14 mai 2010

Pourquoi le socialisme ? par Albert Einstein




Est-il avisé pour quelqu’un qui n’est pas un expert en économie et questions sociales, d’exprimer ses vues sur le sujet du socialisme ? En fait, je crois que oui, pour un certain nombre de raisons.

Considérons d’abord la question du point de vue du savoir scientifique.

On pourrait penser qu’il n’y a pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie et l’économie : les hommes de science œuvrant dans ces deux matières essaient de découvrir des lois relativement générales pour un ensemble limité de phénomènes de façon à rendre le lien entre ces phénomènes aussi intelligible que possible. Mais en réalité de telles différences méthodologiques existent.

La découverte de lois générales dans le domaine de l’économie est rendue difficile par le fait que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par plusieurs paramètres difficiles à évaluer séparément. En plus, l’expérience qui s’est accumulée depuis le début de cette période dite civilisée de l’histoire humaine a – c’est bien connu – été largement affectée et contrainte par des éléments qui, en aucun cas, ne sont seulement de nature économique.

Par exemple, la plupart des étapes les plus importantes de l’histoire doivent leur existence à la conquête de territoires. Les peuples conquérants se sont établis en tant que classe privilégiée du pays conquis, par le biais de la loi et de l’économie. Ils se sont attribué le monopole de la propriété de la terre et ont nommé le clergé dans leurs propres rangs. Les prêtres, titulaires du contrôle de l’éducation, ont fait de la division de la société en classes une institution permanente et créé un système de valeurs qui a guidé le comportement social du peuple, sans que ce dernier en ait vraiment conscience.

Mais la tradition historique est encore, si l’on peut dire, celle d’hier. Nous n’avons nulle part surmonté ce que Thornstein Veblen a appelé « la phase de prédation » du développement humain. Ces faits économiques observables relèvent de cette phase et même les lois que nous pouvons en tirer ne sont pas applicables à d’autres phases.

Puisque le but réel du socialisme est précisément d’avoir raison de la phase de prédation du développement humain et d’avancer au-delà, la science économique dans son état actuel ne peut fournir qu’un léger éclairage sur la société socialiste du futur.

Deuxièmement, la finalité du socialisme est d’ordre social-éthique. La science, en revanche, ne peut créer des finalités et, encore moins, les inoculer dans les êtres humains ; la science peut, tout au plus, fournir les moyens par lesquels atteindre certaines finalités. Mais ces finalités elles-mêmes sont conçues par des personnalités ayant des idéaux éthiques nobles et (si ces finalités ne sont pas mort-nées mais vigoureuses et pleines de vie) alors elles sont adoptées et développées par tous ces êtres humains qui, à moitié inconsciemment, déterminent la lente évolution de la société.

Pour ces raisons, nous devrions être sur nos gardes et ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il est question de problèmes humains ; et nous ne devrions pas supposer que les experts sont les seuls à avoir le droit de s’exprimer sur des questions relevant de l’organisation de la société.

Depuis quelque temps maintenant, de nombreuses voix soutiennent que la société humaine traverse une crise et que sa stabilité a dangereusement volé en éclats. La caractéristique d’une telle situation est que les individus se sentent indifférents ou même hostiles envers le groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent.

Pour illustrer mon propos, laissez moi raconter une expérience personnelle.


J’ai récemment discuté, avec un homme intelligent et bien intentionné, de la menace d’une nouvelle guerre qui, à mon avis, mettrait sérieusement en péril l’existence de l’humanité ; j’ai fait la remarque que seule une organisation supranationale pourrait fournir une protection contre un tel danger.

Là-dessus, mon visiteur, très calme et paisible, m’a dit : « Pourquoi êtes-vous si profondément opposé à la disparition de la race humaine ? ».

Je suis sûr qu’il y a à peine un siècle, personne n’aurait fait une telle déclaration avec autant de légèreté. C’est la déclaration d’un homme qui s’est efforcé en vain d’atteindre un équilibre intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir d’y parvenir. C’est l’expression de l’isolement, d’une solitude douloureuse, dont tant de gens souffrent ces jours-ci.

Quelle en est la cause ? Y a-t-il une issue ?

Il est facile de soulever de telles questions, mais difficile d’y répondre avec un tant soit peu d’assurance. Je dois essayer, cependant, autant que je le peux, bien que je sois parfaitement conscient du fait que nos sentiments et nos efforts sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent être exprimés avec des formules simples et naturelles.

L’homme est tout à la fois un être solitaire et un être social.

En tant qu’être solitaire, il tente de protéger sa propre existence et celle de ceux qui sont les plus proches de lui, afin de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses compétences innées.

En tant qu’être social, il cherche à gagner la reconnaissance et l’affection de ses congénères, à partager leurs plaisirs, à les réconforter dans leurs chagrins et à améliorer leurs conditions de vie.

Seule l’existence de ces efforts variés, fréquemment conflictuels rend compte du caractère particulier de l’homme. La conjonction spécifique de tous ces efforts détermine jusqu’à quel point un individu peut atteindre un équilibre intérieur et peut contribuer au bien-être de la société.

Il est tout à fait possible que le poids relatif de ces deux tendances (être solitaire, être social) soit, en grande partie, déterminé par l’héritage. Mais, la personnalité qui finalement émerge est en grande partie façonnée par l’environnement dans lequel un homme se trouve plongé au cours de son développement, par la structure de la société dans laquelle il grandit, par les traditions de cette société et par l’appréciation qu’a celle-ci des différents types de comportement.

Le concept abstrait de « société » signifie pour l’être humain individuel la somme de ses relations directes et indirectes à ses contemporains et aussi aux générations qui l’ont précédé. L’individu est capable de penser, de sentir, de faire des efforts et de travailler par lui-même ; mais il dépend tellement de la société (pour son existence physique, intellectuelle et émotionnelle) qu’il est impossible de le penser ou de le comprendre en dehors du cadre de la société.

C’est la « société » qui fournit à l’homme nourriture, vêtements, logement, outils de travail, langage, formes de pensée et l’essentiel du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible grâce au travail et aux réalisations de ces millions d’humains, du présent ou du passé qui se cachent derrière le petit mot « société ».

C’est pourquoi il est évident que la dépendance de l’individu vis-à-vis de la société est un état de la nature qui ne peut être aboli, tout comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que le déroulement de la vie des fourmis et des abeilles est programmé jusque dans son plus petit détail par de rigides instincts héréditaires, le modèle social et les interelations entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changer.

La mémoire, la capacité à faire de nouvelles associations, le don de la communication orale ont rendu possible chez les êtres humains des développements qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, les institutions et les organisations, dans la littérature, dans les réalisations scientifiques et techniques, dans les travaux artistiques.

Cela explique comment il se trouve que, dans un certain sens, l’homme peut influencer sa vie grâce à sa conduite particulière et que, dans ce processus, la pensée consciente et la volonté peuvent jouer un rôle.

L’homme acquiert à la naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme figée et inaltérable, y compris les pulsions naturelles qui sont caractéristiques de l’espèce humaine.

En plus, au cours de sa vie, il acquiert une constitution culturelle que lui fournit la société grâce à la communication et à beaucoup d’autres types d’influences.
C’est cette constitution culturelle qui, avec le temps, est susceptible de changer et qui détermine en grande partie la relation entre l’individu et la société.

L’anthropologie moderne nous a enseigné, au travers de l’étude comparative des cultures dites primitives, que le comportement social des êtres humains peut être très différent selon les modèles culturels et les types d’organisation qui prévalent dans la société. C’est sur ce constat que ceux qui concentrent leurs efforts sur l’amélioration de la condition humaine peuvent fonder leurs espoirs : les êtres humains ne sont pas condamnés, du fait de leur constitution biologique, à s’anéantir entre eux ou à se retrouver à la merci d’un destin cruel qu’ils s’infligeraient à eux-mêmes.

Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude de l’homme devraient être modifiées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devrions constamment rester conscients du fait qu’il y a certains paramètres que nous sommes incapables de modifier. Comme il est dit plus haut, la nature biologique de l’homme n’est pratiquement pas sujette au changement. En outre, les développements technologiques et démographiques des tout derniers siècles ont créé des conditions qui sont là pour durer.

Avec les concentrations de populations relativement denses, avec les marchandises indispensables à leur perpétuation, une division extrême du travail et un appareil de production fortement centralisé sont absolument nécessaires.

Ce temps où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient être complètement auto suffisants, ce temps qui, si on regarde en arrière, paraît si idyllique, eh bien, ce temps a disparu à jamais. Il est à peine exagéré de dire que l’humanité constitue dès maintenant une communauté planétaire de production et de consommation.

J’ai maintenant atteint le point où je peux indiquer ce qui pour moi constitue le fond de la crise de notre temps.

Cela se rapporte à la relation de l’individu à la société.

L’individu est devenu plus que jamais conscient de sa dépendance vis-à-vis de la société. Mais il ne vit pas cette dépendance comme un atout, comme un lien organique, comme une force protectrice mais plutôt comme une menace à ses droits naturels, ou même à son existence économique. En outre, sa position dans la société est telle que les pulsions égotistes de son caractère sont constamment cultivées tandis que ses pulsions sociales, qui sont par nature plus faibles, se détériorent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position dans la société, souffrent de ce processus de détérioration. Prisonniers sans le savoir de leur propre égotisme, ils se sentent dans l’insécurité, seuls et privés des joies naïves, simples et sans sophistication de la vie.

L’homme ne peut trouver un sens à la vie, si courte et périlleuse soit-elle, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon sens, la source réelle du mal. Nous avons devant nous une grande communauté de producteurs dont les membres s’efforcent sans cesse de se priver les uns les autres du fruit de leur travail collectif, non pas par la force, mais tout simplement en se conformant fidèlement aux règles établies par la loi. De ce fait, il est important de se rendre compte que les moyens de production (c’est-à-dire l’intégralité de la capacité de production nécessaire pour produire à la fois les biens de consommation et les moyens de production additionnels) peuvent être légalement la propriété privée d’individus, et ils le sont dans leur grande majorité.

Pour faire simple et bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’usage commun du terme, j’appellerai « travailleurs », dans la discussion qui suit, tous ceux qui n’ont pas leur part dans la propriété des moyens de production.

Le propriétaire des moyens de production est dans la position d’acheter la force de travail des travailleurs. C’est en utilisant ces moyens de production que le travailleur produit de nouvelles marchandises qui deviennent la propriété du capitaliste.

L’élément essentiel dans ce processus est la relation entre ce que le travailleur produit et ce qu’il est payé, tous deux mesurés en terme de valeur réelle. _ Dans la mesure où le contrat de travail est « libre », ce que le travailleur reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des marchandises qu’il produit, mais par ses besoins minimum et par les besoins des capitalistes en force de travail en liaison avec le nombre de travailleurs disponibles sur le marché. Il est donc important de comprendre que, même en théorie, la paie du travailleur n’est pas déterminée par la valeur de ce qu’il produit.

Le capital privé tend à se concentrer entre quelques mains, en partie à cause de la compétition entre capitalistes et en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation d’unités de production plus grandes au détriment des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capital privé dont le pouvoir exorbitant ne peut effectivement pas être contrôlé même par une société dont le système politique est démocratique.

Cela est d’autant plus vrai que les membres des corps législatifs sont choisis par des partis politiques largement financés et influencés d’une manière ou d’une autre par des capitalistes privés qui, en pratique, éloignent les électeurs du corps législatif. En conséquence, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment, dans les faits, les intérêts des secteurs les moins privilégiés de la population.

En plus, dans les conditions existantes, des capitalistes privé contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est alors extrêmement difficile et même, dans la plupart des cas, tout à fait impossible pour le citoyen individuel de parvenir à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

La situation qui prévaut dans une économie fondée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes essentiels :

premièrement, les moyens de production (le capital) sont propriété privée et leurs propriétaires en disposent comme bon leur semble ;

deuxièmement, le contrat de travail est libre.

Bien sûr, une société capitaliste « pure », cela n’existe pas. En particulier, on doit noter que les travailleurs, au travers de leurs luttes politiques longues et âpres, ont réussi à imposer une forme quelque peu améliorée du « contrat de travail libre » pour certaines catégories de travailleurs. Mais, pris dans son ensemble, l’économie contemporaine ne se distingue pas beaucoup du capitalisme « pur ».

La production est réalisée pour le profit, pas pour son utilité. Il n’y a aucune assurance que ceux qui sont capables et désireux de travailler seront toujours en position de trouver du travail ; il existe presque toujours « une armée de chômeurs ». Le travailleur craint en permanence de perdre son emploi. Comme les travailleurs sans emploi ou faiblement payés ne constituent pas un marché lucratif, la production de biens de consommation s’en trouve réduite et il en résulte de grandes difficultés. Il est fréquent que le progrès technologique conduise à plus de chômage plutôt qu’à un allégement pour tous de la charge de travail.

La soif du profit, ajoutée à la concurrence que se livrent les capitalistes, est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital qui conduit à des dépressions de plus en plus graves. La compétition sans limites génère un énorme gaspillage de travail et cette paralysie de la conscience sociale des individus que j’ai mentionnée plus haut.


Je considère la paralysie des individus comme la pire malfaisance du capitalisme. Notre système éducatif tout entier souffre de ce mal. Une attitude exagérée de compétition est inculquée à l’étudiant qui, en guise de préparation à sa carrière future, est formé à vouer un culte à sa réussite dans l’âpreté au gain.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’une seule façon d’éliminer ces maux dangereux, à savoir par la mise en place d’une économie socialiste, accompagnée d’un système éducatif tourné vers des objectifs sociaux.

Dans une telle économie, les moyens de production sont possédés par la société elle-même et sont utilisés selon un mode planifié. Une économie planifiée qui ajuste la production aux besoins de la communauté, distribuerait le travail à faire entre ceux qui sont capables de travailler et garantirait des moyens d’existence à chaque homme, femme et enfant. Outre la promotion de ses capacités innées propres, l’éducation de l’individu tenterait de développer en lui le sens de la responsabilité pour ses congénères plutôt que la glorification du pouvoir et de la réussite qui prévaut dans la société présente.

Néanmoins, il faut garder à l’esprit qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une économie planifiée en tant que telle peut être assortie d’un asservissement total de l’individu.

La réalisation du socialisme requiert la résolution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment est-il possible, eu égard à la centralisation de grande envergure du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute puissante et présomptueuse ?

Comment assurer les droits des contre-pouvoirs au pouvoir de la bureaucratie ?

Exprimer clairement les objectifs et les problèmes du socialisme est d’une très grande importance pour notre période de transition. Puisque, dans les circonstances présentes, la discussion libre et sans obstacles de ces problèmes est frappée d’un tabou puissant, je considère que la création du présent magazine est un service public important.

03 mai 2010

"Il faut reconstruire un mouvement de lutte étudiant plus large"


Interview parue dans le Gauchebdo du 1er mai 2010



Quelles sont les revendications des étudiants?

Tout d’abord il faut rappeler que le mouvement étudiant «Education is NOT for $A£€ » s’inscrit dans le cadre d’un vaste mouvement européen d’occupation d’universités lancés par les étudiants de Vienne et qui touché au total une centaine d’universités de par le monde, dont quatre en Suisse. La raison d’être de ce mouvement, ce qui en a fait l’unité par delà les frontières et les spécificités locales, c’est l’opposition aux réformes de l’enseignement impulsée par la déclaration de Bologne, dont le but est d’harmoniser l’enseignement supérieur. Ces réformes mettent les universités au service des entreprises, avec à la clé le démantèlement des filières non-rentables et la transformation des autres en véritables fabriques à brevets, sacrifiant l’indépendance de la recherche sur l’autel du profit. Le but final étant d’arriver à un système à l’américaine avec quelques « pôles d’excellence » excessivement chers au point de n’être accessibles qu’à l’élite, et des universités de deuxième et troisième zone, avec des diplômes de deuxième et troisième zone, voire des simples écoles supérieures ayant perdu leur statut d’université. Les revendications du mouvement étaient donc la garantie de la non-privatisation de l’université, l’indépendance de la recherche, la gratuité des études, la non-suppression des filières, le rétablissement d’une authentique démocratie universitaire incarnée dans des organes paritaires, un meilleur encadrement, une plus grande facilité d’accéder aux bourses et plus de logement étudiant.
Pourquoi le mouvement «Education is NOT for $A£€» s’est-il essoufflé?
Un mouvement étudiant est inévitablement éphémère car les étudiants ne peuvent se permettre de poursuivre une lutte - et à fortiori une occupation - pendant trop longtemps sans mettre en danger leurs études. Ceci dit, il faut reconnaître que le mouvement « Education is NOT for $A£€ » n’a pas eu le succès escompté et malgré des débuts prometteurs s’est vite, bien plus vite que d’autres mouvements analogues dans d’autres universités, essoufflé après une très brève occupation qui fut globalement un échec. Parmi les raisons d’un tel échec le fait que l’occupation de la plus grande salle d’Unimail avec un mouvement très minoritaire était probablement un choix peut-être prématuré. Il y eu aussi la division du mouvement qui comptait une forte minorité plutôt réservée face à l’idée même d’un mouvement de lutte et qui a rapidement fait sécession. Mais la cause essentielle était sans doute le choix de faire un mouvement totalement autogéré et horizontal, sans structure et avec des objectifs purement généraux. Cette forme d’organisation a conduit dans la pratique à une absence de stratégie définie ainsi que de buts précis acceptés par tous. d’où des débats sans fins pendant l’occupation sur les raisons de celle-ci voire sur notre légitimité à occuper. D’où un enlisement progressif, qui a mené à l’essoufflement du mouvement après que le rectorat ait mis fin à l’occupation manu militari.

Allez-vous tenter de relancer un mouvement à brève échéance?

A un mois avant les examens, il serait irréaliste de vouloir relancer un mouvement. Mais la lutte des étudiants va inévitablement reprendre étant donné que les réformes dans l’esprit de la déclaration de Bologne vont se poursuivre. Le mouvement étudiant européen de 2009 n’a sans doute pas à proprement parler conduit à une victoire, mais son existence même était en soi un grand succès. Pour pouvoir vaincre un jour les forces du capital, il est nécessaire de reconstruire un large front de lutte populaire, et le mouvement « Education is NOT for $A£€ » est une étape indispensable pour apprendre à travers ces échecs et reconstruire un mouvement de lutte étudiant beaucoup plus large et sur des fondations beaucoup plus solides.

28 mars 2010

La réforme de l’assurance santé aux Etats-Unis

Article de Fidel Castro

Source:
http://www.voltairenet.org/article164701.html

Barack Obama croit fanatiquement au système capitaliste impérialiste imposé au monde par les États-Unis. « Dieu bénisse les États-Unis », conclut-il ses discours.

Certaines de ses actions ont heurté la sensibilité de l’opinion mondiale qui avait vu avec sympathie la victoire du citoyen afro-étasunien face au candidat de l’extrême-droite. Profitant de l’une des crises économiques mondiales les plus profondes enregistrées à ce jour et de la douleur causée par le fait que de jeunes Étatsuniens ont perdu la vie ou ont été blessés ou mutilés dans les guerres de conquête génocidaires de son prédécesseur, il a remporté la majorité des voix des 50 % de ses concitoyens qui daignent aller voter dans ce pays démocratique.

Par un sentiment moral élémentaire, Obama aurait dû s’abstenir d’accepter le Prix Nobel de la paix juste au moment où il avait décidé de dépêcher 40 000 soldats de plus à une guerre absurde au cœur de l’Asie.

Sa politique militariste, de pillage des ressources naturelles et d’échange inégal avec les pays pauvres du Tiers-monde ne se différencie en rien de celle que ses prédécesseurs, presque tous d’extrême droite, sauf rares exceptions, ont suivie au long du siècle dernier.

Le document antidémocratique imposé au Sommet de Copenhague à la communauté internationale — qui lui avait fait confiance pour sa promesse de coopérer à la lutte contre les changements climatiques — a été un des autres faits qui ont déçu bien des gens dans le monde. Les États-Unis, les plus gros émetteurs de gaz à effet de serre, n’étaient pas disposés à faire les sacrifices nécessaires malgré les flatteries antérieures de leur président.

Il serait interminable de recenser ici les contradictions entre les idées que la nation cubaine a défendues au prix de grand sacrifices pendant un demi-siècle et la politique égoïste de son colossal voisin.

Nous n’avons pourtant aucune aversion contre Obama, encore moins contre le peuple étasunien. Nous estimons que la réforme de santé a constitué, au terme d’une bataille importante, un succès de son administration. Il semble toutefois insolite qu’il ait fallu attendre 234 ans après la Déclaration d’Indépendance de Philadelphie, en 1776, qui s’inspirait des idées des encyclopédistes français, pour que le gouvernement de ce pays fasse approuver des soins médicaux pour l’immense majorité des citoyens, quelque chose que Cuba a implanté pour toute la population voilà un demi-siècle malgré le blocus cruel et inhumain imposé et toujours en vigueur par le pays le plus puissant qui ait jamais existé. Auparavant, c’est seulement presqu’un siècle après l’indépendance et au terme d’une guerre sanglante qu’Abraham Lincoln put arracher l’affranchissement des esclaves.

Je ne peux, par ailleurs, m’empêcher de penser à un monde où plus du tiers de la population manque de soins médicaux et des médicaments essentiels pour garantir la santé, une situation qui s’aggravera à mesure que, compte tenu des changements climatiques, la rareté d’eau et d’aliments empirera, dans un monde globalisé où la population augmente, les forêts disparaissent, les terres agricoles diminuent, l’air devient irrespirable, et où l’espèce humaine qui l’habite – apparue voilà moins de deux cent mille ans, soit trois milliards cinq cent millions d’années après le surgissement des premières formes de vie sur la planète – court vraiment le risque de disparaître en tant que telle.

En admettant que la réforme sanitaire soit un succès pour l’administration Obama, le président des USA ne peut ignorer que les changements climatiques constituent une menace pour la santé, pis encore pour l’existence même de toutes les nations du monde, quand l’élévation de la température — au-delà des limites critiques prévues — diluera les eaux congelées des glaciers, et que les dizaines de millions de kilomètres cube emmagasinés dans les énormes couches de glace accumulées dans l’Antarctique, le Groenland et la Sibérie fondront en quelques dizaines d’années, laissant sous les eaux toutes les installations portuaires du monde et les terres où une grande partie de la population mondiale vit, se nourrit et travaille aujourd’hui.

Obama, les leaders des pays riches et leurs alliés, leurs scientifiques et leurs centres de recherche dernier cri le savent. Il est impossible qu’ils l’ignorent.

Je comprends la satisfaction avec laquelle le président s’exprime et reconnaît dans son discours la contribution des membres du Congrès et de l’administration qui ont permis ce miracle de la réforme sanitaire, laquelle consolide la position de son administration face aux lobbyistes et aux mercenaires de la politique qui limitent ses facultés. Le retour à la Maison-Blanche de ceux qui ont promu les tortures, les assassinats contractuels et le génocide serait pire. Obama est quelqu’un d’intelligent, incontestablement, et d’assez bien informé pour savoir que je n’exagère pas. J’espère que les sottises qu’il exprime quelquefois au sujet de Cuba n’obscurciront pas son intelligence.

Après le succès de cette bataille pour le droit de tous les Étatsuniens à la santé, douze millions d’immigrants, en leur immense majorité des Latino-américains, des Haïtiens et autres Caribéens réclament leur légalisation aux USA où ils font les travaux les plus durs et dont ne peut se passer la société étasunienne au sein de laquelle ils sont arrêtés, séparés de leurs famille et renvoyés dans leurs pays.

L’immense majorité ont émigré aux USA à cause des tyrannies imposées par ceux-ci aux pays de la région et de la pauvreté brutale à laquelle ils ont été soumis par suite du pillage de leurs ressources et de l’échange inégal. Les envois de fonds familiaux constituent un pourcentage élevé du PIB de ces pays. Ils attendent maintenant un acte de justice élémentaire. Si on a imposé au peuple cubain une loi d’Ajustement qui encourage le vol de cerveaux et le prive des jeunes qu’il a formés, pourquoi emploie-t-on des mesures aussi brutales contre les immigrants illégaux des pays latino-américains et caribéens ?

Le séisme dévastateur qui a frappé Haïti — le pays le plus pauvre d’Amérique latine — une catastrophe naturelle sans précédent qui a entraîné la mort de plus de 200 000 personnes, et les terribles dommages économiques qu’un autre phénomène similaire a causés au Chili sont des preuves éloquentes des dangers qui menacent ce qu’on appelle la civilisation et de la nécessité d’adopter des mesures draconiennes qui offrent à l’espèce humaine l’espoir de survivre.

La Guerre froide n’a apporté aucun bénéfice à la population mondiale. Malgré leur immense pouvoir économique, technologique et scientifique, les USA ne pourraient pas survivre à la tragédie qui plane sur la planète. Le président Obama doit chercher sur son ordinateur les données pertinentes et converser avec ses scientifiques les plus éminents, et il verra combien son pays est loin d’être le modèle qu’il préconise pour l’humanité.

En tant qu’Afro-Étasunien, il y a souffert l’affront de la discrimination, selon ce qu’il raconte dans son livre Les Rêves de Mon Père : L’histoire d’un héritage en noir et blanc ; il y a connu la pauvreté où vivent des dizaines de millions d’Étasuniens ; il y a été éduqué, mais il y a aussi joui, après avoir réussi comme profession libérale, des privilèges de la classe moyenne riche et il a fini par idéaliser le système social du pays où la crise économique, les vies inutilement sacrifiées d’Étasuniens et son incontestable talent politique lui ont donné la victoire électorale.

Pourtant, Obama est pour la droite la plus obtuse un extrémiste contre lequel elle menace de continuer de batailler au Sénat afin de neutraliser les effets de la réforme sanitaire et de la saboter ouvertement dans plusieurs États en déclarant inconstitutionnelle la loi adoptée.

Les problèmes de notre époque sont encore plus graves.

Le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et d’autres organismes internationaux de crédit, sous le contrôle rigoureux des USA, permettent aux gouvernements de ce pays de renflouer les grandes banques étasuniennes — créatrices de paradis fiscaux et responsables du chaos financier sur la planète — à chacune des crises fréquentes et croissantes du système.

La Réserve fédérale des États-Unis émet à sa guise les devises convertibles qui paient les guerres de conquête, les profits du complexe militaro-industriel, les bases militaires disséminées à travers le monde et les gros investissements par lesquels les transnationales contrôlent l’économie dans de nombreux pays du monde. Nixon suspendit unilatéralement la conversion du dollar en or, tandis que les caves des banques de New York abritent 7 000 tonnes d’or, soit un peu plus de 25 % des réserves mondiales, contre plus de 80 % à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. On argumente que la dette publique des États-Unis dépasse les 10 billions de dollars, soit plus de 70 %de leur PIB, tel un fardeau transmis de génération en génération. En fait, c’est l’économie mondiale qui paie cette dette grâce aux énormes dépenses en biens et services qu’elle fait pour acheter les dollars par lesquels les grosses transnationales de ce pays se sont emparées d’une part considérable des richesses du monde et soutiennent la société de consommation dans cette nation.

N’importe qui comprend que ce système est insoutenable et pourquoi les secteurs les plus riches des États-Unis et leurs alliés dans le monde le défendent, alors qu’il ne repose que sur l’ignorance, les mensonges et les réflexes conditionnés semés dans l’opinion publique à travers le monopole des médias, dont les principaux réseaux Internet.

Aujourd’hui, l’échafaudage s’effondre devant l’avancée accélérée des changements climatiques et leurs conséquences funestes qui placent l’humanité devant un dilemme exceptionnel.

Les guerres entre puissances ne semblent plus être la solution aux grandes contradictions, comme elles le furent jusqu’à la seconde moitié du XXe siècle, mais elles ont influé à leur tour de telle manière sur les facteurs qui assurent la survie de l’humanité qu’elles risquent de mettre fin prématurément à l’existence de l’espèce intelligente qui habite notre planète.

Voilà quelques jours, je me suis dit convaincu que, compte tenu des connaissances scientifiques actuelles, l’être humain devra régler ses problèmes sur cette planète-ci, la Terre, car il ne pourra jamais parcourir la distance qui sépare le Soleil de l’étoile la plus proche, située à plus de quatre années-lumière, une vitesse qui, comme le savent nos collégiens, équivaut à 300 000 kilomètres par seconde, à supposer qu’il existe autour de ce Soleil une planète semblable à notre belle Terre.

Les États-Unis investissent des sommes fabuleuses pour vérifier s’il y a de l’eau sur la planète Mars et s’il y a existé ou s’il y existe une forme de vie élémentaire. Personne ne sait pourquoi, sinon par simple curiosité scientifique. Entretemps, des millions d’espèces disparaissent à un rythme croissant sur notre planète à nous et ses fabuleuses quantités d’eau sont constamment empoisonnées.

Les nouvelles lois de la science — à partir des formules d’Einstein sur l’énergie et la matière et la théorie du « Big Bang » comme origine de millions de constellations et d’étoiles infinies, et d’autres hypothèses — ont provoqué de profonds changements dans de concepts fondamentaux comme l’espace et le temps qui attirent l’attention et engendrent les analyses des théologiens. L’un d’eux, notre ami brésilien Frei Betto, aborde la question dans son livre La obra del artista : Une vision holística del Universo, qui a été présenté à la dernière Foire internationale du livre de La Havane.

Les avancées de la science ces cent dernières années ont eu des retombées sur les approches traditionnelles qui ont prévalu des milliers d’années durant dans les sciences sociales, voire en philosophie et en théologie.

Les plus honnêtes penseurs portent beaucoup d’intérêt aux nouvelles connaissances, mais nous ne savons absolument rien de ce que pense le président Obama sur la compatibilité entre les sociétés de consommation et la science.

En attendant, il vaut la peine de réfléchir de temps à autre à ces questions. L’être humain ne cessera pas pour autant de rêver et de prendre les choses avec la sérénité requise et des nerfs d’acier. C’est du moins le devoir de ceux qui ont choisi le métier de politiciens et de ceux qui se font le noble et incontournable propos d’instaurer une société humaine solidaire et juste.

28 février 2010

Expression de pleine démocratie participative : le système électoral cubain


Par Angel Rodriguez Alvarez
Traduction : Danielle Bleitrach
Le système électoral cubain est parmi les thèmes les plus controversés par les médias occidentaux, qui diffusent de nombreuses interprétations erronées, et qui vont jusqu’en arriver à nier l’existence d’élections dans l’île.

Pour cela, ils recourent aux vieux clichés: la nécessité de l’existence de différents partis politiques, sans lesquels la désignation des dirigeants et organes de gouvernements -selon leurs à priori- ne sont pas légitimes.

Tout ce qui s’éloigne de ces critères selon ces médias est frappé de non validité. Et pourtant, c’est avec de tels critères que l’on a pu tromper les crédules et escamoter la volonté populaire.

Les vertus du système cubain tiennent, précisément, à ces aspects les plus critiqués par les détracteurs de la Révolution, et ce sont eux qui permettent de le définir comme l’expression d’une démocratie participative.

La citoyenneté populaire active, au-delà de la volonté et des intérêts d’un quelconque parti, est à l’oeuvre à toutes les étapes des élections cubaines: depuis la validation des listes électorales jusqu’à l’entrée en fonction des élus et le contrôle de leur mandat.

Tout ce qui vient d’être dit se réalise à partir de la mise en oeuvre de cinq caractéristiques des élections municipales: une inscription universelle de tous les citoyens; une nomination des candidats par leurs propres électeurs, une inexistence de campagne publicitaire en faveur de chaque candidat proposé; une propreté totale et une transparence des élections sous le regard de la population, et la faculté pour les citoyens de révoquer le mandat.

En ce moment, les commissions électorales municipales et des circonscriptions travaillent à l’organisation des élections prévues pour choisir les délégués aux assemblées municipales, dont le premier tour aura lieu le 25 avril prochain.

Ces jours-ci, elles sont occupées à l’établissement et la publication des listes électorales, correspondant à tous les citadins âgés de plus de 16 années, et dans l’organisation et la tenue des assemblées de voisins pour nommer les candidats à partir du 24 février suivant. En cette année 2010, 320 mille nouveaux électeurs se présenteront aux urnes.

La base du système institutionnel ce sont les délégués de circonscription, qui sont regroupés dans les Conseils Populaires – instance qu’un certain nombre de délégués occupent pour le travail sur le terrain – et ils intègrent les assemblées municipales comme organes de gouvernement des territoires.

Les candidats – deux au minimum et jusqu’à huit – sont proposés et nommés directement par les voisins des diverses zones, chaque circonscription étant divisée en aires de voisinage. L’élection, a lieu tous les deux années et demi, elle a lieu au suffrage direct et secret, à partir de plus de 50% des suffrages exprimés.

Au contraire de la pratique universelle, à Cuba la propagande électorale n’est pas permise. Dans ce cas les affiches, les panneaux publicitaires, les émissions de radio et de télévision, les meetings en faveur des postulants n’existent pas, il existe seulement la publication dans les lieux publics de leurs biographies et de leurs photos, tous les candidats jouissant des mêmes conditions.

Le jour prévu, celui de l’élection, les membres des collèges, ainsi que les voisins de la zone géographique, invitent le public à vérifier que les urnes sont vides avant de les sceller et avant de les mettre sous garde d’élèves de l’enseignement primaire, des membres de l’Organisation Nationale de Pionniers.

Dès que le vote est terminé, on commence immédiatement le dépouillement public. A ce dépouillement assistent librement les électeurs mais aussi on entreprend immédiatement le scrutin de forme publique. À cet acte, assistent les journalistes nationaux et étrangers et les visiteurs d’autres pays.

Tous les délégués – y compris le président de l’Assemblée Municipale – rendent compte de leur travail devant les électeurs chaque six mois, électeurs qui peuvent révoquer leur mandat s’ils considèrent que les délégués ne s’acquittent pas de leurs obligations.

La participation citoyenne, sans distinction de sexe, de croyances religieuses, de races, de profession ou de travail, existe à toutes les étapes du processus.

Le système électoral cubain, qui se déroule suivant les mêmes principes jusqu’à l’élection du Parlement et du Conseil d’Etat, a été établi dans la Constitution de 1976, discuté massivement et approuvée par référendum par plus de 95 pour cent de l’électorat

URL version espagnole :
http://www.rebelion.org/noticia.php?id=100672&titular=expresión-de-plena-democracia-participativa

27 février 2010

Orlando Zapata: un mort útile?


Texte reçu par newsletter de l'Association Suisse-Cuba
Le manque absolu de martyres dont souffre la contre-révolution cubaine est proportionnel à son manque de scrupules. Il est difficile de mourir à Cuba, non pas parce que l’espérance de vie y est celle du Premier Monde – personne n’y meurt de faim malgré le manque de moyens, ni de maladies curables -, mais parce que la loi et l’honneur s’y imposent.

Les Dames en Blanc et Yoani peuvent être détenues et jugées selon les lois en vigueur – dans aucun pays les lois ne peuvent être violées: recevoir de l’argent et collaborer avec l’ambassade d’Iran (un pays ennemi) aux Etats-Unis, par exemple, peut entraîner la perte de tous les droits citoyens dans ce pays -, mais elles savent qu’à Cuba personne ne disparaît, ni est assassiné.

Par ailleurs, on offre sa vie pour un idéal qui priorise le bonheur des autres, et non pas pour un qui favorise le sien. Donc, la mort lamentable de Orlando Zapata, un prisonnier de droit commun – avec un long parcours de délinquant, en rien lié à la politique -, réjouit intimement ses soutiens « hypocrites » compatissants. Transformé en “activiste politique” après de nombreux aller et venir en prison, Zapata est devenu le parfait candidat pour l’auto exécution.

Pour les groupuscules c’était un homme « dont on pouvait se passer », et facile de convaincre pour qu’il poursuive une grève de la faim absurde, et fasse des demandes impossibles (cuisine et téléphone personnel dans sa cellule) qu’aucun des chefs de file réels avait eu le courage de maintenir.

Chaque grève antérieure des instigateurs avait été annoncée comme aboutissant à une mort probable, mais les grévistes renonçaient toujours en étant en bon état de santé. Harcelé et poussé à continuer jusqu’à la mort – ces mercenaires se frottaient les mains avec l’espoir qu’il meurt malgré les efforts soutenus des médecins -, le cadavre de Zapata est maintenant exposé avec cynisme comme étant un trophée collectif.

En maraudant autour du moribond, les médias – les mercenaires locaux et la droite internationale – étaient comme des vautours. Son décès est un festin. Le spectacle dégoute. Parce que ceux qui écrivent ne s’apitoient pas de la mort d’un être humain – dans un pays sans mort extrajudiciaire –;ils la brandissent presque avec joie, et l’utilisent à des fins politiques préméditées. Le cas de Zapata me rappelle celui de Pánfilo: les deux furent manipulés et d’une certaine manière poussés à l’autodestruction de façon préméditée afin de satisfaire des besoins politiques d’autrui : l’un, poussé à maintenir une grève de la faim de 85 jours (il en avait déjà fait d’autres qui malmenèrent sa santé) ; l’autre, au milieu d’un processus de désintoxication alcoolique, invité à boire pour qu’il dise face aux caméras ce qu’elles voulaient entendre.

Je me demande si cela n’est pas une accusation contre ceux qui maintenant s’approprient de sa “cause”. Ils ont raison de dire que ce fut un assassinat, mais les médias cachent le vrai assassin: les groupuscules cubains et leurs mentors internationaux. Zapata fut assassiné par la contre-révolution.

Source version espagnole:
http://www.cubadebate.cu/opinion/2010/02/24/zapata-un-muerto-util

Traduction : R. Muller


25 février 2010

Aimé Césaire sur la mort de Staline

















«J'ai passé sept jours à Moscou. Je suis arrivé dans la capitale soviétique pendant les journées de deuil, le lendemain de l'enterrement du généralissime Iossip Vissarionovitch Staline. Mais sa présence dans les pensées et les cœurs des gens était toujours perceptible. Des foules immenses emplissaient la place Rouge ; les innombrables gerbes apportées pour les obsèques du leader formaient une gigantesque colline de fleurs au pied du mur du Kremlin.

«La douleur des milliers et milliers de citoyens soviétiques témoigne de manière éloquente qu'il est dur pour eux de vivre la perte de leur meilleur ami.

«Staline est mort, mais tout autour parle de lui. La mémoire de Staline, ce n'est pas seulement la tristesse du peuple, c'est aussi une inébranlable détermination qui marque tous les visages, la détermination de protéger l'œuvre grandiose de Staline de toutes les atteintes ; c'est également l'unité indestructible du peuple soviétique qui s'est encore raffermie durant ces jours de malheur ; c'est sa volonté qui désormais va être concentrée sur la mobilisation de toutes ses forces pour achever l'ouvrage gigantesque d'un des plus grands bâtisseurs de l'Histoire.

«Tout, à Moscou, parle de la grandeur du leader défunt. Donc, qu'ai-je vu au cours de ces quelques jours ?

«J'ai vu un grand peuple blessé au cœur même, mais empreint de la détermination à ne pas plier sous le coup atroce du destin. C'est un grand peuple amoureux de l'art, de la science, de la culture, un grand peuple occupé par le travail, par la gigantesque édification de la paix. C'est un grand peuple fier d'être actuellement le conservateur des plus grands trésors de la civilisation : liberté, égalité, pain et lumière pour tous. Un peuple qui sait que, sous toutes les circonstances, l'avenir lui appartient.

«Je suis le fils d'un des plus petits peuples du monde, celui du peuple de la petite île de Martinique, une possession française qui se trouve non loin des côtes de l'Amérique centrale et que contemplent avec convoitise les magnats des États-Unis.

«Je suis le fils du peuple persécuté avec acharnement par les “chevaliers” du Ku Klux Klan. Je suis originaire d'un petit pays qui souffre sous le joug du régime colonial. Mais j'ai visité l'Union soviétique, et je sais que la cause de la paix et de la libération nationale, la cause pour laquelle se bat le peuple de ma patrie et les peuples opprimés dans toutes les parties du monde, triomphera, car elle est indissolublement liée aux grandes idées de Lénine et de Staline ! »

Aimé Césaire, écrivain noir de l'île de la Martinique

Source : Litératournaïa Gazéta (Journal littéraire), n° 34, 19 mars 1953, p. 4.

28 décembre 2009

Réflexions de Fidel : LE DROIT DE L’HUMANITÉ À L’EXISTENCE



Texte reçu par newsletter de l'Association Suisse-Cuba



Les changements climatiques causent d’ores et déjà des dommages considérables, et des centaines de millions de pauvres en souffrent les conséquences.

Les centres de recherche les plus avancés assurent qu’il reste très peu de temps pour échapper à une catastrophe irréversible. Selon James Hansen, de l’Institut Goddard, de la NASA, un niveau de trois cent cinquante parties de dioxyde de carbone par million est encore tolérable ; or, il dépasse actuellement trois cent quatre-vingt-dix et il augmente tous les ans à raison de deux parties par million, soit plus que les niveaux d’il y a six cent mille ans. Les deux dernières décennies ont été les plus chaudes depuis qu’il existe des mesures. Ce gaz a augmenté de quatre-vingts parties par million ces cent cinquante dernières années.

Les glaces de la mer Arctique, l’énorme couche de deux kilomètres d’épaisseur qui couvre le Groenland, les glaciers d’Amérique du Sud qui alimentent les principales sources d’eau douce de cette région, le volume colossal qui couvre l’Antarctique, la couche qui reste encore sur le Kilimandjaro, les neiges qui couvrent l’Himalaya et l’énorme masse gelée de la Sibérie fondent à vue d’œil. Des scientifiques prestigieux redoutent des sauts quantitatifs dans les phénomènes naturels qui provoquent les changements.

L’humanité avait placé de grands espoirs dans le Sommet de Copenhague, qui devait prolonger le Protocole de Kyoto souscrit en 1996 mais entré en vigueur seulement en 2005. L’échec éclatant de ce Sommet a engendré des épisodes honteux qu’il faut dûment éclaircir.

Les États-Unis, qui comptent moins de 5 p. 100 de la population mondiale, émettent le quart du dioxyde de carbone. Leur nouveau président avait promis de coopérer aux efforts internationaux pour faire face à un problème qui touche son pays autant que le reste du monde. Les réunions préalables au Sommet ont mis en lumière que les dirigeants de cette nation et ceux des pays les plus riches manœuvraient pour faire retomber le poids des sacrifices sur les pays émergents et les pays pauvres.

Beaucoup de dirigeants et des milliers de représentants des mouvements sociaux et des institutions scientifiques, décidés à se battre pour préserver l’humanité du pire risque qu’elle a encouru dans son Histoire, se sont rendus à Copenhague à l’invitation des organisateurs du Sommet. Je m’abstiens d’entrer dans le détail de la brutalité dont ont fait preuve les forces de l’ordre danoises contre les milliers de manifestants et d’invités des mouvements sociaux et scientifiques pour me concentrer sur les aspects politiques du Sommet.

Un véritable chaos a régné à Copenhague et des choses incroyables s’y sont passées. Les mouvements sociaux et les institutions scientifiques n’ont pas eu le droit d’assister aux débats. Des chefs d’État ou de gouvernement n’ont même pas eu la possibilité de donner leur opinion sur des problèmes vitaux. Obama et les dirigeants des pays les plus riches ont séquestré la conférence avec la complicité du gouvernement danois, et les institutions des Nations Unies ont été mises sur la touche.

Barack Obama, qui est arrivé le dernier jour du Sommet et n’y est resté que douze heures, s’est réuni avec deux groupes d’invités triés sur le volet par lui-même et ses collaborateurs. Et c’est accompagné de l’un de ces groupes qu’il a eu une réunion dans la salle plénière avec le reste des délégations de plus haut niveau. Aussitôt après avoir pris la parole, il s’est retiré par une porte dérobée. À cette réunion plénière, hormis le petit groupe choisi par lui, les autres représentants des États n’ont pas eu le droit de prendre la parole. Si les présidents bolivien et vénézuélien ont pu le faire, c’est seulement parce qu’ils l’ont réclamé avec énergie, soutenus par les autres, et que le président du Sommet n’a pas eu d’autre solution que de la leur céder.

Dans une salle contiguë, Obama a réuni les dirigeants des pays les plus riches, de plusieurs nations émergentes les plus importantes et de deux pays très pauvres. Il y a présenté un document négocié avec deux ou trois des principaux pays, il a ignoré l’Assemblée générale des Nations Unies, il a donné des conférences de presse et il est reparti, tel Jules César qui s’exclama au terme d’une ses campagnes victorieuses en Asie mineure : Vini, vidi, vici !

Le Premier ministre en personne du Royaume-Uni, Gordon Brown, avait affirmé le 19 octobre : « Si nous n’aboutissons pas à un accord dans les prochains mois, il ne fait pas le moindre doute qu’une fois que l’élévation débridée des émissions aura provoqué des dommages, aucun accord mondial rétrospectif à quelque moment du futur ne pourra en éliminer les effets. À cette date, il sera alors irrémédiablement trop tard. »

Et il avait conclu son discours sur cette péroraison dramatique : « Nous ne pouvons nous donner le luxe de l’échec. Si nous échouons maintenant, le prix à payer sera très lourd. Si nous agissons maintenant, si nous agissons de concert, si nous agissons en faisant preuve de hauteur de vue et de détermination, nous pouvons encore remporter la victoire à Copenhague. Mais, si nous échouons, la planète Terre sera en danger, et il n’existe pas de plan de rechange. »

Il affirme pourtant à présent avec arrogance que l’Organisation des Nations Unies a été prise en otage par un petit groupe de pays comme Cuba, le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et Tuvalu, et il accuse la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres nations émergentes d’avoir cédé aux séductions des États-Unis pour souscrire un accord qui expédie aux oubliettes le Protocole de Kyoto et ne contient aucun engagement contraignant pour les États-Unis et leurs riches alliés.

Je me vois obligé de rappeler que l’Organisation des Nations Unies a vu le jour voilà à peine soixante ans, après la Deuxième Guerre mondiale, alors que les pays indépendants ne dépassaient pas la cinquantaine. Elle compte aujourd’hui plus de cent quatre-vingt-dix États indépendants, après que la lutte décidée des peuples a eu liquidé l’odieux système colonial.



La République populaire de Chine s’est même vu refuser pendant des années le droit d’entrée à l’ONU, un gouvernement fantoche y usurpant sa représentation à l’Assemblée générale et au Conseil de sécurité. C’est grâce au soutien tenace d’un nombre croissant de pays du Tiers-monde que la Chine bénéficia peu à peu de la reconnaissance de la communauté internationale, ce qui fut un facteur très important pour que les USA et leurs alliés de l’OTAN reconnaissent ses droits à l’ONU.

C’est l’Union soviétique qui contribua le plus par sa lutte héroïque à la défaite du fascisme, au prix de plus de vingt-cinq millions de morts et d’énormes destructions dans tout le pays. C’est au terme de cette lutte qu’elle émergea comme une superpuissance capable de contrebalancer en partie la domination absolue qu’exerçait le système impérial des USA et des anciennes nations coloniales, et sa mise à sac impitoyable des peuples du Tiers-monde. La désintégration de l’URSS a permis aux USA d’étendre leur pouvoir politique et militaire en direction de l’Est, vers le cœur de la Russie, et de renforcer leur influence sur le reste de l’Europe. Ce qui s’est passé à Copenhague n’a donc rien d’étonnant.


Je tiens à souligner les déclarations injustes et outrageantes du Premier ministre britannique et la tentative des États-Unis d’imposer comme accord du Sommet un document dont les pays participants n’ont discuté à aucun moment.

Le ministre cubain des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, a affirmé dans la conférence de presse qu’il a donnée le 21 décembre des vérités absolument indéniables. J’en cite quelques paragraphes:

« À Copenhague, je tiens à le souligner, la Conférence des Parties n’a adopté aucun accord, aucune décision concernant des engagements, qu’ils soient contraignants ou pas, ni absolument aucune décision relevant du droit international : à Copenhague, il n’y a pas eu d’accord, tout simplement !


« Le Sommet a été un échec, et l’on veut pourtant berner l’opinion publique mondiale. […] la carence de volonté politique a sauté aux yeux…


« …il a constitué un recul dans l’action de la communauté internationale pour prévenir ou alléger les retombées des changements climatiques…


« …la température mondiale pourrait s’élever de 5º en moyenne… »

Puis notre ministre a apporté d’autres données intéressantes sur les conséquences possibles de cet échec, selon les dernières recherches scientifiques :

« …de la date du Protocole de Kyoto à ce jour, les pays développés ont élevé leurs émissions de 12,8 p. 100… 55 p. 100 de ce volume correspondant aux USA


« Un Étasunien consomme en moyenne 25 barils de pétrole par an, un Européen 11, un Chinois moins de 2, un Latino-Américain ou un Caribéen, moins de 1.


« Trente pays, dont ceux de l’Union européenne, consomment 80 p. 100 des combustibles produits. »

Le fait est que les pays développés signataires du Protocole de Kyoto ont élevé radicalement leurs émissions. Ils veulent toutefois substituer maintenant à la base adoptée pour calculer ces émissions, autrement dit 1990, une nouvelle base, 2005, de sorte que les engagements envisagés par les USA, les plus gros pollueurs, ne représenteraient qu’une réduction de 3 p. 100 par rapport à vingt-cinq ans avant ! C’est là se moquer d’une manière éhontée de l’opinion mondiale…

Le ministre cubain, parlant au nom des pays de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA), et défendant la Chine, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et d’autres États importants à économie émergeante, a ratifié le concept dégagé à Kyoto de

« responsabilités partagées, mais différenciées, ce qui veut dire que les pays à accumulation historique et les pays développés, responsables de cette catastrophe, ont des responsabilités différentes de celles des petits États insulaires ou des pays du Sud, surtout des pays les moins avancés… »


« Responsabilités veut dire financement ; responsabilités veut dire transfert de technologies dans des conditions acceptables. Mais Obama joue sur les mots, et au lieu de parler de "responsabilités" partagées mais différenciées, il parle de "réponses" partagées, mais différenciées…


« …il abandonne la salle plénière sans même daigner écouter qui que ce soit, de même qu’il n’avait écouté personne avant son intervention. »

Obama avait affirmé lors d’une conférence de presse ayant précédé son départ de la capitale danoise : « Nous avons généré ici à Copenhague un accord substantiel sans précédent : pour la première fois dans l’Histoire, les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités. »

Dans son exposé clair et irréfutable, notre ministre s’est exclamé :

« Que signifie : "…les plus grandes économies sont venues ici accepter ensemble leurs responsabilités" ? Ça veut dire qu’il fait retomber une part importante du fardeau que représente le financement des mesures d’atténuation et d’adaptation que doivent adopter les pays, surtout ceux du Sud, face aux changements climatiques, sur la Chine, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud. Car, il faut bien le dire, la Chine, le Brésil, l’Inde, l’Afrique du Sud et tous les pays appelés par euphémisme en développement ont été victimes d’un braquage, d’un hold-up !
Voilà dans quels termes frappants et irréfutables notre ministre a raconté ce qu’il s’est passé à Copenhague.

Je dois ajouter que le 19 décembre, à dix heures du matin, alors que notre vice-président Esteban Lazo et notre ministre des Relations extérieures étaient déjà repartis, on a assisté à une tentative tardive de ressusciter le document mort-né de Copenhague en tant que document du Sommet. Il ne restait plus alors pratiquement aucun chef d’État et seuls quelques ministres. De nouveau, la dénonciation des membres restants des délégations de Cuba, du Venezuela, de Bolivie, du Nicaragua et d’autres pays a fait capoter la manœuvre. Voilà comme s’est conclu le Sommet : sans gloire !

On ne saurait non plus oublier qu’aux heures les plus critiques de cette journée-là, tard dans la nuit, le ministre cubain des Relations extérieures, et les délégations qui livraient cette digne bataille, ont offert leur coopération au secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, dans la lutte toujours plus dure qui se déroulait et dans les efforts à consentir à l’avenir pour préserver notre espèce.

L’organisation écologique World Wide Fund (WWF) a averti que les changements climatiques échapperaient à tout contrôle dans les cinq à dix prochaines années si les émissions n’étaient pas réduites radicalement.

Mais Obama lui-même m’épargne la peine de démontrer ce que j’ai dit sur ses agissements.

Il a déclaré le 23 décembre, dans une interview à la chaîne de télévision CBS, que les gens avaient raison d’être déçus des résultats du Sommet sur les changements climatiques : « …au lieu d’un échec total, d’une inaction totale, ce qui aurait été un énorme recul, nous avons pu du moins nous maintenir en gros là où nous étions… »

Selon l’agence de presse, Obama est le plus critiqué par les pays qui sentent presque à l’unanimité que le Sommet s’est achevé sur un désastre.

L’ONU est maintenant dans une impasse. Demander à de nombreux autres États d’adhérer à un accord arrogant et antidémocratique serait humiliant.

Poursuivre la bataille et exiger à toutes les conférences, surtout celles de Bonn et de Mexico, le droit de l’humanité à l’existence, en nous fondant sur la morale et la force que nous donne la vérité, telle est à mon avis la seule voie.

Fidel Castro Ruz,
Le 26 décembre 2009

27 décembre 2009

Face à la contre-réforme de Bologne, la lutte des étudiants



Il y a de cela 20 ans, le 19 juin 1999, 30 ministres européens de l’éducation, dont un conseiller fédéral suisse, signaient la Déclaration de Bologne, préparée par la Commission européenne et ayant pour but officiel « l’harmonisation de l’enseignement supérieur en Europe » afin de « permettre la mobilité des étudiants ». Rien de bien dangereux à première vue. Sauf qu’aujourd’hui que les réformes visant à appliquer concrètement la dite déclaration commencent à devenir réalité un peu partout, un mouvement étudiant d’ampleur européenne d’occupation d’universités, parti de Vienne, touche une centaine d’universités dont les étudiants sont unis par une lutte commune : la lutte contre les réformes de Bologne. C’est une première historique depuis 40 ans, la salle MR080 (le plus grand amphithéâtre de l’Université de Genève) est occupé le jeudi 26 octobre par le mouvement étudiant «Education is not for $A£€ ! », avatar genevois du grand mouvement européen, avant d’être évacué manu-militari avec prise de photos des étudiants concernés (sans doute pour fichage) sur ordre du rectorat de façon scandaleusement anti-démocratique. Malgré cette répression policière le mouvement étudiant n’a pas cessé sa lutte après l’évacuation et a continué ses réunions et ses activités visant à la prise de conscience des étudiants. Un effort est même fait en vue de diversifier les activités du mouvement. La prochaine Assemblée générale est fixée au 23 février. Les universités de Lausanne, de Zürich, de Bâle et de Berne ont également connu des occupations. A Genève et ailleurs en Suisse les étudiants membres du Parti Suisse du Travail ont joué un rôle actif dans ce mouvement.


Le Parti du Travail avait fait un communiqué de presse pour dénoncer la répression policière et apporter un soutient inconditionnel aux revendications du mouvement étudiant, qui sont, pour ne citer que les principales : la gratuité totale des études, l’augmentation des bourses et plus de facilité à accéder à celles-ci (actuellement elles sont réservées aux étudiants ni trop riches NI trop pauvres, soit aux seules classes moyennes), le rétablissement de la démocratie universitaire en lieu et place de la toute-puissance du rectorat mise en place par le Grand Conseil, la non-privatisation de l’université, plus de logement étudiant, un meilleur encadrement, l’indépendance de la recherche et la non-fermeture de filières. Dans un discours en langue de bois qu’il fit pour essayer de convaincre les étudiants de cesser l’occupation, le recteur Jean-Dominique Vassali a prétendu qu’il partage l’essentiel des revendications, sauf qu’il ne peut soi-disant disant rien faire pour les satisfaire mais qu’il s’engage quand même à faire tout son possible pour qu’elles soient satisfaites…mais que de toute façon les revendications de l’indépendance de la recherche et de la non-privatisation de l’Université n’ont pas lieu d’être car elles seraient déjà réalisées.


Sauf qu’il utilise contre les étudiants des méthodes qui ressemblent à celles que le pouvoir bourgeois a utilisé contre les militants du Parti du Travail au temps de la Guerre Froide ; preuve que son beau discours ne correspond en rien à la réalité et qu’en fait, loin de partager les revendications du mouvement étudiant, le pouvoir d’Etat bourgeois qu’il représente ne peut tolérer non seulement les exigences mais même l’existence d’un tel mouvement de lutte. Car il existe une chose qui réduit à néant les belles promesses de M. le recteur, et ce quelque chose est la déclaration de Bologne. En effet l’harmonisation de l’enseignement supérieur au niveau européen a pour but non pas l’harmonisation pour l’harmonisation, mais de rendre comparable l’enseignement dispensé par les différentes universités avec des critères quantitatifs afin de les mettre en concurrence. La mobilité facilitée des étudiants vise à rendre cette concurrence réelle. Et la concurrence est prévue en vue de la privatisation des universités. En effet, la déclaration de Bologne prévoit de donner aux universités « l’autonomie », soit la possibilité pour le rectorat de récolter des fonds privés un peu comme il le veut et de gérer son université à sa guise, comme une société anonyme servant les intérêts de ses « généreux donateur » (la présence de représentants de multinationales dans les conseils d’administration est une réalité dans beaucoup d’universités européennes). Le rectorat aurait aussi la possibilité d’augmenter les taxes universitaires à sa guise. Le but final étant d’arriver à un système à l’américaine, avec quelques universités de top niveau accessibles uniquement à l’élite, des universités de deuxième et troisième zone, avec des diplômes de deuxième et troisième zone, pour les autres étudiants…et un quasi-analphabétisme pour les enfants des travailleurs (ce qui n’est pas loin de la réalité aux USA). Un tel système vise à renforcer les privilèges de l’élite, il est fondamentalement réactionnaire et opposé aux intérêts d’une large majorité de la population ; le Parti du Travail luttera contre le système de Bologne pour un enseignement égalitaire et démocratique, au service de l’ensemble de la société et non d’une petite élite, un système qui ne peut être pleinement réalisé que dans une société socialiste.

20 décembre 2009

Réflexions du compañero Fidel : CE QUI S’EST VRAIMENT PASSÉ AU SOMMET DE COPENHAGUE




Texte reçu par newsletter de l'Association Suisse-Cuba





Ce sont les jeunes que l’avenir concerne plus que quiconque.

Encore tout récemment, la discussion portait sur le type de société où nous vivrions. Aujourd’hui, l’on discute si la société survivra…

Il ne s’agit pas là de phrases dramatiques. Il faut s’accoutumer aux faits réels. L’espoir est la dernière chose que les êtres humains peuvent perdre. C’est la vérité en main que des hommes et des femmes de tous âges, mais surtout des jeunes, ont livré au Sommet de Copenhague une bataille exemplaire, offrant ainsi au monde une grande leçon.

Le principal, maintenant, c’est que l’on sache le plus possible à Cuba et dans le monde ce qui s’est passé à Copenhague. La vérité possède une force qui surpasse l’intelligence médiatisée et bien souvent désinformée de ceux qui ont en main les destinées du monde.

Si quelque chose d’important a été obtenu dans la capitale danoise, c’est que l’opinion mondiale a pu observer à travers les médias le chaos politique qui s’y est engendré et le traitement humiliant infligé à des chefs d’État ou de gouvernement, à des ministres et à des milliers de représentants de mouvements sociaux et d’institutions qui, pleins d’illusions et d’espoirs, se sont rendus au siège du Sommet, à Copenhague. La brutale répression contre des manifestants pacifiques par la force publique rappelait la conduite des troupes d’assaut nazies qui occupèrent le Danemark en avril 1940. Ce que personne ne pouvait imaginer, c’est que, le 18 décembre 2009, dernier jour du Sommet, celui-ci serait interrompu par le gouvernement danois – allié de l’OTAN et associé à la boucherie afghane – pour céder la salle plénière au président Obama où celui-ci et un groupe sélect d’invités, seize au total, auraient le droit exclusif de parler. Obama y a prononcé un discours trompeur et démagogique, bourré d’ambiguïtés, qui n’impliquait aucun engagement contraignant et ignorait le Protocole de Kyoto. Il a abandonné la salle peu après avoir écouté quelques autres orateurs. Parmi les pays invités à prendre la parole, on trouvait les pays les plus industrialisés, plusieurs économies émergentes et quelques-uns des plus pauvres de la planète. Les dirigeants et représentants de plus de cent soixante pays n’ont eu que le droit d’écouter.

À la fin du discours du seizième élu, Evo Morales, fort de toute l’autorité de son origine aymara, frais réélu par 65 p. 100 des votants et jouissant du soutien des deux tiers de la Chambre et du Sénat bolivien, a demandé la parole. Le président danois n’a pas eu d’autre remède que de la lui céder à la demande des autres délégations. Quand Evo a conclu sa sage et profonde intervention, le Danois a dû la concéder ensuite à Hugo Chávez. Les deux interventions passeront à l’Histoire comme des exemples de discours brefs et opportuns. Une fois leur tâche dûment remplie, tous deux ont regagné leur pays respectif. Mais quand Obama est sorti de scène, il n’avait pas encore conclu la sienne au pays siège du Sommet.

Dans la nuit du 17 au 18, le Premier ministre danois et de hauts représentants des États-Unis s’étaient réunis avec le président de la Commission européenne et les dirigeants de vingt-sept pays pour leur proposer, au nom d’Obama, un projet d’accord à l’élaboration duquel aucun autre dirigeant du reste du monde ne devait participer. C’était là une initiative antidémocratique et virtuellement clandestine qui ignorait des milliers de représentants de mouvements sociaux, d’institutions scientifiques, religieuses et les autres invités au Sommet.

Dans la nuit du 18, alors que de nombreux chefs d’État étaient déjà partis, les représentants des pays ont attendu jusqu’à trois heures du matin du 19 la reprise des séances et la clôture de la réunion. Pendant toute la journée du 18, Obama avait soutenu des réunions et des conférences de presse. Tout comme les dirigeants européens. Puis ils sont partis.

Il s’est alors passé quelque chose d’insolite : le 19, à trois heures du matin donc, le Premier ministre danois a convoqué la clôture du Sommet. Les ministres, fonctionnaires, ambassadeur et personnels techniques étaient les seuls à représenter leur pays.

Mais un groupe de représentants de pays du Tiers-monde qui contestaient la tentative d’Obama et des plus riches de la planète de présenter comme un accord consensuel du Sommet le document imposé par les États-Unis a livré cette nuit-là une bataille étonnante.

La représentante vénézuélienne, Claudia Salerno, pleine d’une énergie impressionnante, montra le sang qui coulait de sa main droite à cause des coups qu’elle avait dû frapper sur la table pour pouvoir exercer son droit de parole. Le ton de sa voix et la dignité de ses arguments sont inoubliables.

Le ministre cubain des Relations extérieures a prononcé un discours énergique d’un millier de mots dont j’extrais plusieurs paragraphes pour les inclure dans mes Réflexions :

« Le document dont vous avez nié à plusieurs reprises l’existence, monsieur le Président, apparaît maintenant… Nous avons vu des versions qui circulent d’une manière subreptice et qui se discutent en petits conciliabules secrets.


« … je regrette profondément la façon dont vous avez conduit cette Conférence.


« …Cuba juge extrêmement insuffisant et inadmissible le texte de ce projet apocryphe. L’objectif de 2ºC est inacceptable, car il aurait des conséquences catastrophiques incalculables…


« Le document que vous nous présentez ne contient, hélas, aucun engagement de réduction des émissions de gaz à effet de serre.


« Je connais les versions antérieures qui se sont négociées elles aussi à travers des procédés contestables et clandestins, en coteries fermées…

« Le document que vous nous soumettez maintenant omet justement les phrases clefs déjà bien maigres et insuffisantes de cette version-là.


« …pour Cuba, cet objectif est incompatible avec le critère scientifique universellement accepté selon lequel il est urgent et incontournable de réduire les émissions d’au moins 45 p. 100 d’ici à 2020 et de non moins de 80 à 90 p. 100 d’ici à 2050.


« Toute proposition de poursuite des négociations en vue d’adopter à l’avenir des accords de réduction des émissions doit inclure impérativement le concept selon lequel le Protocole de Kyoto est toujours d’actualité. […] Votre papier, monsieur le Président, est l’acte de décès du Protocole de Kyoto, et ma délégation s’y refuse.


« La délégation cubaine tient à souligner la primauté du principe des "responsabilités communes mais différenciées" en tant que concept clef des futures négociations. Votre papier n’en dit mot.


« Ce projet de déclaration omet des engagements concrets en matière de financement et de transfert de technologies vers les pays en développement dans le cadre des obligations contractées par les pays développés au titre de la Convention cadre des Nations sur les changements climatiques. […] Les pays développés qui imposent leurs intérêts par ce document interposé fuient tout engagement concret.


« …Ce que vous appelez, monsieur le Président, un "groupe de leaders représentatifs" constitue à mes yeux une violation grossière du principe de l’égalité souveraine des États que consacre le Charte des Nations Unies.


« Je vous demande formellement, monsieur le Président, de faire en sorte que ma déclaration fasse partie du rapport final sur les travaux de cette lamentable, de cette honteuse Quinzième Conférence des Parties.
On n’avait concédé qu’une heure aux représentants des États pour émettre des opinions, ce qui a provoqué des situations compliquées, honteuses et désagréables.

Il s’ensuivit un long débat durant lequel les délégations des pays développés ont exercé de fortes pressions pour que la Conférence adopte ce document comme résultats final de ses délibérations.


Un nombre réduit de pays a insisté fermement sur les sérieuses carences et ambiguïtés du document impulsé par les États-Unis, en particulier sur l’absence d’engagement de la part de pays développés en matière de réduction des émissions de carbone et de financement permettant aux pays du Sud de mettre en place des mesures d’atténuation et d’adaptation.

C’est au terme de discussions longues et extrêmement tendues que la position des pays de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) et du Soudan en tant que président en exercice du Groupe des 77 a fini par prévaloir : le document en question était inacceptable par la Conférence.

Devant le manque de consensus évident, la Conférence s’est bornée à « prendre note » de l’existence de ce document en tant que position d’un groupe d’environ vingt-cinq pays.

Une fois cette décision adoptée à 10 h 30 (heure de Copenhague), Bruno – après avoir discuté amicalement, aux côtés d’autres représentants de l’ALBA avec le Secrétaire général de l’ONU et lui avoir confirmé leur disposition de continuer de lutter de concert avec les Nations Unies pour empêcher les terribles conséquences des changements climatiques – a regagné notre pays en compagnie du vice-président cubain, Esteban Lazo, pour assister à la session de l’Assemblée nationale. Sa mission avait pris fin. Il n’est resté à Copenhague que quelques membres de notre délégation et l’ambassadeur pour participer aux démarches finales.

Ils ont informé cet après-midi :
« …comme ceux qui ont participé à l’élaboration du document aussi bien que ceux qui, comme le président des USA, se sont empressés d’annoncer son adoption par le Sommet… ne pouvaient refuser la décision de celui-ci de seulement "prendre note" du prétendu "Accord de Copenhague", ils ont tenté de proposer un procédé par lequel d’autres pays Parties qui n’avaient pas participé à cette manigance pourraient la seconder et y adhérer, afin de donner des dehors de légalité à cet accord, ce qui aurait pu de fait préjuger du résultat des négociations à venir.

« Cuba, le Venezuela et la Bolivie se sont opposés de nouveau fermement à cette tentative tardive, avertissant que ce document non entériné par la Conférence n’avait pas de caractère légal, qu’il n’existait pas comme document des Parties et qu’on ne pouvait établir aucune règle pour le faire censément adopter…

« Voilà dans quel esprit que se sont conclues les sessions de Copenhague, sans adoption de ce document préparé subrepticement ces derniers jours, sous la conduite idéologique évidente de l’administration étasunienne… »
Demain, notre attention sera centrée sur l’Assemblée nationale.

Lazo, Bruno et le reste de la délégation arriveront vers minuit. Notre ministre des Relations extérieures pourra expliquer lundi, avec luxe de détails et avec toute la précision requise, ce qui s’est vraiment passé au Sommet.
Fidel Castro Ruz
Le 19 décembre 2009
20 h 17

18 décembre 2009

Réflexions du compañero Fidel: L’HEURE DE LA VÉRITÉ


Texte reçu par la newsletter de l'Association Suisse-Cuba



Les nouvelles qui nous parviennent de la capitale danoise traduisent le chaos. Les hôtes, après avoir promis de concevoir une réunion à laquelle participeraient environ quarante mille personnes, sont incapables de tenir parole.

Evo, le premier des deux présidents membres de l’Alliance bolivarienne des peuples de Notre Amérique (ALBA) à être arrivé, a exprimé de profondes vérités qui émanent de la culture millénaire de sa nation.

Selon les agences de presse, il a assuré avoir un mandat du peuple bolivien pour bloquer tout accord si le texte final n’offrait pas d’alternatives. Il a expliqué que les changements climatiques n’étaient pas une cause, mais un effet, que nous avions l’obligation de défendre les droits de la Terre nourricière face à un modèle de développement capitaliste, de défendre la culture de la vie face à la culture de la mort. Il a parlé de la dette climatique que les pays riches devaient payer aux pays pauvres et affirmé qu’ils devaient leur rendre l’espace atmosphérique qu’ils leur avaient enlevé.

Il a qualifié de ridicule la somme de dix milliards de dollars annuels offerte jusqu’en 2012, alors qu’il en faudrait en réalité des centaines de milliards par an, et il a accusé les États-Unis de dépenser des billions de dollars pour exporter le terrorisme en Iraq et en Afghanistan et créer des bases militaires en Amérique latine.

Le président de la République bolivarienne du Venezuela a pris la parole au Sommet le 16 à 8 h 40 (heure de Cuba). Il a prononcé un brillant discours, chaleureusement applaudi. Ce qu’il a dit était lapidaire. Contestant un document proposé au Sommet par la ministre danoise qui le présidait, il a affirmé :
« C’est un texte qui vient du néant. Nous n’accepterons aucun texte qui n’émanerait pas des groupes de travail, car ce sont les textes légitimes sur lesquels nous avons négocié pendant deux années.

« Un groupe de pays se croit supérieur à nous, ceux du Sud, ceux du Tiers-monde…

« …ne nous en étonnons pas : la démocratie n’existe pas, nous sommes face à une dictature.

« …je lisais certains des slogans que les jeunes ont peints dans les rues… L’un disait : "Ne changez pas le climat, changez le système !" ; un autre : "Si le climat était une banque, il aurait déjà été sauvé !"

« Obama… a reçu le prix Nobel de la paix le jour même où il a envoyé trente mille soldats de plus tuer des innocents en Afghanistan.



« Je partage les vues des délégations brésilienne, bolivienne, chinoise, je voulais juste les appuyer…. mais on ne m’a pas donné la parole.

« Les riches détruisent la planète. Émigreront-ils sur une autre quand ils auront détruit celle-ci ?

« …les changements climatiques sont sans nul doute le problème environnemental le plus dévastateur de ce siècle.

« Les États-Unis ne comptent même pas 300 millions d’habitants ; la Chine, presque cinq fois plus. Les États-Unis consomment plus de vingt millions de barils de pétrole par jour ; la Chine, à peine cinq ou six millions. On ne peut pas demander à la Chine pareil qu’aux États-Unis !

« …réduire les émissions de gaz polluants et aboutir à une convention de coopération à long terme… semble pour le moment un objectif irréalisable. Pour quelle raison ? …l’attitude irresponsable et la carence de volonté politique des nations les plus puissantes de la planète.

« …l’écart qui sépare les pays riches des pays pauvres n’a cessé de se creuser, malgré tous nos Sommets et à cause des promesses non tenues, et le monde court à sa perte.

« …les 500 individus les plus riches du monde ont des revenus supérieurs à ceux des 416 millions les plus pauvres.

« La mortalité infantile est de 47 décès pour mille naissances vivantes, mais d’à peine 5 dans les pays riches.

« …jusqu’à quand allons-nous permettre que des millions d’enfants continuent de mourir de maladies curables ?

« 2,6 milliards de personnes vivent sans services d’assainissement.

« Le Brésilien Leonardo Boff a écrit : "Les plus forts survivent sur les cendres des plus pauvres."

« Jean-Jacques Rousseau disait : "Entre le fort et le faible, la liberté opprime." Voilà pourquoi l’Empire parle de liberté : de la liberté d’opprimer, d’envahir, d’assassiner, d’anéantir, d’exploiter… Voilà bien sa liberté. Et Rousseau ajoutait cette phrase salvatrice : "Seule la loi libère."

« Jusqu’à quand allons-nous permettre que les puissants déclenchent des conflits armés dans lesquels sont massacrés des millions d’innocents dans le seul but de s’approprier les ressources d’autres peuples ?

« Un libérateur universel, Simón Bolívar, disait voilà presque deux siècles : "Si la Nature s’y oppose, nous nous battrons contre elle et nous la ferons obéir."

« Cette planète-ci a vécu des milliards d’années sans nous, sans l’espèce humaine, elle n’a pas besoin de nous pour exister. En revanche, sans elle, nous n’existons pas. »

Evo a pris la parole ce jeudi matin. Son discours sera lui aussi inoubliable. Il a affirmé carrément dès le début :
« Je tiens à exprimer mon mécontentement devant la désorganisation et les retards qui caractérisent cette rencontre internationale. »

Ses idées-force :
Quand nous interrogeons nos hôtes au sujet de ce qu’il se passe… ils nous répondent que c’est un sommet des Nations Unies ; quand nous le demandons aux Nations Unies, elles nous répondent que c’est le Danemark, et nous ne savons pas qui désorganise cette réunion internationale.
« …je suis très surpris de constater qu’on ne parle que des effets, mais pas des causes des changements climatiques.

« Si nous n’identifions pas d’où vient la destruction de notre environnement… nous ne réglerons jamais, assurément, ce problème…

« …deux cultures s’affrontent : la culture de la vie et la culture de la mort, la culture de la mort qui est le capitalisme. Nous, peuples indigènes, nous disons que le vivre-mieux revient à vivre mieux aux dépens d’autrui.

« …en exploitant autrui, en pillant les ressources naturelles, en violant la Terre nourricière, en privatisant les services de base…

« Vivre bien, c’est vivre dans la solidarité, dans l’égalité, dans la complémentarité, dans la réciprocité…

« Ces deux formes de vécu, ces deux cultures existentielles s’affrontent quand nous parlons des changements climatiques. Et si nous ne décidons pas quelle est la meilleure forme de vécu ou de vie, nous ne réglerons jamais ce problème. Il s’agit en effet de problèmes existentiels : le luxe, la surconsommation, qui font tort à l’humanité. Mais c’est là une vérité que nous ne voulons pas dire dans ce genre de réunion internationale.

« …dans notre façon de vivre, ne pas mentir est quelque chose de sacré, mais que nous ne pratiquons pas ici.

« …notre Constitution consacre l’ama sua¸l’ama llulla, l’ama quella, autrement dit ne pas voler, ne pas mentir, ne pas fuir.

« …la Terre nourricière ou la Nature existe et existera sans l’être humain, mais l’être humain ne peut vivre sans la planète Terre. Nous sommes donc obligés de défendre le droit de la Terre nourricière.

« …je salue les Nations Unies qui ont enfin déclaré cette année le Jour international de la Terre nourricière.

« …la mère est quelque chose de sacré, la mère est notre vie ; la mère, vous ne la louez pas, vous ne la vendez pas, vous ne la violez pas. La mère, vous devez la respecter.

« Nous avons de profonds désaccords avec le modèle occidental, et c’est de ça dont il faut débattre.

« Nous sommes en Europe. Vous savez que beaucoup de familles boliviennes, de familles latino-américaines viennent en Europe. Pourquoi y viennent-elles ? Pour améliorer leurs conditions de vie. Une personne peut gagner en Bolivie cent, deux cents dollars par mois ; mais si elle vient ici en Europe s’occuper d’une personne âgée, elle en gagne mille par mois.

« Voilà les asymétries qui existent d’un continent à l’autre, et nous devons débattre de la façon d’introduire un certain équilibre… de réduire ces profonds clivages entre les familles, entre les pays, et surtout entre les continents.

« Quand… nos soeurs et nos frères viennent ici pour survivre ou pour améliorer leurs conditions de vie, on les expulse… il existe ces fameux documents dits de retour… mais quand les ancêtres européens arrivaient jadis en Amérique latine, on ne les expulsait pas. Mes familles, mes frères ne viennent pas ici pour s’emparer des mines, ni de milliers d’hectares pour devenir propriétaires fonciers. On n’avait pas besoin jadis de visas ni de passeports pour arriver à l’Abya Yala, appelée maintenant l’Amérique.

« …si nous ne reconnaissons pas le droit de la Terre nourricière, nous parlerons en vain de ces dix milliards, de ces cent milliards, qui sont de toute façon une offense à l’humanité.

« …les pays riches doivent accueillir tous les émigrants engendrés par les changements climatiques, et non pas les renvoyer dans leurs pays, comme ils le font actuellement.

« … notre obligation est de sauver toute l’humanité, et non une moitié.

« …la Zone de libre-échange des Amériques… n’était pas une zone de libre-échange, mais une zone de libre-colonisation des Amériques… »

Parmi les questions qu’Evo a suggéré d’inclure dans un référendum mondial sur les changements climatiques, il a proposé celles-ci :

“Êtes-vous d’accord pour rétablir l’harmonie avec la Nature, en reconnaissant les droits de la Terre nourricière ?

« Êtes-vous d’accord de changer ce modèle de surconsommation et de gaspillage qu’est le système capitaliste ?

« Êtes-vous d’accord pour que les pays développés réduisent et réabsorbent leurs émissions de gaz à effet de serre ?

« Êtes-vous d’accord pour transférer tout ce qui se dépense dans les guerres et pour allouer aux changements climatiques un budget supérieur à celui de la défense ? »
Les Nations Unies ont, comme on le sait, adopté dans la ville japonaise de Kyoto, en 1997, la Convention sur les changements climatiques aux termes de laquelle trente-huit pays industrialisés s’étaient engagés à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre d’un pourcentage donné par rapport à leurs émission de 1990. L’Union européenne s’était engagée à les réduire de 8 p. 100. La Convention est entrée en vigueur en 2005 après ratification par la majorité des pays signataires. George W. Bush, alors président des USA – le pays qui émet le plus de gaz à effet de serre, le quart du total – avait refusé cette Convention dès la mi-2001.

Les autres membres des Nations Unies sont allés de l’avant. Les centres de recherche ont poursuivi leur tâche. Il est d’ores et déjà évident qu’une grande catastrophe menace notre espèce. Le pire serait peut-être qu’une minorité privilégiée et riche, mais aveuglée par l’égoïsme, prétende faire retomber le poids des sacrifices nécessaires sur l’immense majorité des habitants de notre planète.

Cette contradiction se reflète à Copenhague où des milliers de personnes défendent très fermement leurs vues.

La force publique danoise utilise des méthodes brutales pour écraser la résistance ; beaucoup des contestataires sont arrêtés à titre préventif. Je suis entré en contact avec notre ministre des Relations extérieures, Bruno Rodríguez, qui participait à un meeting de solidarité dans la capitale danoise aux côtés de Chávez, d’Evo, de Lazo et d’autres représentants de l’ALBA. Je lui ai demandé quels étaient les gens que la police danoise réprimait avec tant de haine, leur tordant les bras et les frappant à coups répétés dans le dos. Il m’a répondu que c’étaient des Danois et des citoyens d’autres nations et des membres des mouvements sociaux qui réclamaient que le Sommet apporte une solution réelle pour faire face aux changements climatiques. Il m’a dit que les débats du Sommet se poursuivraient à minuit. Quand je lui ai parlé, il faisait déjà nuit au Danemark, la différence étant de six heures.

De Copenhague, nos compagnons ont informé que le scénario prévu pour demain, vendredi 18, sera pire. Le Sommet des Nations Unies sera interrompu à dix heures du matin pendant deux heures afin que le chef du gouvernement danois puisse avoir une rencontre avec vingt chefs d’État qu’il a invités à discuter avec Obama de « problèmes mondiaux » Voilà comment s’appelle cette réunion qui vise à imposer un accord sur les changements climatiques.

Même si toutes les délégations officielles peuvent participer à cette réunion, seuls « les invités » auront droit de parole. Ni Chávez, ni Evo, bien entendu, ne font partie de ceux qui pourront présenter leurs vues. L’idée est que l’illustre Prix Nobel puisse prononcer son allocution préemballée, une fois que ladite réunion aura décidé de renvoyer l’accord à la fin de l’an prochain à Mexico. Les mouvements sociaux ne seront pas présents dans la salle. Ce show terminé, le « Sommet » se poursuivra dans la salle principale jusqu’à sa clôture inglorieuse.

La télévision ayant transmis des vues, le monde entier a pu constater les méthodes fascistes employées à Copenhague contre les gens. Jeunes dans leur majorité, les manifestants réprimés ont forcé la solidarité des peuples.

L’heure de la vérité sonne pour les chefs de l’Empire, malgré leurs manigances et leurs mensonges cyniques. Leurs propres alliés croient de moins en moins en eux. À Mexico, tout comme à Copenhague et partout ailleurs dans le monde, ils se heurteront à la résistance croissante des peuples qui n’ont pas perdu l’espoir de survivre.
Fidel Castro Ruz

Le 17 décembre 2009

18 h 46