès de la lutte des communistes pour le socialisme dans tous les pays d’Europe implique une rupture totale avec la social-démocratie, qui s’est montrée une force ouvertement réactionnaire partout où elle est parvenue au pouvoir ces dernières années ; la rupture avec toutes les illusions sur la possibilité de sortir de la crise dans l’intérêt du peuple en restant dans un cadre capitaliste, dans l’UE et dans l’Euro. Le capitalisme monopoliste ne peut en principe pas être régulé. Tenter de sortir de la crise systémique du capitalisme par des mesures keynésiennes est vain. Affirmer qu’une autre politique est possible dans le cadre du capitalisme n’a aucun sens. Le capitalisme en état de crise ne peut donner aucune concession aux travailleurs, il ne peut survivre qu’au prix de la paupérisation absolue de la majorité de la population. Un changement de cap dans le cadre de l’UE est également impossible. Les institutions de l’UE furent édifiées de façon à être irréformables, elles ne peuvent être rien d’autre qu’un bastion des monopoles, de la réaction et du néolibéralisme. Il est impossible de réaliser des transformations révolutionnaires dans aucun des pays-membres sans sortir au préalable de l’UE et de l’Euro. Les partis qui disent le contraire commettent une faute politique majeure, détournent la lutte populaire vers une voie sans issue et en fin de compte démoralisent les masses populaires. Les communistes doivent réfuter sans répits de telles positions erronées.

 

Il ne peut y avoir que deux sorties de la crise : dans l’intérêt des monopoles, au prix du fascisme, de la paupérisation de la majorité de la population et de nouvelles guerres impérialistes, ou dans l’intérêt du peuple, grâce à la révolution socialiste. De la lutte des communiste dépendra quelle sera cette sortie !

Alexander Eniline


Membre du Comité directeur

03 octobre 2012

Discours au café politique du 27.09.12 consacré à la nouvelle Constitution de la République et canton de Genève


 
 
 

Chères et chers camarades,

Pour commencer, je voudrais rappeler que le combat contre la refonte réactionnaire de la Constitution de la République et canton de Genève a été une priorité absolue pour le Parti du Travail depuis le début. En 2008 nous avions appelé à voter contre la création d’une Assemblée constituante, chargée de réviser la Constitution, car nous avions très justement prévu que dans le contexte politique actuel, dominé par la réaction, il ne pourrait sortir d’une telle révision qu’un texte contraire aux intérêts populaires, qui contiendrait les pires dispositions réactionnaires camouflées dans une multitude d’articles qui n’apportent pas grand-chose de nouveau. Du reste, la stratégie du paquet ficelé, qui consiste à cacher l’amère pilule néolibérale sous le miel fade d’un baratin démagogique, est une des méthodes éprouvées de la droite pour parvenir à ses fins. Malheureusement, le peuple a voté alors pour la Constituante, avec un taux de participation très faible toutefois, encouragé en cela par les socialistes et les Verts qui lui promettaient absurdement monts et merveilles et un merveilleux exercice démocratique de tout réinventer. Comme s’il s’agissait de cela, de réaliser le vieux slogan soixante-huitard « l’imagination au pouvoir » et non de vider la Constitution de ses acquis démocratiques et sociaux, alors que la droite avait dès le début clairement annoncé ses intentions !

La suite allait pleinement donner raison à nos prévisions. La droite savait d’emblée quel était son but, quels étaient les intérêts réactionnaires qu’elle a pour unique vocation de servir, et l’a poursuivi avec constance et habilité. La dite gauche réformiste, en revanche, n’ayant ni une quelconque détermination à défendre les intérêts des classes populaires de ce canton, ni même ses propres promesses électorales, ni n’ayant d’autre but que de marchander sa juste place dans le cadre de la concordance bourgeoise au service de la gestion loyale du capitalisme, est partie d’emblée sur l’objectif absurde de faire une Constitution de compromis, comme si ce concept de constitution de compromis avait un sens, comme si la constitution pouvait être un compromis entre forces sociales antagonistes, alors qu’une constitution écrite pouvait être autre chose que le reflet plus ou moins exacte de la véritable constitution d’un pays, qui n’est autre que le rapport de forces réel qui y existe, ou, dans le cas de figure le plus favorable, un instrument au mains des forces du progrès pour modifier ce rapport de forces. Le groupe AVIVO, au contraire, a dès le départ et jusqu’à la  fin défendu avec constance et détermination les intérêts véritables des classes populaires, la conservation et l’extension des acquis sociaux et démocratiques contenus dans la Constitution actuelle, et ne s’est jamais laisser entraîner sur la pente glissante des compromis trompeurs. Je tiens ici à souligner cette exemplaire lutte politique, qui correspond à ce que doit faire une force authentiquement populaire dans les parlements bourgeois.

La suite n’est que trop connue. La droite s’est livrée à une stratégie habile de marchandage que tous les marchands de tapis maîtrisent et que seuls les désespérants stratèges du PS et des Vets, dans leur incapacité navrante à penser la politique en termes de rapports de forces, ont réussi à ne pas comprendre. La droite à commencé par utiliser sa majorité numérique pour aligner les articles réactionnaires les plus caricaturaux : suppression du droit au logement, suppression de l’égalité homme-femme, suppression de l’interdiction du nucléaire, redécoupage arbitraire des communes, et j’en passe… Une bonne illustration de cet état des travaux de la Constituante est  l’Avant-projet mis en consultation populaire au printemps 2011 et dont le Parti du Travail avait dénoncé le contenu réactionnaire dans une brochure publiée à l’occasion du 1er mai 2011. Cette manœuvre de la droite provoqua bien entendu une levée de boucliers généralisée, au point que même le président du PS d’alors, René Longet avait appelé la Constituante à se dissoudre, alors que Carlo Sommaruga avait appelé la gauche à quitter la dite assemblée. Mais la droite s’attendait à cela. Elle changea alors son fusil d’épaule, abandonna ses revendications les plus fantaisistes, et entama des prétendues « négociations de convergence » avec la gauche réformiste et les associations, au point que le résultat final semble globalement très proche de la Constitution actuelle, améliorations rédactionnelles et reprises de la Constitution fédérale en moins, avec très peu de nouveautés. Mais cela en apparence seulement, car en réalité le projet de nouvelle Constitution, même s’il est sans doute moins réactionnaire que ne l’avait été son avant-projet, n’en demeure pas moins inacceptable car présentant de reculs graves, vidant de nombreux articles importants de leur sens et n’apportant aucune amélioration réelle par rapport à la Constitution actuelle. Mais cela suffit toutefois pour que la gauche réformiste se laisse prendre à ce marchandage minable et en vienne à voter le texte final et mène aujourd’hui campagne pour lui avec acharnement et en alignant les contre-vérités, ce alors même qu’un tiers de sa propre base y est opposée. Cette trahison de la social-démocratie et des Verts – une de plus – doit être clairement dénoncée comme telle.

Actuellement, conscients que leur mouture réactionnaire risque d’être rejetée par le peuple, les partisans de la nouvelle Constitution mènent une campagne rouleau compresseur, à coup de dépenses conséquentes et d’une propagande mensongère, frisant parfois l’absurde. Il est de notre devoir de contrer cette propagande, ce que nous faisons notamment ce soir. Je ne vais pas répéter ce qu’a dit Christian Grobet avant moi, ni faire une analyse exhaustive du texte de la nouvelle Constitution, sous peine de devoir parler seul pour les deux heures qui suivent, car à vrai dire les raisons de voter NON sont innombrables, mais simplement insister sur les régressions les plus graves et les plus importantes à nos yeux. Un premier argument des partisans de la nouvelle Constitution qui doit absolument être réfuté est que la celle-ci contient des vrais progrès en matière de droits fondamentaux. Rien n’est plus faux. Certes, en apparence, la nouvelle Constitution garantit bien plus de droits que l’ancienne. Mais en réalité, pratiquement tous ces droits sont déjà garantis par la Constitution fédérale, par la loi et par les conventions internationales signées par la Suisse. Il ne s’agit donc que d’une redite, sans doute utile, mais qui restera sans conséquences dans les faits. En outre, les articles qui garantissent des droits sont pour l’essentiel des belles déclarations d’intentions avec une portée avant tout théorique, mais dont l’impact pratique est plus que limité. Alors certes, les droits fondamentaux sont justiciables, mais d’une justiciabilité illusoire, telle qu’il est impossible d’obtenir quoi que ce soit en faisant valoir ses droits fondamentaux devant un tribunal ; du reste aucune jurisprudence n’existe en la matière. En effet, si tous ces articles étaient appliqués, la plupart des maux de la société capitaliste n’existeraient plus. Par exemple, le droit au logement est garanti. Pourtant, ce droit n’a jamais empêché Zapelli d’expulser les gens sans solution de relogement, et Jornot continuera d’en faire autant. Et essayez de faire valoir votre droit au logement devant un tribunal !

Si les dispositions « progressistes » de la nouvelles Constitution sont peu contraignantes et pour l’essentiel cosmétique, elles ont un but bien réel : noyer le poisson. Car le texte de la Constituante contient des reculs sociaux et démocratiques tout à la fois graves, nombreux et à la portée pratique on ne peut plus réelle. Le plus grave et le plus dangereux de ces reculs à nos yeux est le démantèlement des articles fondateurs des SIG, des TPG et des établissements médicaux publics. En effet, la Constitution actuelle contient des articles à la fois précis et détaillés gravant dans le marbre de la Constitution le statut, le fonctionnement, le financement et la mission de ces institutions, ce qui garantit qu’elles restent et fonctionnement comme des services publics, et empêche la droite de les démanteler sans devoir passer par le référendum obligatoire. Or la nouvelle Constitution vide ces articles de leur substance, n’en laissant que des miettes (les SIG n’y sont même plus mentionnés en tant que tels !), au point où il devient compatible avec la Constitution de privatiser ces régies publiques. Sachant la volonté de longue date de la droite de démanteler et de privatiser le service public, ces articles sont extrêmement dangereux, ce d’autant que des libéraux viennent d’être nommés à la tête de toutes ces régies. L’argument du PS sur le souci de concision rédactionnelle pour justifier ces démantèlements est tout simplement grotesque vu la longueur de la nouvelle Constitution !

Outre cela, on peut citer l’introduction de l’encouragement de l’accès à la propriété et de la simplification des procédures pour les constructions, qui sont autant de cadeaux aux promoteurs immobiliers et de freins à une politique du logement déjà quasi inexistante conforme aux intérêts de la majorité de la population ; le rôle de l’Etat qui devient simple complément à l’initiative privée et à la responsabilité individuelle, ce qui est la porte ouverte à toutes les privatisations ; l’édulcoration drastique de l’article sur l’énergie qui le vide en grande partie de sa substance, ce alors que le modèle capitaliste de développement détruit l’environnement et met en danger la survie à terme de l’espèce humaine ; la petite porte ouverte au nucléaire : le Grand Conseil serait désormais autorisé de contourner l’interdiction du nucléaire par voie législative. Il faut aussi parler des graves reculs démocratiques : l’augmentation automatique du nombre de signatures pour les initiatives et les référendums avec l’augmentation de la population, qui est absolument inacceptable sachant que Genève exige déjà le nombre le plus élevé de signatures proportionnellement aux nombre d’électeurs de tous les cantons suisses ; la suppression des articles portant sur la Ville de Genève, qui permettrait à la droite d’enfin démanteler ce bastion progressiste ; la réduction drastique de l’autonomie des communes, déjà minime, qui est un grave recul démocratique ; l’absence de toute avancée en matière de droits politiques des étrangers, qui, même si ce n’est pas un recul par rapport à la Constitution actuelle, reste tout de même inacceptable dans un canton où 40% de la population ne jouit pas des droits politiques au niveau cantonal ; le droit accordé au Conseil d’Etat de faire appel à l’armée et aux autres cantons pour le maintien de l’ordre public, qui est un véritable scandale en cette année des 80 ans de la tuerie de 1932 ! Je pourrai mentionner encore une multitude de raisons, dont chacune serait suffisante seule pour refuser la nouvelle Constitution, mais je n’en citerai qu’une seule, tirée des dispositions transitoires de la nouvelle Constitution, que personne ne semble avoir lues, alors qu’elles sont cruciales. En effet, si la nouvelle Constitution venait à être adoptée, le Grand Conseil serait obligé d’adapter le droit d’application dans un délai de cinq ans au maximum, ce qui impliquerait un travail législatif d’une rapidité effrénée, avec des nouvelles lois réactionnaires se succédant à toute vitesse. Les forces progressistes du canton n’auraient pas la possibilité matérielle de s’opposer à toutes par référendum, ni même à la majeure partie. Nul doute que c’est ce que veut la droite.

Pour empêcher la réalisation de ce projet réactionnaire, le Parti du Travail appelle résolument à voter NON le 14 octobre !

L’internationalisme conséquent de la Révolution cubaine



          « La Révolution c’est l’unité, l’indépendance, c’est lutter pour nos idéaux de justice, pour Cuba et pour le monde, la base de notre patriotisme, notre socialisme et notre internationalisme » avait déclaré naguère Fidel Castro. Et de fait l’internationalisme n’est pas un vain mot à Cuba. Un des instruments essentiels de la politique internationaliste de la Révolution cubaine est l’Institut  Cubain d’Amitié avec les Peuples (ICAP), fondé officiellement le 30 décembre 1960, mais  dont les bases furent jetées en 1959 déjà, au lendemain de la révolution. Aujourd’hui, l’ICAP et plus actif que jamais. Pour mieux faire connaître sa politique internationaliste, Gabriel Benitez, représentant de l’ICAP pour l’Europe, et Arsenio Rodriguez, journaliste du canal Radio Habana Cuba, étaient présents en Suisse la semaine dernière et ont notamment donné une conférence de presse jeudi 20 septembre, organisée par l’Association Suisse-Cuba, à laquelle Gauchebdo était présent. Les camarades cubains nous ont expliqué que le but premier de l’ICAP était d’accueillir ceux qui venaient découvrir Cuba, but qui reste tout aussi important aujourd’hui, lorsque la réalité cubaine est systématiquement déformée à travers la propagande mensongère des médias bourgeois dans la plupart des pays du monde. Et de fait, ce travail internationaliste persévérant n’a pas été sans effet, car aujourd’hui il y a dans pratiquement tous les pays du monde des groupes de solidarité avec la révolution cubaine, rassemblant des personnes venant des horizons les plus différents.

            La tâche principale du mouvement de solidarité avec Cuba est la lutte contre le blocus arbitraire et illégal des Etats-Unis qui ne peuvent admettre que leur ancien dominion soit un pays souverain. Sous Obama, malgré les espoirs illusoires que sa campagne en 2008 avait fait naître, le blocus n’a fait que se durcir, ce alors même qu’il est régulièrement condamné par l’Assemblée générale de l’ONU où seuls trois pays le soutiennent : les USA, Israël et Palau. Qu’importe, l’Empire se considère au dessus du droit international. Dans tous les cas, le blocus a des conséquences dramatiques sur l’économie cubaine, qui a besoin d’importer de nombreuses marchandises et matières premières pour pouvoir fonctionner, et qui ne peut le faire que difficilement. Par exemple, l’industrie pharmaceutique de l’île doit se procurer du matériel par voies détournées, avec l’aide de groupes de solidarité, qui vivent sous la menace permanente des groupes radicaux anti-cubains. Mais le blocus n’est pas seulement commercial mais aussi informationnel. Ainsi, dans la plupart des pays du monde, les médias bourgeois ne diffusent que des informations négatives, pour le moins tendancieuses, la plupart du temps mensongères    qui donnent une vision extrêmement déformée de la réalité cubaine. Ainsi les médias parlent sans cesse d’absence de démocratie et n’ont d’yeux que pour quelques soi-disant opposants ouvertement payés par l’ambassade des USA, et masquent entièrement, par exemple, le fait que des élections sont en préparation auxquelles tout cubain, membre du Parti ou pas, peut se présenter ou être présenter, et qui dans tous les cas sont bien plus libres que les élections aux USA. Du reste, tous les changements intervenus à Cuba depuis la Révolution se sont faits avec le soutien du peuple et sur la base d’une large consultation démocratique. En outre, une tâche majeure du mouvement de solidarité avec Cuba est la lutte pour la libération des cinq cubains emprisonnés aux Etats-Unis pour avoir espionné des groupes terroristes anti-cubains (protégés par le gouvernement des USA malgré sa prétendue lutte contre le terrorisme) et donné des informations aux gouvernements de Cuba et des Etats-Unis, suite à des procès inéquitables débouchant sur des condamnations arbitraires. Actuellement, l’un de ces cinq cubains a été libéré, mais sans pouvoir quitter le territoire des Etats-Unis pendant trois ans, un autre pourrait être libéré sous les mêmes conditions, tandis qu’un troisième purge une double peine de perpétuité et sa femme est refusée d’entrée sur les territoire américain et ne peut donc lui rendre visite. Actuellement, toutes les possibilités de recours sont épuisées, le seul espoir qui reste et l’amnistie présidentielle et le combat continue.

            Aussi importante que la solidarité des peuples avec la Révolution cubaine est la solidarité internationaliste de Cuba avec les autres peuples du monde. La contribution de Cuba à la libération de l’Angola et à la lutte contre l’Apartheid est largement connue. Aujourd’hui, il y a 154'000 coopérants cubains à l’étranger, dans le cadre d’aides gratuites ou d’échanges, en Amérique latine principalement (44'900 au Venezuela), mais aussi dans des pays africains ou du Moyen-Orient. Comme exemple de cette aide, citons Haïti, où  des infirmiers et des médecins cubains étaient présents depuis onze ans avant le tremblement de terre, pas seulement dans les villes, mais aussi et surtout dans les régions reculées que trop souvent les ONG occidentales oublient. En outre, près de 15'000 étudiants étrangers suivent gratuitement un cursus universitaire à Cuba, dont de nombreux étudiants africains, 1'000 pakistanais, mais aussi, fait beaucoup moins connu, 100 étudiants venant de familles pauvres des USA et qui ne peuvent se payer des études dans le système américain privatisé.

            Les camarades cubains ont également brièvement abordé la question de l’actualisation du modèle économique en cours à Cuba. Certains secteurs ont été libéralisés, essentiellement l’agriculture, l’artisanat et les services. Certaines petites entreprises pourront plus facilement engager des salariés. Des transactions privées auparavant interdites sont désormais autorisées, comme par exemple la vente libre des voitures. Le secteur étatique a été rationalisé, et 500'000 employés de l’Etat ont été licenciés par tranches, mais sans hausse du chômage, pour être absorbés pas le secteur privé. Actuellement, l’impact économique de ces changements est positif, la production agricole a augmenté d’une façon appréciable et la gestion des entreprises d’Etat a été améliorée. D’autres changements, comme la suppression de la double monnaie (peso cubain et peso convertible), sont en préparation mais prendront du temps. L’avenir dira quel sera le résultat de ces changements sur le socialisme cubain. Pour l’instant, nous pouvons remarquer que le gouvernement cubain est conscient du caractère fondamental des changements qu’il met en œuvre et n’avance qu’avec la prudence requise. Dans tous les cas, il ne s’agit pas, et il ne s’agira pas d’une remise en cause du socialisme. Du reste, la très grande majorité des cubains ne voudrait pas retourner à un système capitaliste. Il faut dire aussi que l’Etat ne se désengage que de certains secteurs non stratégiques, et l’entreprise socialiste d’Etat reste et restera la forme essentielle de l’économie cubaine. En outre, des restrictions à l’enrichissement individuel ont été mises en place pour pallier aux conséquences non-souhaitée de la libéralisation.

25 septembre 2012

Les partis bourgeois pour la sous-enchère salariale !



Communiqué de Presse du Parti Suisse du Travail rédigé le 10.09.12


Les partis bourgeois et le patronat, avec l’aide de la gauche réformiste et des syndicats, ont réussi à convaincre le peuple suisse à accepter la ratification et l’extension des accords portant sur la dite « libre circulation des personnes » entre la Suisse et l’Union européenne par la promesse de mesures d’accompagnement sensées empêcher le dumping salarial dû à l’accroissement de la concurrence sur le marché du travail. Le Parti Suisse du Travail avait appelé à voter contre la reconduction et l’extension de ces accords en 2008 parce que ceux-ci ne faisaient qu’instituer la libre exploitation des personnes à l’échelle européenne par la mise en concurrence des travailleurs à l’échelle du continent et par la destruction du droit du travail à l’échelle nationale (qui était déjà des plus limités en Suisse), ce d’autant que les fameuses mesures d’accompagnement ne se sont révélées être rien d’autre, comme c’était du reste prévisible, qu’un leurre et qu’une promesse électorale qui n’engage que ceux qui y croient.

            La Commission de l’économie et des redevances du Conseil des Etats (CER-E) a récemment confirmé notre analyse en refusant de prendre des quelconques mesures réelles contre la sous-enchère salariale via des sous-traitants. La CER a décidé qu’une mesure cosmétique suffirait, à savoir que l’entrepreneur contractant devra engager ses sous-traitants par contrat écrit à respecter les salaires minimums et les conditions du travail suisses (aujourd’hui un contrat oral suffit). Il est parfaitement évident qu’une telle mesure n’est que de la poudre aux yeux. Du reste, même le SECO a écrit dans sons rapport à l’intention de la CER que cette variante minimale resterait sans effet, et que pour combattre réellement la sous-enchère salariale par des chaînes de sous-traitance, il faut que l’entrepreneur contractant soit juridiquement responsables de touts les infractions commises par ses sous-traitants.

            Par cette décision, les partis bourgeois rompent la promesse qu’ils avaient faite à la session d’été d’instaurer une véritable responsabilité solidaire dans le cadre d’un projet séparé relatif aux mesures d’accompagnement. La majorité de droite de la CER montre ainsi clairement que sa volonté est de continuer à mener une politique de porte ouverte à tous les dumpings salariaux et à tous les abus patronaux au détriment des intérêts les plus élémentaires des travailleurs, ce alors que dans les chantiers en Suisse et dans certains pans de l’artisanat la situation est dramatique du fait d’une sous-traitance omniprésente et de la libre-circulation avec l’Union européenne.

            Le Parti Suisse du Travail exige du Conseil des Etats qu’il revienne sur cette décision de sa commission et remplisse sa promesse à sa prochaine session. Il salue aussi la bienvenue (quoique tardive) prise de conscience de l’USS des conséquences de la libre-circulation avec l’Union européenne.

23 août 2012

Nouvelle Constitution genevoise : il faut voter NON à ce texte réactionnaire !

Tract du Parti du Travail sur la nouvelle Constitution de la République et canton de Genève, rédigé par mes soins

Le 14 octobre prochain, le peuple genevois devra se prononcer sur le texte de la nouvelle Constitution genevoise, rédigé par l’Assemblée constituante dominée par une nette majorité de droite, et qui remplacerait la Constitution en vigueur actuellement s’il est accepté. Or il faut résolument voter NON à ce texte, car son contenu est clairement réactionnaire et va à l’encontre des intérêts des classes populaires de ce canton.

Les nouveaux articles « progressistes » de la nouvelle Constitution ne sont que de la poudre aux yeux

Les partisans de la nouvelle constitution invoquent de nouveaux articles « progressistes », garantissant des droits fondamentaux ou les droits des personnes handicapées, qui ne sont pas dans la constitution actuelle pour prétendre que la nouvelle constitution est meilleure et mérite donc que l’on vote OUI. Mais ce n’est que démagogie. Pratiquement aucun de ces nouveaux articles ne dit rien de nouveau par rapport à ce qui est déjà contenu dans la constitution fédérale ou dans la loi. De fait, toutes les propositions d’améliorations réelles faites par le groupe AVIVO ont été systématiquement rejetées. De plus ce sont de belles déclarations d’intention, mais dont la portée réelle est plus ou moins théorique. En outre, on ne pourra pas les faire valoir en justice. Ils resteront donc sans effet dans la pratique. Leur but est ailleurs : à savoir noyer le poisson pour faire avaler au peuple la pilule que représentent de nouvelles dispositions réactionnaires à la portée autrement plus réelle.

Or la nouvelle constitution introduit des reculs sociaux et démocratiques nombreux et particulièrement graves :

U      Le rôle de l’Etat ne serait plus que le « complément de l’initiative privée et   de     la responsabilité individuelle » : c’est la porte ouverte aux privatisations et à    des coupes sombres dans les prestations sociales.

U      La constitution actuelle consacre des articles précis et détaillés aux SIG, aux  TPG et aux établissements médicaux publics. Ces articles précisent leur statut, leur mission, leur fonctionnement et leur financement. Or dans le projet de la constituante, des dispositions importantes de ces articles   passent à la trappe (les SIG n’y sont même plus   mentionnés en tant que tels !). Ces omissions volontaires n’ont qu’un seul et unique but : le démantèlement des régies publiques, voulu de longue date par la droite.

U      L’article 121 de la nouvelle constitution donne au Conseil d’Etat le droit de faire appel à l’armée pour des fins civiles. Cet article qui dépasse de loin le cadre imposé par la Constitution fédérale et qui n’a d’équivalent dans aucune   autre constitution cantonale, est tout simplement inadmissible et contraire à     la démocratie. Il est particulièrement scandaleux en cette année qui marque   les 80 ans de la tuerie de 1932 que les descendants politiques de ceux qui en ont été responsables introduisent une disposition qui donnerait une base          constitutionnelle à la répétition de ces événements.

U      Le nombre de signatures requises pour les référendums et les initiatives  populaires ne seraient plus déterminées par un nombre fixe mais par un    pourcentage du corps électoral : il va donc augmenter ces prochaines   années avec l’augmentation de la population. Ce recul démocratique est    d’autant plus inacceptable que le nombre de signatures requises pour les initiatives et les référendums est aujourd’hui déjà à Genève en proportion du nombre d’électeurs le plus élevé, et de loin, en Suisse.

U     Les articles sur l’énergie et la protection de l’environnement de la constitution actuelle sont vidés de leurs substance et rendus moins  contraignants dans la nouvelle constitution, qui de surcroît donne au Grand  Conseil la possibilité de contourner l’interdiction du nucléaire.

U     Si la nouvelle constitution venait à être acceptée, le Grand Conseil serai obligé d’adapter le droit d’application dans un délai de cinq ans au maximums, ce qui impliquerait un travail législatif d’une rapidité effrénée,   avec des nouvelles lois réactionnaires se succédant à toute vitesse. Les  forces progressistes du canton n’auraient pas la possibilité matérielle de  s’opposer à toutes par référendum, ni même à la majeure partie.
 
Nous n’avons cité que les principaux reculs sociaux et démocratiques contenus dans le texte du projet de nouvelle constitution, mais notre liste est très loin d’être exhaustive. Pour toutes ces raisons, le 14 octobre il faut résolument voter NON !