28 avril 2020

La votation qui aurait eu lieu ce 17 mai

Les votations du 17 mai sont reportées, au plus tôt à l’automne. Il n’est toutefois pas inutile de dire que nous aurions été appelés à voter sur un sujet cantonal en particulier – une loi constitutionnelle visant à introduire une garantie de déficit pour l’IMAD (Institution de maintien à domicile) – car il a tout à voir avec la situation d’aujourd’hui, et permet de montrer tout le hiatus entre les belles paroles de certains dans les temps difficiles que nous vivons, et leurs actes dans un passé très récent. La droite (PLR, PDC, UDC) a en effet combattu cette mesure – de simple bon sens – voté par la gauche et le MCG.

Nous citerons ici le mémorial du Grand Conseil, séance du vendredi 18 octobre 2019, quelques mois à peine avant la pandémie que nous vivons.

Pierre Conne, député PLR et rapporteur de minorité disait :

« Concernant les HUG, je l'ai dit, ce projet de loi sur la garantie constitutionnelle de déficit pour l'IMAD s'y réfère en postulant que puisque les HUG en disposent, l'IMAD doit en disposer aussi. Or, depuis la réforme de la LAMal de 2012, qui met sur pied d'égalité les hôpitaux privés et publics sur le plan de la planification et des financements, il n'y a aucune raison que les HUG seuls bénéficient d'une garantie constitutionnelle de déficit, alors que d'autres établissements hospitaliers du canton remplissent les conditions d'octroi de mandats de prestations. L'IMAD devra être soumise aux mêmes règles et répondre aux mêmes exigences. »

La proposition que soutenait fort logiquement Pierre Conne étant de – au lieu d’étendre la garantie de déficit à l’IMAD – de la retirer aux HUG.

Citons également Bertrand Buchs, député PDC :

« Deuxièmement, on a raté quelque chose dans la planification: l'IMAD reprend en partie un travail effectué auparavant par l'Hôpital cantonal, puisqu'on est moins hospitalisé aujourd'hui et davantage pris en charge à domicile. Il faut donc des transferts de charge entre l'Hôpital cantonal et le service des soins à domicile. C'est ça qu'il faut ! On a deux budgets complètement séparés alors qu'on doit intégrer ces deux budgets. L'IMAD fait une partie de ce que faisait l'hôpital il y a vingt ou trente ans: elle doit donc peut-être recevoir une partie du budget de l'Hôpital cantonal pour pouvoir fonctionner. C'est à ça qu'il faut d'abord réfléchir avant de voter la tête dans le sac une garantie de déficit qui permet de n'avoir aucune réflexion, puisque, comme l'a très bien dit le rapporteur de minorité, il n'y aura plus de débats sur les demandes de crédits supplémentaires, il n'y aura pas besoin de débat du Grand Conseil étant donné que de toute façon l'argent sera garanti pour l'IMAD. »

Les orateurs de gauche ont justement montré que, si l’IMAD en faisait plus qu’autrefois, c’était suite à un transfert des charges voulu par la même majorité de droite cantonale, et que celle-ci avait l’objectif, à peine caché, de profiter de la situation pour faire des coupes budgétaires, et ouvrir plus le secteur de la santé au privé, au libre-marché.

Il ne s’agissait pas d’une attaque isolée. Les HUG ont subi pas moins de trois plans d’austérité. De ce fait, le Canton de Genève comptait encore 7.5 lits pour 1000 habitants en 2005 et seulement 4.9 en 2018. Le personnel était déjà à bout avant même l’épidémie. Or, cette idée de gérer un service public essentiel qu’est un hôpital comme une entreprise est une aberration absolue. Un hôpital « bien géré » d’un point de vue néolibéral est un hôpital qui travaille à flux tendu, à la limite de ses capacités.

Et encore, ces mesures de démantèlement n’étaient pas suffisantes aux yeux des néolibéraux. Pourquoi seulement « dégraisser » un hôpital public, plutôt que de simplement le fermer ? Le 5 juillet 2011, Pascal Couchepin, conseiller fédéral PLR et homme-lige des assureurs maladie, soutenait qu’il y aurait trop d’hôpitaux en Suisse, et qu’il faudrait envisager d’en fermer au moins 200, pour « réduire les coûts de la santé ».

Si la droite avait réussi à réaliser ses sinistres desseins – seules nos luttes l’en ont empêché –, on ne peut qu’imaginer la catastrophe que cela aurait représenté aujourd’hui, en pleine épidémie.

Plus dangereux, plus mortel, plus destructeur de nos sociétés que le COVID-19 est le virus néolibéral, un virus qu’il faudra éradiquer de toute urgence.

Le capitalisme mondialisé atteint d’un virus incurable



En quelques deux mois, nous avons vécu la montée de la pandémie du Covid-19, les premières demi-mesures et appels à la responsabilité individuelle du Conseil fédéral, vite  suivies de la mise en place d’un semi-confinement assez drastique (sans aller toutefois à arrêter toutes les activités non-essentielles). Les hôpitaux suisses ont néanmoins tenus le coup, et l’épidémie semble sur le recul. Le Conseil fédéral a dès lors tout aussi rapidement défini un plan d’assouplissement de ces mesures, échelonné dans le temps. Le calendrier est assez prudent, mais la réouverture des écoles et des magasins le 11 mai est clairement prématurée. L’épidémie n’a pas été endiguée, loin de là, et on sait qu’il y a toujours une deuxième vague. Le déconfinement précoce l’aggravera fatalement. Il est évident que ce calendrier est dicté par des considérations économiques plus que sanitaires.

En comparaison internationale, le bilan du Conseil fédéral n’est pas si mauvais. La plupart des pays capitalistes ont géré la crise sanitaire d’une manière erratique, ne prenant des mesures que tardivement, et cherchant avant tout à ne pas trop perturber l’ « économie ». Aux USA, des représentants du Parti Républicains ne se gênent pas pour dire qu’il ne faut prendre aucune mesure de confinement, et que les gens n’ont qu’à mourir du virus, pour le bien de l’ « économie » ! Le président Trump, dont la politique calamiteuse a mené à une catastrophe sanitaire, n’hésite pas à inciter ses partisans à manifester pour « libérer » les Etats où le gouverneur (démocrate) a mis en place des mesures de confinement. Qui répondent présents…fusils d’assaut à la main. Trump a également suggéré que l’on pourrait soigner le Covid-19 par injection de désinfectant, avant de revenir sur ses propos. Une firme d’eau de javel a été obligée de diffuser d’urgence une publicité expliquant qu’il ne faut en aucun cas ingérer son produit…

A contrario, le pays socialiste qu’est Cuba, malgré le blocus assassin qui l’étrangle depuis des décennies, répond présent à l’appel à l’aide de nombreux pays, dont l’Italie, un pays capitaliste développé et membre de l’UE (qu’aucun autre pays membre de l’UE n’a voulu aider). C’est que la solidarité internationale n’est pas un vain mot à Cuba. C’est par contre un mot que les eurocrates ne sauraient comprendre. Tous ces faits montrent bien les mérites comparatifs, et la différence morale irréductible qu’il y a, entre le capitalisme finissant et le socialisme.

Mais il faut commencer à envisager le « jour d’après ». Le fait est que le jour de juste après s’annonce sous les couleurs d’une crise économique d’une ampleur dévastatrice, bien pire qu’en 2008, jamais vue depuis 1929. En Suisse, le SECO prévoit une récession de 7%.

L’épidémie du Covid-19 ne suffit pas à expliquer l’ampleur de la crise économique imminente. Une mise en mode veille d’un mois ou deux des secteurs non essentiels de l’économie n’aurait pas représenté un problème majeur pour un système moins irrationnel que le capitalisme. Et même le capitalisme s’en tirerait bien mieux en temps « normal ». Le fait est que le capitalisme mondial était déjà en crise structurelle depuis des années. La croissance n’étant illusoirement et artificiellement maintenue que par la planche à billets. La pandémie n’a fait que précipiter l’inévitable. Or crise économique de grande ampleur signifie chômage de masse, misère pour les travailleurs, mesures d’austérité, politique réactionnaire sur toute la ligne, risque de guerre. La campagne antichinoise dans les hautes sphères des USA et de l’UE est un très mauvais présage…

Le capitalisme est un système à bout. Il ne peut plus être maintenu qu’à un coût social de plus en plus insupportable – sans parler des dégâts irréversibles infligés à l’environnement – pour le seul profit d’une infime minorité. Il n’est que trop temps d’en sortir, de changer la société. Un combat difficile, mais plus nécessaire et urgent que jamais. Un combat que nous devons remporter, car, comme le disait Jean Jaurès :


« Il faut l’effort lent et continu pour triompher ! Cependant la victoire est certaine, parce qu’il serait monstrueux et inadmissible que l’humanité ait pu concevoir un idéal de justice et qu’elle soit incapable de le réaliser. Cette faillite humaine ne se réalisera pas ! »

19 avril 2020

Intervention par vidéo, 27.03.20

Citoyennes, Citoyens, Camarades,

C’est en ma qualité de président du Parti du Travail que je m’adresse à vous. Je le fais par cette voie-là, car dans les circonstances que nous vivons, nos moyens habituels de travailler politiquement sont impossibles. C’est aussi l’occasion d’inventer de nouvelles méthodes. Nous verrons si l’expérience est concluante.

Comme vous le savez, la situation est grave. Avec près de 11'000 cas répertoriés, la Suisse présente le taux le plus élevés de personnes infectées par nombre d’habitants (en tout cas, d’après les chiffres officiels fournis par les différents pays). Les hôpitaux sont proches du point de saturation, malgré tous leurs efforts remarquables, et le nombre d’hospitalisations continue d’augmenter chaque jour.

Les mesures de confinement partiel prises par les autorités sont certainement justes, quoique insuffisantes. Ce serait bien par contre que le Conseil fédéral nous laisse au moins la possibilité de les suivre. Or, il fait tout le contraire, en refusant de suspendre toutes les activités non-essentielles, pour ne pas trop importuner « l’économie », quitte à favoriser la propagation du virus sur les lieux de travail, et à rendre par là inopérantes les justes mesures sanitaires qu’il a prises. Les cantons de Genève et du Tessin ont décidé d’arrêter tous les chantiers, ce qui était une mesure juste et indispensable. Mais le Conseil fédéral les a forcé à revenir en arrière : mesure non-autorisée ! C’est tout simplement scandaleux ! L’économie - les profits des patrons en clair – passent avant tout, les vies humaines en second lieu seulement !

Et que se passe-t-il ailleurs ? En France, le gouvernement impose des mesures de confinement très strictes…sauf pour aller travailler ! La ministre du travail (il faudrait dire « du capital ») Muriel Pénicaud a même incité les entreprises à trouver des solutions pour maintenir leur activité, accusant celles qui ne le feraient pas de « paresse » et de manque de « civisme ». Ce gouvernement, qui a démantelé un peu plus l’hôpital public, et envoyé ses CRS gazer et matraquer les soignants qui protestaient, qui est incapable de procurer à la France les masques et les tests indispensable, profite de la situation…pour démanteler le Code du Travail. Le profit (de quelques-uns) d’abord ! La santé des gens, dans la mesure du possible ! Aux USA, des représentants du Parti Républicains ne se gênent même pas pour dire qu’il ne faut prendre aucune mesure de confinement, et que les gens n’ont qu’à mourir en virus, pour le bien de l’ « économie » !

A contrario, le pays socialiste qu’est Cuba, malgré le blocus assassin qui l’étrangle depuis des décennies, répond présent à l’appel à l’aide de nombreux pays, dont l’Italie, un pays capitaliste développé et membre de l’UE (qu’aucun autre pays membre de l’UE n’a voulu aider). C’est que la solidarité internationale n’est pas un vain mot à Cuba. C’est par contre un mot que les eurocrates ne sauraient comprendre. Pendant ce temps, l’administration Trump, incapable de prendre des mesures minimalement sérieuses contre l’explosion de l’épidémie du COVID-19 dans son propre pays, a encore l’indécence de faire pression sur les autres pays pour ne pas accepter l’aide cubaine, et a encore trouvé le moyen de mettre à prix la tête de Nicolas Maduro, président légitime de la République Bolivarienne du Venezuela, sous d’absurdes accusations de « narco-terrorisme » (quant on sait que les USA n’ont aucun scrupule à traiter avec les vrais narcoterroristes de l’extrême-droite colombienne, et est la plus grande puissance terroriste en ce monde). Mise à prix, c’est quoi ces méthodes de gangster ? On va lui envoyer des chasseurs de primes aussi ?! Cet exemple illustre bien je crois les mérites comparatifs, et la différence morale irréductible qu’il y a, entre le capitalisme finissant et le socialisme.

Car, oui, nonobstant l’urgence sanitaire qui nous concerne tous et qui doit primer, la question de l’épidémie est une question profondément politique, une question de classe. Le virus est le même pour tous, certes, mais les politiques choisies pour y faire face, les politiques qui ont conduit à la situation actuelle, ne le sont pas. J’ai parlé de la situation des hôpitaux, proche du point de saturation. Pourquoi ? Certes, une pandémie telle que celle du COVID-19 est un défi de taille, pour n’importe quel système de santé. Mais, tout de même, si les hôpitaux suisses sont en difficulté, c’est que, depuis des années, ils ont fait l’objet de mesures d’économie néolibérales imposées par une droite ralliée à cette idéologie mortifère : autonomisation pour que l’hôpital fonctionne come une entreprise privée, pressions incessantes pour faire toujours plus avec toujours moins, horaires de travail interminables, réduction du nombre de postes. Les HUG ont subi pas moins de trois plans d’austérité. De ce fait, le Canton de Genève comptait encore 7.5 lits pour 1000 habitants en 2005 et seulement 4.9 en 2018. Le personnel était déjà à bout avant même l’épidémie. Or, cette idée de gérer un service public essentiel qu’est un hôpital comme une entreprise est une aberration absolue. Un hôpital « bien géré » d’un point de vue néolibéral est un hôpital qui travaille à flux tendu, à la limite de ses capacités. On paye aujourd’hui le prix de cette politique égoïstement comptable.

Je pourrais parler de nombre d’aspects de la politique fédérale et cantonale liée à l’épidémie. Je n’en évoquerai qu’un seul. Les votations du 17 mai sont reportées, comme vous le savez. Il n’est toutefois pas inutile de dire que nous aurions été appelés à voter sur un sujet cantonal en particulier – une loi constitutionnelle visant à introduire une garantie de déficit pour l’IMAD (Institution de maintien à domicile) – car il a tout à voir avec la situation d’aujourd’hui, et permet de montrer tout le hiatus entre les belles paroles de certains dans les temps difficiles que nous vivons, et leurs actes dans un passé très récent. La droite (PLR, PDC, UDC) a en effet combattu cette mesure – de simple bon sens – voté par la gauche et le MCG.

Je cite ici le mémorial du Grand Conseil, séance du vendredi 18 octobre 2019, quelques mois à peine avant la pandémie que nous vivons.

Pierre Conne, député PLR et rapporteur de minorité disait – je cite :

« Concernant les HUG, je l'ai dit, ce projet de loi sur la garantie constitutionnelle de déficit pour l'IMAD s'y réfère en postulant que puisque les HUG en disposent, l'IMAD doit en disposer aussi. Or, depuis la réforme de la LAMal de 2012, qui met sur pied d'égalité les hôpitaux privés et publics sur le plan de la planification et des financements, il n'y a aucune raison que les HUG seuls bénéficient d'une garantie constitutionnelle de déficit, alors que d'autres établissements hospitaliers du canton remplissent les conditions d'octroi de mandats de prestations. L'IMAD devra être soumise aux mêmes règles et répondre aux mêmes exigences. »

La proposition que soutenait fort logiquement Pierre Conne étant de – au lieu d’étendre la garantie de déficit à l’IMAD – de la retirer aux HUG.

Je cite aussi Bertrand Buchs, député PDC :

« Deuxièmement, on a raté quelque chose dans la planification: l'IMAD reprend en partie un travail effectué auparavant par l'Hôpital cantonal, puisqu'on est moins hospitalisé aujourd'hui et davantage pris en charge à domicile. Il faut donc des transferts de charge entre l'Hôpital cantonal et le service des soins à domicile. C'est ça qu'il faut ! On a deux budgets complètement séparés alors qu'on doit intégrer ces deux budgets. L'IMAD fait une partie de ce que faisait l'hôpital il y a vingt ou trente ans: elle doit donc peut-être recevoir une partie du budget de l'Hôpital cantonal pour pouvoir fonctionner. C'est à ça qu'il faut d'abord réfléchir avant de voter la tête dans le sac une garantie de déficit qui permet de n'avoir aucune réflexion, puisque, comme l'a très bien dit le rapporteur de minorité, il n'y aura plus de débats sur les demandes de crédits supplémentaires, il n'y aura pas besoin de débat du Grand Conseil étant donné que de toute façon l'argent sera garanti pour l'IMAD. »

Les orateurs de gauche ont justement montré que, si l’IMAD en faisait plus qu’autrefois, c’était suite à un transfert des charges voulu par la même majorité de droite cantonale, et que celle-ci avait l’objectif, à peine caché, de profiter de la situation pour faire des coupes budgétaires, et ouvrir plus le secteur de la santé au privé, au libre-marché.

Si la droite avait réussi à faire passer de telles propositions de retirer la garantie du déficit des HUG, et en-sus d’amputer encore leur budget pour en transférer une partie à l’IMAD (au lieu de simplement allouer à cette institution indispensable le financement dont elle besoin, pour faire face aux missions que le Grand Conseil lui-même a voulu qu’elle se charge), on ne peut qu’imaginer la catastrophe que cela aurait représenté aujourd’hui, en pleine épidémie.

Plus dangereux, plus mortel, plus destructeur de nos sociétés que le COVID-19 est le virus néolibéral, un virus qu’il faudra éradiquer de toute urgence.

Un autre aspect dont je dois vous parler – sans vouloir en faire le point central de mon intervention – est le second tour des élections au Conseil administratif de la Ville de Genève, fixé au 5 avril prochain, et que le Conseil d’Etat a choisi de maintenir à cette date, malgré l’épidémie. Ce choix est-il contestable ? Sans doute. Le report du deuxième tour, au plus tôt à l’automne aurait toutefois aussi posé d’importants problèmes légaux. Selon la loi, le second tour devant en effet se tenir au plus tard cinq semaines après le premier, dont il est la continuation. Autrement, ce serait une élection nouvelle, dans un contexte changé. En cas de report, c’est le premier tour qui aurait été susceptible de recours, et d’annulation. Et certains sièges ont d’ores et déjà été repourvus au premier tour. Faudrait-il alors « désélire » des conseillers administratif élus ? La décision du maintien est toutefois contestée, pour des raisons parfaitement valables. Je vois même des appels au boycott se multiplier, car l’humain doit primer sur les élections. La réaction est certes compréhensible, mais peu judicieuse. Le fait est que le deuxième tour aura lieu. En toute probabilité, son résultat sera validé, même si le taux de participation devait être particulièrement bas. Or, le résultat sera l’élection des exécutifs municipaux. Pour les cinq prochaines années. Renoncer à voter, c’est laisser les autres choisir pour vous, un choix que vous devrez subir le cas échéant. Ce n’est donc pas une bonne idée.

La question qui se pose : à qui voulons-nous confier les responsabilités ? A ceux qui ont infecté la Suisse avec ce virus néolibéral, qui étaient prêts à couper dans le budget des HUG, qui font passer l’ « économie » avant les vies humaines, ou si nous voulons faire autre chose. La portée de l’action d’une collectivité publique comme la Ville de Genève est certes limitée, mais les forces politiques de la gauche combative et notre candidate Maria Pérez ont un engagement éprouvé et sans compromissions dans la défense des valeurs de solidarité, de justice sociale, de respect de l’environnement, en soutenant un service public fort et les prestations à la population. Je vous invite aussi à voter sans hésiter pour Maria Pérez, candidate du Parti du Travail au Conseil administratif de la Ville de Genève.

Car un changement radical est aujourd’hui indispensable. L’épidémie du COVID-19 a mis au grand jour toute la fragilité et toutes les aberrations du capitalisme mondialisé et néolibéral. Un système qui en vient à envisager à sacrifier massivement sa propre population pour ne pas mettre en danger « l’économie » et qui ne trouve pas d’autre moyen de se maintenir à flots qu’en faisant tourner à plein régime la planche à billets, ce qui ne peut être qu’une solution temporaire, créatrice d’une crise aggravée prochaine. L’économie mondiale est actuellement au  bord d’une crise cataclismique, autrement plus grave que celle de 2008. Ce système a fait son temps. Il est urgent d’en sortir.

Cette situation donne plus que jamais son sens à l’action d’un Parti come le nôtre, un Parti qui se refuse à considérer le capitalisme comme l’aboutissement de l’histoire humaine, et lutte pour le renversement de ce système fondamentalement inégalitaire, oppressif, prédateur, destructeur des êtres humains comme de la nature ; pour édifier à la place une nouvelle société socialiste, qui soit fondée sur les exigences du bien commun plutôt que du profit de quelques uns, où l’économie soit dirigée démocratiquement par la collectivité plutôt que par une poignée de possédants, où la démocratie devienne une réalité pleine et entière plutôt que d’être biaisée par le pouvoir de quelques lobbies au service d’intérêts privés.

A l’heure de l’urgence climatique, où l’exigence de profit  du capitalisme pousse les grandes entreprises et les politiciens bourgeois à s’engager toujours plus en avant dans une voie fatale, quelles que puissent être leurs belles paroles, où les experts du GIEC eux-mêmes parlent de la nécessité d’un changement de système, sortir du capitalisme devient une question de survie, et la lutte fondamentale de notre Parti plus nécessaire que jamais.

Parce que la pire des choses serait de revenir, quand l’épidémie sera terminée, au statu quo ante, à ce système mortifère qui nous a conduit là où nous sommes, et qui nous entraîne dans le gouffre, je finirai en citant Bertolt Brecht : « N’accepte pas l’habituel comme chose naturelle. Car en des temps de confusion organisée, d’une humanité déshumanisée, rien ne doit paraître naturel. Rien ne doit sembler impossible à changer. »


11 mars 2020

Discours d’ouverture pour l’événement public à Vernier du 07.03.20 : Le 8 mars et ses origines communistes



Chères et chers camarades,

C’est un honneur pour moi, en tant que président de la section cantonale genevoise du Parti Suisse du Travail, d’ouvrir cette soirée, qui marque le retour officiel de notre Parti dans la Commune de Vernier, avec une section et une liste de six candidates et candidats, majoritairement féminine et à l’image de la diversité de la commune, sous notre propre nom, pour les élections municipales du 15 mars. Une commune dont nous n’avons jamais été vraiment absents, où notre Parti fut bien représenté au Conseil municipal , et eut même trois magistrats : Charles Broye, Daniel Brelaz et Nelly Buntschu. Une commune où notre Parti a plus que jamais sa raison d’être.

Fondé en 1944, le Parti Suisse du Travail est aujourd’hui présent dans les cantons de Genève, Vaud, Neuchâtel, Jura, Valais, Berne, Zürich, Bâle, Saint-Gall et Tessin ; et bientôt en Argovie. Il est représenté dans les parlements cantonaux de Genève, Vaud, Neuchâtel et Jura, dans les exécutifs des villes de Lausanne, Renens, Le Locle, La Chaux-de-Fonds et Corcelles-Cormondrèche, ainsi que dans les délibératifs d’une trentaine de communes.

Le Parti Suisse du Travail a été fondé pour être un parti des travailleuses et travailleurs, un parti qui se bat pour intérêts matériels et moraux, pour les justes revendications des classes populaires, pour la justice sociale, pour une Suisse plus solidaire et plus démocratique, pour la solidarité internationale. C’est un combat que notre Parti mène sans concessions, dans les parlements, dans les exécutifs, comme en dehors.

Le Parti Suisse du Travail fonde sa pensée et son action sur la base du marxisme. Ile se refuse à considérer le capitalisme comme l’aboutissement de l’histoire humaine, et lutte pour le renversement de ce système fondamentalement inégalitaire, oppressif, prédateur, destructeur des êtres humains comme de la nature ; pour édifier à la place une nouvelle société socialiste, qui soit fondée sur les exigences du bien commun plutôt que du profit de quelques uns, où l’économie soit dirigée démocratiquement par la collectivité plutôt que par une poignée de possédants, où la démocratie devienne une réalité pleine et entière plutôt que d’être biaisée par le pouvoir de quelques lobbies au service d’intérêts privés.

A l’heure de l’urgence climatique, où l’exigence de profit  du capitalisme pousse les grandes entreprises et les politiciens bourgeois à s’engager toujours plus en avant dans une voie fatale, quelles que puissent être leurs belles paroles, où les experts du GIEC eux-mêmes parlent de la nécessité d’un changement de système, sortir du capitalisme devient une question de survie, et la lutte fondamentale de notre Parti plus nécessaire que jamais.

Ceci, dit il fallait un sujet spécifique pour la soirée d’aujourd’hui. Le sujet qui s’imposait – la commune de Vernier ne nous ayant proposé que le soir du 7 mars comme créneau horaire possible –  était naturellement celui de la journée du lendemain, le 8 mars, la grève féministe qui aura lieu pour la Journée internationale des droits des femmes (la grève a lieu, sous forme d’événements décentralisés, pas la grande manifestation, en raison des mesures prises par le Conseil fédéral pour contrer la propagation du coronavirus). Or, le 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes, avant d’être une journée officielle onusienne, est une invention communiste. L’idée d’une journée internationale des femmes naît au sein du mouvement socialiste et ouvrier au XIXème siècle, organisé alors dans le cadre de la IIème Internationale. Il était clair en effet pour les fondateurs de notre mouvement politique que la cause de l’émancipation du travail et celle de l’émancipation des femmes étaient organiquement liées, que le changement social exigeait l’organisation propre des femmes dans la lutte.  Différentes dates furent essayées. En 1913  et 1914, la veille du déclenchement de la grande bourcherie impérialiste que fut la Première Guerre mondiale, cet fut le 8 mars qui fut choisi. C’est en mémoire de ce choix de date que, le 8 mars 1917 (23 février selon le calendrier Julien en vigueur en Russie pré-révolutionnaire), que les ouvrières de Petrograd se mirent en grève pour réclamer la paix (la cessation de la Première Guerre mondiale) et du pain, mettant en branle des événements qui allaient déboucher sur l’abdication du tsar , la Révolution de février, toute une séquence historique de transformation qui ouvrit la porte à la Grande Révolution Socialiste d’Cctobre.

« Même dans l’égalité formelle (l’égalité devant la loi, l’ « égalité » du repu et de l’affamé, du possédant et du non-possédant), le capitalisme ne peut pas être conséquent. Et l’une des manifestations les plus criantes de cette inconséquence est l’inégalité de la femme et de l’homme. Aucun Etat bourgeois, si progressiste, républicain, démocratique soit-il, n’a reconnu l’entière égalité des droits de l’homme et de la femme. La République soviétique de Russie a, par contre, balayé d’un seul coup toutes les traces juridiques sans exception de l’infériorité de la femme et assuré aussitôt à la femme, au regard de la loi, l’égalité complète », écrivait Lénine dans la Pravda du 4 mars 1920, article « Pour la journée internationale des ouvrières »

Aussi, le 8 mars fut officiellement institué Journée des femmes en Russie soviétique en 1921, et devient officiellement journée internationale onusienne en 1977, suite à l’action diplamatique des pays socialistes, sous le nonm de Journée internationale des Nations-Unies pour les droits des femmes et la paix internationale. Le socialisme réel fit beaucoup non seulement pour garantir l’égalité en droit, mais aussi pour libérer les femmes de l’ « esclavage de la cuisine », en créant une sécurité sociale (assurance maternité) et des infrastructures (créches, école, activités extra-scolaire et soins médicaux gratuits, cantines d’entreprises bon marché), en s’engageant pour une égalité réelle, la fin des représentations patriarcales, des rapports sociaux nouveaux et basés sur l’égalité. Tout n’y fut pas parfait bien sûr, et l’égalité réelle ne fut pas atteinte, mais somme toute le bilan fut très loin d’être mauvais, surtout si on considère le point de départ dans la plupart des cas. La liquidation du socialisme, en revanche, signifia à chaque fois et partout une régression, parfois terrible si on regarde la Pologne gangrénée par l’obscurantisme catholique d’aujourd’hui.

Une exigence d’honnêteté intellectuelle m’oblige à rappeler que le premier Etat au monde à accorder le droit de vote aux femmes fut non pas la Russie soviétique, mais l’Australie (dirigée par un gouvernement social-démocrate). Il faut préciser toutefois que ces droits ne concernaient que les femmes blanches. Les Aborigènes, pourtant habitants originels de l’Australie, femmes et hommes, furent privés de tout droit, ce pendent plusieurs dizaines d’années encore. Aujourd’hui qu’une certaine propagande associe libéralisme et Occident à démocratie, et communisme à dictature, il n’est pas inutile de rappeler le progrès extraordinaire qu’a représenté la proclamation – et l’engagement pour qu’elle devienne réalité concrète – par le premier Etat ouvrier et paysan de l’histoire, de l’égalité en droits entre hommes et femmes, et entre toutes les nationalités, à une époque où l’exclusion des femmes de la vie politique et leur inégalité civile, le colonialisme et la ségrégation raciale étaient la norme.

En Suisse, il a fallu attendre, et se battre, longtemps, très longtemps, pour obtenir les droits que la Révolution d’octobre avait apporté aux femmes. L’introduction du suffrage féminin figurait parmi les revendications de la Grève générale de 1918, mais, comme vous le savez certainement, cette revendication ne fut pas satisfaite alors. A Genève, les femmes obtinrent enfin leurs droits politiques le 6 mars 1960. Nous fêtions avant hier les 60 ans de cette avancée démocratique. Au niveau fédéral, il fallut attendre encore 11 ans de plus, jusqu’en 1971. C’est récent, très récent. Beaucoup parmi nous ont vécu assez longtemps pour avoir connu la période d’avant.

Il fallut plusieurs votations populaires pour en arriver jusque là. L’électorat, entièrement masculin, a voté non à plusieurs reprises, à des majorités de plus en plus étroites, avant de finir par dire oui. Une des ces votations eut lieu en 1946. Le Parti du Travail avait en effet lancé une initiative populaire cantonale pour l’introduction des droits politiques pour les femmes en 1945, soit une année à peine après sa fondation. Ce fut un des tous premiers combats de notre Parti. La votation ne fut pas encore remportée cette fois-ci. Mais cela montre en tout cas que, d’une part il s’agissait d’un combat absolument central pour le Parti du Travail, non d’un enjeu périphérique, et d’autre part qu’il ne faut jamais se décourager devant une défaite : à force de persévérance, celle-ci peut être surmontée. La voie du progrès est toujours difficile et sinueuse, aucune avancée n’est jamais obtenue sans lutte.

Quant au principe de l’égalité hommes-femmes, il ne fut inscrit dans la Constitution fédérale qu’en 1981, sans être pour autant pleinement devenu réalité, encore de nos jours. Pour ce qui est des droits civils des femmes, le combat ne fut pas moins long et difficile que pour les droits politiques. Avant les années 70, la Suisse disposait d’un code civil particulièrement rétrograde, qui s’inscrivait parfaitement dans la société conservatrice d’alors, dans la volonté réactionnaire d’une bourgeoisie bien décidée à ne rien lâcher de ses privilèges, de rester en marge de toutes les avancées du temps. Une femme alors ne pouvait ni travailler, ni ouvrier un compte en banque sans l’autorisation écrite de son mari, qui avait le droit d’administrer ses biens.  La place d’une femme était vue comme étant à la cuisine, et son salaire comme un simple salaire d’appoint pour celui de son mari. C’est l’héritage de cette époque qui explique que les droits politiques furent si longs à conquérir, et que l’égalité salariale n’est toujours pas réalisée. Le code civil ne commença à être sérieusement réformé dans le sens de plus d’égalité que dans les années 70. Le droit, pour une femme, de travailler et de disposer d’un compte bancaire sans l’autorisation de son mari ne fut pleinement acquis qu’en 1988. Le droit à l’avortement ne fut acquis qu’en 2002. L’assurance maternité en 2004.

Je voudrais insister par là pour dire à quel point les droit, qu’on croit parfois acquis, allant de soi, sont récents, furent longs et difficiles à obtenir, et sont toujours susceptibles d’être remis en cause. Aujourd’hui, la remise en cause est une triste réalité, de nos jours où l’exigence d’un réel changement doit faire face à une vague brutale de réaction néoconservatrice. Aux Etats-Unis de Trump, la remise en cause est ouverte et brutale. En Suisse, c’est plus insidieux. Mentionnons notamment les attaques de l’UDC contre les crèches – avec une révoltante démagogie, une campagne contre « l’étatisation des enfants » - attaques motivées par une conception réactionnaire : les femmes à la maison !


La lutte n’est jamais finie. Dans une brochure intitulée « Horizons féminins », éditée par la section vaudoise de notre Parti à la veille du scrutin de 1971 sur le droit de vote des femmes, il est écrit en guise de conclusion : « Le problème réel est un problème de régime. Et sa solution définitive ne sera trouvée que dans le cadre d’une société socialiste qui permette à tous, sans distinction entre les sexes, de se réaliser pleinement au service de la communauté. C’est dire que la lutte pour la libération de la femme est inséparable de la lutte commune de tous les travailleurs, hommes et femmes, contre l’injustice et l’exploitation, pour la nouvelle société sans classes de demain ». Ce combat est plus que jamais le nôtre, il est plus que jamais indispensable.